La création de richesse
Cours · économie (ECT, 1re et 2e années), chapitre 1 · prépa ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun
Une boulangère achète de la farine, allume son four, paie son apprentie et vend du pain. Un hôpital soigne, une plateforme de covoiturage met en relation, une agricultrice récolte du blé. Toutes ces activités ont un point commun : elles transforment des ressources rares en biens et en services qui satisfont des besoins. C'est cette transformation que l'on appelle production, et c'est elle qui crée la richesse. Encore faut-il savoir avec quelles ressources on produit, comment on choisit de les employer, et comment on mesure ce qui a été créé.
« Comment l'activité économique crée-t-elle de la richesse ? » Quatre capacités sont attendues : distinguer les principales ressources mobilisées pour produire des biens et des services ; analyser l'allocation des ressources ; évaluer la pertinence du PIB pour mesurer la richesse ; comparer, à l'aide du PIB, les performances économiques d'un pays dans le temps et dans l'espace.
1.1 Des besoins illimités, des ressources rares
1.1.1 Les besoins humains
Un besoin est un sentiment de manque que l'on cherche à faire disparaître. Il devient un besoin économique lorsque sa satisfaction exige un bien ou un service qu'il faut produire, donc qui a un coût.
Les besoins sont multiples, ils se renouvellent et ils évoluent avec le niveau de vie : se nourrir, se loger, se soigner, mais aussi se déplacer, communiquer, se former, se divertir. Une fois les besoins vitaux satisfaits, de nouveaux besoins apparaissent : c'est ce qui rend l'ensemble des besoins pratiquement illimité. On distingue les besoins individuels (se vêtir) et les besoins collectifs (la sécurité, l'éclairage public), qui appellent souvent une production publique.
Auteur : Abraham Maslow (1908-1970)
Psychologue américain. Dans « A Theory of Human Motivation » (Psychological Review, 1943), il ordonne les besoins en niveaux : physiologiques, de sécurité, d'appartenance, d'estime, d'accomplissement de soi. Selon lui, un besoin supérieur ne devient moteur que lorsque les besoins inférieurs sont, pour l'essentiel, satisfaits. La célèbre « pyramide » est une mise en forme postérieure de ses travaux. Concept utile : la hiérarchie des besoins, qui éclaire la déformation de la consommation quand le revenu augmente (chapitre 2, loi d'Engel). Limite : l'ordre des besoins varie selon les cultures et les individus.
1.1.2 La rareté, problème économique fondamental
Une ressource est rare lorsqu'elle est disponible en quantité insuffisante pour satisfaire tous les besoins qu'elle pourrait servir. La rareté est relative : elle rapporte une quantité disponible à des besoins.
Un bien libre (l'air que l'on respire) existe en abondance et n'a pas de prix ; un bien économique est rare, il doit être produit et il a un coût. La frontière bouge : l'eau potable, l'air pur dans une ville polluée ou le silence deviennent rares et prennent une valeur économique.
Auteur : Lionel Robbins (1898-1984)
Économiste britannique, professeur à la London School of Economics. Dans An Essay on the Nature and Significance of Economic Science (1932), il définit l'économie comme la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre des fins et des moyens rares qui ont des usages alternatifs. Concept utile : l'économie est d'abord une science des choix imposés par la rareté. Filiation : cette définition est devenue celle des manuels néoclassiques ; elle a été critiquée pour réduire l'économie à un calcul individuel.
Besoins illimités ressources rares impossibilité de tout produire obligation de choisir ce que l'on produit, comment et pour qui chaque choix a un coût, ce à quoi l'on renonce.
1.2 Les principales classifications des biens et des services
Un bien est un produit matériel, que l'on peut stocker et dont la propriété peut être transférée (une voiture, une baguette). Un service est une prestation immatérielle, consommée en même temps qu'elle est produite (une coupe de cheveux, un cours, une assurance).
Repère : Les classifications à connaître
- Selon l'usage : biens de consommation finale, qui satisfont directement un besoin (un repas) ; biens de consommation intermédiaire, détruits ou transformés au cours de la production (la farine du boulanger, l'électricité de l'usine) ; biens d'équipement ou de production, utilisés pendant plusieurs cycles de production (le four, le camion).
- Selon la durée : biens durables (un réfrigérateur), semi-durables (un vêtement), non durables (un aliment).
- Selon le mode de production : production marchande, vendue sur un marché à un prix couvrant au moins son coût ; production non marchande, fournie gratuitement ou à un prix très inférieur à son coût (enseignement public, soins hospitaliers).
- Selon les relations entre biens : biens substituables, qui satisfont le même besoin (le train et l'avion) ; biens complémentaires, consommés ensemble (une imprimante et ses cartouches).
- Selon l'accès au bien : un bien est rival si sa consommation par l'un empêche celle de l'autre, excluable si l'on peut en réserver l'accès à ceux qui paient. Cette distinction fonde les biens collectifs et les biens communs (chapitre 6).
Un ordinateur acheté par un étudiant pour ses loisirs est un bien de consommation finale (durable). Le même ordinateur acheté par un cabinet comptable est un bien d'équipement : il servira plusieurs années à produire des services. Le papier qu'il imprime, lui, est une consommation intermédiaire. La classification dépend donc de l'usage, pas de la nature physique du bien.
1.3 Les ressources pour produire
La production est l'activité socialement organisée qui combine des ressources pour créer des biens et des services destinés à satisfaire des besoins.
1.3.1 Les facteurs de production
Repère : Les ressources mobilisées
- Le travail : l'activité humaine, mesurée en nombre d'emplois ou en heures. Sa qualité dépend du capital humain, c'est-à-dire des connaissances, des compétences et de l'état de santé accumulés par les travailleurs.
- Le capital technique : le capital fixe (bâtiments, machines, logiciels), utilisé pendant plusieurs cycles de production et qui s'use (on parle de consommation de capital fixe) ; le capital circulant, transformé ou détruit au cours d'un seul cycle (matières premières, énergie) et qui correspond aux consommations intermédiaires.
- Les ressources naturelles : terres, eau, minerais, énergie fossile, climat. Certaines sont renouvelables (le bois d'une forêt gérée), d'autres épuisables (le pétrole).
- Le capital immatériel : brevets, logiciels, bases de données, marques, savoir-faire, organisation. Il pèse de plus en plus dans la valeur des entreprises.
{ Figure 1.1 — La production combine des facteurs (travail, capital fixe) et des consommations intermédiaires ; la richesse créée est la valeur ajoutée.}
1.3.2 La technologie de production
La technologie de production décrit les quantités de facteurs nécessaires pour obtenir une quantité donnée de produit. La combinaison productive est la manière dont l'entreprise associe effectivement travail et capital.
Deux cas polaires aident à raisonner :
- les facteurs sont complémentaires lorsqu'ils doivent être utilisés dans une proportion fixe (un chauffeur pour un camion) ;
- ils sont substituables lorsqu'on peut remplacer l'un par l'autre pour une même production (des caisses automatiques à la place de caissiers).
Lorsque les facteurs sont substituables, l'entreprise choisit la combinaison la moins coûteuse compte tenu du prix relatif du travail (le salaire) et du capital (le coût d'usage des machines). Une hausse du coût du travail incite à substituer du capital au travail.