Équations de Maxwell
Cours complet · électromagnétisme (PC), chapitre 4 · CPGE PC (2e année)
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Les chapitres précédents ont décrit séparément le champ électrostatique créé par des charges immobiles et le champ magnétostatique créé par des courants permanents, deux domaines qui restent découplés tant que rien ne dépend du temps. James Clerk Maxwell (1831--1879) a réalisé la synthèse de ces domaines en un jeu unique de quatre équations aux dérivées partielles reliant, en tout point et à tout instant, les champs et à leurs sources locales, la densité de charge et la densité de courant . Ces équations constituent un postulat fondamental de la physique classique : on ne les démontre pas, on les admet, et l'on vérifie qu'elles redonnent tous les résultats connus des régimes stationnaires tout en prédisant des phénomènes nouveaux — au premier rang desquels la propagation des ondes électromagnétiques à la vitesse de la lumière.
Ce chapitre énonce les quatre équations de Maxwell, en dégage la cohérence avec les lois déjà rencontrées, introduit la notion cruciale de courant de déplacement, puis développe le bilan énergétique du champ (densité d'énergie, vecteur de Poynting) avant d'aborder l'approximation des régimes quasi-stationnaires magnétiques.
4.1 Les postulats de l'électromagnétisme
4.1.1 La force de Lorentz
L'action du champ électromagnétique sur les charges est postulée sous la forme de la force de Lorentz : une particule de charge , animée de la vitesse dans un référentiel galiléen où règnent les champs et , subit la force
La composante électrique travaille et peut modifier l'énergie cinétique ; la composante magnétique , toujours orthogonale à , ne travaille pas. Cette loi définit opérationnellement les champs : et sont les grandeurs par lesquelles la matière chargée « ressent » son environnement électromagnétique.
4.1.2 Les quatre équations locales
Dans le vide (au sens : dans un milieu décrit par les seules sources et ), les champs et vérifient en tout point et à tout instant :
Les constantes fondamentales sont la permittivité du vide et la perméabilité du vide .
Ces quatre équations se répartissent en deux groupes de nature différente :
- Les équations de structure (Maxwell--flux et Maxwell--Faraday) ne font pas intervenir les sources : elles traduisent des propriétés intrinsèques des champs. La première interdit tout monopôle magnétique ; la seconde couple variation temporelle de et rotationnel de .
- Les équations aux sources (Maxwell--Gauss et Maxwell--Ampère) relient les champs à la charge et au courant qui les produisent.
Le produit a la dimension de l'inverse du carré d'une vitesse. On pose , dont l'évaluation numérique donne : la coïncidence avec la vitesse de la lumière fut l'argument décisif de Maxwell pour identifier lumière et onde électromagnétique.
4.1.3 Le courant de déplacement
Le terme ajouté par Maxwell à l'équation d'Ampère de la magnétostatique est le courant de déplacement. On définit la densité de courant de déplacement
Sans ce terme, l'équation d'Ampère serait incompatible avec la conservation de la charge dès que les régimes deviennent variables, comme le montre la figure fig:condensateur.
surface plane mais non la surface bombée passant entre les armatures. Le courant de déplacement assure la continuité en traversant .</div>
Démonstration (Nécessité du courant de déplacement)
Prenons la divergence de l'équation de Maxwell--Ampère. Comme identiquement,
En remplaçant par (Maxwell--Gauss), on obtient
qui est exactement l'équation locale de conservation de la charge. Sans le courant de déplacement, on aurait en tout régime, ce qui est faux dès qu'une charge s'accumule quelque part (armature d'un condensateur).
4.2 Formes intégrales et cohérence avec les régimes stationnaires
Les quatre équations locales admettent une écriture intégrale équivalente, obtenue par les théorèmes de Green--Ostrogradski (flux--divergence) et de Stokes (circulation--rotationnel).
Pour une surface fermée délimitant un volume , et pour un contour fermé orienté s'appuyant sur une surface :
4.2.1 Retour aux régimes stationnaires
En régime permanent, toutes les dérivées temporelles s'annulent : . Les équations de Maxwell se découplent alors en deux groupes indépendants.
- Électrostatique. et : le champ électrique est à circulation conservative, d'où l'existence d'un potentiel scalaire , et l'on retrouve le théorème de Gauss.
- Magnétostatique. et : on retrouve le flux conservatif du champ magnétique et le théorème d'Ampère.
La grande nouveauté du régime variable est le couplage : Maxwell--Faraday montre qu'une variation de engendre un champ à circulation non nulle (induction), tandis que Maxwell--Ampère montre qu'une variation de engendre un champ .
La forme intégrale de Maxwell--Faraday, pour un contour fixe, s'écrit avec : c'est exactement la loi de Faraday de l'induction, où la f.é.m. induite est l'opposée de la variation du flux magnétique. L'équation locale contient donc l'induction comme cas particulier.
Le champ électrique en régime variable n'est plus, en général, à circulation conservative () : on ne peut plus lui associer un simple potentiel scalaire, contrairement au cas de l'électrostatique. C'est précisément le couplage entre et qui rend possible la propagation des ondes électromagnétiques.
4.3 Aspects énergétiques
Le champ électromagnétique transporte et stocke de l'énergie. On postule pour cette énergie une densité volumique locale et un flux, dont la cohérence est assurée par un bilan directement déduit des équations de Maxwell.
La densité volumique d'énergie électromagnétique dans le vide est
somme des densités d'énergie électrique et magnétique déjà rencontrées en régime stationnaire.
Le vecteur de Poynting est défini par
Il représente la densité de flux d'énergie électromagnétique : sa direction donne le sens de propagation de l'énergie, et son flux à travers une surface donne la puissance qui la traverse.
Vérifions la dimension de . Le produit a pour unité ; divisé par (en ), il se réduit à , une densité surfacique de puissance. De même et valent : est bien une densité volumique d'énergie.
4.3.1 Le bilan local de Poynting
En tout point et à tout instant,
Démonstration (Établissement du bilan)
Partons de la puissance volumique cédée par le champ aux porteurs de charge, . On tire de Maxwell--Ampère : , d'où
On utilise l'identité d'analyse vectorielle , soit . En remplaçant (Maxwell--Faraday),
D'où, en reconnaissant et ,
On obtient le bilan annoncé en réordonnant les termes.
L'interprétation est celle d'un bilan de conservation. Intégrons sur un volume fixe délimité par la surface (figure fig:poynting) :
rayonnée à travers la frontière et la puissance cédée aux charges se répartissent la variation de l'énergie stockée.</div>
Le terme est la puissance volumique fournie par le champ à la matière. S'il est positif, le champ cède de l'énergie aux porteurs (effet Joule dans un conducteur ohmique : donne ). S'il est négatif, la matière fournit de l'énergie au champ (fonctionnement générateur).
4.3.2 Puissance rayonnée
Lorsqu'aucune charge n'est présente dans (), le bilan se réduit à
Le flux du vecteur de Poynting à travers une surface fermée mesure alors la puissance rayonnée, c'est-à-dire l'énergie électromagnétique qui s'échappe du volume par unité de temps. En optique, la valeur moyenne temporelle du module du vecteur de Poynting s'identifie à l'intensité (ou éclairement) lumineux : .
la source, le flux du vecteur de Poynting vaut la puissance émise . En l'absence d'absorption, décroît en .</div>
4.4 Approximation des régimes quasi-stationnaires
4.4.1 Équations de propagation dans le vide
Dans une région vide de charges et de courants (, ), les équations de Maxwell conduisent à des équations de propagation.
En l'absence de sources,
Démonstration (Découplage des champs)
Prenons le rotationnel de Maxwell--Faraday : . L'identité et (pas de charge) donnent . En remplaçant (Maxwell--Ampère sans courant),
Le calcul est identique pour .
La structure de ces équations, à vitesse de propagation finie , traduit le fait qu'une modification des sources ne se répercute pas instantanément à distance : le signal électromagnétique met un temps pour parcourir la distance . C'est une rupture profonde avec l'électrostatique et la magnétostatique, où les champs « suivent » leurs sources sans retard.
4.4.2 L'ARQS magnétique
Dans de nombreux dispositifs (circuits électriques, bobines, machines), les dimensions sont petites devant la longueur d'onde associée à la période des variations. Le temps de propagation est alors négligeable devant :
L'approximation des régimes quasi-stationnaires magnétique consiste à négliger le courant de déplacement devant la densité de courant de conduction dans l'équation de Maxwell--Ampère. Les équations deviennent
On conserve donc le couplage inductif (Maxwell--Faraday intact) mais on traite le champ magnétique comme en magnétostatique (théorème d'Ampère), tout en autorisant sa variation lente dans le temps.
Prendre la divergence de impose : la densité de courant est à flux conservatif, comme en régime permanent. C'est la justification de la loi des nœuds pour les circuits en ARQS.
Méthode : Vérifier la validité de l'ARQS magnétique
- Estimer la dimension caractéristique du dispositif et la fréquence (ou la période ) des variations.
- Calculer la longueur d'onde .
- L'ARQS est valable si , c'est-à-dire .
- En pratique : pour un circuit de , on a ; l'ARQS est donc excellente jusqu'à des fréquences de l'ordre du .
En ARQS magnétique, toutes les expressions de champ magnétique établies en régime permanent (champ d'un fil, d'un solénoïde, d'une bobine…) restent valables instantanément, en remplaçant simplement le courant permanent par sa valeur instantanée . C'est ce qui autorise l'étude des circuits inductifs.
4.5 Synthèse du chapitre
Les quatre équations de Maxwell (postulats) :
- Force de Lorentz : ; la partie magnétique ne travaille pas.
- Courant de déplacement : indispensable à la cohérence avec la conservation de la charge .
- Régimes stationnaires () : découplage en électrostatique () et magnétostatique ().
- Énergie : densité , vecteur de Poynting (en ).
- Bilan local de Poynting : . Puissance rayonnée .
- Propagation dans le vide : , .
- ARQS magnétique : on néglige devant , valable si ; alors (loi des nœuds).
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>4.6 Exercices résolus
Un condensateur plan de surface et d'entrefer est chargé par un courant constant . Montrer que le courant de déplacement entre les armatures est égal au courant de conduction dans les fils.
Démonstration
Le champ entre armatures est uniforme, , dirigé de l'armature vers l'armature . Sa dérivée temporelle vaut car . La densité de courant de déplacement est , uniforme sur la section. Le courant de déplacement total à travers une section vaut donc . Il prolonge exactement le courant de conduction : le « circuit » du courant est fermé, ce qui rend le théorème d'Ampère cohérent quelle que soit la surface choisie.
Un fil cylindrique de rayon , de longueur , de conductivité , est parcouru par un courant uniforme . Calculer le flux entrant du vecteur de Poynting à travers la surface latérale et l'interpréter.
Démonstration
À la surface du fil (), le champ électrique interne est axial : , dirigé selon (sens du courant). Le champ magnétique, par le théorème d'Ampère, est orthoradial : selon . Le vecteur de Poynting vaut
car : le vecteur de Poynting est entrant. Le flux entrant à travers la surface latérale est
avec . On retrouve exactement la puissance Joule dissipée : l'énergie dissipée dans le fil pénètre par sa surface latérale, transportée par le champ électromagnétique.
Pour une onde plane progressive dans le vide, les champs vérifient . Comparer les densités d'énergie électrique et magnétique.
Démonstration
La densité électrique est et la densité magnétique . En remplaçant et ,
Les deux contributions sont égales : l'énergie d'une onde plane se répartit à parts égales entre champ électrique et champ magnétique, et .
Le réseau électrique domestique fonctionne à . Estimer la longueur d'onde et conclure sur la validité de l'ARQS pour une installation de taille .
Démonstration
La longueur d'onde est . Le rapport est très petit devant : l'ARQS est parfaitement justifiée. Le temps de propagation est totalement négligeable devant la période .
Une petite sphère conductrice porte une charge décroissante à cause d'un courant de fuite radial de densité . Relier le débit de charge à .
Démonstration
La conservation de la charge intégrée sur un volume contenant la sphère donne . Pour une sphère de rayon entourant la charge, , d'où . Le courant sortant total vaut donc : la sphère perd bien sa charge au rythme du courant qui s'en échappe, indépendamment de tant qu'on entoure toute la charge.
Dans un condensateur plan (armatures circulaires de rayon , champ uniforme et axial entre les armatures), déterminer le champ magnétique induit à la distance de l'axe.
Démonstration
Par symétrie, . Le théorème d'Ampère généralisé sur un cercle de rayon centré sur l'axe donne, en l'absence de courant de conduction entre les armatures,
Le courant de déplacement joue exactement le rôle d'un courant volumique et crée un champ magnétique orthoradial croissant avec , comme le ferait un courant réel uniformément réparti.
4.7 Exercices d'entraînement
- Homogénéité. Vérifier par analyse dimensionnelle que a bien la dimension d'une densité de courant ().
- Constante . À partir de et , calculer et comparer à la valeur admise.
- Divergence du rotationnel. Montrer que la seule équation (sans courant de déplacement) est incompatible avec la charge d'un condensateur. Où est la contradiction ?
- Formes intégrale et locale. Déduire le théorème de Gauss de l'équation locale de Maxwell--Gauss.
- Loi de Faraday. À partir de la forme intégrale de Maxwell--Faraday, retrouver l'expression de la f.é.m. induite dans un cadre rectangulaire fixe plongé dans un champ uniforme et orthogonal au plan du cadre.
- Effet Joule. Un conducteur ohmique de conductivité est parcouru par . Exprimer la puissance volumique dissipée en fonction de et , puis en fonction de .
- Poynting d'un solénoïde. Un solénoïde infini d'axe porte un courant croissant. Déterminer le sens du vecteur de Poynting au voisinage de la surface latérale et interpréter en termes de stockage d'énergie magnétique.
- Densité d'énergie. Un champ électrique uniforme vaut . Calculer la densité volumique d'énergie électrique. Même question pour un champ magnétique ; comparer les deux valeurs.
- Onde plane. Pour une onde plane dans le vide, écrire le champ associé, puis calculer la valeur moyenne temporelle du vecteur de Poynting.
- Intensité lumineuse. Le Soleil délivre au sol un éclairement . En déduire l'ordre de grandeur de l'amplitude du champ électrique de la lumière solaire.
- Validité de l'ARQS. Un circuit imprimé a une taille . À partir de quelle fréquence l'ARQS cesse-t-elle d'être justifiée ? Application numérique.
- Conservation de la charge en ARQS. Montrer qu'en ARQS magnétique la densité de courant vérifie , et en déduire la loi des nœuds pour un circuit électrique.