Stabilité des systèmes linéaires
Cours complet · électronique (PSI), chapitre 1 · CPGE PSI (2e année)
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« Un système n'est utile que si l'on peut prévoir, à coup sûr, qu'il finira par se calmer. »
L'électronique de deuxième année ne se contente plus de calculer le régime sinusoïdal forcé d'un filtre : elle s'intéresse à ce qui se passe avant l'établissement de ce régime, pendant le transitoire, et surtout à la question décisive de la stabilité. Un amplificateur qui se met à osciller tout seul, un asservissement qui diverge, un correcteur de puissance qui s'emballe : ce sont des systèmes instables. Ce chapitre pose le langage unifié qui décrit tous ces comportements — le langage de la fonction de transfert — et donne le critère de stabilité pour les systèmes d'ordre 1 et 2, seuls exigibles au programme de PSI.
Conformément au programme, la fonction de transfert opérationnelle est utilisée comme notation symbolique commode faisant le lien avec les sciences industrielles de l'ingénieur, sans jamais faire référence à la transformée de Laplace. La variable n'est pour nous qu'un raccourci d'écriture de l'opérateur de dérivation.
1.1 Systèmes linéaires, continus, invariants
1.1.1 Le modèle entrée-sortie
On modélise un dispositif (filtre, amplificateur, asservissement) par une boîte transformant un signal d'entrée en un signal de sortie .
Un système entrée-sortie est dit LCI (linéaire, continu, invariant) s'il vérifie :
- Linéarité : si et , alors pour tous scalaires , (superposition et homogénéité).
- Continuité (causalité et continuité temporelle) : la sortie dépend continûment de l'entrée et à l'instant ne dépend que du passé .
- Invariance temporelle : si , alors pour tout retard (les propriétés du système ne dépendent pas de l'origine des temps).
Un système LCI est entièrement décrit par une équation différentielle linéaire à coefficients constants reliant à :
La linéarité vient de ce que l'équation est linéaire ; l'invariance, de ce que les coefficients sont constants (indépendants de ). L'entier (degré du membre de gauche, avec ) est l'ordre du système.
Pour un circuit RC série, la tension de sortie aux bornes du condensateur vérifie . Les coefficients et sont constants : le système est bien LCI, d'ordre 1. En revanche un circuit contenant une diode () n'est pas linéaire.
1.1.2 Non-linéarités usuelles
Un composant est linéaire tant que sa caractéristique est une droite passant par l'origine. Les écarts au modèle LCI les plus fréquents en électronique sont la saturation (l'ALI ne peut délivrer plus que ), le seuil (diode), et l'hystérésis (comparateur, ferromagnétique). Le modèle LCI reste valide en petits signaux autour d'un point de fonctionnement.
1.2 Fonction de transfert
1.2.1 Fonction de transfert harmonique
En régime sinusoïdal forcé de pulsation , on associe à chaque signal réel sa grandeur complexe : , de même pour . La dérivation temporelle devient une multiplication par : .
La fonction de transfert harmonique d'un système LCI est le rapport des amplitudes complexes de sortie et d'entrée en régime sinusoïdal établi :
Son module est le gain, son argument est le déphasage sortie/entrée.
En reportant dans l'équation différentielle et en remplaçant chaque dérivée par :
1.2.2 Fonction de transfert opérationnelle
On appelle fonction de transfert opérationnelle la fraction rationnelle
où est la variable de Laplace, utilisée ici comme simple notation symbolique de l'opérateur de dérivation : à chaque puissance correspond une dérivée . On passe de à par la substitution .
En PSI, n'est pas la variable d'une transformée de Laplace (hors programme) : c'est un opérateur de dérivation, un pur outil d'écriture qui rend l'algèbre des systèmes bouclés plus lisible. On écrit indifféremment et .
Méthode : Trois visages d'un même système
Le triangle fondamental de ce chapitre relie trois représentations équivalentes d'un système LCI :
Transposer une représentation dans une autre est la capacité exigible centrale :
- Éq. diff. : remplacer par , factoriser et , former le rapport .
- éq. diff. : écrire , donc , puis rendre à chaque sa dérivée.
- : substituer pour l'étude fréquentielle (diagramme de Bode).
Soit . En posant : , d'où . Réciproquement, de on tire , soit . Enfin : gain , déphasage .
1.2.3 Forme canonique
On met les fonctions de transfert sous forme normalisée faisant apparaître le gain statique , la (les) pulsation(s) caractéristique(s) et, à l'ordre 2, le facteur d'amortissement (ou le facteur de qualité ).
1.3 Réponse d'un système du premier ordre
Considérons , soumis à un échelon d'amplitude : pour , avec .
La solution est la somme d'un régime forcé (constant) et d'un régime libre exponentiel :
La sortie tend en croissant sans dépassement vers sa valeur finale . La tangente à l'origine coupe l'asymptote à ; à , ; à , ; à , .
Le temps de réponse à , noté , est l'instant à partir duquel la sortie reste dans la bande autour de . Pour le premier ordre, . Un système est d'autant plus rapide que est petit, donc que est petit, donc que est grand.
1.4 Réponse d'un système du second ordre
Considérons la forme canonique , soumise à un échelon . La nature de la réponse dépend du signe du discriminant de l'équation caractéristique , dont les racines sont .
Selon la valeur de l'amortissement :
- (apériodique) : deux racines réelles négatives distinctes, la sortie rejoint sans oscillation, plus lentement que le régime critique.
- (critique) : racine double , réponse la plus rapide sans dépassement, .
- (pseudo-périodique) : racines complexes conjuguées , la sortie oscille en dépassant avant de s'y stabiliser :
La pseudo-pulsation est .
1.4.1 Dépassement et temps de réponse en régime pseudo-périodique
En régime pseudo-périodique (), le premier maximum a lieu à et le dépassement relatif (en fraction de ) vaut
Le dépassement décroît quand augmente : ; ; ; .
Le temps de réponse à d'un second ordre est minimal pour , où (valeur lue sur l'abaque du temps de réponse réduit), avec un dépassement d'environ seulement. C'est le réglage recherché en pratique : un peu de dépassement est le prix d'une réponse rapide. Un système très amorti () est lent ; un système peu amorti () oscille longuement. L'ingénieur vise .
1.5 Stabilité
1.5.1 Définition par le régime libre
Le régime libre d'un système est la solution de l'équation différentielle homogène (entrée nulle, conditions initiales quelconques). C'est la superposition des termes associés aux racines de l'équation caractéristique , appelées pôles de la fonction de transfert.
Un système LCI est stable si son régime libre reste borné et tend vers zéro quand (retour à l'équilibre après une perturbation). Il est instable si son régime libre diverge (croît sans borne). Le cas limite d'un régime libre borné mais non amorti (oscillation entretenue) est dit marginalement stable.
Un système LCI est stable si et seulement si tous les pôles de ont une partie réelle strictement négative :
En effet chaque mode décroît si , diverge si , et oscille sans s'amortir si . Dans le plan complexe des pôles, la stabilité exige que tous les pôles soient dans le demi-plan gauche ouvert.
1.5.2 Critère par les signes des coefficients (ordre 1 et 2)
Le programme demande d'étudier la stabilité d'un système d'ordre 1 ou 2 directement à partir des signes des coefficients de l'équation différentielle (ou du dénominateur de ), sans nécessairement calculer les pôles.
On écrit le dénominateur (ordre 1) ou (ordre 2). Après avoir rendu (ou à l'ordre 1) par un changement de signe global :
- Ordre 1 : ; racine . Stable et de même signe.
- Ordre 2 : ; les deux racines ont une partie réelle négative tous de même signe (pour un trinôme réel : somme des racines et produit ).
Démonstration (Justification à l'ordre 2)
Les racines vérifient et . Si elles sont réelles, toutes deux négatives exige somme (soit ) et produit (soit ) : les trois coefficients de même signe. Si elles sont complexes conjuguées , leur partie réelle est , négative , et le produit impose . Dans les deux cas, de même signe.
Si un coefficient s'annule ( à l'ordre 2, par exemple ), les pôles sont imaginaires purs : le régime libre oscille sans s'amortir, le système est seulement marginalement stable (oscillateur idéal). La règle « tous les coefficients strictement de même signe » est donc à prendre au sens strict : aucun coefficient ne doit être nul.
1.5.3 Stabilité d'un système bouclé (introduction)
Les systèmes réellement intéressants sont bouclés : une partie de la sortie est réinjectée à l'entrée. C'est le principe de la rétroaction étudiée au chapitre suivant. On considère une chaîne directe de fonction de transfert et une chaîne de retour :
Avec un retour soustractif ( et ), la fonction de transfert en boucle fermée est
Les pôles du système bouclé sont les racines de l'équation caractéristique . Le bouclage déplace les pôles : un système ouvert stable peut, une fois bouclé, devenir instable (et réciproquement). Toute la difficulté des asservissements est là.
En anticipant le chapitre suivant : pour un montage à ALI, la présence d'une rétroaction ramenée sur la borne inverseuse () est un indice de probable stabilité du régime linéaire (le signal de retour tend à corriger l'écart). Une rétroaction sur la borne non inverseuse () est au contraire un indice d'instabilité (bascule, comparateur à hystérésis).
Soit (ampli du 1er ordre) et (retour constant). Alors . Le pôle passe de à : si le système reste stable et devient plus rapide (constante de temps divisée par ), au prix d'un gain statique réduit. Le bouclage négatif échange du gain contre de la rapidité et de la stabilité.
1.6 Capacité numérique
Capacité numérique : Réponse temporelle d'un second ordre par intégration numérique
On simule la réponse indicielle du système en le ramenant à un système de deux équations du premier ordre , intégré par scipy.integrate.odeint. On visualise l'influence de (dépassement, temps de réponse) et l'on repère la bande .
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
from scipy.integrate import odeint
w0 = 1.0 # pulsation propre (rad/s)
E = 1.0 # amplitude de l'echelon d'entree
def systeme(y, t, xi):
s, ds = y # etat : sortie et sa derivee
dds = w0**2 * (E - s) - 2*xi*w0*ds # equation du 2e ordre isolee
return [ds, dds]
t = np.linspace(0, 20, 2000)
plt.figure(figsize=(8, 5))
for xi in [0.2, 0.5, 0.7, 1.0, 2.0]:
sol = odeint(systeme, [0.0, 0.0], t, args=(xi,))
s = sol[:, 0]
plt.plot(t, s, label=f"xi = {xi}")
plt.axhline(E, color="k", ls="--", lw=0.8)
plt.axhline(1.05*E, color="gray", ls=":", lw=0.8) # bande +5 %
plt.axhline(0.95*E, color="gray", ls=":", lw=0.8) # bande -5 %
plt.xlabel("t (s)")
plt.ylabel("s(t)")
plt.title("Reponse indicielle d'un 2e ordre selon l'amortissement")
plt.legend()
plt.grid(True, alpha=0.3)
plt.show()
# Depassement mesure pour un cas pseudo-periodique
sol = odeint(systeme, [0.0, 0.0], t, args=(0.2,))[:, 0]
D = (sol.max() - E) / E
print(f"Depassement mesure (xi=0,2) : {100*D:.1f} %")
print(f"Depassement theorique : {100*np.exp(-np.pi*0.2/np.sqrt(1-0.2**2)):.1f} %")
Exploitation : on vérifie que le dépassement mesuré coïncide avec la formule , que le cas minimise à peu près le temps de réponse à , et que supprime tout dépassement.
1.7 Synthèse
- Un système LCI est décrit de façon équivalente par une équation différentielle à coefficients constants, une fonction de transfert opérationnelle (, sans transformée de Laplace) et une fonction de transfert harmonique (). Transposer de l'une à l'autre est la capacité centrale.
- 1er ordre : , sans dépassement, . Plus est petit, plus le système est rapide.
- 2e ordre : régime apériodique (), critique () ou pseudo-périodique (, avec dépassement ). Temps de réponse minimal vers .
- Stabilité : le régime libre reste borné et tend vers 0 tous les pôles de ont une partie réelle strictement négative (demi-plan gauche).
- Critère par les coefficients (ordre 1 et 2) : stable tous les coefficients du dénominateur sont strictement de même signe (aucun nul). Un coefficient nul oscillation entretenue (marginalement stable).
- Un système bouclé a pour pôles les racines de : le bouclage déplace les pôles et peut changer la stabilité. Rétroaction sur l'entrée de l'ALI probable stabilité.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>1.8 Exercices résolus
Un système vérifie . Donner , ses pôles, son gain statique, et conclure sur la stabilité.
Démonstration
On remplace : , d'où . Les pôles sont et , tous deux réels négatifs : le système est stable. Le gain statique est . Cohérent avec le critère des signes : tous .
Étudier la stabilité des systèmes de dénominateurs (a) , (b) , (c) , (d) .
Démonstration
(a) de même signe stable (pôle ).
(b) : signes non concordants instable (pôles , partie réelle ).
(c) : coefficient manquant marginalement stable, pôles (oscillation entretenue).
(d) coefficients tous de même signe (négatif) stable (équivalent à , pôles et ).
La réponse indicielle d'un système du 2e ordre, gain statique 1, présente un premier dépassement de et un premier maximum à . Déterminer et .
Démonstration
De , on tire , donc , soit et . Puis donne .
Un capteur de constante de temps subit un échelon. Au bout de combien de temps la sortie atteint-elle de sa valeur finale ? Quel est le temps de réponse à ?
Démonstration
. Le temps de réponse à : .
Une chaîne directe est bouclée par un retour . Calculer le gain statique et la constante de temps en boucle fermée. Le système est-il plus rapide ?
Démonstration
. Gain statique (au lieu de ), constante de temps (au lieu de ) : le système est dix fois plus rapide et reste stable (pôle ). Le bouclage a échangé du gain contre de la bande passante.
Un système est bouclé par un gain unité. Étudier la stabilité du système bouclé selon .
Démonstration
Équation caractéristique : , soit . Les coefficients doivent être strictement de même signe (positifs) pour la stabilité : , soit . Pour tout gain positif réaliste le système reste stable : les pôles ont toujours pour partie réelle . Un simple double pôle réel ne peut être déstabilisé par un gain positif — il faudrait un troisième pôle (ordre 3) pour voir apparaître une instabilité, ce qui dépasse le programme de PSI.
Un circuit RLC série, tension de sortie aux bornes du condensateur, obéit à . Exprimer , , , et donner la condition sur pour un régime pseudo-périodique.
Démonstration
Forme canonique : donne . Le terme en : , et . Régime pseudo-périodique (résistance critique ). Les coefficients étant tous positifs, le circuit est toujours stable (dissipation par ).
1.9 Exercices d'entraînement
- Un système obéit à . Donner , , le gain statique et le temps de réponse à .
- Écrire l'équation différentielle correspondant à . En déduire , et la nature du régime transitoire.
- Étudier la stabilité des dénominateurs : (a) , (b) , (c) , (d) , (e) .
- Un second ordre a un gain statique de , et . Calculer le dépassement, la pseudo-pulsation et l'instant du premier maximum.
- Montrer qu'un système soumis à une entrée en rampe présente en régime établi un retard constant (erreur de traînage).
- Pour le circuit RLC ( aux bornes de ), on donne , . Calculer et la résistance critique .
- Un système du 2e ordre présente un dépassement de . Estimer , puis le temps de réponse à en fonction de .
- On boucle par . Montrer que le produit (gain statique bande passante) est conservé lorsque .
- Déterminer les pôles de et conclure sur la stabilité.
- Un asservissement a pour équation caractéristique . Pour quelles valeurs de le système est-il stable ? marginalement stable ?
- Tracer l'allure du diagramme des pôles dans le plan complexe pour un second ordre lorsque décroît de à (à fixé) et commenter le lien avec le dépassement.
- Un capteur du premier ordre () est monté en série avec un amplificateur idéal de gain . Le système global est-il encore du premier ordre ? Justifier et donner sa constante de temps.