Les transformations du système productif
Cours · économie (ECT, 1re et 2e années), chapitre 2 · prépa ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun
En 1949, près d'un emploi sur trois était agricole en France ; en 2025, un peu plus de deux sur cent. Les usines employaient 5,2 millions de personnes en 1980, un peu plus de 3,1 millions aujourd'hui, alors qu'elles produisent davantage. Et quatre emplois sur cinq relèvent désormais des services. Ces chiffres résument une transformation profonde de l'appareil de production : c'est l'objet de ce chapitre. Il s'agit de la décrire, puis d'en expliquer les causes et d'en mesurer les enjeux.
« Quelles sont les transformations contemporaines du système productif ? » Trois capacités sont attendues : caractériser un système productif national ; identifier les principales transformations contemporaines du système productif ; analyser les causes des mutations du système productif et les défis économiques et sociaux qui en découlent.
2.1 Caractériser un système productif
Le système productif d'un pays est l'ensemble des unités de production (entreprises, administrations, associations) qui y sont implantées, des activités qu'elles exercent et des relations qu'elles entretiennent entre elles et avec le reste du monde.
Le caractériser, c'est répondre à quatre questions : quoi (quelles activités ?), qui (quelles entreprises, de quelle taille ?), comment (avec quelles techniques et quelle productivité ?), et avec qui (quel degré d'ouverture sur l'extérieur ?).
2.1.1 Secteurs et branches
Une entreprise exerce souvent plusieurs activités : un constructeur automobile fabrique des voitures, mais il finance aussi des achats à crédit et exploite des restaurants d'entreprise. D'où deux manières de classer.
Un secteur d'activité regroupe des entreprises entières selon leur activité principale : le constructeur automobile est classé, en entier, dans le secteur automobile. Une branche regroupe des unités de production homogènes, qui fabriquent un même produit : la production de crédit de ce constructeur est comptée dans la branche des activités financières.
Repère : La classification des activités
- En France, l'Insee classe les activités selon la nomenclature d'activités française (NAF), compatible avec la nomenclature européenne NACE.
- La présentation traditionnelle distingue le secteur primaire (agriculture, pêche, sylviculture), le secondaire (industrie et construction) et le tertiaire (services). La comptabilité nationale sépare en outre les services principalement marchands (commerce, transports, informatique, banque, conseil…) et principalement non marchands (administration, enseignement, santé, action sociale).
Auteur : Colin Clark (1905-1989) et Jean Fourastié (1907-1990)
L'économiste britannique Colin Clark, dans The Conditions of Economic Progress (1940), popularise la distinction entre secteurs primaire, secondaire et tertiaire, et observe que le développement déplace la population active du premier vers le dernier. Le Français Jean Fourastié, dans Le Grand Espoir du XXe siècle (1949), explique ce déplacement par l'inégalité du progrès technique : rapide dans l'agriculture et l'industrie, lent dans les services. Concept utile : la loi des trois secteurs. Fourastié voyait dans le tertiaire le refuge de l'emploi et la promesse d'un travail plus qualifié.
2.1.2 La structure du système productif français en 2025
Repère : Valeur ajoutée et emploi par grand secteur, 2025 (Insee)
Source : Insee, comptes nationaux annuels, base 2020 (tableaux T_6201 et T_6208). Valeur ajoutée en milliards d'euros courants ; emploi intérieur total en milliers de personnes.
| VA | part | emploi | part | |
|---|---|---|---|---|
| Agriculture, sylviculture, pêche | 41,3 | 1,6 % | 690,5 | 2,3 % |
| Industrie (y compris énergie) | 358,5 | 13,5 % | 3 106,7 | 10,1 % |
| Construction | 148,5 | 5,6 % | 2 005,1 | 6,5 % |
| Services principalement marchands | 1 536,8 | 57,7 % | 15 876,4 | 51,8 % |
| Services principalement non marchands | 579,8 | 21,8 % | 8 959,5 | 29,2 % |
| Total | 2 664,9 | 100 % | 30 638,2 | 100 % |
Les services réunissent 79,4 % de la valeur ajoutée et 81,1 % de l'emploi.
Méthode : Lire un tableau statistique
- Présenter : source, date, champ (quel territoire, quelles activités), unités (milliards d'euros courants, milliers de personnes, pourcentages).
- Faire parler une donnée par une phrase complète : « En 2025, selon l'Insee, l'industrie (y compris l'énergie) réalise 13,5 % de la valeur ajoutée de la France. »
- Comparer : entre lignes (secteurs), entre colonnes (valeur ajoutée et emploi), entre dates. Ici, la part de l'industrie dans la VA (13,5 %) dépasse sa part dans l'emploi (10,1 %) : la productivité apparente du travail y est supérieure à la moyenne.
- Interpréter : relier le constat à une notion du cours (productivité, tertiarisation) sans sur-interpréter.
2.1.3 Les performances productives : la productivité par secteur
Caractériser un système productif, c'est aussi dire comment il produit. Rapporter la valeur ajoutée de chaque secteur à son emploi donne une première mesure de sa productivité apparente.
En divisant la valeur ajoutée par l'emploi du tableau précédent, on obtient, en milliers d'euros par personne employée : industrie 115,4 ; services principalement marchands 96,8 ; construction 74,1 ; services principalement non marchands 64,7 ; agriculture 59,8 ; moyenne de l'économie 87,0. L'industrie a la valeur ajoutée par emploi la plus élevée : elle utilise beaucoup de capital par travailleur.
La moyenne des services marchands est gonflée par les activités immobilières : leur valeur ajoutée (376,7 milliards d'euros en 2025) comprend les loyers que les propriétaires occupants « se versent à eux-mêmes » selon les conventions de la comptabilité nationale, pour un emploi de 403 milliers de personnes seulement. Hors immobilier, la valeur ajoutée par emploi des services marchands tombe à environ 75 000 euros. Avant d'interpréter un ratio, on vérifie ce que contiennent son numérateur et son dénominateur. La valeur ajoutée des services non marchands, évaluée à son coût, ne mesure pas non plus la qualité du service rendu.