Puissance électrique en régime sinusoïdal
Cours complet · conversion de puissance (PSI), chapitre 1 · CPGE PSI (2e année)
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« Transporter l'énergie électrique sur des centaines de kilomètres impose de maîtriser non pas seulement la puissance réellement consommée, mais aussi celle qui, sans jamais rien produire, échauffe pourtant les lignes. »
Le régime sinusoïdal forcé (RSF) est le mode d'alimentation universel des réseaux de distribution : la tension du secteur français est sinusoïdale, de valeur efficace et de fréquence . Comprendre comment la puissance circule entre une source et une charge dans ce régime est la clé de toute la conversion d'énergie : dimensionnement des câbles, choix des transformateurs, tarification industrielle et rendement du transport. Ce chapitre pose les définitions fondamentales — puissance instantanée, puissance moyenne (active), puissance apparente et facteur de puissance — puis les exploite dans deux problèmes centraux : le calcul de la puissance moyenne absorbée par une impédance et le relèvement du facteur de puissance, geste d'ingénieur qui réduit les pertes en ligne.
La notion de puissance réactive est hors programme en PSI. On raisonne ici exclusivement sur la puissance moyenne (active), le facteur de puissance et la représentation de Fresnel des tensions et des courants.
1.1 Puissance instantanée
1.1.1 Convention et définition
On considère un dipôle électrique traversé, en convention récepteur, par un courant et soumis à une tension . La puissance électrique reçue par ce dipôle à l'instant est le produit de ces deux grandeurs.
En convention récepteur, la puissance instantanée reçue par un dipôle soumis à la tension et parcouru par le courant vaut
Elle s'exprime en watts (). Si , le dipôle reçoit effectivement de l'énergie ; si , il en restitue au reste du circuit.
L'énergie reçue entre les instants et s'obtient par intégration :
La puissance instantanée est une grandeur réelle et temporelle : elle n'a rien de sinusoïdal simple, même quand et le sont. C'est pourquoi on lui préfère très vite, en RSF, sa valeur moyenne.
1.1.2 Expression en régime sinusoïdal
Plaçons-nous en régime sinusoïdal forcé de pulsation . On écrit la tension et le courant sous la forme
où et sont les amplitudes, et le déphasage de la tension par rapport au courant (c'est-à-dire l'avance de phase de sur ). La puissance instantanée s'écrit alors
En linéarisant le produit de cosinus à l'aide de , on obtient une décomposition riche d'enseignements :
La puissance instantanée en RSF est la somme d'un terme constant — qui fixe la puissance moyenne réellement transférée — et d'un terme oscillant à la pulsation double , de valeur moyenne nulle. Le réseau français () voit donc la puissance instantanée « battre » à .
1.2 Valeurs efficaces
1.2.1 Définition
Le terme constant de fait intervenir les amplitudes. Pour relier la puissance aux grandeurs mesurées par les appareils (voltmètres et ampèremètres « RMS »), on introduit les valeurs efficaces.
La valeur efficace d'un signal périodique de période est la racine carrée de la moyenne de son carré :
Pour un signal sinusoïdal d'amplitude , on a la relation fondamentale
Ainsi et . La tension du secteur, de valeur efficace , a une amplitude .
Le nom « efficace » vient de l'effet Joule : un courant sinusoïdal de valeur efficace dissipe dans une résistance la même puissance moyenne qu'un courant continu d'intensité . La valeur efficace est donc la valeur continue « équivalente en échauffement ».
1.3 Puissance moyenne (active)
1.3.1 Définition et expression
Sur une période, le terme oscillant à a une moyenne nulle. Il ne reste donc, en moyenne, que le terme constant.
La puissance active (ou puissance moyenne) est la valeur moyenne de la puissance instantanée sur une période :
En régime sinusoïdal, avec les valeurs efficaces et et le déphasage de sur :
Elle se mesure en watts ().
Démonstration (Établissement de )
La moyenne du terme constant est lui-même ; celle du terme est nulle car c'est un cosinus de moyenne nulle sur sa période . Donc
La puissance active est la seule puissance réellement convertie par la charge (en chaleur, en travail mécanique, en énergie chimique…). C'est elle que compte le compteur d'énergie () et qu'un usager paie.
1.3.2 Cas particuliers
- Charge résistive pure () : ; toute la puissance apparente est active. C'est le cas d'un radiateur, d'une lampe à incandescence.
- Charge inductive ou capacitive pure () : donc . Une bobine idéale ou un condensateur idéal ne consomment aucune puissance active en moyenne : ils stockent puis restituent l'énergie.
- Charge quelconque : , la puissance active est comprise strictement entre et .
1.4 Puissance apparente et facteur de puissance
Le terme oscillant de traduit un va-et-vient d'énergie entre la source et les éléments réactifs (bobines, condensateurs) de la charge. Bien que de moyenne nulle, ce flux « pendulaire » n'est pas sans conséquence : il impose au réseau de véhiculer un courant plus grand que celui qui suffirait à transporter la seule puissance active. On mesure cet effet par le facteur de puissance.
1.4.1 Puissance apparente
Pour un dipôle en RSF de tension efficace et de courant efficace , la puissance apparente est le produit
exprimé en volt-ampères () pour la distinguer de la puissance active (en watts). C'est la grandeur qui fixe le courant de ligne et donc le dimensionnement des câbles et des transformateurs.
Ne pas confondre puissance active (en , réellement consommée) et puissance apparente (en ). On a toujours , l'égalité n'ayant lieu que pour une charge résistive (). Un câble ou un transformateur se dimensionne sur (donc sur ), pas sur .
1.4.2 Facteur de puissance
Le facteur de puissance d'un dipôle est le rapport de la puissance active à la puissance apparente :
En régime sinusoïdal (sans harmoniques), il vaut simplement
Le facteur de puissance mesure l'efficacité avec laquelle un courant est converti en puissance utile. À puissance active fixée, plus est faible, plus le courant appelé est grand : le réseau doit transporter davantage de courant pour la même puissance utile, d'où des pertes en ligne accrues. C'est le point de départ économique de tout ce chapitre.
1.5 Puissance moyenne absorbée par une impédance
En pratique, une charge est caractérisée par son impédance complexe (ou son admittance ). On exprime alors la puissance active directement à partir de ces grandeurs, sans repasser par le déphasage.
1.5.1 Expression en fonction de l'impédance
Un dipôle d'impédance parcouru par un courant efficace absorbe la puissance moyenne
Seule la partie résistive dissipe de l'énergie : c'est l'effet Joule.
Démonstration
Sous tension efficace , le déphasage de sur est l'argument de , donc . Alors
1.5.2 Expression en fonction de l'admittance
Un dipôle d'admittance soumis à une tension efficace absorbe la puissance moyenne
Démonstration
Le courant efficace vaut . Comme , on a et , d'où . Ainsi
La forme est commode pour un groupement série (même courant), la forme pour un groupement parallèle (même tension) : on choisit celle qui met en jeu la grandeur commune aux dipôles.
1.5.3 Dipôle purement réactif
Une bobine idéale () et un condensateur idéal () ont une partie résistive nulle : . Donc
Un tel dipôle stocke périodiquement de l'énergie (magnétique dans la bobine, électrique dans le condensateur) puis la restitue intégralement au circuit : sa puissance moyenne est nulle. Ceci retrouve le cas pour lequel .
1.5.4 Représentation de Fresnel des tensions et des courants
Le facteur de puissance se lit directement sur le diagramme de Fresnel des amplitudes complexes de la tension et du courant, où est l'angle entre les deux vecteurs. Pour une charge inductive (), le courant est en retard sur la tension ; pour une charge capacitive (), il est en avance.
La projection du courant sur la direction de la tension, , est la composante active du courant : c'est elle qui transporte la puissance . La composante en quadrature ne transporte, en moyenne, aucune puissance ; améliorer le facteur de puissance revient précisément à réduire cette composante en quadrature.
1.6 Transport de l'énergie et pertes en ligne
1.6.1 Enjeu
Une installation est alimentée sous une tension efficace (imposée par le réseau) et consomme une puissance active sous un facteur de puissance . Le courant qu'elle appelle vaut
La ligne d'alimentation, de résistance totale , dissipe par effet Joule une puissance perdue
Les pertes en ligne varient comme : diviser par deux quadruple les pertes. À puissance utile et tension fixées, améliorer le facteur de puissance est le levier direct pour réduire les pertes de transport (et c'est pourquoi le transport se fait aussi à très haute tension : ).
1.6.2 Relèvement du facteur de puissance
Les charges industrielles (moteurs asynchrones, transformateurs) sont massivement inductives : , souvent médiocre ( à ). Le distributeur pénalise financièrement un facteur de puissance trop faible. La parade consiste à brancher en parallèle de la charge une batterie de condensateurs : sous la même tension , un condensateur idéal appelle un courant en avance de sur , qui compense en partie la composante en retard du courant de la charge, sans consommer de puissance active.
On raisonne sur le diagramme de Fresnel des courants, tous pris sous la même tension (portée par l'axe réel). Le courant de la charge (en retard, angle ) se décompose en une composante active (portée par ) et une composante en quadrature (vers le bas). Le courant du condensateur (vers le haut) réduit cette composante en quadrature ; le courant de ligne résultant fait un angle avec .
Le condensateur « remonte » l'extrémité du vecteur courant : la composante en quadrature diminue, le module du courant de ligne (et donc les pertes) diminue, tandis que la composante active — donc la puissance utile — reste inchangée.
Méthode : Calcul de la capacité de relèvement
On veut relever le facteur de puissance d'une charge inductive de à (avec ), sous tension efficace et pulsation , à puissance active constante.
- Composante active du courant (inchangée) : .
- Composante en quadrature de la charge : .
- Le condensateur, sous tension , appelle un courant en avance de : il retranche à la composante en quadrature. Après compensation, , d'où .
- On en tire directement :
Le courant appelé par le condensateur se retrouve en écrivant son impédance , de module : sous tension efficace , , en avance de sur (le courant est en quadrature avance sur la tension aux bornes d'un condensateur).
On relève rarement jusqu'à exactement : la capacité nécessaire y devient grande et coûteuse, et une surcompensation rendrait l'installation capacitive (), ce qui est également pénalisé et peut provoquer des surtensions. On vise en pratique à .
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>1.7 Exercices résolus
Un dipôle série, avec et , est alimenté sous efficaces à . Déterminer , , , et .
Démonstration
La réactance vaut . Le module de l'impédance : . Donc
Le déphasage : , d'où . Les puissances :
Vérification : , en accord avec .
Un moteur monophasé consomme sous , , avec (inductif). Calculer le courant de ligne avant relèvement, puis la capacité à placer en parallèle pour porter le facteur de puissance à , et le nouveau courant de ligne.
Démonstration
Avant. . Le déphasage initial : , .
Cible. , .
Capacité.
Après. La puissance active est inchangée, donc . Le courant de ligne a chuté de à (soit ) : les pertes Joule en ligne, en , diminuent d'environ .
Une installation sous comporte, en parallèle : un radiateur (), un groupe de moteurs à (inductif), et un éclairage fluorescent à (inductif). Déterminer le courant de ligne et le facteur de puissance global.
Démonstration
Les charges étant en parallèle sous la même tension , on additionne leurs courants sur le diagramme de Fresnel. Pour chaque charge, courant actif (en phase avec ) et courant en quadrature (en retard, inductif). La puissance active totale se conserve, , d'où
Courants en quadrature (, , ) :
Le courant de ligne et le facteur de puissance global valent alors
Une charge purement capacitive est soumise à . Montrer que et interpréter le signe de .
Démonstration
Pour un condensateur, le courant est en avance de : . Ainsi . La puissance instantanée se réduit au terme oscillant : . Elle est alternativement positive (le condensateur se charge, il reçoit de l'énergie) et négative (il se décharge, il la restitue), de moyenne nulle : aucune énergie n'est consommée, seulement échangée.
Un dipôle inductif absorbe avec un facteur de puissance , sous , . Déterminer sous la forme , puis les éléments et du modèle série.
Démonstration
Puissance apparente , donc et . Le dipôle étant inductif, et , d'où
On vérifie . Comme , .
Une usine consomme sous au bout d'une ligne de résistance . Comparer les pertes en ligne pour et pour .
Démonstration
Le courant : . Pour : , d'où (soit plus de la moitié de !). Pour : , . Le rapport : améliorer le facteur de puissance divise les pertes par .
On transporte à sur une ligne . Comparer les pertes sous et sous .
Démonstration
Sous : , pertes : le transport est impossible (pertes puissance transportée !). Sous : , pertes , soit de . Le rapport des pertes est . Puisque , on transporte l'énergie sous très haute tension puis on abaisse par transformateur près de l'usager.
1.8 Capacité numérique
Capacité numérique : tracé de la puissance instantanée et de sa moyenne
On peut visualiser en Python la décomposition de et vérifier graphiquement que sa moyenne vaut .
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
f, phi = 50.0, np.radians(40) # fréquence, déphasage u/i
U, I = 230.0, 5.0 # valeurs efficaces
Um, Im = U*np.sqrt(2), I*np.sqrt(2)
w = 2*np.pi*f
t = np.linspace(0, 2/f, 1000) # deux périodes
u = Um*np.cos(w*t)
i = Im*np.cos(w*t - phi)
p = u*i # puissance instantanée
P = U*I*np.cos(phi) # puissance active (théorie)
print(f"P theorique = {P:.1f} W ; moyenne numerique = {np.mean(p):.1f} W")
plt.plot(t*1e3, p, label="p(t)")
plt.axhline(P, color="red", ls="--", label=f"P = {P:.0f} W")
plt.xlabel("t (ms)"); plt.ylabel("puissance (W)")
plt.legend(); plt.grid(True); plt.show()
La courbe oscille à autour de la droite horizontale , confirmant la décomposition « terme constant + terme à ».
1.9 Exercices d'entraînement
- Valeurs efficaces. La tension du secteur a une valeur efficace de . Quelle est son amplitude ? Quelle valeur efficace faut-il pour un signal en créneau symétrique d'amplitude ? (Rép. : V ; .)
- Charge résistive. Un radiateur de fonctionne sous . Calculer son courant, sa résistance, son et sa puissance apparente.
- Charge RC série. , , sous , . Déterminer , (préciser le signe), , et .
- Nature d'un dipôle. Pour chacun des dipôles suivants, indiquer si le courant est en avance ou en retard sur la tension (signe de ), et la valeur de : bobine idéale, condensateur idéal, moteur asynchrone, résistance chauffante, ligne électrique (modèle ).
- Composition des courants. Une installation groupe, en parallèle : ( ind.), ( ind.). Sous , calculer , les courants actif et en quadrature, le courant de ligne et le global.
- Relèvement. Reprendre l'installation précédente. Calculer la capacité à placer en parallèle sous , , pour porter le facteur de puissance global à .
- Puissance active et impédance. Un dipôle d'impédance est parcouru par un courant efficace de . Donner , la tension efficace , la puissance active , la puissance apparente et .
- Compensation totale. À partir de quelle valeur de une charge inductive , , sous , , devient-elle purement résistive () ? Que se passe-t-il si l'on double cette capacité ?
- Pertes en ligne. Une charge est alimentée par une ligne sous . Tabuler les pertes Joule pour .
- Très haute tension. Pour transporter sur une ligne à , comparer les pertes sous et sous . Conclure sur l'intérêt de la haute tension.
- Association parallèle (admittance). Une bobine (, ) et une résistance sont en parallèle sous , . En calculant l'admittance équivalente , trouver la puissance active , le courant total et le facteur de puissance.
- Interprétation énergétique. Pour une charge , montrer à partir de que l'énergie oscillante échangée avec la bobine sur un quart de période est liée à ; commenter le fait qu'aucune puissance moyenne n'est associée à cet échange (partie réactive de l'impédance).
- Puissance instantanée : ; en RSF elle se décompose en un terme constant et un terme oscillant à .
- Valeur efficace : pour une sinusoïde ; au secteur.
- Puissance active (en ) : seule puissance réellement consommée. Absorbée par une impédance : ; par une admittance : .
- Puissance apparente () : fixe le courant de ligne et le dimensionnement. La puissance réactive est hors programme.
- Dipôle purement réactif () : , donc ; il stocke puis restitue l'énergie sans rien consommer.
- Facteur de puissance ; se lit sur le diagramme de Fresnel des tensions et courants.
- Relèvement : condensateur en parallèle, ; réduit et les pertes en ligne .