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Ondes électromagnétiques planes dans le vide

Cours complet · électromagnétisme (PT), chapitre 4 · CPGE PT (2e année)

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Au chapitre précédent, l'étude des équations de Maxwell a révélé qu'un champ électrique variable engendre un champ magnétique, et réciproquement. Ce couplage est fécond : une fois lancés, les deux champs s'entretiennent mutuellement et se propagent sans support matériel. C'est le contenu physique des équations de Maxwell dans le vide, dont ce chapitre tire la conséquence la plus spectaculaire : l'existence d'ondes électromagnétiques se propageant à la vitesse de la lumière. La lumière visible, les ondes radio, les rayons X ne sont qu'une seule et même réalité, à des fréquences différentes.

Nous établissons d'abord l'équation de propagation des champs à partir des équations de Maxwell, puis nous étudions le modèle central de tout le cours d'ondes de deuxième année : l'onde plane progressive monochromatique (OPPM). Sa structure (transversalité, trièdre , relation ), ses états de polarisation et son bilan énergétique (vecteur de Poynting, intensité) constituent une boîte à outils réutilisée dans le chapitre suivant (conducteurs).

4.1 L'équation de propagation dans le vide

4.1.1 Les équations de Maxwell dans le vide

On se place dans une région du vide, c'est-à-dire vide de charges et de courants : la densité volumique de charge et le vecteur densité de courant y sont nuls. Les quatre équations de Maxwell s'écrivent alors sous forme locale

iRemarque

Le couplage entre et est porté par les deux équations à rotationnel. Le terme de Maxwell--Ampère (le courant de déplacement de Maxwell) est essentiel : sans lui, aucune onde ne pourrait exister dans le vide. C'est l'ajout historique de Maxwell aux lois de l'électromagnétisme.

4.1.2 Découplage : l'équation de d'Alembert

Les champs et sont couplés. Pour obtenir une équation portant sur un seul champ, on découple le système en prenant le rotationnel d'une équation de couplage.

Démonstration (Équation de propagation du champ électrique)

Prenons le rotationnel de l'équation de Maxwell--Faraday :

où l'on a permuté les dérivations spatiale et temporelle, puis injecté Maxwell--Ampère. On utilise l'identité d'analyse vectorielle

Comme dans le vide, il reste , d'où le résultat.

◆Théorème 4.1Équation de propagation des champs dans le vide

Dans le vide, chaque champ (et chacune de ses composantes cartésiennes) vérifie l'équation de d'Alembert tridimensionnelle

avec la célérité

ImportantTrois conséquences majeures
  • Les champs se propagent sans support matériel : le vide transporte l'onde électromagnétique. C'est la rupture décisive avec les ondes mécaniques (corde, son).
  • La vitesse ne fait intervenir que des constantes électromagnétiques : elle a permis à Maxwell d'identifier la lumière comme une onde électromagnétique.
  • L'équation de d'Alembert est linéaire : toute superposition de solutions est solution (principe de superposition), fondement de l'analyse de Fourier des signaux.
iRemarqueUn calcul identique pour

Le même raisonnement, appliqué au rotationnel de Maxwell--Ampère et utilisant , donne l'équation de d'Alembert pour . Les deux champs obéissent à la même équation, avec la même célérité.

4.2 Structure de l'onde plane progressive

4.2.1 Onde plane, onde plane progressive

Définition 4.2Onde plane

Une onde est dite plane de direction (vecteur unitaire) si, à chaque instant, les champs sont uniformes sur tout plan perpendiculaire à . En choisissant , cela signifie que les champs ne dépendent que de et de :

Les plans sont les surfaces d'onde.

Pour une onde plane, l'équation de d'Alembert se réduit à sa forme unidimensionnelle , dont on connaît la solution générale.

Proposition 4.3Solutions de d'Alembert à une dimension

La solution générale de l'équation de d'Alembert à une dimension est la superposition d'une onde progressive (vers les croissants) et d'une onde régressive (vers les décroissants) :

où et sont des fonctions vectorielles arbitraires. Le terme représente un profil de forme invariable se translatant à la vitesse vers les .

4.2.2 Transversalité

Que disent les équations de Maxwell sur la direction des champs d'une onde plane progressive (OPP) ? Elles imposent une contrainte forte : les champs sont perpendiculaires à la direction de propagation.

Démonstration (Les champs sont transverses)

Considérons une OPP se propageant selon , dont les champs ne dépendent que de et . Pour un tel champ, . L'équation de Maxwell--Gauss donne

Ainsi ne dépend pas de . De plus, la composante selon de Maxwell--Ampère (avec ne dépendant que de ) donne : ne dépend pas non plus de . La composante est donc constante et uniforme ; comme elle ne participe pas à l'onde (un champ statique uniforme), on la prend nulle. Le même raisonnement sur donne .

Proposition 4.4Transversalité

Une onde électromagnétique plane progressive dans le vide est transverse : les champs et sont contenus dans le plan perpendiculaire à la direction de propagation,

Il n'existe pas d'onde électromagnétique longitudinale dans le vide.

4.2.3 Relation de structure : le trièdre

Il reste à relier et entre eux. Maxwell--Faraday fournit cette relation.

Démonstration (Relation de structure d'une OPP)

Pour une OPP se propageant selon à la vitesse , chaque champ est de la forme . La dérivation d'une telle fonction donne, en notant la dérivée par rapport à l'argument :

Écrivons Maxwell--Faraday . Comme ne dépend que de , seul survit . Donc

En intégrant (les constantes correspondent à des champs statiques, écartés) :

ImportantStructure d'une onde plane progressive dans le vide

Pour une OPP se propageant selon le vecteur unitaire :

  • les champs sont transverses : et ;
  • ils sont liés par la relation de structure

  • le trièdre est orthogonal direct, et les champs et sont en phase (mêmes variations temporelles).

La connaissance de suffit à déterminer entièrement l'onde.

Attention : n'est pas « petit »

Le facteur fait paraître minuscule (). C'est une illusion d'unités : dans le bilan énergétique, les deux champs contribuent à parts égales. Il ne faut jamais négliger devant dans une onde.

4.3 L'onde plane progressive monochromatique (OPPM)

4.3.1 Définition et notation complexe

Définition 4.5OPPM

Une onde plane progressive monochromatique est une OPP dont la dépendance temporelle est sinusoïdale, de pulsation unique. Se propageant selon , son champ électrique s'écrit

avec la pulsation , le nombre d'onde , et un vecteur constant du plan .

Le calcul se simplifie considérablement en notation complexe. On introduit le vecteur d'onde et l'on pose

Méthode : Règles de dérivation en notation complexe

Pour une OPPM en , les opérateurs différentiels deviennent des multiplications :

Ces substitutions transforment les équations de Maxwell (aux dérivées partielles) en relations algébriques. C'est l'outil de travail central de tout le cours d'ondes.

Démonstration (Retrouver la structure avec les opérateurs)

Injectons ces règles dans les équations de Maxwell dans le vide :

On retrouve en trois lignes ce qui demandait des intégrations : tout OPPM du vide est transverse, de trièdre direct, et .

4.3.2 Relation de dispersion

Démonstration (Relation de dispersion du vide)

Injectons l'OPPM dans l'équation de d'Alembert . Avec (car ) et :

Proposition 4.6Relation de dispersion et vitesse de phase

Dans le vide, la relation de dispersion est

La vitesse de phase est indépendante de la fréquence : le vide est un milieu non dispersif. Toutes les couleurs y voyagent à la même vitesse .

iRemarqueLe caractère idéal du modèle

L'OPPM est une idéalisation : une onde vraiment plane occuperait tout l'espace transverse (énergie infinie) et une onde vraiment monochromatique durerait de à . Aucune source réelle ne produit une OPPM. Mais grâce à la linéarité et à l'analyse de Fourier, toute onde réelle se décompose en une somme (ou intégrale) d'OPPM : le modèle est la brique élémentaire universelle.

4.3.3 Le spectre électromagnétique

Toutes les OPPM obéissent à la même physique ; seule leur fréquence les distingue. Le spectre électromagnétique range les ondes par fréquence (ou longueur d'onde ) croissante.

DomaineLongueur d'ondeApplications typiques
Ondes radioradio, TV, communications
Micro-ondes--four, radar, Wi-Fi, GSM
Infrarouge--thermique, télécommande
Visible--vision, optique
Ultraviolet--stérilisation, bronzage
Rayons X--radiographie, cristallographie
Rayons nucléaire, astrophysique
Exemple 4.7Retenir le domaine visible

Le domaine visible s'étend d'environ (violet) à (rouge), soit des fréquences de l'ordre de à . Un four à micro-ondes fonctionne à , soit .

4.4 Polarisation

4.4.1 États de polarisation

Le champ électrique d'une OPPM se propageant selon vit dans le plan transverse . La donnée de ses deux composantes définit l'état de polarisation : la courbe décrite par l'extrémité du vecteur au cours du temps, en un point fixe.

Définition 4.8Polarisation rectiligne

Lorsque les deux composantes vibrent en phase () ou en opposition de phase (), le champ garde une direction fixe au cours du temps et son extrémité décrit un segment de droite : l'onde est dite polarisée rectilignement. C'est le seul état de polarisation au programme.

iRemarqueLumière naturelle

La lumière émise par le Soleil ou une lampe est non polarisée : elle résulte de la superposition incohérente d'un grand nombre de trains d'onde dont la direction de fluctue aléatoirement et très rapidement. Aucune direction n'est privilégiée.

4.4.2 Polariseurs et loi de Malus

ImportantLoi de Malus

Un polariseur (ou analyseur) ne laisse passer que la composante du champ parallèle à son axe de transmission. Une lumière polarisée rectilignement, d'intensité incidente , traversant un analyseur dont l'axe fait l'angle avec la direction de polarisation, en ressort avec l'intensité

Démonstration (Établissement de la loi de Malus)

Notons l'amplitude du champ incident polarisé selon une direction faisant l'angle avec l'axe de l'analyseur. Seule la projection sur l'axe est transmise, d'amplitude . Comme l'intensité est proportionnelle au carré de l'amplitude du champ (), on obtient

En tournant l'analyseur, passe par un maximum () et s'annule (extinction, ).

iRemarqueDistinguer lumière polarisée et naturelle

Une lumière polarisée donne, à travers un analyseur tournant, une intensité variant de à . Une lumière naturelle donne une intensité constante (moyenne de ). C'est le test expérimental de la polarisation.

4.5 Aspects énergétiques

4.5.1 Densité d'énergie et vecteur de Poynting

Le champ électromagnétique transporte de l'énergie. Le bilan local d'énergie électromagnétique (partie 4.4 du programme) fait intervenir deux grandeurs.

Définition 4.9Densité d'énergie et vecteur de Poynting

La densité volumique d'énergie électromagnétique et le vecteur de Poynting (densité surfacique de flux d'énergie) sont

Le flux de à travers une surface donne la puissance électromagnétique qui la traverse.

Proposition 4.10Énergie d'une OPP dans le vide

Pour une OPP, la relation et entraînent l'équipartition de l'énergie entre champ électrique et champ magnétique :

La densité d'énergie vaut donc , et le vecteur de Poynting

L'énergie se propage dans le sens de , à la vitesse : .

Démonstration (Direction du vecteur de Poynting)

Avec et :

car . Le vecteur de Poynting est bien colinéaire à , dans le sens de propagation.

4.5.2 Intensité d'une OPPM

Les capteurs (œil, photodiode) sont sensibles à la moyenne temporelle du flux, car est bien trop élevée pour suivre les variations instantanées.

Définition 4.11Intensité

L'intensité (ou éclairement) d'une OPPM est la moyenne temporelle du flux surfacique du vecteur de Poynting :

Pour , on utilise , d'où

ImportantFormule en notation complexe

La moyenne d'un produit de deux grandeurs sinusoïdales réelles s'obtient sans repasser au réel :

où désigne le conjugué. Le facteur remplace la moyenne du . Cette formule est l'outil de calcul énergétique standard.

Exemple 4.12Ordres de grandeur

Le flux solaire au sol vaut environ . On en déduit l'amplitude du champ :

et , du même ordre que le champ magnétique terrestre. Un faisceau laser concentre bien davantage : un laser continu de focalisé sur donne , comparable au Soleil.

4.6 Synthèse du chapitre

À retenir

Équation de propagation. Dans le vide (sans charges ni courants), le rotationnel de Maxwell--Faraday combiné à Maxwell--Ampère donne l'équation de d'Alembert

Structure d'une OPP. Transversalité (, ) ; relation de structure ; trièdre orthogonal direct ; champs en phase ; .

Notation complexe. , , , . Relation de dispersion du vide : , (non dispersif).

Polarisation. Rectiligne () : garde une direction fixe. Lumière naturelle : non polarisée. Loi de Malus : .

Énergie. ; . Pour une OPP : équipartition, . Intensité : .

<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>4.7 Exercices résolus

Exemple 4.13Célérité à partir des constantes

Calculer avec et .

Démonstration

On a , donc

La coïncidence avec la vitesse de la lumière mesurée fut l'argument décisif de Maxwell pour affirmer la nature électromagnétique de la lumière.

Exemple 4.14Champ magnétique d'une onde

Une OPPM se propage selon avec . Déterminer et vérifier le trièdre.

Démonstration

La relation de structure donne avec . Or , donc

Le trièdre est direct, les champs sont transverses, en phase, et . Le vecteur de Poynting pointe dans le sens de propagation.

Exemple 4.15Onde régressive

Écrire le champ magnétique d'une OPPM (propagation selon ).

Démonstration

Le vecteur unitaire de propagation est ici . La relation de structure donne

Le signe change par rapport à l'onde progressive : pour une onde régressive, le trièdre direct impose ce renversement de .

Exemple 4.16Loi de Malus avec deux polariseurs

Une lumière naturelle d'intensité traverse un polariseur puis un analyseur dont l'axe fait l'angle avec celui de . Quelle est l'intensité en sortie ?

Démonstration

Le premier polariseur ne transmet que la moitié de la lumière naturelle : , polarisée selon l'axe de . La loi de Malus donne ensuite

En polariseurs croisés (), : extinction. Intercaler un troisième polariseur entre les deux rétablit de la lumière (résultat contre-intuitif classique).

Exemple 4.17Vecteur de Poynting et intensité

Pour l'onde , calculer et sa moyenne .

Démonstration

On a , donc

La moyenne temporelle utilise :

soit l'intensité .

Exemple 4.18Champ électrique du flux solaire

Estimer le champ électrique associé au flux solaire .

Démonstration

De on tire

Le champ magnétique associé vaut . Ces valeurs modestes montrent que la lumière solaire, malgré sa puissance, correspond à des champs faibles au sens de l'électrostatique.

4.8 Exercices d'entraînement

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