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Oxydoréduction en chimie organique

Cours complet · chimie (PCSI), chapitre 13 · CPGE PCSI (1re année)

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Les réactions d'oxydoréduction ne sont pas réservées à la chimie minérale : de très nombreuses transformations de la chimie organique sont, en réalité, des transferts d'électrons portant sur un ou plusieurs atomes de carbone. Passer d'un alcool à un aldéhyde, d'un aldéhyde à un acide carboxylique, ou d'une cétone à un alcool, revient à modifier le nombre d'oxydation du carbone fonctionnel. Ce chapitre montre comment attribuer un nombre d'oxydation au carbone, reconnaître une oxydation ou une réduction, prévoir le produit d'oxydation d'un alcool selon sa classe, et réduire aldéhydes et cétones à l'aide du tétrahydruroborate de sodium . Conformément au programme, aucun oxydant ni réducteur n'est à connaître par cœur, à l'exception notable de .

13.1 Nombre d'oxydation du carbone

Définition 13.1Nombre d'oxydation en chimie organique

Le nombre d'oxydation (n.o., noté en chiffres romains) d'un atome mesure la charge fictive qu'il porterait si toutes ses liaisons étaient ioniques, chaque doublet de liaison étant attribué en totalité à l'atome le plus électronégatif. Pour un atome de carbone :

  • une liaison compte (le carbone est plus électronégatif que l'hydrogène : il « prend » le doublet) ;
  • une liaison , , … (vers un atome plus électronégatif) compte par liaison (double liaison deux liaisons, donc ) ;
  • une liaison compte (même élément : partage à parts égales).

Le n.o. du carbone est la somme algébrique de ces contributions.

Méthode : Calculer le n.o. d'un carbone fonctionnel

On isole l'atome de carbone étudié et on compte, liaison par liaison :

On vérifie a posteriori que la somme des n.o. de tous les atomes redonne la charge globale de la molécule (nulle pour une molécule neutre).

Exemple 13.2La série du carbone à un atome

Pour un même atome de carbone lié à un nombre croissant d'atomes d'oxygène, le n.o. augmente régulièrement de en :

Le méthane (que des liaisons ) est la forme la plus réduite, le dioxyde de carbone la plus oxydée.

iRemarque

En chimie organique, on s'intéresse rarement au n.o. de tous les carbones : seul celui du carbone fonctionnel (celui qui porte le groupe caractéristique) varie au cours de la transformation. Les carbones d'un squelette purement hydrocarboné, entourés de et de , gardent un n.o. constant et n'interviennent pas dans le bilan électronique.

13.2 Reconnaître une oxydation ou une réduction

Définition 13.3Oxydation et réduction d'une espèce organique

Une transformation organique est une oxydation si le n.o. du carbone fonctionnel augmente (perte d'électrons), une réduction s'il diminue (gain d'électrons). Pratiquement :

  • gagner une liaison (ou perdre une liaison ) oxydation ;
  • perdre une liaison (ou gagner une liaison ) réduction.
ImportantInterconversion hydroxyalkyle carbonyle

L'exemple central du programme est l'interconversion entre le groupe hydroxyalkyle (, alcool) et le groupe carbonyle (, aldéhyde ou cétone) :

Le passage alcool carbonyle fait perdre une liaison et gagner une liaison (la simple liaison devient double) : le carbone s'oxyde (variation de au total). Le passage inverse est une réduction.

iRemarque

Toutes les transformations organiques ne sont pas des redox. Une substitution, une addition d'eau ou une réaction acide-base peuvent laisser le n.o. du carbone inchangé. Le critère est uniquement la variation du n.o., pas l'apparition d'un atome d'oxygène : l'hydratation d'un alcène () n'est pas une oxydation.

13.3 Classe des alcools et produit d'oxydation

Définition 13.4Classe d'un alcool

La classe d'un alcool est le nombre d'atomes de carbone directement liés au carbone porteur du groupe hydroxyle :

  • alcool primaire (I) : (un seul voisin) ;
  • alcool secondaire (II) : (deux voisins) ;
  • alcool tertiaire (III) : (trois voisins, aucun sur le carbone fonctionnel).
◆Théorème 13.5Oxydation des alcools selon leur classe

Le produit d'oxydation d'un alcool dépend de sa classe :

ClasseOxydation ménagéeOxydation forte (excès)
primairealdéhyde acide
secondairecétone cétone (pas plus loin)
tertiairenon oxydable (pas de sur le )

La condition d'oxydabilité est la présence d'au moins un atome d'hydrogène porté par le carbone fonctionnel : l'alcool tertiaire n'en a pas, il ne peut être oxydé sans rompre le squelette carboné.

Démonstration

Oxyder l'alcool consiste à remplacer une liaison du carbone fonctionnel par une liaison . L'alcool primaire porte deux : on peut lui en retirer un (formation de l'aldéhyde), puis un second par formation d'un nouveau (formation de l'acide). L'alcool secondaire n'en porte qu'un : après formation de la cétone, il n'y a plus de disponible, l'oxydation s'arrête. L'alcool tertiaire n'en porte aucun : aucune oxydation ménagée n'est possible.

Proposition 13.6Principe de l'oxydation contrôlée des alcools primaires

Pour arrêter l'oxydation d'un alcool primaire au stade de l'aldéhyde, on opère en défaut d'oxydant et l'on distille l'aldéhyde au fur et à mesure de sa formation : plus volatil que l'alcool (il ne forme pas de liaisons hydrogène), l'aldéhyde quitte le milieu réactionnel et échappe à une oxydation ultérieure en acide. Sans cette précaution, un oxydant en excès conduit à l'acide carboxylique.

iRemarqueOxydants usuels

Les oxydants classiques de la chimie organique de laboratoire sont des dérivés du chrome(VI) (ion dichromate en milieu acide, orange, réduit en vert ; réactif de Jones) ou du manganèse (ion permanganate , violet, réduit en incolore). Conformément au programme, ces oxydants ne sont pas à connaître : les conditions expérimentales sont toujours fournies. On retiendra seulement leurs couples pour écrire les bilans.

13.4 Écriture des demi-équations et du bilan

Méthode : Demi-équation d'une oxydation organique

On équilibre la demi-équation en milieu aqueux acide, dans l'ordre :

  • équilibrer l'élément carbone, puis les autres éléments hors et ;
  • équilibrer l'oxygène avec des molécules d'eau ;
  • équilibrer l'hydrogène avec des ions ;
  • équilibrer la charge avec des électrons .

Le nombre d'électrons échangés doit être cohérent avec la variation du n.o. du carbone.

Exemple 13.7Alcool primaire vers aldéhyde

Passage de l'éthanol à l'éthanal (le carbone passe de à , soit électrons) :

Exemple 13.8Aldéhyde vers acide carboxylique

Poursuite jusqu'à l'acide éthanoïque (le carbone passe de à , électrons) :

Exemple 13.9Bilan avec le permanganate

Couplée à la réduction du permanganate en milieu acide ( électrons), l'oxydation de l'éthanol en acide éthanoïque (, électrons) donne, après multiplication croisée (oxydation , réduction ) et simplification :

13.5 Réduction des aldéhydes et cétones par

Définition 13.10Tétrahydruroborate de sodium

Le tétrahydruroborate de sodium (ou borohydrure de sodium) est le réducteur à connaître. On modélise l'anion comme une source d'ion hydrure , nucléophile, capable de se fixer sur un carbone électrophile. Il réduit sélectivement les aldéhydes et les cétones en alcools, sans réduire (dans les conditions usuelles) les acides carboxyliques ni les esters : c'est un réducteur doux et chimiosélectif.

◆Théorème 13.11Réduction du carbonyle

L'action de sur un composé carbonylé transforme la double liaison en fonction alcool (le carbone gagne un , son n.o. diminue de ) :

ImportantModélisation par un ion hydrure

Dans le mécanisme, l'ion se comporte comme un ion hydrure : le doublet de la liaison attaque le carbone déficient en électrons du carbonyle (polarisation ). Il se forme un ion alcoolate , ensuite protoné (par le solvant, souvent l'éthanol ou l'eau) pour donner l'alcool. Un même peut transférer ses quatre hydrures.

Démonstration (Bilan de la réduction)

En comptant l'ion comme fournissant l'hydrure et en équilibrant en milieu aqueux, la demi-équation de réduction du carbonyle s'écrit

et l'oxydation du borohydrure (source d'hydrure) fournit les électrons. Le bilan global usuel, pour quatre molécules de carbonyle réduites par un , s'écrit de manière condensée

iRemarqueChimiosélectivité

La douceur de en fait l'outil de choix quand une molécule polyfonctionnelle porte à la fois un carbonyle et une fonction plus difficile à réduire (acide, ester, amide) : seul le carbonyle aldéhyde/cétone est touché. Un réducteur plus puissant comme (hors programme, mais souvent cité) réduirait aussi acides et esters : le choix du réducteur est un levier de stratégie de synthèse.

13.6 Synthèse du chapitre

À retenir
  • n.o. du carbone : compte , (et liaison vers plus électronégatif) , . Série .
  • Oxydation n.o. qui augmente (gagne / perd ) ; réduction n.o. qui diminue. Toute apparition d'oxygène n'est pas une oxydation.
  • Interconversion hydroxyalkyle carbonyle : oxydation dans un sens, réduction dans l'autre.
  • Oxydation des alcools : primaire aldéhyde acide ; secondaire cétone ; tertiaire non oxydable. Oxydation contrôlée (distillation de l'aldéhyde) pour s'arrêter à l'aldéhyde.
  • Réduction par (à connaître, modélisé comme source d') : aldéhyde alcool I, cétone alcool II. Réducteur doux et chimiosélectif.
  • Demi-équations en milieu aqueux acide : équilibrer C, puis O (), puis H (), puis charge ().

<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>13.7 Exercices résolus

Exercice 1 : n.o. du carbone ()

Déterminer le n.o. du carbone fonctionnel dans le méthanol , le méthanal et l'acide méthanoïque .

Démonstration

Méthanol : le carbone porte liaisons () et une (), soit n.o. . Méthanal : () et une double (), soit n.o. . Acide méthanoïque : () et trois liaisons vers l'oxygène (), soit n.o. . On retrouve la série croissante .

Exercice 2 : oxydation ou réduction ? ()

Les transformations suivantes sont-elles des oxydations, des réductions, ou ni l'une ni l'autre ? (a) ; (b) ; (c) .

Démonstration

(a) Le carbone fonctionnel passe de à : n.o.\ augmente, oxydation. (b) De (cétone) à (alcool II) : n.o. diminue, réduction. (c) Hydratation : le n.o. global de la molécule est inchangé, ce n'est ni une oxydation ni une réduction (simple addition).

Exercice 3 : produit d'oxydation selon la classe ()

Donner le(s) produit(s) d'oxydation ménagée puis forte du propan-1-ol, du propan-2-ol et du 2-méthylpropan-2-ol.

Démonstration

Propan-1-ol (primaire) : oxydation ménagée vers le propanal ; oxydation forte vers l'acide propanoïque . Propan-2-ol (secondaire) : vers la propanone (acétone) , sans aller plus loin. 2-méthylpropan-2-ol (tertiaire) : non oxydable (pas de sur le carbone fonctionnel).

Exercice 4 : demi-équation ()

Écrire la demi-équation d'oxydation du propan-2-ol en propanone en milieu acide.

Démonstration

Le carbone passe de à , soit électrons :

Vérification : C (), O (), H (), charge (). Équilibrée.

Exercice 5 : bilan avec le dichromate ()

Établir l'équation bilan de l'oxydation du propan-2-ol en propanone par l'ion dichromate en milieu acide, sachant que .

Démonstration

L'oxydation met en jeu électrons, la réduction . On multiplie l'oxydation par et on additionne :

(Les produits par l'oxydation se retranchent des consommés par la réduction, d'où .)

Exercice 6 : réduction par ()

Donner le produit de la réduction du butanal et de la butan-2-one par , et préciser la classe de l'alcool obtenu.

Démonstration

Butanal (aldéhyde) : vers le butan-1-ol , alcool primaire. Butan-2-one (cétone) : vers le butan-2-ol , alcool secondaire. Dans les deux cas l'ion apporte l'hydrure sur le carbone du carbonyle.

Exercice 7 : chimiosélectivité ()

On dispose du 3-oxobutanoate d'éthyle (acétoacétate d'éthyle : une fonction cétone et une fonction ester sur la même molécule). Que réduit ? Justifier l'intérêt en synthèse.

Démonstration

est un réducteur doux : il réduit la cétone en alcool secondaire mais laisse la fonction ester intacte. Cette chimiosélectivité permet de fonctionnaliser sélectivement le carbonyle sans protéger l'ester, contrairement à un réducteur fort qui réduirait les deux.

Exercice 8 : test d'identification ()

Deux flacons contiennent l'un du pentan-1-ol, l'autre du 2-méthylbutan-2-ol. Proposer un moyen chimique simple de les distinguer.

Démonstration

On ajoute une solution oxydante (dichromate acidifié, orange). Le pentan-1-ol (alcool primaire) est oxydé : la couleur vire au vert ( formé). Le 2-méthylbutan-2-ol (alcool tertiaire) n'est pas oxydable : la solution reste orange. La persistance de la couleur orange identifie l'alcool tertiaire.

13.8 Exercices d'entraînement

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