Les interdépendances entre les agents économiques
Cours · économie (ECT, 1re et 2e années), chapitre 3 · prépa ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun
Le salaire que verse une entreprise est un coût pour elle, mais un revenu pour le ménage qui le reçoit ; ce revenu, dépensé, devient le chiffre d'affaires d'autres entreprises ; une partie, épargnée, finance par l'intermédiaire des banques l'investissement d'une troisième entreprise ou le déficit de l'État. Aucun agent économique ne vit en autarcie : la dépense de l'un est la ressource de l'autre. Ce chapitre décrit les agents, les flux qui les relient, la monnaie qui permet ces flux, et les grands équilibres qui en résultent.
« Quelles relations d'interdépendance entretiennent les acteurs de l'activité économique ? » Quatre capacités sont attendues : décrire les fonctions et les ressources principales des agents économiques résidents ; expliquer le rôle de la monnaie dans les échanges entre les agents économiques ; identifier les différents flux d'échanges entre les agents économiques résidents et non-résidents ; analyser les relations d'interdépendance entre les différents agents économiques.
3.1 Les agents économiques et les secteurs institutionnels
Un agent économique est une personne ou un groupe qui prend des décisions économiques (produire, consommer, épargner, investir). La comptabilité nationale regroupe les agents résidents (ceux dont le centre d'intérêt économique est sur le territoire depuis au moins un an) en secteurs institutionnels, selon leur fonction principale et l'origine de leurs ressources principales.
Repère : Les cinq secteurs institutionnels résidents
| secteur | fonction principale | ressources principales |
|---|---|---|
| Sociétés non financières (SNF) | produire des biens et des services marchands non financiers | le produit de leurs ventes |
| Sociétés financières (SF) | financer l'économie (banques), assurer les risques (assurances) | intérêts, commissions, primes d'assurance |
| Administrations publiques (APU) | produire des services non marchands, redistribuer les revenus | impôts et cotisations sociales obligatoires |
| Ménages (y compris entrepreneurs individuels) | consommer ; produire pour les entrepreneurs individuels | revenus du travail et de la propriété, prestations sociales |
| Institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM) | produire des services non marchands pour les ménages (associations, syndicats, partis) | dons, cotisations, subventions |
Les unités non résidentes qui ont des relations avec les résidents forment le reste du monde : un touriste japonais à Paris, une filiale allemande d'un groupe français, la Commission européenne.
Sur 2 664,9 milliards d'euros de valeur ajoutée brute en 2025 (Insee, T_1106), les sociétés non financières en produisent 57,9 % ; les administrations publiques 18,6 % ; les ménages, y compris les entrepreneurs individuels et les loyers que les propriétaires occupants sont réputés se verser, 17,2 % ; les sociétés financières 4,2 % ; les ISBLSM 2,0 %.
Une infirmière salariée d'un hôpital public est classée parmi les ménages pour sa consommation et son épargne ; son travail, lui, contribue à la production des administrations publiques. Les secteurs institutionnels classent des unités, pas des personnes dans toutes leurs activités.
3.2 Les flux d'échanges et les marchés
3.2.1 Le circuit économique
Un flux réel est un transfert de biens, de services ou de travail ; un flux monétaire est un transfert de monnaie. Dans un échange marchand, les deux vont en sens inverse : le ménage fournit du travail à l'entreprise (flux réel) et reçoit un salaire (flux monétaire).
{ Figure 3.1 — Un circuit simplifié. En vert, un flux réel ; en bleu, des flux monétaires (pour le reste du monde, le paiement des exportations et des importations). Chaque flux monétaire a sa contrepartie réelle en sens inverse, non tracée pour la lisibilité.}
Auteur : François Quesnay (1694-1774)
Médecin de Louis XV et chef de file des physiocrates. Son Tableau économique (1758) représente pour la première fois l'économie comme un circuit de dépenses et de revenus entre classes sociales (propriétaires, agriculteurs, artisans), à l'image de la circulation du sang. Concept utile : la dépense d'une classe est le revenu d'une autre. Filiation : cette représentation inspire la comptabilité nationale et l'analyse keynésienne du circuit.
3.2.2 Les flux de production, de consommation et d'investissement
Repère : Les opérations sur biens et services
- La production : les entreprises, les administrations et les ISBLSM produisent ; les ménages produisent aussi, comme entrepreneurs individuels.
- La consommation finale : achetée surtout par les ménages ; les administrations « consomment » aussi leur propre production non marchande (enseignement, défense) au bénéfice de la collectivité.
- L'investissement ou formation brute de capital fixe (FBCF) : achats de biens durables destinés à produire (machines, logiciels, bâtiments) par les entreprises et les administrations, et achats de logements neufs par les ménages.
- Les échanges extérieurs : exportations (ventes aux non-résidents) et importations (achats aux non-résidents).
Le ménage Martin achète une voiture fabriquée en Espagne à un concessionnaire français, pour 24 000 €, financée par un crédit de sa banque. On peut suivre les flux :
- la banque accorde un crédit et crédite le compte des Martin (flux monétaire, création de monnaie, section 5) ;
- les Martin paient le concessionnaire, une société non financière ; celui-ci reverse la TVA aux administrations publiques ;
- le concessionnaire a acheté la voiture au constructeur espagnol : c'est une importation, un flux vers le reste du monde ;
- sa marge rémunère ses salariés (ménages) et ses actionnaires, et alimente les impôts sur les sociétés.
Un seul achat met ainsi en relation les cinq catégories d'agents : ménages, banque, entreprise, administrations et reste du monde.
3.2.3 Les différents types de marchés
Un marché est le lieu, physique ou virtuel, de rencontre entre des offreurs et des demandeurs, où se fixent un prix et une quantité échangée.