Oxydo-réduction et piles
Cours complet · chimie : transformation de la matière (MPI), chapitre 3 · CPGE MPI (2e année)
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Une réaction d'oxydo-réduction met en jeu un transfert d'électrons entre deux réactifs, tout comme une réaction acide-base met en jeu un transfert de protons. Ce transfert peut se produire directement, lorsqu'on plonge une lame de métal dans une solution, ou bien être canalisé dans un circuit extérieur : on obtient alors une pile, convertisseur d'énergie chimique en énergie électrique. Ce chapitre, de niveau première année, met en place le vocabulaire (nombre d'oxydation, couple, demi-équation), la modélisation d'une pile (demi-piles, pont salin, électrodes), l'outil quantitatif central qu'est la relation de Nernst, et enfin la prévision du sens des réactions redox ainsi que l'évaluation de la capacité d'une pile. Conformément au programme, on privilégie le raisonnement sur les potentiels et les diagrammes de prédominance ; aucun calcul d'enthalpie libre n'est employé.
3.1 Oxydants, réducteurs et nombre d'oxydation
3.1.1 Couple oxydant-réducteur
Un réducteur est une espèce capable de céder un ou plusieurs électrons ; un oxydant est une espèce capable d'en capter. Une oxydation est une perte d'électrons, une réduction un gain d'électrons. À un oxydant et au réducteur qui lui correspond par gain d'électrons est associé un couple , relié par la demi-équation électronique
: ; : ; : ; en milieu acide : . Un électron libre n'existe pas en solution : une oxydation ne peut se produire que couplée à une réduction qui consomme les électrons libérés.
3.1.2 Nombre d'oxydation
Le nombre d'oxydation (n.o.) est un outil comptable qui repère l'état d'oxydation d'un élément dans une espèce, sans préjuger de la nature réelle des liaisons.
Le nombre d'oxydation d'un élément, noté en chiffres romains, est la charge fictive qu'il porterait si tous les doublets de liaison étaient attribués à l'atome le plus électronégatif. Il se détermine à l'aide des règles suivantes :
- pour un corps simple (, , …), ;
- pour un ion monoatomique, le n.o. est égal à la charge de l'ion ( : ) ;
- dans un édifice, la somme des n.o. pondérés par le nombre d'atomes est égale à la charge globale ;
- l'oxygène vaut le plus souvent (sauf peroxydes ), l'hydrogène (sauf hydrures métalliques ).
Méthode : Attribuer un nombre d'oxydation
Pour trouver le n.o. inconnu d'un élément dans un édifice : fixer les n.o. connus (O, H…), écrire que la somme algébrique des n.o. égale la charge totale, puis résoudre. Une variation croissante du n.o. signale une oxydation, une variation décroissante une réduction.
Dans l'ion permanganate , chaque oxygène est à , soit . La charge globale valant , le manganèse vérifie , d'où . Le manganèse y est à son degré d'oxydation le plus élevé : est un oxydant fort. Dans , le n.o. vaut : la réduction fait chuter le n.o. de à , soit un gain de électrons par atome de manganèse, ce qui confirme le de la demi-équation.
Le nombre d'oxydation est l'outil le plus sûr pour compter les électrons échangés et repérer oxydant/réducteur dans des espèces polyatomiques (oxo-anions, molécules organiques). Le nombre total d'électrons échangés lors d'une réaction est égal à la variation totale de n.o. de l'élément oxydé (ou réduit), multipliée par le nombre d'atomes concernés.
3.2 Réactions d'oxydo-réduction et leur équilibrage
3.2.1 Écriture d'une réaction redox
Une réaction redox résulte du couplage de deux couples : l'oxydant de l'un réagit avec le réducteur de l'autre. Pour un couple et un couple ,
Les électrons cédés par sont exactement captés par : ils n'apparaissent pas dans le bilan global.
Méthode : Équilibrer une réaction redox en milieu aqueux
- Identifier les deux couples et écrire chaque demi-équation :
- équilibrer l'élément qui change de n.o. ;
- équilibrer l'oxygène avec des molécules d'eau ;
- équilibrer l'hydrogène avec des ions (milieu acide) ;
- équilibrer les charges avec des électrons ;
- multiplier chaque demi-équation par un entier de sorte que le nombre d'électrons soit le même dans les deux ;
- additionner et simplifier (les électrons disparaissent, on regroupe eau et ).
En milieu basique, on remplace ensuite les en ajoutant autant de de part et d'autre.
Couples () et () en milieu acide.
En égalisant à électrons puis en sommant :
Cette réaction, support du dosage manganimétrique, est autoindicatrice : la couleur violette de disparaît tant qu'il reste du , puis persiste à l'équivalence.
Une même espèce peut jouer les deux rôles : le cuivre(I) se dismute en cuivre(0) et cuivre(II). À partir de et , on écrit : le n.o. du cuivre passe de à pour l'un et à pour l'autre. La réaction inverse est une médiamutation.
3.3 Piles électrochimiques
3.3.1 Principe : séparer pour canaliser les électrons
Si l'on plonge une lame de zinc dans une solution de sulfate de cuivre, la réaction se produit directement : le zinc se couvre de cuivre et les électrons passent d'atome à atome, sans qu'on puisse les exploiter. L'idée de la pile est de séparer physiquement l'oxydation et la réduction dans deux compartiments : les électrons sont alors contraints de transiter par un fil conducteur extérieur, où ils constituent un courant électrique utilisable.
Une pile est l'association de deux demi-piles reliées par un circuit extérieur (conducteur électronique) et par un pont salin (conducteur ionique). Une demi-pile est le siège d'un couple ; elle comporte une électrode (conducteur métallique) plongée dans un électrolyte. On la note , …
Par convention universelle :
- l'anode est l'électrode siège de l'oxydation ;
- la cathode est l'électrode siège de la réduction.
Dans une pile (générateur), l'anode est le pôle et la cathode le pôle . Moyen mnémotechnique : anode et oxydation commencent par une voyelle, cathode et réduction rappellent le pôle où arrivent les cations.
3.3.2 Rôle du pont salin
En débitant, la demi-pile où a lieu l'oxydation s'enrichit en cations () et l'autre s'en appauvrit ( consommé) : sans le pont salin, chaque compartiment se chargerait électriquement et la réaction s'arrêterait aussitôt. Le pont salin (gel contenant un électrolyte inerte, par exemple ou ) assure la neutralité électrique des solutions en laissant migrer ses ions : ses anions se dirigent vers la demi-pile anodique (excès de charges ) et ses cations vers la demi-pile cathodique (excès de charges ). Il ferme le circuit tout en évitant le mélange des deux solutions.
Dans une pile qui débite :
- les électrons circulent dans le circuit extérieur, de l'anode () vers la cathode () ;
- le courant conventionnel circule en sens inverse (de vers ) à l'extérieur ;
- dans les solutions et le pont salin, les cations migrent vers la cathode et les anions vers l'anode.
3.3.3 La pile Daniell
à l'anode (), réduction à la cathode (). Les électrons circulent dans le fil de l'anode vers la cathode ; le pont salin ferme le circuit en laissant migrer ses ions.</div>
La demi-pile de zinc () est l'anode : , l'électrode de zinc se dissout progressivement. La demi-pile de cuivre () est la cathode : , du cuivre se dépose. Le bilan de fonctionnement est . On la représente par le schéma conventionnel , la double barre figurant le pont salin.
3.4 Potentiel d'électrode et relation de Nernst
3.4.1 Potentiel d'électrode et électrode standard à hydrogène
À chaque couple en solution, on associe un potentiel d'électrode , grandeur qui mesure son « pouvoir oxydant ». Seules les différences de potentiel sont mesurables : on fixe donc une référence.
L'électrode standard à hydrogène met en jeu le couple dans les conditions standard (, c'est-à-dire , et ). Son potentiel est pris égal à zéro à toute température :
Tous les potentiels standard des autres couples sont mesurés par rapport à elle.
Le potentiel standard d'un couple est son potentiel d'électrode lorsque toutes les espèces sont dans leur état standard (activités égales à ). Il caractérise la force du couple : plus est grand, plus l'oxydant du couple est fort. Ainsi (oxydant très fort), (le réducteur est fort).
3.4.2 La relation de Nernst
Pour un couple de demi-équation , le potentiel d'électrode vaut, à ,
où est la constante de Faraday, la constante des gaz parfaits, et l'activité de l'espèce : concentration rapportée à pour un soluté, pression rapportée à pour un gaz, et pour un solide ou le solvant. Le facteur à .
Méthode : Écrire une relation de Nernst
Placer au numérateur les activités des espèces du côté oxydant de la demi-équation (élevées à leur coefficient), au dénominateur celles du côté réducteur. Les solides et le solvant comptent pour . En présence de dans la demi-équation, le pH apparaît explicitement dans l'expression.
- : ( solide, activité ).
- : .
- : .
Le potentiel du couple du permanganate chute quand le pH augmente : son pouvoir oxydant est maximal en milieu acide.
3.4.3 Domaine de prédominance et force comparée des couples
Pour un couple à électrons sans intervention du pH, l'oxydant prédomine () lorsque , le réducteur lorsque : la frontière est . On visualise ces domaines sur un axe vertical gradué en potentiel, ce qui permet de comparer immédiatement la force des couples : un oxydant situé haut (grand ) peut oxyder tout réducteur situé plus bas.
3.5 Force électromotrice d'une pile
3.5.1 Tension à vide
La tension à vide (ou force électromotrice, f.é.m.) est la différence de potentiel entre les deux électrodes lorsque la pile ne débite aucun courant () :
où et sont les potentiels de Nernst des couples aux deux électrodes. Elle est toujours positive : le pôle est, par définition, l'électrode de plus haut potentiel.
Méthode : Déterminer les pôles et la tension à vide d'une pile
- Calculer par Nernst le potentiel de chaque demi-pile dans son état réel.
- L'électrode de plus grand est le pôle (cathode, réduction) ; l'autre le pôle (anode, oxydation).
- La tension à vide est .
- Écrire les demi-équations dans le bon sens (réduction au , oxydation au ) et en déduire le bilan de fonctionnement.
En conditions standard, et , d'où . Hors conditions standard, on calcule chaque potentiel par Nernst avec les concentrations réelles : par exemple si et , , , et .
3.5.2 Constante d'équilibre et fin de fonctionnement
Quand la pile débite, la réaction avance ; les concentrations évoluent, les potentiels et se rapprochent, et la tension diminue. La pile est usée lorsque : le système a atteint l'équilibre chimique, .
À l'équilibre, les deux potentiels de Nernst s'égalisent (). En reportant les expressions de Nernst, on obtient à , pour électrons échangés,
désignant le potentiel standard du couple dont l'oxydant est réactif. Une différence de quelques dixièmes de volt suffit à rendre la réaction quasi totale ().
Pour , , avec l'oxydant : , soit . La réaction est totale : la pile débite jusqu'à épuisement complet du réactif limitant.
3.6 Prévision du sens d'une réaction redox
3.6.1 La règle du gamma
Méthode : Règle du « gamma »
Sur un axe vertical de potentiels standard croissants, placer les couples. La réaction spontanée oppose l'oxydant le plus fort (couple de plus grand , en haut) au réducteur le plus fort (couple de plus petit , en bas) : en reliant Ox du haut Red du bas, le tracé dessine un . Autrement dit, un oxydant réagit spontanément avec tout réducteur d'un couple de potentiel standard inférieur.
(bas). Le trajet dessine un ; la réaction spontanée est .</div>
La règle du gamma prévoit un sens thermodynamiquement favorable (), pas nécessairement rapide : certaines réactions redox favorables sont cinétiquement bloquées (le programme de première année n'en étudie pas la cinétique). L'écart mesure l'ampleur du déplacement : plus il est grand, plus la réaction est avancée.
Couples () et (). L'oxydant fort est (haut), le réducteur fort est (bas) : la réaction spontanée est . Le zinc est donc attaqué par les acides avec dégagement de dihydrogène, ce que l'expérience confirme. En revanche le cuivre () n'est pas attaqué par un acide non oxydant.
3.7 Usure et capacité d'une pile
Une pile est un réservoir de charge : elle débite tant que ses réactifs ne sont pas épuisés. La quantité d'électricité qu'elle peut fournir est directement reliée, par la constante de Faraday, à la quantité de réactif consommée.
La constante de Faraday est la charge (en valeur absolue) portée par une mole d'électrons. Le passage de moles d'électrons correspond donc à une charge .
La charge qui traverse une pile est reliée à la quantité d'électrons échangés par
Si la demi-équation d'électrode échange électrons par entité, la quantité de réactif consommée est , et la masse de métal transformée à l'électrode est
La capacité d'une pile est la charge totale qu'elle peut débiter avant usure, fixée par la quantité de réactif limitant :
Elle s'exprime en coulombs ou, usuellement, en ampères-heures : . À courant constant, l'autonomie de la pile est .
Méthode : Déterminer la composition d'une pile ayant fonctionné
Connaissant l'intensité et la durée de débit, calculer la charge , puis le nombre de moles d'électrons . En répartissant ces électrons sur les demi-équations, on en déduit les quantités de réactifs consommés et de produits formés à chaque électrode, donc la composition finale.
Capacité numérique : estimation de la capacité et de l'autonomie
On peut illustrer ces calculs par un court script (Python n'est jamais exécuté ici, il sert d'appui).
F = 96485.0 # C/mol
def capacite_pile(m, M, n):
"""Capacite (en A.h) d'une pile limitee par une masse m (g) de metal."""
n_reactif = m / M
Q = n * F * n_reactif # charge totale en coulombs
return Q / 3600.0 # conversion en ampere-heures
Q_Ah = capacite_pile(0.20, 65.4, 2) # 0,20 g de zinc, n = 2
print(round(Q_Ah, 3), "A.h") # -> 0.164 A.h
print(round(Q_Ah / 1e-3, 1), "h") # autonomie sous 1 mA
3.8 Synthèse du chapitre
L'oxydo-réduction repose sur le transfert d'électrons entre couples , dont le nombre d'oxydation compte les électrons échangés et dont l'équilibrage suit une procédure systématique. Une pile canalise ce transfert : deux demi-piles reliées par un pont salin, oxydation à l'anode (), réduction à la cathode (). La relation de Nernst quantifie le potentiel de chaque couple, la tension à vide vaut , et la règle du gamma prévoit le sens spontané. Enfin, la constante de Faraday relie la charge débitée à la quantité de matière consommée, fixant la capacité et l'usure de la pile.
- Vocabulaire : oxydation = perte d' (n.o. ), réduction = gain d' (n.o. ) ; couple , demi-équation .
- Équilibrage : élément, puis O avec , H avec , charges avec ; égaliser les électrons, sommer.
- Pile : anode (oxydation, ) cathode (réduction, ) ; électrons de vers dans le fil ; pont salin neutralité (anions vers l'anode, cations vers la cathode).
- Nernst : ; référence ESH .
- Tension à vide : ; usure quand (, équilibre). .
- Prévision : règle du gamma — l'oxydant fort (grand ) réagit sur le réducteur fort (petit ).
- Faraday : ; ; capacité ; .
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>3.9 Exercices résolus
Déterminer le nombre d'oxydation du soufre dans , et .
Démonstration
Dans : . Dans : . Dans (corps simple) : . Le soufre du sulfate est à son degré maximal : ne peut jouer que le rôle d'oxydant vis-à-vis du soufre.
Équilibrer l'oxydation de l'éthanol en acide éthanoïque par les ions dichromate (réduits en ) en milieu acide.
Démonstration
Demi-équations :
On multiplie la première par () et la seconde par (), puis on somme et on simplifie ( et ) :
Le virage de l'orange () au vert () est le principe de l'ancien éthylotest chimique.
Une pile associe () et (), toutes concentrations à . Donner les pôles, la tension à vide et le bilan de fonctionnement.
Démonstration
En conditions standard, : l'argent est le pôle (cathode), le plomb le pôle (anode). Tension à vide : . Aux électrodes : (cathode, ) et (anode), d'où le bilan .
Reprendre la pile Daniell avec et . Calculer (, ).
Démonstration
Nernst pour chaque électrode :
La tension à vide vaut , très proche de la valeur standard : la f.é.m. dépend faiblement (logarithmiquement) des concentrations.
Prévoir si les ions oxydent les ions iodure (, ) et calculer .
Démonstration
L'oxydant fort est (plus grand ), le réducteur fort : la réaction spontanée est (). Constante : , soit : la réaction est quasi totale.
Une pile bouton contient de zinc (, ) comme réactif limitant. Calculer sa capacité en et son autonomie sous .
Démonstration
Quantité de zinc : . Charge maximale : . Autonomie : .
La pile Daniell précédente débite pendant . Quelle masse de zinc a été consommée, et quelle masse de cuivre déposée (, ) ?
Démonstration
Charge : . Nombre de moles d'électrons : . Comme électrons par atome : . Masses : consommée à l'anode, déposée à la cathode.
Une demi-pile (, ) sert de cathode. Quelle masse d'argent se dépose si la pile débite pendant ?
Démonstration
. Avec : d'argent déposé.
3.10 Exercices d'entraînement
- Déterminer le nombre d'oxydation de l'azote dans , , et . Classer ces espèces de la plus réductrice à la plus oxydante pour l'élément azote.
- Équilibrer en milieu acide la réduction de en par les ions , puis écrire le bilan de la réaction.
- Équilibrer en milieu basique la réaction oxydant les ions sulfite en sulfate .
- Montrer que l'ion se dismute en et (, ) et calculer la constante de dismutation.
- Écrire les demi-équations et le bilan de fonctionnement d'une pile , préciser les pôles, puis calculer sa tension à vide standard (, ).
- Justifier, à l'aide d'un schéma, le rôle du pont salin dans une pile : que se passerait-il si on le retirait ? Dans quel sens migrent ses ions ?
- Écrire la relation de Nernst du couple en milieu acide et discuter l'influence du pH sur son pouvoir oxydant.
- Une pile Daniell standard a une tension à vide de . On multiplie par la concentration en . De combien varie la f.é.m. ? Commenter la faible sensibilité.
- Prévoir, par la règle du gamma, si le dibrome () oxyde les ions () ; calculer .
- Calculer la masse de cuivre déposée lorsqu'une pile débite un courant constant de pendant à une cathode (, ).
- Une pile alcaline contient de zinc (, ) comme réactif limitant. Déterminer sa capacité en , puis son autonomie sous un courant de .
- Une pile de tension à vide a débité . Estimer l'énergie électrique fournie (en joules, avec ) et la masse de zinc consommée (, ), en supposant constante.