Spectroscopies IR, UV-visible et RMN du proton
Cours complet · chimie (PCSI), chapitre 12 · CPGE PCSI (1re année)
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Déterminer la structure d'une molécule sans jamais l'isoler à l'œil nu : c'est le pouvoir des spectroscopies. Toutes reposent sur le même principe — une entité chimique absorbe un rayonnement électromagnétique lorsque son énergie correspond à l'écart entre deux niveaux d'énergie quantifiés. Selon le domaine du spectre sondé, on accède à des informations complémentaires : la spectroscopie infrarouge (IR) révèle les liaisons et les groupes caractéristiques par les vibrations moléculaires ; la spectroscopie UV-visible sonde les transitions électroniques et permet un dosage quantitatif via la loi de Beer-Lambert ; la résonance magnétique nucléaire du proton () cartographie l'environnement de chaque atome d'hydrogène et confirme finalement la structure. Ce chapitre apprend à lire et à attribuer ces trois types de spectres.
12.1 Rayonnement, énergie et transitions
Un rayonnement électromagnétique est caractérisé par sa longueur d'onde , sa fréquence et, en spectroscopie IR, son nombre d'onde (usuellement en ). L'énergie transportée par un photon vaut
où est la constante de Planck et la célérité de la lumière.
Une entité n'absorbe un photon que si son énergie est exactement égale à l'écart entre deux niveaux d'énergie quantifiés :
Plus l'énergie de la transition est grande, plus la longueur d'onde absorbée est courte. On classe ainsi les domaines par énergie décroissante : UV-visible (, transitions électroniques) IR (, vibrations des liaisons) ondes radio (RMN, retournement de spins nucléaires).
La spectroscopie n'est pas destructive : l'échantillon n'est pas consommé. On mesure la fraction de lumière absorbée en fonction de ou de , ce qui produit un spectre : une courbe présentant des pics (ou bandes) aux énergies de résonance caractéristiques de la molécule.
12.2 Spectroscopie infrarouge (IR)
12.2.1 Vibrations des liaisons et nombre d'onde
Les liaisons d'une molécule vibrent en permanence (élongations, déformations). Une liaison absorbe un photon IR lorsque sa fréquence coïncide avec sa fréquence propre de vibration : le spectre IR est donc une signature des liaisons présentes.
Une liaison entre deux atomes se modélise par deux masses reliées par un ressort de raideur (rigidité de la liaison). Le nombre d'onde de vibration s'écrit
On en déduit deux règles de lecture :
- plus la liaison est forte/rigide (grand : triple double simple), plus est élevé ;
- plus les atomes sont légers (petit ), plus est élevé — d'où les liaisons , , à haut nombre d'onde.
12.2.2 Lecture d'un spectre IR
Méthode : Identifier un groupe caractéristique en IR
Un spectre IR se lit en transmittance (%) : une bande d'absorption est un creux pointant vers le bas. On procède ainsi :
- repérer la zone (groupes caractéristiques) ; la zone est celle des empreintes digitales, propre à chaque molécule mais difficile à interpréter ;
- pour chaque bande notable, relever le nombre d'onde, l'intensité (forte, moyenne, faible) et la largeur (fine ou large) ;
- confronter à une table de nombres d'onde caractéristiques.
| Liaison | Groupe | () | Aspect |
|---|---|---|---|
| (alcool, liaisons H) | alcool | forte, large | |
| (acide carbox.) | acide | très large | |
| (amine, amide) | amine | moyenne | |
| () | alcane | forte | |
| / | alcyne/nitrile | moyenne, fine | |
| carbonyle | forte, fine | ||
| alcène | moyenne | ||
| alcool/ester | forte |
- vers : bande fine et intense — signale un carbonyle (aldéhyde, cétone, acide, ester, amide).
- d'alcool : bande large vers (liaisons hydrogène).
- d'acide carboxylique : bande très large de à , souvent superposée aux .
12.3 Spectroscopie UV-visible
12.3.1 Transitions électroniques et couleur
Dans le domaine UV-visible, l'absorption d'un photon fait passer un électron d'une orbitale occupée de basse énergie vers une orbitale vacante de plus haute énergie (transitions , ). Ces transitions concernent surtout les molécules possédant des doubles liaisons conjuguées (systèmes étendus) ou des complexes de métaux de transition.
Une espèce colorée absorbe dans le visible (). La couleur perçue est la couleur complémentaire de celle absorbée : une solution qui absorbe le rouge/orangé () paraît bleue. Plus le système conjugué est étendu, plus est grand (déplacement vers le rouge).
12.3.2 Loi de Beer-Lambert
Soit l'intensité incidente et l'intensité transmise à travers l'échantillon. On définit la transmittance (souvent en %) et l'absorbance
est une grandeur sans dimension (nombre positif).
Pour une solution diluée d'une espèce absorbant à la longueur d'onde , l'absorbance est proportionnelle à la concentration :
où est la longueur de la cuve traversée (), la concentration molaire () et le coefficient d'absorption molaire (), caractéristique de l'espèce à la longueur d'onde de travail.
La loi de Beer-Lambert n'est valable que pour des solutions diluées (), non fluorescentes et non diffusantes. Pour un mélange d'espèces absorbantes ne réagissant pas entre elles, les absorbances s'additionnent à fixée : .
Méthode : Dosage spectrophotométrique par étalonnage
Pour doser une espèce colorée de concentration inconnue :
- choisir (maximum d'absorption, sensibilité maximale) ;
- préparer une gamme étalon de concentrations connues et mesurer leur absorbance ;
- tracer : la loi de Beer-Lambert prévoit une droite passant par l'origine, de pente ;
- mesurer de la solution inconnue et lire sur la droite d'étalonnage.
Capacité numérique : Dosage par étalonnage (Beer-Lambert)
On dispose d'une gamme étalon . On ajuste la droite par régression linéaire (numpy.polyfit), puis on inverse la relation pour trouver la concentration d'un échantillon inconnu d'absorbance mesurée.
import numpy as np
# gamme etalon : concentrations connues (mol/L) et absorbances mesurees
c = np.array([0.0, 1.0e-4, 2.0e-4, 3.0e-4, 4.0e-4, 5.0e-4])
A = np.array([0.00, 0.21, 0.40, 0.62, 0.79, 1.01])
# regression lineaire A = pente * c + ordo (pente = epsilon * l)
pente, ordo = np.polyfit(c, A, 1)
print("pente (epsilon*l) =", round(pente, 1), "L/mol")
print("ordonnee a l'origine =", round(ordo, 3))
# coefficient de correlation (qualite de l'ajustement)
R = np.corrcoef(c, A)[0, 1]
print("R^2 =", round(R**2, 5))
# echantillon inconnu : absorbance mesuree
A_inconnu = 0.55
c_inconnu = (A_inconnu - ordo) / pente
print("concentration inconnue =", round(c_inconnu * 1e6, 1), "micromol/L")
La linéarité (R2 proche de 1) valide Beer-Lambert ; la pente donne et l'inversion fournit la concentration cherchée.
12.4 RMN du proton ()
La RMN sonde les noyaux d'hydrogène placés dans un champ magnétique intense : chaque proton résonne à une fréquence légèrement différente selon son environnement électronique. Le programme n'exige aucun développement sur le principe : on se concentre sur la lecture et l'attribution des spectres.
12.4.1 Déplacement chimique
La position d'un signal RMN est repérée par le déplacement chimique
mesuré par rapport à une référence (le tétraméthylsilane, TMS, à ). est indépendant du champ de l'appareil. Un proton voisin d'atomes électronégatifs (, , halogènes) ou d'un système est déblindé : son signal apparaît à élevé.
| Type de proton | (ppm) | Exemple |
|---|---|---|
| , (alcane) | ||
| voisin de | ||
| voisin de | ||
| (alcool) | variable, large | |
| (alcène) | vinylique | |
| (aromatique) | benzène | |
| (aldéhyde) | ||
| (acide) | très déblindé |
12.4.2 Protons équivalents et intégration
Deux protons sont équivalents (chimiquement) s'ils ont le même environnement, c'est-à-dire s'ils sont interchangeables par une symétrie de la molécule. Ils résonnent au même déplacement chimique et donnent un seul signal.
L'aire sous un signal (hauteur de la courbe d'intégration, en escalier) est proportionnelle au nombre de protons qui lui donnent naissance. Les rapports d'intégration fournissent le nombre relatif de de chaque type ; combinés à la formule brute, ils donnent le nombre absolu.
12.4.3 Couplage spin-spin et multiplicité
Un proton « voit » les protons équivalents entre eux et portés par les atomes voisins (couplage spin-spin). Son signal se scinde alors en un multiplet de pics :
Les protons équivalents ne se couplent pas entre eux.
L'écart (en Hz) entre deux pics voisins d'un multiplet est la constante de couplage , identique pour les deux groupes de protons qui se couplent mutuellement (cela permet de repérer les partenaires de couplage). est indépendante du champ de l'appareil. Les intensités relatives des pics d'un multiplet suivent le triangle de Pascal (1:1 doublet, 1:2:1 triplet, 1:3:3:1 quadruplet).
Un système décrit deux groupes de protons couplés : par exemple le motif (éthyle) donne un quadruplet (les voient les 3 du ) et un triplet (les voient les 2 du ). Un système à trois groupes voisins (comme ) conduit à des multiplets plus complexes, chaque groupe se couplant avec ses deux voisins.
Méthode : Attribuer un spectre RMN à une molécule
- compter le nombre de signaux : c'est le nombre de types de protons non équivalents ;
- exploiter l'intégration pour le nombre de de chaque signal ;
- lire le déplacement chimique (table) pour identifier l'environnement (proche de , aromatique, aldéhyde…) ;
- analyser la multiplicité : pics protons voisins, ce qui révèle les enchaînements d'atomes ;
- recouper avec la formule brute et, le cas échéant, le spectre IR.
12.5 Synthèse du chapitre
- Résonance : absorption si ; UV-vis (électrons) IR (vibrations) RMN (spins).
- IR : nombre d'onde ; identifier les groupes via une table — fine intense vers , large vers , acide très large .
- UV-visible : ; Beer-Lambert (droite d'étalonnage dosage) ; couleur perçue = complémentaire de la couleur absorbée.
- RMN : position = déplacement chimique (ppm, déblindage par //aromatique) ; intégration = nombre de ; multiplicité = règle des -uplets ( = protons voisins équivalents) ; écart des pics = constante de couplage .
- Attribution : croiser signaux, intégrations, , multiplicités et IR pour confirmer une structure.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>12.6 Exercices résolus
Un rayonnement UV de longueur d'onde est absorbé. Calculer l'énergie de la transition électronique associée.
Démonstration
, soit environ par photon. Cette énergie élevée est cohérente avec une transition électronique dans l'UV.
Une molécule présente en IR une bande fine et intense à et aucune bande large vers . Que peut-on conclure ?
Démonstration
La bande fine intense à est caractéristique d'un carbonyle . L'absence de bande large exclut l'alcool et l'acide carboxylique : la molécule est probablement une cétone ou un aldéhyde.
Une solution de est placée dans une cuve de . On mesure . Quelle est la concentration ?
Démonstration
. On vérifie : la loi de Beer-Lambert s'applique.
Une solution laisse passer de la lumière incidente. Calculer son absorbance. Que devient si l'on double la concentration ?
Démonstration
donc . En doublant , l'absorbance double () : , soit .
Une solution de permanganate absorbe fortement vers (vert). Quelle est sa couleur perçue ?
Démonstration
La couleur perçue est la complémentaire de la couleur absorbée. Le vert absorbé () a pour complémentaire le violet-magenta : c'est bien la couleur des solutions de permanganate.
Un composé de formule donne trois signaux RMN : un triplet à (3H), un signal à (1H, échangeable) et un quadruplet à (2H). Identifier la molécule.
Démonstration
Le motif éthyle est reconnaissable : triplet 3H (le voit 2 voisins) et quadruplet 2H (le voit 3 voisins). Le signal 1H échangeable à est le . Le quadruplet à (déblindé) place le contre l'oxygène. La molécule est l'éthanol .
Un composé donne en RMN un singulet unique à intégrant pour 6H, et en IR une bande intense à . Proposer une structure.
Démonstration
La bande IR à indique un . Le singulet 6H (déplacement , protons voisins d'un carbonyle, aucun voisin) correspond à deux équivalents encadrant le . La molécule est la propanone (acétone) .
Prévoir l'allure du spectre RMN du -trichloroéthane : nombre de signaux, multiplicités et intégrations.
Démonstration
Deux types de protons : le (H) et le (H).
- le voit les 2 du triplet (1H), déblindé (2 ) vers ;
- le voit le proton doublet (2H) vers .
Rapport d'intégration . On retrouve un système (, ) avec la même constante de couplage pour les deux massifs.
12.7 Exercices d'entraînement
- () Convertir un nombre d'onde en longueur d'onde (en ), puis en énergie de photon.
- () Classer par nombre d'onde de vibration croissant : , , . Justifier avec le modèle de l'oscillateur.
- () Une bande large à et une bande à : quel groupe caractéristique ?
- () Une solution d'absorbance dans une cuve de est diluée deux fois. Calculer la nouvelle absorbance et la transmittance correspondante.
- () On mesure pour une solution de , cuve . Déterminer .
- () À l'aide de l'encadré numérique, ajouter le calcul du coefficient de corrélation et commenter la qualité de la droite d'étalonnage.
- () Distinguer par IR un alcool d'un acide carboxylique de même formule brute : quelles bandes surveiller ?
- () Combien de signaux RMN attend-on pour le méthanol ? Donner intégrations et multiplicités (couplage négligé).
- () Le propanoate de méthyle : prévoir le nombre de signaux, leurs intégrations et leurs multiplicités.
- () Un composé présente en IR une bande très large de à et une bande à ; en RMN, un singulet 3H à et un singulet 1H à . Identifier la molécule.
- () Un composé donne un triplet (3H), un quadruplet (2H) et un singulet (3H) ; IR : à . Proposer une structure et attribuer chaque signal.
- () On mélange deux constituants A et B non réactifs dosés à la même . On mesure . Sachant , (cuve ) et , déterminer par additivité des absorbances.
- () Un mélange de propanone et de 2-méthylpropan-2-ol donne en RMN H deux singulets bien séparés : l'un à (les H de la propanone), l'autre à (les H des trois de l'alcool). Les intégrations (aires) mesurées valent respectivement et . Sachant qu'une aire est proportionnelle au produit (nombre de équivalents) (quantité de matière), déterminer le rapport molaire propanone / alcool dans le mélange.