Réflexion sur un conducteur, effet de peau et cavités
Cours complet · électromagnétisme (PT), chapitre 5 · CPGE PT (2e année)
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Les chapitres précédents ont décrit la propagation d'une onde électromagnétique dans le vide, illimité et parfaitement transparent. Une onde réelle finit toujours par rencontrer de la matière : un métal. Deux questions se posent alors. D'abord, que se passe-t-il à l'intérieur du métal ? Nous verrons que le champ n'y pénètre que sur une pellicule superficielle qu'il atténue exponentiellement : c'est l'effet de peau. Ensuite, que devient l'onde qui frappe la surface ? Dans la limite du conducteur parfait, elle est intégralement renvoyée : la superposition de l'onde incidente et de l'onde réfléchie donne une onde stationnaire, dont les nœuds et ventres sont fixes dans l'espace.
L'objectif de ce chapitre est triple. Établir d'abord la loi d'atténuation d'une onde dans un conducteur ohmique, dans le cadre de l'ARQS magnétique, et en dégager l'épaisseur de peau . Établir ensuite l'onde réfléchie par un plan conducteur parfait sous incidence normale, à l'aide des relations de passage, et interpréter les courants qui naissent à sa surface. Enfermer enfin le champ entre deux plans conducteurs pour former une cavité : on découvre alors que seuls certains modes propres, aux fréquences quantifiées, peuvent y subsister — exactement comme les harmoniques d'une corde de guitare. Ce parallèle avec la corde vibrante donne au chapitre une portée qui dépasse le seul électromagnétisme.
5.1 Effet de peau dans un conducteur ohmique
5.1.1 Conducteur ohmique et ARQS magnétique
Un conducteur ohmique obéit à la loi d'Ohm locale , où la conductivité est réelle et positive (par exemple pour le cuivre). Contrairement au conducteur parfait () qui idéalise la situation, le conducteur ohmique dissipe de l'énergie par effet Joule et laisse le champ pénétrer un peu.
Dans l'ARQS magnétique, on néglige le courant de déplacement devant le courant de conduction dans l'équation de Maxwell--Ampère, qui se réduit à
Démonstration (Justification de l'ARQS dans un métal)
Comparons les modules des deux termes pour un régime harmonique de pulsation : courant de conduction , courant de déplacement . Leur rapport vaut
Pour le cuivre, ce rapport n'atteint que pour , dans le domaine des rayons X. Jusqu'à des fréquences très élevées, le courant de déplacement est donc totalement négligeable : l'ARQS magnétique est amplement justifiée.
5.1.2 Équation de diffusion du champ
Dans un conducteur ohmique, en ARQS magnétique, le champ obéit à une équation de diffusion :
Ce n'est pas une équation de d'Alembert : il n'y a pas de propagation à célérité définie, mais une diffusion amortie du champ dans le métal, analogue à la diffusion de la chaleur.
Démonstration (Établissement de l'équation)
On prend le rotationnel de Maxwell--Faraday :
Le conducteur est localement neutre (), et Maxwell--Ampère en ARQS s'écrit . En reportant :
d'où le résultat. On raisonne de même sur .
5.1.3 Épaisseur de peau
On cherche des solutions en onde plane harmonique complexe se propageant vers les (le métal occupe le demi-espace ), le vecteur d'onde étant a priori complexe.
Démonstration (Relation de dispersion et épaisseur de peau)
Avec et , l'équation de diffusion donne
On extrait la racine de partie imaginaire négative (onde amortie vers ). Comme , on a , soit
L'épaisseur de peau (ou profondeur de pénétration) d'un conducteur ohmique est
Le champ s'écrit alors
il est à la fois amorti (facteur ) et propagatif (phase ). Sur une distance , l'amplitude est divisée par .
Le champ, et donc le courant , se concentrent en surface sur une épaisseur de l'ordre de . Deux conséquences :
- : plus la fréquence est élevée, plus le courant est superficiel ;
- la section utile du conducteur diminue, sa résistance effective augmente avec la fréquence.
Avec et : à , à , à . À , un câble de quelques millimètres de rayon est encore utilisé sur toute sa section ; à haute fréquence, le cœur du fil ne sert plus à rien. On emploie alors des câbles multibrins isolés (fil de Litz), et un mince blindage métallique suffit à confiner les ondes.
Quand , : le champ ne pénètre plus du tout. On obtient le conducteur parfait, dans lequel ; charges et courants se répartissent sur une pellicule d'épaisseur nulle, d'où les densités surfaciques de la suite. C'est cette idéalisation qui gouverne la réflexion et les cavités.
5.2 Le modèle du conducteur parfait
5.2.1 Champ intérieur nul
Un conducteur parfait est un milieu de conductivité infinie (). Un champ électrique y induirait une densité de courant infinie : le champ électrique y est donc nécessairement nul. On admet qu'en régime variable le champ électromagnétique est intégralement nul dans le volume du conducteur :
5.2.2 Relations de passage à la surface
À la traversée d'une surface portant une densité surfacique de charge et une densité surfacique de courant , le champ subit des discontinuités données par les relations de passage, que l'on admet et que l'énoncé fournit.
Soit le vecteur unitaire normal à l'interface, orienté du milieu 1 vers le milieu 2. Alors
Autrement dit : la composante tangentielle de est continue, sa composante normale subit un saut ; la composante normale de est continue, sa composante tangentielle subit un saut .
Milieu 1 = conducteur parfait (), milieu 2 = vide, normale sortante dirigée du conducteur vers le vide. Au voisinage immédiat de la surface, côté vide :
Démonstration
On applique les relations de passage avec et . Le saut de vaut : partie tangentielle nulle, partie normale . Le saut de vaut , vecteur orthogonal à : n'a donc pas de composante normale et sa composante tangentielle vaut .
Sur un conducteur parfait : le champ électrique est normal à la surface (pas de composante tangentielle) et le champ magnétique est tangent à la surface (pas de composante normale). Ce sont ces deux conditions qui « pilotent » toute la réflexion.
5.3 Réflexion d'une onde plane sous incidence normale
5.3.1 Géométrie du problème
Le demi-espace est vide ; le demi-espace est occupé par un conducteur parfait, de surface le plan et de normale sortante . Une onde plane progressive harmonique (OPPH), polarisée rectilignement selon , se propage vers les décroissants et vient frapper le conducteur :
L'onde ne pouvant pénétrer dans le conducteur, il naît une onde réfléchie repartant vers les croissants. Le milieu étant linéaire et l'incidence normale, elle garde la même pulsation, le même module de vecteur d'onde et la même direction de polarisation :
5.3.2 Détermination de l'onde réfléchie
Méthode : Exploiter la condition aux limites sur
Le champ total dans le vide est . Sa composante tangentielle (ici selon , donc tout le champ) doit s'annuler sur le conducteur, en , à tout instant. Cette unique condition fixe amplitude et phase de l'onde réfléchie.
Démonstration (Onde réfléchie)
La nullité de en impose, pour tout :
Cette égalité valable à tout instant exige et ; on écrit donc avec . L'onde réfléchie est
Le coefficient de réflexion en amplitude du champ électrique vaut : réflexion totale avec inversion (déphasage ), analogue à la corde attachée à un mur.
Pour une OPPH, où est le sens de propagation. L'onde incidente () donne
et l'onde réfléchie ()
Contrairement au champ électrique, le champ magnétique se réfléchit sans inversion : le coefficient de réflexion en vaut .
5.4 L'onde stationnaire résultante
5.4.1 Structure spatiale
Démonstration (Champs totaux)
Pour le champ électrique :
Avec (ici , ) :
Pour le champ magnétique, avec :
Une onde stationnaire est une onde dont le champ se met sous la forme d'un produit (fonction de l'espace) (fonction du temps) : les variables et sont séparées. La structure spatiale est figée, seule son amplitude oscille dans le temps ; aucune énergie ne se propage en moyenne.
Dans les deux expressions ci-dessus, il n'y a plus de terme en : la structure spatiale est figée. C'est la signature d'une onde stationnaire, à opposer à l'onde progressive où crêtes et creux se déplacent.
5.4.2 Nœuds et ventres décalés
Un nœud de vibration est un point où l'amplitude de la grandeur est constamment nulle ; un ventre est un point où cette amplitude est maximale.
Pour : nœuds () en ; ventres () en
Pour : nœuds en ; ventres en
Les nœuds de coïncident avec les ventres de , et vice versa : les deux réseaux sont décalés d'un quart de longueur d'onde. Sur le conducteur () : a un nœud (cohérent avec ) et un ventre. Par ailleurs et sont déphasés de dans le temps : quand est maximal partout, est nul partout. L'énergie oscille sur place entre forme électrique et forme magnétique, sans se propager.
5.5 Courants et charges surfaciques
Le champ, nul dans le conducteur et non nul dans le vide, impose par les relations de passage des charges et courants localisés sur la surface .
Démonstration (Charge surfacique)
La composante normale de (selon ) est ici nulle (le champ est selon , tangent). Donc
Aucune charge surfacique n'apparaît pour une onde polarisée parallèlement au plan conducteur.
Démonstration (Courant surfacique)
La relation de passage sur donne avec . En , . On cherche : alors , et l'identification donne
Ce sont ces courants surfaciques oscillants qui « rayonnent » l'onde réfléchie : le champ incident met en mouvement les électrons libres de surface, et cette nappe de courant émet en retour l'onde qui repart vers . La réflexion n'est donc pas passive, c'est une émission secondaire. On a , relié au champ magnétique ventral . Dans un conducteur réel, cette nappe a l'épaisseur finie de l'effet de peau, et la faible pénétration du champ y dissipe un peu d'énergie par effet Joule : la réflexion n'est plus tout à fait totale.
5.6 Cavité électromagnétique à une dimension
5.6.1 Deux plans conducteurs
Enfermons le champ entre deux plans conducteurs parfaits, en et . Le champ électrique, tangent à ces plans, doit s'y annuler en permanence : deux conditions aux limites simultanées.
Démonstration (Quantification des modes)
Cherchons une onde stationnaire du champ électrique avec (solution de l'équation de propagation, ).
Condition en : , donc .
Condition en : , .
Le vecteur d'onde est donc quantifié :
et par , les pulsations propres sont quantifiées :
Seules certaines fréquences subsistent durablement dans la cavité : ce sont ses modes propres. La condition signifie que la cavité contient un nombre entier de demi-longueurs d'onde. Le mode fondamental () contient une demi-longueur d'onde ; le mode possède ventres et nœuds de (dont les deux parois). Les fréquences propres forment une suite harmonique : le fondamental et ses multiples entiers.
Le mode s'écrit
Sur chaque paroi, s'annule et est maximal, ce qui est cohérent avec et l'existence de courants surfaciques sur les deux plaques.
Un four à micro-ondes est une cavité résonnante (, ). Les ventres de champ électrique sont des points chauds, les nœuds des points froids : le plateau tournant déplace les aliments à travers ce réseau. La distance entre deux points chauds successifs (deux ventres) est .
5.6.2 Analogie avec la corde vibrante
La cavité EM 1D est le pendant exact de la corde vibrante fixée à ses deux extrémités : même équation d'onde, mêmes conditions aux limites (grandeur nulle aux bords), donc mêmes modes propres.
| Corde vibrante | Cavité EM 1D | |
|---|---|---|
| Grandeur qui vibre | déplacement | champ |
| Célérité | ||
| Condition aux bords | (fixe) | |
| Quantification | ||
| Fréquences propres | ||
| Spectre | harmonique | harmonique |
Capacité numérique : Visualiser les modes d'une cavité
On trace les premiers modes stationnaires pour comprendre nœuds et ventres.
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
L = 1.0
x = np.linspace(0, L, 400)
for n in range(1, 4):
plt.plot(x, np.sin(n*np.pi*x/L), label=f"mode n={n}")
plt.axhline(0, color="gray", lw=0.6)
plt.title("Modes propres d'une cavite 1D : E_n(x) = sin(n pi x / L)")
plt.xlabel("x / L"); plt.ylabel("amplitude")
plt.legend(); plt.grid(alpha=0.3)
plt.show()
On vérifie que le mode possède ventres et s'annule bien aux deux parois.
5.7 Synthèse du chapitre
- Effet de peau (conducteur ohmique, ARQS magnétique, courant de déplacement négligé) : équation de diffusion , , épaisseur de peau
Champ amorti et propagatif, dissipation Joule, courant confiné en surface.
- Conducteur parfait : à l'intérieur. Aux bords, normal (, ) et tangent (, ).
- Réflexion sous incidence normale : (déphasage sur ), . Réflexion totale, coefficient en énergie .
- Onde stationnaire :
Variables séparées, nœuds et ventres décalés de (nœud de = ventre de ), déphasage temporel entre et .
- Courants surfaciques : ; ils rayonnent l'onde réfléchie. Charge surfacique nulle (polarisation parallèle au plan).
- Cavité 1D (plans en et ) : , , , ; la cavité contient demi-longueurs d'onde. Spectre harmonique , comme la corde vibrante.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>5.8 Exercices résolus
Estimer du cuivre () à et . Facteur entre les deux ?
Démonstration
. À : . Comme , passer à divise par , soit . Le courant se concentre en surface, d'où les câbles multibrins (fil de Litz) en haute fréquence.
À quelle fréquence l'épaisseur de peau du cuivre vaut-elle exactement ?
Démonstration
De on tire . Avec , et :
Au-delà de quelques kilohertz, la section utile d'un fil millimétrique se réduit sensiblement.
Le champ dans le métal décroît en . Exprimer la puissance moyenne dissipée par unité de surface en fonction de (amplitude du champ en surface), et .
Démonstration
La puissance volumique moyenne dissipée par effet Joule est avec , soit . Par unité de surface, on intègre sur :
La dissipation est donc proportionnelle à : plus la fréquence monte, plus (et donc les pertes surfaciques par unité de champ) diminue, mais la résistance vue par le courant augmente.
Retrouver pour une incidente , puis vérifier directement sur que à tout instant.
Démonstration
La CL en donne , d'où , : , . La somme vaut ; en , donc pour tout . La condition est bien satisfaite en permanence.
Une onde centimétrique () se réfléchit sur une plaque métallique. Calculer puis la distance entre le conducteur et le premier ventre de champ électrique.
Démonstration
. Le conducteur () est un nœud de ; le premier ventre est à . On mesurerait en repérant deux ventres consécutifs distants de .
Calculer l'amplitude du courant surfacique induit par une onde d'amplitude sur un conducteur parfait, et relier cette amplitude au champ magnétique en surface.
Démonstration
Sur le conducteur, a un ventre d'amplitude . La relation de passage donne , d'où
Le courant est selon , en phase avec le champ magnétique ventral (), donc en quadrature avec le champ électrique.
Une cavité 1D mesure . Calculer la fréquence fondamentale et celle du mode .
Démonstration
. Le mode a pour fréquence . Ces fréquences forment une suite harmonique : la cavité est un excellent filtre et fréquencemètre en micro-ondes.
Une cavité de longueur résonne à . Quel est le numéro du mode et combien de nœuds de compte-t-il ?
Démonstration
. La condition donne : c'est le mode (6 ventres de , et nœuds, dont les deux parois).
5.9 Exercices d'entraînement
- ARQS magnétique. Estimer la fréquence pour laquelle le courant de déplacement égale le courant de conduction dans le cuivre. Conclure sur le domaine de validité de l'équation de diffusion.
- Équation de diffusion. Retrouver à partir des équations de Maxwell en ARQS, puis et .
- Effet de peau. À quelle fréquence du cuivre vaut-elle ? Commenter le choix des sections de câbles pour le transport électrique à .
- Dissipation. Le champ dans le conducteur décroît en . Exprimer la puissance moyenne dissipée par unité de surface en fonction de , et (on intègre l'effet Joule sur ).
- Amortissement. Sur quelle épaisseur l'amplitude du champ est-elle divisée par ? Par ? Exprimer le résultat en fonction de .
- Relations de passage. Énoncer les quatre conditions aux limites du champ sur un conducteur parfait, en précisant l'orientation du vecteur normal.
- Champ intérieur nul. Expliquer pourquoi le champ est nul dans un conducteur de conductivité infinie. Que devient l'épaisseur de peau dans cette limite ?
- Onde réfléchie. Une OPPH arrive sur un conducteur en . Retrouver en imposant la CL et donner le coefficient .
- Champ magnétique. Établir et à partir de et , et vérifier que le champ magnétique se réfléchit sans inversion ().
- Onde stationnaire. À partir de , retrouver . Justifier le terme « stationnaire ».
- Nœuds et ventres. Donner les positions des nœuds et ventres de et de pour . Vérifier le décalage de .
- Déphasage temporel. Montrer que et de l'onde stationnaire sont déphasés de dans le temps. Interpréter en termes d'échange d'énergie.
- Courant surfacique. Calculer l'amplitude du courant surfacique induit par une onde d'amplitude . Préciser direction et dépendance temporelle.
- Charge surfacique. Pourquoi la charge surfacique est-elle nulle pour une onde polarisée parallèlement au plan ? Dans quelle configuration serait-elle non nulle ?
- Réflexion en énergie. Justifier que la réflexion sur un conducteur parfait est totale (, ) et sans absorption. Que change un conducteur ohmique réel ?
- Cavité — quantification. Établir pour une cavité entre deux plans en et . En déduire et .
- Modes d'une cavité. Une cavité mesure . Calculer , , . Combien de ventres de possède le mode ?
- Four à micro-ondes. À , calculer puis la distance entre deux points chauds successifs. Relier au rôle du plateau tournant.
- Numéro de mode. Une cavité de résonne à . Déterminer le numéro du mode et le nombre de nœuds de .
- Analogie corde vibrante. Comparer dans un tableau grandeurs, célérités, conditions aux limites et fréquences propres d'une corde fixée à ses deux bouts et d'une cavité EM 1D.