Risques sociaux, inégalités et défis environnementaux
Cours · économie (ECT, 1re et 2e années), chapitre 17 · prépa ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun
Une économie de marché crée des richesses, mais elle laisse les individus exposés à des risques qu'ils ne peuvent affronter seuls (maladie, vieillesse, chômage), elle produit des inégalités de revenus parfois jugées excessives, et elle ne tient pas compte spontanément des dommages qu'elle inflige à l'environnement. Ce dernier chapitre étudie trois réponses publiques : la protection sociale, qui mutualise les risques ; les politiques de redistribution et de lutte contre la pauvreté ; les politiques environnementales, dans un contexte de mondialisation qui déplace une partie de la pollution d'un pays à l'autre.
« Quelles politiques face aux risques sociaux, aux inégalités économiques et aux défis environnementaux ? » Trois capacités sont attendues : analyser la protection sociale ; identifier les principales politiques sociales de lutte contre les inégalités économiques et la pauvreté ; présenter les politiques de l'environnement. Notions : les politiques de redistribution ; les politiques sociales ; la protection sociale (logiques d'assurance, d'assistance, de protection universelle) ; les effets de la mondialisation sur l'environnement ; la politique environnementale (principes généraux et instruments).
17.1 La protection sociale
Un risque social est un événement qui réduit les ressources d'un ménage ou accroît ses besoins : maladie, accident du travail, vieillesse, décès d'un proche, charges de famille, perte d'emploi, difficultés de logement, pauvreté. La protection sociale est l'ensemble des mécanismes collectifs de prévoyance qui permettent aux individus de faire face à ces risques. Elle verse des prestations sociales, en espèces (pensions, allocations) ou en nature (remboursement de soins).
Selon la Drees (décembre 2025), les prestations de protection sociale atteignent 932,5 Md€ en 2024, soit 31,9 % du PIB, contre 27,3 % en moyenne dans l'Union européenne à 27 ; cela représente 13 650 € par habitant. Le risque vieillesse-survie (pensions de retraite et de réversion) en représente 46 %, et les risques vieillesse-survie et santé ensemble 80 %. Le vieillissement de la population pèse donc directement sur la dépense sociale.
17.1.1 Trois logiques de protection
| Assurance | Assistance | Protection universelle | |
|---|---|---|---|
| Qui est couvert ? | les travailleurs qui ont cotisé et leurs ayants droit | les personnes dont les ressources sont insuffisantes | tous les résidents |
| Condition | avoir cotisé | ressources sous un plafond | résider sur le territoire |
| Financement | cotisations sociales sur les salaires | impôt | impôt |
| Prestations | proportionnelles aux revenus antérieurs | forfaitaires, différentielles | forfaitaires ou en nature, identiques pour tous |
| Exemples en France | retraite de base, indemnités journalières, allocation chômage | RSA, minimum vieillesse | allocations familiales, protection universelle maladie |
{ Les trois logiques de la protection sociale.}
Repère : Bismarck et Beveridge
- Le modèle bismarckien naît dans l'Allemagne du chancelier Otto von Bismarck, avec l'assurance maladie obligatoire des ouvriers (1883), puis les assurances accidents du travail et vieillesse-invalidité. Logique d'assurance : des droits acquis par le travail et les cotisations, gérés par les partenaires sociaux.
- Le modèle beveridgien vient du rapport Social Insurance and Allied Services remis en 1942 au gouvernement britannique par William Beveridge. Logique de protection universelle : une couverture de tous, des prestations uniformes, financées par l'impôt et gérées par l'État.
Auteur : William Beveridge (1879-1963)
Économiste et haut fonctionnaire britannique. Son rapport de 1942 propose de libérer la société de cinq grands maux : le besoin, la maladie, l'ignorance, l'insalubrité et l'oisiveté (le chômage). Il repose sur trois principes, souvent résumés par les « trois U » : universalité de la couverture, uniformité des prestations, unité de gestion. Il le complète en 1944 par un ouvrage sur le plein emploi : pour Beveridge, protection sociale et politique keynésienne de plein emploi vont de pair. Son rapport inspire le système britannique d'après-guerre, et en partie la Sécurité sociale française de 1945.
La Sécurité sociale française, créée par les ordonnances de 1945, est d'inspiration bismarckienne (cotisations, gestion paritaire) avec une ambition beveridgienne (couvrir toute la population). Elle s'est progressivement « beveridgisée » : création de la contribution sociale généralisée (CSG, 1991), impôt prélevé sur tous les revenus ; couverture maladie universelle (1999), devenue protection universelle maladie (2016) ; allocations familiales versées à toutes les familles. Le financement par l'impôt a progressé à côté des cotisations.
Auteur : Gøsta Esping-Andersen (né en 1947)
Sociologue danois, auteur de The Three Worlds of Welfare Capitalism (1990). Il distingue trois « régimes » d'État-providence selon le degré de démarchandisation (la capacité de vivre décemment sans dépendre du marché du travail) : le régime libéral (Royaume-Uni, États-Unis : prestations faibles et ciblées), le régime conservateur-corporatiste (Allemagne, France : assurance liée au statut professionnel) et le régime social-démocrate (pays scandinaves : universalité et prestations élevées).