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La version : comprendre l'anglais, écrire le français

Cours · anglais LV A et LV B (prépas ECG et ECT), chapitre 5 · prépas ECG et ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun

La version est l'exercice que les candidats croient le plus facile, parce qu'on y écrit dans sa langue maternelle. C'est aussi celui où l'on perd des points sans s'en apercevoir : on a « compris », on a écrit une phrase française, et le correcteur y lit un calque, un temps mal choisi, une impropriété. Traduire, ce n'est pas remplacer des mots anglais par des mots français ; c'est dire en français, comme un écrivain français l'aurait dit, ce que le texte anglais dit — ni plus, ni moins.

Ce chapitre suit l'ordre du travail : comprendre le texte avant d'en traduire une ligne, identifier son registre, choisir les temps du récit, éviter les calques, puis employer les procédés de traduction qui permettent de passer d'une langue à l'autre sans trahir ni l'une ni l'autre. Il se termine par une version commentée d'un extrait de Dickens.

ImportantCe que ce chapitre sert dans les épreuves

La version est une épreuve d'Ecricome : environ 200 mots (à 20 mots près), en LV1 comme en LV2, à côté d'un thème et d'un essai (voir le chapitre 1). L'ELVi de la BCE ne comporte pas de version : la compréhension y est évaluée par le résumé. Mais le travail de ce chapitre sert aussi aux candidats de la BCE : comprendre exactement un texte anglais est la première étape du résumé, et l'analyse des temps et des calques prépare le thème (chapitre 4). Les exercices de niveau 3 sont au format d'Ecricome ; ceux de niveau 2 en sont des formats réduits, pour la LV B comme pour les débuts de première année.

5.1 Comprendre avant de traduire

La plupart des fautes graves de version — contresens et non-sens — ne sont pas des fautes de français. Ce sont des fautes de lecture : on a commencé à traduire la première phrase avant d'avoir lu la dernière, on a pris un mot au sens qu'il a dans une autre phrase, on n'a pas vu qui parlait.

Méthode : Lire un texte de version en trois passages

  • Une lecture d'ensemble, sans stylo. Qui raconte (narrateur à la première ou à la troisième personne) ? Quand, où ? Que se passe-t-il ? Quel est le ton : ironique, nostalgique, neutre, tragique ? Résumez le texte en une phrase française avant d'aller plus loin.
  • Une lecture phrase par phrase. Soulignez les verbes conjugués et leur sujet ; repérez les mots inconnus et les tournures difficiles, sans encore les traduire.
  • Une lecture des liens. Entourez les connecteurs (yet, still, however, as, since), les pronoms (à quoi renvoie chaque it, chaque they ?), les changements de temps. C'est là que se cachent les contresens.
Définition 5.1Déduire un mot inconnu

Un mot inconnu se traduit par la meilleure hypothèse que permettent trois indices : le contexte (ce que la phrase exige), la morphologie (préfixes et suffixes : un-, mis-, -less, -ish, -ness) et la famille de mots (un mot connu dans le mot inconnu). Une hypothèse fausse coûte un faux-sens ; un blanc coûte une omission, la faute la plus lourde du barème.

Exemple 5.2Une hypothèse construite

The old man trudged up the hill, stopping every few yards to catch his breath.

Si l'on ne connaît pas to trudge, le contexte suffit : un vieil homme, une colline, des arrêts pour reprendre son souffle. Le verbe exprime une marche lente et pénible. « Le vieil homme gravit péniblement la colline, en s'arrêtant tous les trois pas pour reprendre son souffle. » La traduction est juste, sans que le mot ait jamais été connu. Notez aussi every few yards : « tous les trois pas » rend l'idée sans convertir les mesures (« tous les quelques mètres » n'est pas français).

Attention

Le mot facile est plus dangereux que le mot difficile. Un mot inconnu vous alerte ; un mot que vous croyez connaître vous trompe. Still en tête de phrase signifie « pourtant », pas « encore » ; as peut être temporel, causal ou comparatif ; since peut signifier « depuis » ou « puisque » ; actually veut dire « en fait ». Vérifiez le sens de chaque mot courant dans sa phrase.

Figure 1. Les cinq passes d'une version. Les deux premières ne produisent aucune ligne de français : elles évitent les contresens. La quatrième se fait sans regarder l'anglais, pour entendre le français tel que le correcteur le lira. Comment s'en servir : à l'entraînement, chronométrez chaque passe ; la plupart des candidats sacrifient la première et la cinquième, qui sont celles où se gagnent les points.

5.2 Le registre et le ton

Un texte n'est pas seulement un contenu : c'est une voix. Une version juste quant au sens mais plate quant au ton perd des points de « qualité de la langue ». Avant de traduire, demandez-vous qui parle, à qui, et sur quel ton.

Définition 5.3Le registre

Le registre est le niveau de langue d'un texte ou d'un passage : soutenu (récit littéraire, discours officiel), courant (presse, narration simple), familier (dialogue, monologue intérieur). La règle est de traduire un registre par le même registre : un dialogue familier ne devient pas une conversation de salon, et un récit soutenu ne se rend pas en langue parlée.

Exemple 5.4Rendre un dialogue familier
AnglaisFrançais
`You're kidding me,'' he said. `They've sacked him? After twenty years?''« Tu plaisantes, dit-il. Ils l'ont viré ? Après vingt ans ? »
``I reckon it's a bit late for that, mate.''« Je crois que c'est un peu tard pour ça, mon vieux. »

Sacked est familier : « viré » le rend, « licencié » l'aplatirait. Mate appelle « mon vieux », pas « mon ami ». Le dialogue français emploie le passé composé (« ils l'ont viré ») même si le récit qui l'entoure est au passé simple : on parle comme on parle.

iRemarquePonctuer le dialogue à la française

L'anglais ouvre et ferme les guillemets à chaque réplique, et insère he said entre deux paires de guillemets. Le français ouvre les guillemets une fois, place l'incise entre virgules sans les refermer (« Tu plaisantes, dit-il. Ils l'ont viré ? »), et signale un changement d'interlocuteur par un tiret en début de ligne. L'incise française se construit avec inversion : « dit-il », « répondit-elle », jamais « il dit ».

Méthode : Repérer le registre en trente secondes

  • Les contractions (you're, they've, won't) : dans le récit, elles signalent un narrateur proche de l'oral ; dans un dialogue, elles sont normales.
  • Le lexique : un mot latin long (to commence, to endeavour) signale le soutenu ; un verbe à particule court (to start, to try out) le courant ou le familier.
  • La longueur des phrases : la période longue, à subordonnées enchaînées, est celle de Dickens ou de George Eliot ; le français la garde, en la ponctuant mieux, sans la découper en phrases courtes.

Exercices du chapitre

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