Corrigé bac physique-chimie 2024 Métropole jour 1 — Exercice 1 : Vers le bleu de thymol
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité physique-chimie, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Le bleu de thymol est un indicateur coloré acido-basique de plus en plus utilisé dans les laboratoires. Suivant les recommandations de l'INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), il se substitue en effet à la phénolphtaléine, couramment utilisée auparavant, et qui est désormais classée CMR (Cancérigène Mutagène Reprotoxique). Comme le montre la figure 1, le bleu de thymol peut être synthétisé à partir du thymol, lui-même extrait de la plante de thym ou synthétisé à partir du m-crésol.
Figure 1. Modes d'obtention possibles du bleu de thymol
L'objectif de cet exercice est d'étudier deux modes d'obtention du thymol puis de s'intéresser au bleu de thymol en tant qu'alternative à la phénolphtaléine comme indicateur coloré.
1. Extractions successives
Le thym est une petite plante cultivée depuis l'antiquité dans les régions du pourtour méditerranéen. Appréciée en cuisine pour ses arômes, la plante est également utilisée pour ses vertus thérapeutiques dues au thymol, constituant principal de l'espèce de thym étudiée dans cet exercice.
Données :
- le thymol, à température ambiante, se présente sous la forme de cristaux incolores à l'odeur caractéristique ;
- la solubilité du thymol est faible dans l'eau et forte dans les solvants organiques ;
- le traitement d'un échantillon de 100 g de thym d'origine française permet d'obtenir au maximum 2 g d'huile essentielle de thym ;
- la configuration électronique de l'oxygène dans son état fondamental est : ;
- l'hexane est un solvant organique de densité et non miscible à l'eau ;
- le couple thymol / ion thymolate est noté : / .
Q1. Écrire la formule semi-développée du thymol puis entourer et nommer son groupe caractéristique.
Q2. Représenter le schéma de Lewis de l'ion thymolate, noté .
Du thym à l'huile essentielle de thym
L'hydrodistillation est l'une des techniques d'extraction des huiles essentielles préconisées par la législation européenne.
Suite à l'hydrodistillation d'un échantillon de thym, on réalise une chromatographie sur couche mince de l'huile essentielle obtenue, les échantillons étant solubilisés dans un solvant adapté. Le chromatogramme est représenté figure 2.
Figure 2. Chromatogramme obtenu
Q3. Justifier que l'huile essentielle obtenue expérimentalement est un mélange qui contient du thymol.
De l'huile essentielle au thymol
Un article scientifique propose le protocole d'extraction du thymol de l'huile essentielle suivant :
- ajouter 1,0 mL d'huile essentielle de thym à 5 mL de solution aqueuse d'hydroxyde de sodium ;
- après chauffage dans un four à micro-ondes, éliminer la phase huileuse puis acidifier la phase aqueuse à l'aide d'acide chlorhydrique ;
- ajouter de l'hexane, agiter, laisser décanter et récupérer la phase contenant le thymol.
Après évaporation du solvant, on obtient des cristaux dont la masse correspond à 31 % de la masse de thymol présent initialement dans l'huile essentielle.
\begin{flushright}D'après Journal of Medicinal Plants and By-products, 2021\end{flushright}
Donnée : le pourcentage massique moyen en thymol de l'huile essentielle de thym est de 53 %.
Q4. Écrire l'équation de la réaction modélisant l'action de l'acide chlorhydrique sur l'ion thymolate .
Q5. En déduire la nature et la position de la phase dans laquelle se trouve le thymol à l'issue de la décantation.
Q6. Montrer que la masse de plante de thym à utiliser pour obtenir 1 g de thymol vaut près de 300 g.
2. Synthèse du thymol
Le thymol utilisé dans les produits pharmaceutiques est principalement obtenu par synthèse. Comme indiqué en figure 3, le thymol peut être industriellement synthétisé à partir de m-crésol et de propène en excès, en présence d'oxyde d'aluminium, qui joue ici le rôle de catalyseur. Cette transformation génère plusieurs produits secondaires et rend complexe l'obtention sélective du thymol.
Figure 3. Exemple d'un procédé de synthèse du thymol
Données :
- masse volumique de l'eau : ;
- tableau rassemblant des propriétés physiques et chimiques de quelques molécules :
| Quelques produits secondaires | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Molécule | m-crésol | propène | thymol | P1 | P2 | P3 | P4 |
| Formule topologique |
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| Température d'ébullition (°C) | 203 | 233 | - | - | - | - | |
| Masse molaire () | 108,1 | 42,1 | 150,2 | - | - | - | - |
| Densité | 1,03 | - | - | - | - | - | - |
Q7. Déterminer si les produits secondaires P2 et P4 de la réaction sont des isomères du thymol.
De nombreux catalyseurs ont récemment été développés dans le but, entre autres, de réduire la température de la synthèse et d'obtenir une sélectivité maximale en thymol.
Q8. Donner la définition d'un catalyseur et indiquer en quoi son utilisation peut permettre de « réduire la température de la synthèse ».
On considère que la transformation entre le m-crésol et le propène n'est pas totale et que l'état final de la transformation est un état d'équilibre chimique.
Q9. Expliquer l'intérêt d'introduire le propène en excès dans cette synthèse industrielle.
Une distillation fractionnée industrielle permet de purifier le thymol et de récupérer le m-crésol n'ayant pas réagi en vue de son recyclage.
Q10. Justifier que le thymol et le m-crésol peuvent a priori être séparés lors de la distillation fractionnée. Indiquer l'espèce que l'on récupèrerait en premier.
Q11. En considérant le m-crésol comme réactif limitant dans la transformation, dont le rendement est de 73 %, vérifier que le volume de m-crésol nécessaire pour synthétiser 1,0 g de thymol par le procédé de la figure 3 est inférieur à 1 mL.
3. Le bleu de thymol
La phénolphtaléine est un indicateur coloré acide-base adapté pour les titrages d'acide faible. L'objectif de cette partie est de montrer qu'il en est de même pour le bleu de thymol.
Données :
- phénolphtaléine : indicateur coloré acide-base passant de l'incolore au rose dans la zone de virage expérimentale de pH ;
- bleu de thymol : indicateur coloré acide-base ayant trois formes participant à deux couples acide-base d'écriture simplifiée / et / ;
- pour discuter de l'accord du résultat d'une mesure avec une valeur de référence, on peut utiliser le quotient avec la valeur mesurée, la valeur de référence et l'incertitude-type associée à la valeur mesurée .
Figure 4. Simulation du titrage de 10,0 mL d'une solution d'un acide faible (acide éthanoïque) de concentration par une solution de base forte (hydroxyde de sodium) de concentration
Figure 5. Diagramme de distribution des espèces du bleu de thymol (d'après BUP, mai 2019)
Figure 6. Spectre d'absorption UV-visible des trois formes acide-base du bleu de thymol (d'après BUP, mai 2019)
Figure 7. Cercle chromatique.
Q12. Parmi les espèces participant aux couples acide-base du bleu de thymol, identifier la forme amphotère.
Q13. Exprimer la constante d'acidité d'un couple acide-base noté HA / en fonction des concentrations des espèces associées à l'équilibre.
Q14. À l'aide de l'ensemble des informations proposées, déterminer la valeur du du couple / du bleu de thymol. Justifier que celui-ci puisse remplacer la phénolphtaléine dans nos laboratoires, en précisant le changement de couleur observé lors du titrage d'un acide faible par une base forte.
Le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter sa démarche même si elle n'a pas abouti. La démarche suivie est évaluée et nécessite donc d'être correctement présentée.
Q15. La valeur tabulée du à 25 °C du couple acide-base / est de 8,9. Indiquer si la valeur expérimentale obtenue est en accord avec celle-ci. L'incertitude-type associée au déterminé par cette méthode est estimée à .
Corrigé
1. Extractions successives
Q1. La formule topologique de la figure 1 se « développe » en écrivant les atomes de carbone et d'hydrogène du squelette (sauf les liaisons C--H, que la formule semi-développée n'explicite pas) : le thymol est un cycle benzénique portant un groupe méthyle , un groupe isopropyle et un groupe hydroxyle . Sa formule brute est (, cohérent avec la donnée ).
Le groupe caractéristique est le groupe hydroxyle . Ce que le correcteur attend : le nom « hydroxyle » (et non « alcool », qui est une famille) ; on peut préciser que, porté par un carbone du cycle aromatique, il fait du thymol un phénol et non un alcool, ce qui explique son caractère acide (couple / ).
Q2. L'oxygène, de configuration , possède électrons de valence. Dans le thymol , il forme deux liaisons (avec C et avec H) et porte deux doublets non liants. La perte du proton (qui part sans emporter le doublet de la liaison O--H) laisse ce doublet sur l'oxygène : dans l'ion thymolate, l'oxygène est lié au carbone par une liaison simple et porte trois doublets non liants, soit électrons de valence au lieu de 6 : il porte la charge formelle .
Q3. Dans les mêmes conditions d'élution, une espèce chimique donnée migre toujours à la même hauteur (même rapport frontal). Sur le chromatogramme de la figure 2 :
- le dépôt HEe (huile obtenue expérimentalement) donne plusieurs taches (trois, à des hauteurs différentes) : l'huile essentielle est un mélange de plusieurs espèces ;
- l'une de ces taches se trouve exactement à la même hauteur que l'unique tache du dépôt Tc, le thymol du commerce (à mi-hauteur de la plaque) : l'huile contient donc du thymol.
On remarque de plus que l'huile commerciale HEc présente elle aussi une tache (la plus grosse) à cette hauteur, ce qui confirme que le thymol en est le constituant principal.
Q4. L'acide chlorhydrique est une solution d'ions oxonium et chlorure (acide fort, totalement dissocié). L'ion thymolate est la base du couple / ; il capte un proton cédé par l'acide du couple / :
(l'ion chlorure est spectateur). C'est une réaction acide-base par transfert de proton, quasi totale car l'acide est l'acide le plus fort existant dans l'eau.
Q5. Dans la soude, le thymol avait été transformé en ion thymolate , espèce ionique soluble dans l'eau (d'où le passage du thymol dans la phase aqueuse et l'élimination de la « phase huileuse » qui contient les autres constituants de l'huile). L'acidification (Q4) régénère le thymol moléculaire , dont la solubilité est faible dans l'eau et forte dans les solvants organiques : après ajout d'hexane et agitation, le thymol passe dans la phase organique (hexane). L'hexane n'étant pas miscible à l'eau, deux phases se séparent à la décantation ; sa densité est inférieure à celle de la phase aqueuse : la phase contenant le thymol est la phase supérieure de l'ampoule à décanter. On la récupère, puis l'évaporation de l'hexane laisse les cristaux de thymol.
Q6. On remonte la chaîne des rendements, de la masse de thymol voulue à la masse de plante.
- Les cristaux obtenus ne représentent que 31 % du thymol présent dans l'huile : pour , l'huile devait contenir de thymol.
- Le thymol représente 53 % de la masse de l'huile essentielle : .
- Au mieux, 100 g de thym donnent 2 g d'huile (2 %) : .
Sous forme littérale, : il faut bien près de 300 g de thym (et au moins, puisque 2 g d'huile est un maximum) pour obtenir 1 g de thymol. Ce que le correcteur attend : les trois pourcentages divisent successivement (on remonte la chaîne), et non multiplient.
2. Synthèse du thymol
Q7. Deux espèces sont isomères (de constitution) si elles ont la même formule brute et des enchaînements d'atomes différents. Comptons les atomes sur les formules topologiques (chaque carbone du cycle non substitué porte un H) :
- thymol : cycle + méthyle + isopropyle + , soit ;
- P2 : mêmes groupes (un méthyle, un isopropyle, un hydroxyle) sur un cycle , soit : P2 est un isomère du thymol (isomère de position : en numérotant le cycle à partir du carbone porteur de l'hydroxyle, le thymol est le 2-isopropyl-5-méthylphénol et P2 le 4-isopropyl-3-méthylphénol — les mêmes groupes, à des positions différentes) ;
- P4 : cycle + méthyle + deux isopropyles + , soit : la formule brute diffère (trois carbones et six hydrogènes de plus, produit d'une double addition de propène) : P4 n'est pas un isomère du thymol.
Q8. Un catalyseur est une espèce chimique qui accélère une transformation sans figurer dans l'équation de la réaction : consommé dans une étape puis régénéré, il ne modifie ni l'état final ni la constante d'équilibre, seulement la vitesse (ici l'oxyde d'aluminium, solide : catalyse hétérogène).
La température est un facteur cinétique : on chauffe pour obtenir une vitesse de synthèse suffisante. Un catalyseur plus efficace, en remplaçant le chemin réactionnel par une succession d'étapes plus faciles (barrières d'énergie plus basses), permet d'atteindre une vitesse acceptable à température plus basse : on peut donc « réduire la température de la synthèse », d'où une économie d'énergie et moins de produits secondaires.
Q9. L'état final est un équilibre chimique : le m-crésol n'est pas entièrement converti. En introduisant le propène en excès, on augmente la concentration d'un réactif, ce qui abaisse le quotient de réaction en dessous de : le système évolue dans le sens direct et consomme davantage le réactif limitant, le m-crésol. La constante ne change pas, mais le taux d'avancement final, donc le rendement en thymol par rapport au m-crésol, augmente. On choisit d'introduire en excès le propène plutôt que le m-crésol parce qu'il est bon marché et gazeux, donc facile à séparer et à recycler.
Q10. La distillation fractionnée sépare des liquides miscibles d'après leurs températures d'ébullition : d'après le tableau, et , soit un écart de 30 °C, suffisant pour une séparation. L'espèce la plus volatile, celle de plus basse température d'ébullition, distille en premier : on récupère d'abord le ***m*-crésol**, que l'on recycle, puis le thymol.
Q11. D'après l'équation de la figure 3, une mole de m-crésol donne au plus une mole de thymol (stœchiométrie 1:1). Quantité de thymol visée :
Le rendement impose ; le m-crésol étant limitant, , donc
puis . La densité donne la masse volumique , d'où
Le volume de m-crésol nécessaire est bien inférieur à 1 mL. Ce que le correcteur attend : diviser (et non multiplier) par le rendement, et la conversion .
3. Le bleu de thymol
Q12. Une espèce amphotère (ou ampholyte) est à la fois l'acide d'un couple et la base d'un autre. est la base du couple / et l'acide du couple / : la forme amphotère est .
Q13. Pour l'équilibre , la constante d'acidité s'écrit, avec les concentrations à l'équilibre (en , rapportées à ) :
Q14. Démarche. On détermine le sur le diagramme de distribution (figure 5), on lit le pH à l'équivalence sur la courbe de titrage (figure 4) pour vérifier qu'il appartient à la zone de virage, puis on déduit les couleurs des deux formes des spectres (figure 6) et du cercle chromatique (figure 7).
Valeur du . D'après la relation , on a lorsque : le est l'abscisse du point où les courbes de et de se croisent, à 50 % chacune. Sur la figure 5, ce croisement a lieu pour (le point d'intersection, à 50 %, est situé juste à gauche de la graduation 9, entre les points de mesure de pH 8,8 et 9,0 ; une lecture est acceptable) :
De même le premier croisement, vers , donne le du couple / : la forme n'existe qu'en milieu très acide.
Zone de virage et titrage. La zone de virage d'un indicateur est l'intervalle , soit ici environ , comparable à celle de la phénolphtaléine . Sur la figure 4, le saut de pH se produit pour (volume attendu : avec ) et le pH passe brutalement d'environ 6,5 à 10,5 ; le pH à l'équivalence, au milieu du saut, vaut (valeur théorique 8,7 : basique, comme toujours pour un acide faible titré par une base forte). Ce pH appartient à la zone de virage du bleu de thymol : l'indicateur change de couleur pour un volume versé égal à à une goutte près, exactement comme la phénolphtaléine. Le bleu de thymol peut donc remplacer la phénolphtaléine pour le titrage d'un acide faible par une base forte, avec l'avantage de ne pas être classé CMR.
Couleurs observées. Une solution absorbe certaines radiations et prend la couleur complémentaire de la couleur absorbée (diamétralement opposée sur le cercle chromatique).
- Avant l'équivalence, à 6, soit : la forme prédominante est (100 % sur la figure 5). Son spectre (figure 6) présente un maximum d'absorption vers , dans le violet : la solution apparaît de la couleur complémentaire, le jaune.
- Après l'équivalence, : la forme prédominante est , qui absorbe vers , dans l'orange : la solution apparaît bleue.
- (La forme , qui absorbe vers 545 nm dans le vert et apparaît rouge, n'est jamais présente ici puisque le pH reste supérieur à 2,9.)
Lors du titrage, la solution passe donc du jaune au bleu à l'équivalence (par une teinte verte intermédiaire), changement plus net que le passage de l'incolore au rose de la phénolphtaléine.
Q15. On compare la valeur expérimentale (lecture sur la figure 5) à la valeur de référence avec :
Le quotient est inférieur à 2 : la valeur expérimentale est en accord avec la valeur tabulée. Même avec la lecture , on obtient : l'accord subsiste, l'écart de lecture étant très inférieur à l'incertitude-type de la méthode. Ce que le correcteur attend : le calcul explicite du quotient et le critère « inférieur à 2 » énoncé avant la conclusion.