Symétries et champ électrique stationnaire
Cours complet · électromagnétisme (PSI), chapitre 1 · CPGE PSI (2e année)
Travailler ce chapitre sur Adloun
L'électromagnétisme est gouverné, dans le cas le plus général, par les quatre équations de Maxwell, qui relient localement le champ électromagnétique à ses sources, la densité de charge et le vecteur densité de courant . En classe de PSI, ces équations sont posées comme des postulats : on ne cherche pas à les construire, mais à les exploiter. Ce chapitre se limite au régime stationnaire (ou permanent), où toutes les grandeurs sont indépendantes du temps : les phénomènes électriques et magnétiques se découplent alors, et le champ électrostatique ne dépend plus que de la distribution de charges.
Deux outils structurent toute l'étude. D'une part, l'analyse des symétries et invariances de la distribution de charges, qui donne — avant tout calcul — la direction du champ et les variables dont il dépend. D'autre part, le théorème de Gauss, forme intégrale de l'équation de Maxwell--Gauss, qui permet d'en calculer la norme dans les situations de haute symétrie. La méthode « symétries Gauss » est le cœur pratique de ce chapitre.
1.1 Les équations de Maxwell en régime stationnaire
1.1.1 Champ et sources
À l'échelle mésoscopique, les sources du champ sont décrites par deux champs : la densité volumique de charge (en ) et le vecteur densité de courant (en ). Le champ électromagnétique agit sur une charge test , animée de la vitesse , par la force de Lorentz
1.1.2 Les quatre équations, postulées
Dans le vide, en présence de sources et , les champs vérifient en tout point et à tout instant :
La permittivité du vide vaut , avec .
Le régime stationnaire (ou permanent) est celui où toutes les grandeurs sont indépendantes du temps : . Les deux équations qui gouvernent le champ électrique se réduisent alors à
En régime stationnaire, ne fait plus intervenir : le champ électrique se calcule à partir des seules charges, indépendamment des courants et du champ magnétique. C'est le domaine de l'électrostatique. Ces deux équations locales sont le point de départ admis de tout ce chapitre.
1.2 Symétries et invariances de la distribution
L'exploitation des symétries de la distribution source permet de connaître, avant tout calcul, la direction du champ et les variables dont il dépend. Cette analyse ne s'appuie pas sur une expression du champ, mais sur son caractère vectoriel et sur les symétries géométriques des sources.
1.2.1 Le champ électrique est un vecteur polaire
Le champ électrostatique est un vrai vecteur (vecteur polaire) : il se transforme comme le vecteur position dans toute transformation géométrique de la distribution des sources. En particulier, dans une symétrie par rapport à un plan, sa composante normale au plan change de signe et ses composantes dans le plan sont conservées, comme pour une flèche « réfléchie » dans un miroir.
On oppose ce comportement à celui du champ magnétique , qui est un pseudo-vecteur (vecteur axial), étudié dans un chapitre ultérieur. Cette distinction est à la source de règles de symétrie opposées pour et .
1.2.2 Règles de symétrie : direction du champ
- Si un plan est plan de symétrie de la distribution de charges (la distribution est invariante par la réflexion par rapport à ), alors en tout point de le champ appartient à .
- Si un plan est plan d'antisymétrie (la réflexion transforme la distribution en son opposée, ), alors en tout point de le champ est orthogonal à .
En un point appartenant à deux plans de symétrie, est porté par leur intersection.
Ces règles sont des conséquences directes du caractère polaire de et de la linéarité des équations. Sur un plan de symétrie, la seule direction compatible avec l'invariance de la source est une direction contenue dans le plan ; toute composante normale serait renversée par la réflexion, ce qui contredirait l'invariance.
1.2.3 Invariances : variables dont dépend le champ
Si la distribution de charges est invariante par une transformation géométrique continue (translation, rotation), alors le champ et le potentiel le sont aussi : ils ne dépendent pas de la variable associée à cette transformation.
- Invariance par translation selon un axe et ne dépendent pas de la coordonnée le long de cet axe.
- Invariance par rotation autour d'un axe et ne dépendent pas de l'angle azimutal.
Méthode : Analyse préalable au calcul du champ
Avant tout calcul, on procède systématiquement en trois temps :
- Choisir le système de coordonnées adapté à la géométrie (cartésien, cylindrique, sphérique).
- Invariances : repérer les translations et rotations qui laissent la source invariante variables dont ne dépend pas.
- Symétries : au point , identifier les plans de symétrie et d'antisymétrie de la source passant par direction de .
On obtient ainsi la forme , prête pour le théorème de Gauss.
- Fil infini (axe , densité ) : invariance par translation selon et par rotation autour de ne dépend que de . Tout plan contenant et l'axe est plan de symétrie (radial cylindrique).
- Plan infini (, densité ) : invariance par translation selon et ne dépend que de . Tout plan perpendiculaire au plan chargé et passant par est plan de symétrie .
- Symétrie sphérique (centre ) : invariance par toute rotation autour de ne dépend que de . Tout plan passant par et est plan de symétrie (radial sphérique).
1.3 Circulation, potentiel et équation de Poisson
1.3.1 Le champ électrostatique dérive d'un potentiel
L'équation de Maxwell--Faraday en régime stationnaire, , exprime que le champ électrostatique est irrotationnel. Or un champ irrotationnel dérive d'un potentiel scalaire.
En régime stationnaire, équivaut à l'existence d'un champ scalaire , le potentiel électrique (en volts, ), tel que
Le signe « moins » traduit que pointe vers les potentiels décroissants. Le potentiel est défini à une constante additive près.
La circulation du champ électrostatique entre deux points et ne dépend que des extrémités et vaut
et sur tout contour fermé . Le champ électrostatique est à circulation conservative.
Démonstration
Le long d'un déplacement élémentaire , la variation de potentiel est . En intégrant de à : , soit le résultat annoncé. Sur un contour fermé, et la circulation est nulle.
1.3.2 Équation de Poisson
En combinant les deux équations stationnaires, on relie directement le potentiel à la densité de charge.
En reportant dans l'équation de Maxwell--Gauss , et en utilisant , on obtient l'équation de Poisson :
Dans une région sans charge (), elle se réduit à l'équation de Laplace .
L'équation de Poisson est une équation aux dérivées partielles du second ordre pour : munie de conditions aux limites, elle détermine complètement le potentiel, donc le champ. Dans ce cours, on ne l'exploite pas directement pour calculer un champ — on lui préfère le théorème de Gauss dès que la symétrie le permet — mais elle constitue le lien local de référence entre potentiel et charge.
1.4 Propriétés topographiques du champ
1.4.1 Lignes de champ et équipotentielles
Une ligne de champ est une courbe tangente en chaque point à ; une surface équipotentielle est une surface .
Les lignes de champ électrostatique sont orthogonales aux surfaces équipotentielles et orientées dans le sens des potentiels décroissants.
Démonstration
Le long d'un déplacement tracé sur une équipotentielle, , donc : est orthogonal à tout déplacement sur la surface, donc à la surface elle-même. De plus pointe dans le sens où décroît.
1.4.2 Évasement des tubes de champ
Un tube de champ est la surface engendrée par les lignes de champ s'appuyant sur un contour fermé.
En dehors des sources (), le flux de à travers une section d'un tube de champ se conserve. Par conséquent :
- là où les lignes se resserrent (tube étroit), la norme est grande ;
- là où les lignes s'évasent (tube large), est faible.
L'évasement des tubes traduit donc directement la décroissance du champ loin des sources.
Une carte de lignes de champ électrostatique ne peut pas comporter de boucle fermée : la circulation le long d'une telle boucle serait non nulle, en contradiction avec . Les lignes divergent des charges positives et convergent vers les charges négatives. Connaissant le réseau d'équipotentielles, on trace les lignes de champ orthogonalement, orientées vers les décroissants ; et réciproquement.
Capacité numérique : Évaluer un champ à partir d'équipotentielles
Sur un réseau d'équipotentielles séparées d'un écart de potentiel constant, la norme locale du champ s'estime par , où est la distance (mesurée orthogonalement) entre deux équipotentielles voisines. Le champ est le plus intense là où les équipotentielles sont le plus resserrées, et pointe de la haute vers la basse tension.
1.5 Le théorème de Gauss
1.5.1 Énoncé
Le flux du champ électrostatique à travers une surface fermée (orientée vers l'extérieur) est égal à la charge intérieure divisée par :
Le théorème de Gauss est la forme intégrale de l'équation de Maxwell--Gauss : on passe de l'une à l'autre par le théorème d'Ostrogradski (flux--divergence), .
Seule la charge intérieure à contribue au flux. En revanche, toutes les charges (intérieures comme extérieures) contribuent au champ en chaque point de . Le théorème de Gauss n'est utile pour calculer que si la symétrie permet de sortir de l'intégrale.
1.5.2 Méthode d'application
Méthode : Calcul d'un champ par le théorème de Gauss
Applicable seulement lorsque la symétrie donne avec constant sur une surface bien choisie :
- déterminer par symétrie et invariance la forme de ;
- choisir une surface de Gauss fermée passant par le point , adaptée à la symétrie (cylindre coaxial, sphère concentrique, pilulier) ;
- calculer le flux : sort de l'intégrale sur les faces où , le flux est nul sur celles où ;
- évaluer , puis résoudre en .
1.6 Exemples canoniques par symétrie
1.6.1 Charge ponctuelle
Une charge ponctuelle placée en crée en (avec )
Démonstration
La distribution (une charge ponctuelle) est à symétrie sphérique de centre : . On prend pour surface de Gauss une sphère de rayon centrée en ; y est constant et , donc . La charge intérieure est , d'où , soit . Le potentiel s'obtient par , en remarquant que .
1.6.2 Distribution à symétrie sphérique : sphère et boule chargées
Pour une boule de rayon , de densité volumique uniforme et de charge totale , le champ radial vaut
À l'extérieur, tout se passe comme si la charge était concentrée au centre.
Démonstration
Symétrie sphérique : . Surface de Gauss : sphère de rayon centrée en , donc .
- : , d'où .
- : , d'où , croissant linéairement de au centre jusqu'à sa valeur de surface.
Le champ est continu en (pas de charge surfacique). Pour une sphère creuse chargée en surface (charge , densité ), on aurait à l'intérieur et à l'extérieur, avec une discontinuité à la traversée.
1.6.3 Distribution à symétrie cylindrique : fil et cylindre
Un fil infini d'axe , de densité linéique uniforme , crée le champ radial cylindrique
Démonstration
Symétrie et invariance donnent . Surface de Gauss : cylindre de rayon et de hauteur coaxial au fil. Le flux à travers les deux disques de base est nul () ; sur la surface latérale et y est constant :
La charge intérieure est . Gauss donne , soit . Le potentiel s'obtient par . La décroissance en (et non ) reflète la géométrie infinie : on ne peut pas prendre l'origine des potentiels à l'infini.
1.6.4 Plan infini uniformément chargé
Un plan de densité surfacique uniforme crée, de part et d'autre,
Le champ est uniforme de chaque côté et subit une discontinuité à la traversée du plan.
Démonstration
Symétrie et invariance donnent , avec (le plan est plan de symétrie). Surface de Gauss : cylindre droit (« pilulier ») d'axe , de section , débordant symétriquement entre et . Le flux latéral est nul () ; sur les deux bases normale sortante, de même norme :
La charge intérieure est . Gauss donne , d'où , indépendant de .
En superposant deux plans parallèles portant et , les champs s'ajoutent entre les plans () et se compensent à l'extérieur () : c'est le modèle du condensateur plan, étudié en détail au chapitre suivant.
1.6.5 Théorème de superposition
Les équations de l'électrostatique étant linéaires, le champ (et le potentiel) créé par un ensemble de sources est la somme des champs (et potentiels) créés par chacune séparément. On additionne des vecteurs : ne jamais sommer des normes sans avoir projeté sur des directions communes.
1.7 Énergie potentielle d'une charge et mouvement
1.7.1 Énergie potentielle électrique
Une charge ponctuelle placée en un point où règne le potentiel (créé par les autres charges) possède l'énergie potentielle
Démonstration
La force subie est . Elle dérive donc de l'énergie potentielle (à une constante près). Pour deux charges ponctuelles distantes de : .
1.7.2 Théorème de l'énergie cinétique
Une particule de charge et de masse , soumise au seul champ électrique, vérifie le théorème de l'énergie cinétique entre deux points et :
L'énergie mécanique se conserve.
Une charge , initialement au repos, est accélérée par une différence de potentiel . Sa vitesse finale vérifie , soit . Pour un électron accéléré sous : .
1.8 Analogie avec le champ gravitationnel
Les lois de Coulomb et de Newton ont la même structure en . On passe formellement de l'une à l'autre par les correspondances
| Électrostatique | Gravitation | |
|---|---|---|
| Champ | ||
| [1.4ex]
Potentiel</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style="border-bottom:1.5px solid #2E2C26"><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1.4ex] Th. de Gauss</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr></table></div> iRemarque
La différence essentielle : les masses sont toujours positives et la gravitation est toujours attractive (), alors que les deux signes de charge rendent l'interaction électrique tantôt attractive tantôt répulsive. L'analogie permet d'importer directement les résultats : le champ gravitationnel d'un astre homogène de masse et de rayon vaut à l'extérieur et croît en à l'intérieur, exactement comme la boule chargée. 1.9 Synthèse du chapitreÀ retenir
Équations de Maxwell (stationnaire, postulées) : (M--Gauss) et (M--Faraday). Potentiel : ; ; ; équation de Poisson . Symétries Gauss : invariances variables ; plan de symétrie dans le plan, plan d'antisymétrie plan ( vecteur polaire) ; puis . Topographie : lignes de champ équipotentielles, orientées vers les décroissants ; tube qui s'évase champ qui faiblit ; . Résultats de référence :
Énergie et analogie : ; ; , . <i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>1.10 Exercices résolusExemple 1.17Cylindre plein uniformément chargé Un cylindre infini de rayon , d'axe , est chargé uniformément en volume (). Déterminer à l'intérieur et à l'extérieur.
|