Création de liaisons carbone-carbone
Cours complet · chimie organique 2 (PC), chapitre 3 · CPGE PC (2e année)
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La construction du squelette carboné est le cœur de la synthèse organique : on ne sait pas transformer efficacement une molécule si l'on ne sait pas d'abord assembler ses atomes de carbone. Or la liaison est apolaire et peu réactive ; la former suppose de rendre un carbone nucléophile (riche en électrons, donneur) pour l'unir à un carbone électrophile (pauvre, accepteur). Tout ce chapitre décline cette idée unique : fabriquer un carbanion (ou son équivalent) et le faire réagir sur un carbone déficitaire, le plus souvent celui d'un groupe carbonyle.
Nous suivrons une progression allant du réactif le plus « brutal » au plus sélectif : les organomagnésiens (carbanions quasi libres), les énolates (carbanions stabilisés par mésomérie), puis deux réactions emblématiques de la stratégie de synthèse, l'addition de Michael et la cycloaddition de Diels-Alder. En fil rouge, l'analyse rétrosynthétique : apprendre à repérer, dans une molécule cible, la liaison à déconnecter pour remonter aux réactifs de départ.
3.1 Rétrosynthèse et déconnexion carbone-carbone
L'analyse rétrosynthétique consiste à décomposer mentalement une molécule cible en fragments plus simples en « cassant » certaines liaisons. On note la démarche par une flèche de rétrosynthèse (à distinguer de la flèche de réaction). Chaque coupure d'une liaison est une déconnexion.
Une déconnexion hétérolytique d'une liaison produit deux fragments idéalisés appelés synthons : l'un porte la charge positive (synthon accepteur, électrophile, noté ), l'autre la charge négative (synthon donneur, nucléophile, noté ). À chaque synthon correspond un équivalent synthétique, c'est-à-dire un réactif réel manipulable au laboratoire.
Pour l'alcool , la déconnexion de la liaison entre le carbone porteur de et le groupe méthyle donne deux synthons :
L'équivalent synthétique du carbonyle est la cétone ; celui du carbanion est l'organomagnésien . La déconnexion « à l'oxygène » d'un alcool est ainsi la signature d'une synthèse magnésienne.
Méthode : Reconnaître une déconnexion pertinente
Une déconnexion n'est intéressante que si les deux synthons possèdent un équivalent synthétique connu. En pratique on cherche, autour de la liaison à couper :
- un carbone lié à un hétéroatome (, ) ou à une insaturation : il fournira le synthon accepteur (carbonyle, époxyde, système -insaturé) ;
- de l'autre côté, un carbone qui pourra jouer le rôle de nucléophile (organomagnésien, énolate).
Les liaisons en , d'un groupe carbonyle et les liaisons créées dans un cycle à six chaînons (Diels-Alder) sont les cibles privilégiées.
3.2 Les organomagnésiens mixtes
3.2.1 Préparation
Un organomagnésien mixte (ou réactif de Grignard) est un composé de formule où est un groupe alkyle, alcényle ou aryle et un halogène (, , ). On l'obtient par action du magnésium métallique sur un halogénoalcane dans un solvant éthéré anhydre :
La réaction est une insertion oxydante du magnésium dans la liaison . Le solvant (éther diéthylique ou tétrahydrofurane, THF) est indispensable : ses doublets libres solvatent l'atome de magnésium et stabilisent le réactif. Toute trace d'eau, d'alcool ou de dioxygène détruit le réactif ; le montage doit être rigoureusement anhydre et souvent sous atmosphère inerte.
Un organomagnésien est une base très forte ( de l'alcane conjugué ) : il réagit instantanément et de façon destructrice avec tout proton mobile, notamment ceux de , des alcools , des amines, des acides, ainsi que des groupes , et présents dans la molécule cible. Ces fonctions doivent être absentes ou protégées.
3.2.2 Polarité et caractère du carbone
Le magnésium () est bien moins électronégatif que le carbone (). La liaison est donc fortement polarisée :
Le carbone porte une charge partielle négative : il se comporte comme un carbanion, à la fois nucléophile (il attaque les centres électrophiles) et base forte (il capte les protons).
L'organomagnésien réalise une inversion de polarité (umpolung) : dans l'halogénoalcane , le carbone porteur de l'halogène est électrophile (). Après insertion du magnésium, ce même carbone devient nucléophile (). C'est précisément ce qui permet de l'unir à un autre carbone électrophile et de créer une liaison .
3.2.3 Additions sur les dérivés carbonylés
Le carbone nucléophile de s'additionne sur le carbone électrophile d'un aldéhyde ou d'une cétone. Après hydrolyse acide, on obtient un alcool :
Le nombre d'atomes de carbone du squelette de vient s'ajouter à celui du carbonyle : une liaison est créée.
Démonstration (Mécanisme)
L'étape déterminante est l'attaque du doublet sur le carbone du carbonyle, concertée avec la rupture de la liaison dont le doublet se replie sur l'oxygène ; le magnésium, oxophile, se fixe sur cet oxygène pour donner un alcoolate de magnésium. L'hydrolyse acide finale protone l'alcoolate en alcool. La classe de l'alcool obtenu dépend du carbonyle de départ :
- méthanal alcool primaire ;
- aldéhyde alcool secondaire ;
- cétone alcool tertiaire.
3.2.4 Addition sur le dioxyde de carbone
Le dioxyde de carbone possède deux carbones électrophiles. L'organomagnésien s'additionne une fois pour donner, après hydrolyse, un acide carboxylique possédant un carbone de plus que :
En pratique on verse le magnésien sur de la carboglace ( solide).
3.2.5 Additions sur les esters et les époxydes
Un ester réagit avec deux équivalents d'organomagnésien. La première addition donne un intermédiaire tétraédrique qui expulse l'alcoolate pour régénérer un carbonyle (une cétone), plus électrophile que l'ester ; celui-ci subit aussitôt une seconde addition. Le produit, après hydrolyse, est un alcool tertiaire portant deux groupes identiques (issus du magnésien) :
Un époxyde (oxirane) est un éther cyclique tendu : son carbone est électrophile. L'attaque du magnésien se fait sur le carbone le moins encombré, avec ouverture du cycle et formation d'un alcool allongé de deux carbones :
\ce{R-MgX} + \underset{\text{oxirane}}{\chemfig{[:30]-[:-60]O-[:60](-[:120])}} \;\longrightarrow\;\xrightarrow{\ce{H3O+}}\; R\text{--}\ce{CH2}\text{--}\ce{CH2}\text{--}\ce{OH}.
La déconnexion associée est très utile : on rallonge une chaîne de deux carbones en installant une fonction alcool en bout.
Aldéhydes, cétones, , esters, époxydes : dans tous les cas le magnésien attaque un carbone électrophile et forme une liaison . Le motif mécanistique est identique ; seul change le devenir de l'intermédiaire tétraédrique.
3.3 Énols, énolates et acidité en
3.3.1 Tautomérie céto-énolique
Un composé carbonylé portant au moins un atome d'hydrogène sur le carbone en du groupe est dit énolisable. Il existe en équilibre avec un isomère de constitution, l'énol, obtenu par migration formelle de ce proton vers l'oxygène :
Ces deux isomères sont des tautomères ; leur interconversion est la tautomérie céto-énolique. Elle est catalysée par les acides comme par les bases.
Pour un aldéhyde ou une cétone simple, la forme carbonyle est très largement majoritaire (la liaison est plus solide que ) : la fraction d'énol est de l'ordre de à . Elle augmente fortement quand l'énol est stabilisé (conjugaison, liaison hydrogène intramoléculaire des composés -dicarbonylés).
3.3.2 Acidité en d'un carbonyle
Les hydrogènes portés par le carbone en d'un groupe carbonyle sont notablement acides ( pour une cétone, pour un ester), bien plus que ceux d'un alcane (). La déprotonation fournit un anion appelé énolate.
Démonstration (Origine de l'acidité : stabilisation par mésomérie)
La base conjuguée n'est pas un simple carbanion. La charge négative est délocalisée par mésomérie entre le carbone en et l'oxygène :
La forme où la charge est portée par l'oxygène (plus électronégatif) est prépondérante et confère à l'énolate une grande stabilité, d'où l'acidité renforcée du proton en .
Lorsque le carbone acide est encadré par deux groupes carbonyle (composés -dicarbonylés : -dicétones, -cétoesters comme l'acétylacétone ou l'acétoacétate d'éthyle), la charge de l'énolate est délocalisée sur deux oxygènes. L'acidité devient très marquée ( à ) : une base modérée comme un ion alcoolate suffit à déprotoner totalement.
3.3.3 Formation des énolates : choix de la base
Méthode : Déprotoner une espèce énolisable
Pour former un énolate, on choisit une base dont l'acide conjugué a un supérieur à celui du proton visé (réaction thermodynamiquement favorable, ) :
- pour un -dicarbonylé () : un alcoolate ( de l'alcool ) déprotone quantitativement ;
- pour une cétone simple () : l'alcoolate est insuffisant (déprotonation partielle) ; on emploie une base très forte et non nucléophile, le diisopropylamidure de lithium (LDA), acide conjugué de , qui déprotone totalement et proprement à basse température.
On choisit le LDA justement parce qu'il est trop encombré pour s'additionner sur le carbonyle : il arrache le proton en sans faire d'addition nucléophile concurrente. Un magnésien ou un organolithien, eux, s'additionneraient sur le .
3.3.4 Nucléophilie ambidente et -alkylation
L'énolate est un nucléophile ambident : il possède deux sites nucléophiles, le carbone en et l'oxygène. Il peut donc réagir soit par le carbone (-alkylation, création de liaison ), soit par l'oxygène (-alkylation).
L'analyse des orbitales frontalières explique la préférence pour la -alkylation vis-à-vis d'un halogénoalcane. La haute occupée (HO) de l'énolate présente son plus gros coefficient sur le carbone ; la réaction avec un électrophile « mou » (halogénoalcane, contrôle orbitalaire) se fait donc majoritairement sur le carbone :
On crée ainsi une nouvelle liaison en position .
Une cétone dissymétrique possède deux positions énolisables. À basse température avec le LDA (déprotonation irréversible), on arrache le proton le moins encombré et le plus rapidement accessible : on obtient l'énolate cinétique (le moins substitué). En conditions réversibles (base plus faible, température plus élevée), c'est l'énolate thermodynamique, le plus substitué donc le plus stable, qui l'emporte.
3.4 Aldolisation, cétolisation et crotonisation
3.4.1 Aldolisation et cétolisation non dirigées
L'aldolisation est la réaction, en milieu basique, entre l'énolate d'un aldéhyde et une molécule d'aldéhyde intacte ; le produit, un -hydroxyaldéhyde, est appelé aldol. Avec des cétones, on parle de cétolisation et le produit, un -hydroxycétone, est un cétol.
En milieu basique aqueux ou alcoolique, l'aldolisation se déroule en trois actes :
- Formation de l'énolate : la base arrache un proton en d'une molécule d'aldéhyde, engendrant l'énolate nucléophile.
- Addition (création de la liaison ) : le carbone de l'énolate attaque le carbone électrophile du carbonyle d'une seconde molécule d'aldéhyde ; on forme un alcoolate.
- Protonation : l'alcoolate est protoné par le solvant, ce qui régénère la base et libère l'aldol.
Bilan : .
Faire réagir deux carbonylés différents tous deux énolisables conduit en général à un mélange de quatre produits (chaque énolate peut attaquer chacun des deux carbonyles), sans intérêt préparatif. L'aldolisation croisée n'est utile que si l'on contrôle qui est l'énolate et qui est l'électrophile.
3.4.2 Aldolisation croisée dirigée
Méthode : Aldolisation dirigée par déprotonation totale préalable
Pour ne former qu'un seul produit croisé :
- on déprotone totalement l'un des partenaires (celui choisi comme nucléophile) par le LDA, à basse température (), pour obtenir son énolate de façon quantitative et stable ;
- on ajoute ensuite l'autre carbonylé (l'électrophile), de préférence non énolisable ou moins réactif.
Comme il ne reste plus de carbonyle du premier partenaire, une seule combinaison est possible : le produit croisé est obtenu proprement.
Alkyler un aldéhyde énolisable par un halogénoalcane échoue : dès qu'une trace d'énolate se forme, celui-ci trouve autour de lui de nombreuses molécules d'aldéhyde intactes très électrophiles et s'aldolise beaucoup plus vite qu'il n'alkyle l'halogénoalcane. L'aldolisation l'emporte sur l'alkylation : c'est une réaction parasite inévitable pour un aldéhyde. On réserve donc l'alkylation directe aux cétones et surtout aux -dicarbonylés.
3.4.3 Crotonisation
La crotonisation est la déshydratation d'un aldol (ou d'un cétol) en un composé carbonylé -insaturé : un -énal (à partir d'un aldol) ou une -énone (à partir d'un cétol). On élimine une molécule d'eau entre le en et un en :
En milieu basique la déshydratation suit un mécanisme E1cb (élimination unimoléculaire par la base conjuguée) :
- la base arrache le proton en (le seul acide, car en du carbonyle) pour reformer un énolate ;
- cet énolate expulse l'ion hydroxyde porté par le carbone , créant la double liaison conjuguée au carbonyle.
Le produit final est conjugué (\text{–}), donc thermodynamiquement stable ; c'est la force motrice de l'élimination.
La double liaison se forme obligatoirement en conjugaison avec le carbonyle. Le mécanisme E1cb l'impose : seul le proton en du est suffisamment acide pour être arraché par la base. On obtient donc exclusivement le composé -insaturé (et non ) ; parmi les stéréoisomères, l'alcène (le plus stable) domine.
3.5 La réaction de Michael
La réaction de Michael est l'addition conjuguée (dite 1,4) d'un nucléophile stabilisé (typiquement un énolate, appelé donneur de Michael) sur un composé carbonylé -insaturé, l'énone (l'accepteur de Michael). Le nucléophile se fixe sur le carbone et une liaison est créée :
Un système -insaturé offre deux sites électrophiles conjugués : le carbone du carbonyle (attaque 1,2, directe) et le carbone (attaque 1,4, conjuguée). Un nucléophile « mou » et stabilisé comme un énolate attaque le carbone (addition 1,4) ; un nucléophile « dur » et réactif comme un organomagnésien attaque plutôt le carbonyle (addition 1,2). L'addition de Michael relève donc du contrôle orbitalaire.
Démonstration (Mécanisme)
La base engendre l'énolate du donneur. La basse vacante (BV) de l'énone présente son plus gros coefficient sur le carbone : le carbone nucléophile de l'énolate (HO) s'y additionne, créant la liaison . Il se forme un énolate de l'accepteur, qui est finalement protoné par le milieu. Le produit est un composé -dicarbonylé : un carbonyle apporté par le donneur, un autre par l'accepteur, séparés par trois carbones.
Méthode : Rétrosynthèse d'une addition de Michael
Devant un motif 1,5-dicarbonylé, envisager une déconnexion de Michael : on coupe la liaison qui sépare, d'un côté un fragment énolate (le donneur), de l'autre une énone (l'accepteur). Concrètement, on repère les deux distants de trois carbones et l'on remonte à un donneur énolisable + un accepteur -insaturé.
3.6 La réaction de Diels-Alder
3.6.1 Principe : une cycloaddition [4+2]
La réaction de Diels-Alder est une cycloaddition [4+2] entre un diène conjugué (4 électrons ) et un diénophile (une double ou triple liaison, 2 électrons ). Elle forme, en une seule étape concertée, un cycle à six chaînons (un cyclohexène) avec création simultanée de deux nouvelles liaisons .
- Le diène doit pouvoir adopter la conformation s-cis (les deux doubles liaisons du même côté) ; un diène bloqué en s-trans est inactif.
- La réaction est d'autant plus rapide que le diène est enrichi en électrons (groupes donneurs) et que le diénophile est appauvri (groupes électroattracteurs : , , , , ). C'est la Diels-Alder « à demande normale ».
appauvri (EA : groupe électroattracteur) forment deux liaisons de manière concertée. Le recouvrement s'établit entre la HO du diène et la BV du diénophile.</div>
3.6.2 Contrôle par les orbitales frontalières
La réaction est régie par le recouvrement des orbitales frontalières des deux partenaires. À demande normale, l'interaction dominante est :
Un diène riche (HO haute en énergie) et un diénophile pauvre (BV basse) rapprochent ces deux niveaux : l'écart énergétique diminue, l'interaction est forte, la vitesse augmente. C'est la règle d'Alder : substituants donneurs sur le diène et attracteurs sur le diénophile accélèrent la réaction.
3.6.3 Aspects stéréochimiques
La cycloaddition est concertée et suprafaciale-suprafaciale : chaque partenaire réagit par une seule face de son système . Il en résulte une addition syn qui conserve la configuration des réactifs :
- la stéréochimie ( ou ) des substituants du diénophile se retrouve intacte (cis ou trans) sur le cycle ;
- la réaction est donc stéréospécifique : un diénophile donne le produit cis, un diénophile donne le produit trans.
Lorsque le diénophile porte un groupe insaturé (carbonyle...), deux approches sont possibles : endo (le groupe attracteur pointe sous le diène) et exo (il pointe à l'opposé). Sous contrôle cinétique, l'adduit endo est majoritaire : l'approche endo bénéficie d'interactions orbitalaires secondaires stabilisantes entre le système du diène et celui du groupe attracteur du diénophile, qui abaissent l'énergie de l'état de transition. L'adduit exo, plus stable thermodynamiquement, ne domine que sous contrôle thermodynamique.
Avec un diène substitué et un diénophile substitué, deux régioisomères sont a priori possibles. La régiosélectivité s'interprète par les coefficients des orbitales frontalières : les gros lobes de la HO du diène et de la BV du diénophile se recouvrent préférentiellement. On obtient majoritairement l'isomère dit « ortho » (diène substitué en 1) ou « para » (diène substitué en 2), par analogie avec les positions relatives des substituants sur le cyclohexène formé.
La réaction est renversable. À haute température, un cyclohexène convenablement substitué peut subir la rétro-Diels-Alder : rupture concertée des deux liaisons formées, régénérant un diène et un diénophile. On l'exploite pour libérer un diène in situ ou pour expulser une petite molécule stable (, , ) qui déplace l'équilibre.
À retenir
- Idée maîtresse : créer une liaison , c'est unir un carbone nucléophile (carbanion, énolate) et un carbone électrophile (carbonyle, énone, diénophile).
- Organomagnésiens : carbone , nucléophile et base très forte. Additions donnant des alcools (aldéhyde 2aire, cétone 3aire, ester 3aire, époxyde +2 C) et un acide carboxylique sur . Milieu anhydre impératif.
- Énols / énolates : tautomérie céto-énolique ; en acide (, -dicarbonylés ) car l'énolate est stabilisé par mésomérie. Base : alcoolate (dicarbonylés), LDA (cétones). Nucléophile ambident -alkylation.
- Aldolisation / cétolisation : énolate + carbonyle -hydroxy\-carbonylé (aldol / cétol). Version dirigée par déprotonation totale au LDA. Crotonisation : déshydratation E1cb -insaturé conjugué (énal / énone).
- Michael : addition conjuguée 1,4 d'un énolate sur une énone (contrôle orbitalaire, BV la plus grosse en ) 1,5-dicarbonylé.
- Diels-Alder : cycloaddition [4+2] concertée (diène s-cis + diénophile appauvri), 2 liaisons . Contrôle HO(diène)-BV(diénophile), règle d'Alder. Syn suprafaciale (stéréospécifique), règle endo (cinétique), régiosélectivité ortho/para.
- Rétrosynthèse : déconnexion synthon donneur () + synthon accepteur () équivalents synthétiques réels.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>3.8 Exercices résolus
Proposer une synthèse du 2-phénylbutan-2-ol à partir de dérivés carbonylés et d'organomagnésiens.
Démonstration
Le carbone porteur du est tertiaire et lié à trois groupes : , , . On déconnecte l'une de ces trois liaisons, par exemple la liaison :
Réactifs : acétophénone et bromure d'éthylmagnésium .
Toute autre déconnexion (couper ou ) est également valable et donne un jeu de réactifs différent : la synthèse magnésienne d'un alcool tertiaire admet plusieurs voies équivalentes.
On fait réagir la but-3-én-2-one (une méthylvinylcétone) d'une part avec , d'autre part avec l'énolate du malonate de diéthyle. Quels produits attend-on ?
Démonstration
La méthylvinylcétone est une énone : deux sites électrophiles conjugués.
- est un nucléophile dur et très réactif : il fait une addition 1,2 sur le carbonyle. Après hydrolyse on obtient l'alcool allylique tertiaire .
- L'énolate du malonate est un nucléophile mou et stabilisé : il fait une addition 1,4 de Michael sur le carbone . On obtient un composé 1,5-dicarbonylé, (EA = groupe ester).
La nature du nucléophile (dur/mou) fixe la régiosélectivité 1,2 vs 1,4.
Écrire le mécanisme de la cétolisation de la propanone en milieu , puis la crotonisation du cétol formé.
Démonstration
Cétolisation. (1) arrache un en de la propanone : , l'énolate étant stabilisé par mésomérie. (2) Le carbone nucléophile attaque le carbone du carbonyle d'une seconde propanone : formation de l'alcoolate (liaison créée). (3) Protonation par l'eau : on isole le cétol, la 4-hydroxy-4-méthylpentan-2-one .
Crotonisation (E1cb). (1) réarrache le en du carbonyle énolate. (2) Cet énolate expulse porté par le carbone : on forme la double liaison conjuguée. Produit : la 4-méthylpent-3-én-2-one , une énone -insaturée (l'« oxyde de mésityle »).
On veut préparer sélectivement le produit croisé entre la propanone (donneur) et le benzaldéhyde (non énolisable). Décrire la stratégie.
Démonstration
Le benzaldéhyde n'a pas de en : il ne peut être que l'électrophile. Néanmoins, pour éviter l'autocondensation de la propanone, on procède par déprotonation totale préalable :
- à , le LDA déprotone quantitativement la propanone en son énolate de lithium ;
- on ajoute le benzaldéhyde : l'énolate s'additionne sur son carbonyle.
Après hydrolyse on obtient le cétol croisé . Une crotonisation ultérieure fournirait la benzalacétone .
Identifier les réactifs permettant d'obtenir, par addition de Michael, le composé 1,5-dicétonique (heptane-2,6-dione).
Démonstration
On repère les deux séparés par trois carbones : c'est le motif 1,5-dicarbonylé, signature d'une déconnexion de Michael. On coupe la liaison :
Réactifs : la propanone (déprotonée en énolate par une base) + la méthylvinylcétone. L'énolate de la propanone s'additionne en 1,4 sur le carbone de l'énone.
Le buta-1,3-diène réagit avec l'anhydride maléique (diénophile de configuration ). Prévoir la stéréochimie de l'adduit.
Démonstration
Deux règles s'appliquent :
- Stéréospécificité (syn suprafaciale) : les deux groupes carbonyle du diénophile, en configuration (cis), le restent sur le cyclohexène : l'adduit porte ses deux fonctions du même côté du cycle (jonction cis).
- Règle endo : sous contrôle cinétique, l'approche endo (les carbonyles pointant sous le diène, interactions orbitalaires secondaires stabilisantes) est favorisée : on obtient majoritairement l'adduit endo.
La double liaison résiduelle du diène se retrouve au centre du cyclohexène formé.
Que forme le benzoate d'éthyle avec deux équivalents de , après hydrolyse ?
Démonstration
La première addition donne un intermédiaire tétraédrique qui élimine l'éthanolate et régénère un carbonyle : l'acétophénone , plus électrophile que l'ester. Le second équivalent de magnésien s'y additionne. Après hydrolyse on obtient l'alcool tertiaire (le 2-phénylpropan-2-ol), portant deux méthyles identiques issus du magnésien. C'est la signature de l'action d'un magnésien sur un ester.
3.9 Exercices d'entraînement
- Préparation d'un Grignard. Écrire l'équation de formation du bromure de phénylmagnésium à partir du bromobenzène. Préciser le solvant et les précautions expérimentales.
- Alcools par voie magnésienne. Indiquer le carbonyle et l'organomagnésien permettant d'obtenir : (a) le butan-1-ol, (b) le pentan-3-ol, (c) le 2-méthylbutan-2-ol. Préciser à chaque fois la classe de l'alcool.
- Acide carboxylique. Proposer une synthèse de l'acide 2-méthylpropanoïque par carbonatation d'un organomagnésien.
- Incompatibilité. Expliquer pourquoi on ne peut pas préparer directement, par voie magnésienne, un alcool à partir d'un halogénoalcane possédant déjà un groupe libre. Proposer une parade.
- Tautomérie. Représenter le(s) énol(s) de la butan-2-one . Combien y en a-t-il ? Justifier lequel est le plus stable.
- Acidité comparée. Classer par acidité croissante des indiqués : éthane, propanone, acétylacétone , éthanol. Justifier par la mésomérie des bases conjuguées.
- Choix de la base. On dispose de (()), d'un éthanolate (()) et du LDA (). Quelle base choisir pour déprotoner totalement (a) l'acétoacétate d'éthyle (), (b) la cyclohexanone () ? Justifier quantitativement.
- - vs -alkylation. Écrire les deux produits possibles de la réaction de l'énolate de la propanone avec l'iodométhane . Lequel est majoritaire et pourquoi (argument orbitalaire) ?
- Aldolisation. Écrire le mécanisme détaillé de l'aldolisation de l'éthanal en milieu , puis la crotonisation du produit. Nommer l'énal final.
- Aldolisation croisée. On mélange en milieu basique l'éthanal et le 2,2-diméthylpropanal (non énolisable). Combien de produits croisés et propres peut-on espérer, et comment rendre la réaction sélective ?
- Crotonisation régiosélective. Un cétol possède deux en (de part et d'autre du carbonyle). Justifier, par le mécanisme E1cb, que la déshydratation ne donne que l'énone conjuguée et non l'alcène non conjugué.
- Michael. Donner le produit de l'addition de Michael de l'énolate du malonate de diéthyle sur l'acrylate de méthyle . Identifier le motif dicarbonylé formé.
- Rétrosynthèse Michael. Proposer une déconnexion de Michael pour la 5-oxohexanenitrile (repérer donneur et accepteur).
- Diels-Alder — conformation. Expliquer pourquoi le cyclopenta-1,3-diène est un excellent diène de Diels-Alder alors qu'un diène bloqué en s-trans est inactif.
- Diels-Alder — vitesse. Classer par réactivité croissante, comme diénophiles vis-à-vis du butadiène : l'éthène , l'acrylonitrile , l'anhydride maléique. Justifier par la règle d'Alder et les orbitales frontalières.
- Diels-Alder — stéréospécificité. Comparer les adduits obtenus avec le fumarate () et le maléate () de diméthyle comme diénophiles. Conclure sur le caractère stéréospécifique de la réaction.
- Rétro-Diels-Alder. Proposer une utilisation synthétique de la rétro-Diels-Alder libérant du diazote pour déplacer un équilibre.