Variation exponentielle
Cours complet · enseignement scientifique (première), chapitre 19 · première, enseignement scientifique
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19.1 Introduction : ajouter, ou multiplier ?
Deux villages voisins comptent chacun 8 000 habitants. Le premier gagne 800 habitants par an ; le second gagne 10 % d'habitants par an. La première année, les deux gagnent exactement la même chose : 800 personnes. Au bout de dix ans, le premier compte 16 000 habitants, le second 20 750. Au bout de trente ans, 32 000 contre 139 600.
Rien n'a changé dans les énoncés — seulement un mot. Ajouter la même quantité, ou multiplier par le même nombre : ce sont les deux façons d'évoluer régulièrement, et elles n'ont rien à voir. La première est la variation linéaire, que vous connaissez. La seconde est la variation exponentielle, dernier modèle de ce programme et de loin le plus contre-intuitif.
premier terme. À gauche, les marches oranges sont toutes identiques et les points sont alignés : c'est la variation linéaire du chapitre précédent. À droite, la marche grandit à chaque étape parce qu'elle porte sur une valeur plus grande : les points s'incurvent vers le haut. Au rang 6, la seconde suite a déjà dépassé la première de plus de moitié, alors qu'elles étaient égales au départ.</div>
Ce modèle est partout : un capital placé, un prix qui subit l'inflation, une épidémie qui démarre, une substance éliminée par l'organisme, un noyau radioactif qui se désintègre, une rumeur qui se propage. Il a une propriété que ni la droite ni la parabole ne possèdent : il finit toujours par tout dépasser, et il le fait brutalement, après une longue période où il paraissait tranquille. C'est ce « démarrage lent puis emballement » que ce chapitre doit vous rendre familier — parce qu'il est à l'origine de la plupart des erreurs d'anticipation collectives.
19.2 Reconnaître : des quotients constants
Une évolution discrète est exponentielle lorsque le quotient de deux termes consécutifs est toujours le même :
Le test est le pendant exact de celui du chapitre précédent : pour la variation linéaire on calculait des différences, ici on calcule des quotients.
De façon équivalente, une évolution est exponentielle lorsque le taux d'évolution d'une période à la suivante est constant : « par an », « par heure ».
Méthode : Reconnaître un phénomène discret de croissance ou de décroissance
exponentielle et le modéliser</h4><div class="text-gray-700 leading-relaxed font-sans text-xs select-text">
- Ranger les valeurs dans un tableau avec leur rang.
- Calculer les différences : si elles sont constantes, le modèle est linéaire, et le chapitre précédent suffit.
- Sinon, calculer les quotients . S'ils sont constants — ou très proches d'une constante pour des données réelles —, le modèle est exponentiel.
- Nommer ce quotient commun , repérer le premier terme, et écrire les deux définitions : par récurrence et explicitement.
- Traduire en taux d'évolution : , exprimé en pourcentage.
Série A : 200 ; 260 ; 320 ; 380. Différences : 60 ; 60 ; 60. Linéaire.
Série B : 200 ; 260 ; 338 ; 439,4. Différences : 60 ; 78 ; 101,4 — non constantes. Quotients : ; ; . Exponentielle, de raison 1,3, soit par période.
Série C : 200 ; 260 ; 350 ; 480. Différences : 60 ; 90 ; 130. Quotients : 1,3 ; 1,346 ; 1,371. Ni les unes ni les autres ne sont constantes : aucun des deux modèles ne convient exactement. Sur des données réelles, on choisirait le moins mauvais — ici l'exponentiel, dont les quotients ne varient que de 5 % — en le disant.
Sur deux ou trois périodes, une croissance de 3 % par an et une croissance de 75 unités par an à partir de 2 500 sont indiscernables : , et . Elles ne divergent qu'au bout d'une dizaine de périodes. C'est pourquoi on ne distingue jamais un modèle linéaire d'un modèle exponentiel sur trois points. Il faut soit assez de données, soit un argument extérieur — savoir, par exemple, que des intérêts s'ajoutent au capital, ou qu'un malade en contamine un nombre fixe d'autres.
19.3 Les suites géométriques à termes strictement positifs
19.3.1 Définition
Une suite est géométrique de raison lorsque, pour tout entier ,
On passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre .
Dans tout ce chapitre, conformément au programme, on se limite aux suites à termes strictement positifs : le premier terme et la raison sont strictement positifs. C'est le cas de toutes les grandeurs que nous modéliserons — une population, un capital, une concentration, un nombre de noyaux.
Si est géométrique de raison et de premier terme , alors pour tout entier :
Plus généralement, à partir de n'importe quel rang :
Démonstration
Pour passer du rang 0 au rang , il faut appliquer fois la règle de récurrence, donc multiplier fois par :
Le même raisonnement à partir du rang demande multiplications, d'où .
Comparez avec la suite arithmétique : là où l'on ajoutait fois la raison, on multiplie ici fois par elle. Toutes les formules se transposent en remplaçant « somme » par « produit » et « multiple » par « puissance ».
Méthode : Calculer un terme de rang donné
Par la formule explicite : calculer à la calculatrice — touche \^{} ou — puis multiplier par . C'est immédiat, même pour .
Par récurrence : multiplier de proche en proche. C'est plus long, mais cela permet de garder toutes les valeurs intermédiaires, ce qui est utile pour un problème de seuil.
À partir de deux termes : si l'on connaît et , alors , et l'on remonte à en prenant la racine -ième — nous verrons plus loin comment.
19.3.2 Raison et taux d'évolution
Une grandeur qui évolue d'un même taux à chaque période est modélisée par une suite géométrique de raison
que l'on appelle aussi le coefficient multiplicateur. Réciproquement, à une raison correspond le taux .
- par an ;
- par heure ;
- doubler à chaque période , soit .
Cette proposition explique pourquoi les automatismes sur les évolutions successives, rencontrés dès le premier chapitre de mathématiques, étaient en réalité des exercices sur les suites géométriques : appliquer fois le même taux, c'est multiplier fois par le même coefficient, c'est-à-dire élever à la puissance .
19.3.3 Sens de variation
Soit une suite géométrique de raison et de premier terme .
- Si , la suite est strictement croissante : c'est une croissance exponentielle.
- Si , la suite est strictement décroissante : c'est une décroissance exponentielle. Ses termes se rapprochent de 0 sans jamais l'atteindre.
- Si , la suite est constante.
La justification tient à ce que : comme , le signe de cette différence est celui de .
Une suite géométrique de raison et de premier terme 100 vaut 80 ; 64 ; 51,2 ; 40,96… Elle décroît indéfiniment, mais aucun de ses termes n'est jamais nul : un produit de nombres strictement positifs ne s'annule pas. C'est exactement ce qui se passe lors de l'élimination d'un médicament — il en reste toujours, en quantité de moins en moins mesurable — et lors de la décroissance radioactive.
19.3.4 Représentation graphique
Méthode : Réaliser et exploiter la représentation graphique des termes d'une
suite géométrique</h4><div class="text-gray-700 leading-relaxed font-sans text-xs select-text">
- Calculer les premiers termes, en gardant assez de décimales.
- Choisir une graduation régulière couvrant l'intervalle des valeurs — c'est le point délicat : une suite géométrique croissante écrase vite le bas du graphique.
- Placer les points sans les relier : la suite n'a pas de valeur entre deux rangs entiers.
- Vérifier la courbure : vers le haut si , vers le bas si . Des points alignés signaleraient une erreur de calcul.
termes strictement positifs. À gauche, la raison dépasse 1 : les points s'écartent de plus en plus, la courbure est tournée vers le haut. À droite, la raison est comprise entre 0 et 1 : les points se resserrent vers l'axe horizontal, dont ils se rapprochent indéfiniment sans jamais l'atteindre. Aucun point n'est relié : entre deux rangs, la suite n'existe pas.</div>
19.4 Des points à la courbe : la fonction exponentielle de base
19.4.1 Compléter le nuage
Les points d'une suite géométrique sont isolés. Peut-on les relier par une courbe qui ait un sens, c'est-à-dire qui prolonge la même règle de multiplication à des valeurs non entières ? La réponse est oui, et le procédé mérite d'être vu.
Prenons la suite : 1 ; 2 ; 4 ; 8. Cherchons une valeur raisonnable « à mi-chemin » entre le rang 0 et le rang 1. Pour les abscisses, on prend le milieu : . Pour les ordonnées, il ne faut surtout pas prendre la moyenne habituelle : dans une suite géométrique, ce n'est pas la somme qui compte mais le produit. On prend donc la moyenne géométrique, c'est-à-dire la racine carrée du produit :
La moyenne géométrique de deux nombres strictement positifs et est le nombre . Elle a la propriété qui nous intéresse : les trois nombres , , forment une suite géométrique, puisque le quotient de chacun au précédent vaut dans les deux cas.
En recommençant — milieu des abscisses, moyenne géométrique des ordonnées — on obtient les valeurs aux quarts, aux huitièmes, et de proche en proche autant de points qu'on veut. La courbe se dessine toute seule.
géométrique à une courbe. Les gros points bleus sont les quatre termes connus de la suite. Les points oranges s'obtiennent en prenant le milieu des abscisses et la moyenne géométrique des ordonnées ; les petits points violets recommencent l'opération sur chaque moitié. En répétant, on remplit toute la courbe : c'est la fonction .</div>
19.4.2 Le cas de l'exposant : la racine -ième
Soit un nombre strictement positif et un entier naturel non nul. On appelle racine -ième de l'unique nombre strictement positif dont la puissance -ième vaut . On le note :
Pour , on retrouve la racine carrée : .
À la calculatrice, on obtient avec la touche puissance, en tapant l'exposant sous forme de fraction ou de décimal : se tape A\^{(1/5)} ou A\^{0.2}.
, car . , car . . . .
Ce dernier nombre est celui qui sépare deux notes voisines d'un piano : il faut douze demi-tons pour doubler la fréquence d'une octave, donc chaque demi-ton multiplie la fréquence par la racine douzième de 2.
19.4.3 La fonction
Soit un réel strictement positif. La fonction exponentielle de base est la fonction qui, à tout réel , associe le nombre .
Elle prolonge la suite géométrique de raison et de premier terme 1 : pour entier, est bien le produit de facteurs égaux à ; pour non entier, sa valeur s'obtient par le procédé de la figure précédente, ou tout simplement à la calculatrice.
Une grandeur de valeur initiale évoluant au taux par unité de temps est alors modélisée, pour tout , par
Ces règles prolongent celles des puissances entières, connues depuis le collège. Elles sont admises. Pour et , positifs :
La troisième est la plus utile de toutes : additionner les exposants revient à multiplier les valeurs. C'est elle qui traduit mathématiquement le fait que deux périodes d'évolution se cumulent en multipliant les coefficients.
Soit et définie pour .
- : toutes ces courbes passent par le point .
- pour tout : la courbe reste au-dessus de l'axe des abscisses.
- Si , est croissante, et sa croissance s'accélère.
- Si , est décroissante, et se rapproche de 0.
- Si , est constante égale à 1.
Le sens de variation de la fonction est donc exactement celui de la suite géométrique de même raison : c'est le même critère, ou .
tracées pour . Toutes passent par le point et restent strictement positives. Pour la courbe monte de plus en plus vite ; pour elle descend et se rapproche de l'axe sans jamais le toucher. Plus est grand, plus la montée est rapide : à , la courbe de base 2 est déjà trois fois au-dessus de celle de base 1,5.</div>
19.5 Le taux d'évolution moyen
Voici la question que le programme met en avant, et qui est d'un usage constant dans les médias : une grandeur a subi évolutions successives ; quel taux unique, appliqué fois, aurait produit le même résultat ?
Une grandeur subit évolutions successives, de coefficients multiplicateurs . Le coefficient multiplicateur global est leur produit :
Le taux d'évolution moyen est le taux qui, appliqué fois de suite, donnerait le même résultat. Son coefficient multiplicateur vérifie donc , c'est-à-dire
Méthode : Calculer un taux d'évolution moyen
- Convertir chaque taux en coefficient multiplicateur : .
- Les multiplier tous pour obtenir le coefficient global. (Si l'on connaît directement la valeur de départ et celle d'arrivée, le coefficient global est simplement leur quotient.)
- Compter soigneusement le nombre de périodes. C'est là que se commettent la plupart des erreurs : de 2015 à 2020, il y a cinq périodes d'un an, pas six.
- Élever le coefficient global à la puissance .
- Retrancher 1 et convertir en pourcentage. Vérifier l'ordre de grandeur : le taux moyen se situe toujours entre le plus petit et le plus grand des taux.
La tentation est de calculer la moyenne arithmétique des taux. Elle est presque juste pour de petits taux, et franchement fausse dès qu'ils sont grands. Une hausse de 100 % suivie d'une baisse de 50 % ramène exactement au point de départ : le taux moyen vaut 0 %. La moyenne arithmétique, elle, donnerait , ce qui est absurde. Les taux ne s'additionnent pas, les coefficients se multiplient.
D'après l'indice des prix à la consommation publié par l'Insee, la hausse annuelle moyenne des prix a été de en 2021, en 2022, en 2023 et en 2024.
Coefficient global sur quatre ans :
Les prix ont donc augmenté d'environ 14,4 % en quatre ans.
Taux moyen annuel :
Un même taux de 3,41 % par an pendant quatre ans aurait produit exactement la même hausse. On vérifie l'ordre de grandeur : 3,41 % est bien compris entre 1,6 % et 5,2 %.
Ce que cela veut dire. Un salaire resté fixe pendant ces quatre années a perdu de pouvoir d'achat. Notez qu'on ne perd pas 14,4 % : le taux réciproque n'est pas l'opposé du taux, c'est l'inverse du coefficient — un automatisme du premier chapitre de mathématiques, qui trouve ici son emploi.
19.6 Comparer les trois modèles
19.6.1 L'exponentielle finit toujours par gagner
Soient une croissance linéaire, une croissance quadratique et une croissance exponentielle de raison strictement supérieure à 1. Alors, quels que soient les coefficients choisis, la croissance exponentielle finit par dépasser définitivement les deux autres, et l'écart devient ensuite considérable.
Le mot important est finit par : au début, l'exponentielle peut rester très longtemps en dessous. C'est cette lenteur initiale qui trompe.
sur le même graphique, à deux échelles différentes. À gauche, sur les cinq premières unités, les trois courbes sont comparables : en elles valent 25, 25 et 32. À droite, l'échelle verticale a été divisée par plus de trente pour faire tenir la courbe exponentielle : à , la droite vaut 50, la parabole 100, et l'exponentielle 1 024. La même figure, deux fenêtres — et deux conclusions opposées.</div>
Méthode : Estimer un ordre de grandeur en croissance exponentielle
On n'a pas toujours besoin d'une valeur exacte ; un ordre de grandeur suffit souvent, et il s'obtient de tête.
- Repérer le temps de doublement : la durée au bout de laquelle la grandeur est multipliée par 2. Pour un taux modeste, une règle d'approximation commode donne un doublement en environ périodes — 70 divisé par le taux exprimé en pourcentage.
- Compter combien de doublements tiennent dans la durée étudiée.
- Multiplier par 2 autant de fois : 10 doublements font environ , 20 doublements environ .
Exemple : à 7 % par an, le doublement prend environ ans. En 70 ans, cela fait 7 doublements, soit fois plus. Le calcul exact donne : l'estimation est du bon ordre.
19.6.2 Une cascade : la propagation d'une rumeur
chaque personne informée en informe deux autres. Le nombre de personnes touchées à chaque génération est une suite géométrique de raison 2. Le dessin s'arrête à la troisième génération faute de place — et c'est bien le problème : à la trente-troisième, le modèle prévoit plus de personnes qu'il n'y a d'habitants sur la planète. Tout modèle exponentiel de croissance cesse un jour d'être valable, parce que le monde, lui, est fini.</div>
En épidémiologie, le nombre moyen de personnes contaminées par un malade s'appelle le taux de reproduction, noté . C'est exactement la raison de la suite géométrique ci-dessus.
- Si , le nombre de cas croît de façon exponentielle : l'épidémie se développe.
- Si , il décroît de façon exponentielle : l'épidémie s'éteint.
- Si , il reste stable.
Les valeurs varient beaucoup d'une maladie à l'autre : la grippe saisonnière se situe autour de 1 à 2, la rougeole bien plus haut, entre 12 et 18, ce qui en fait l'une des maladies les plus contagieuses connues. Toutes les mesures sanitaires — vaccination, isolement, gestes barrières — ont un seul et même objectif mathématique : faire passer en dessous de 1. Le modèle exponentiel n'est valable qu'au début d'une épidémie, tant que la population susceptible d'être contaminée reste très grande devant le nombre de malades.
19.7 Décroissance exponentielle et demi-vie
Lorsqu'une grandeur décroît de façon exponentielle, la demi-vie est la durée au bout de laquelle elle est divisée par deux. Elle ne dépend ni de la valeur de départ ni de l'instant choisi : partant de n'importe quelle valeur, il faut toujours la même durée pour en perdre la moitié.
C'est la propriété la plus caractéristique de la décroissance exponentielle, et elle n'appartient qu'à elle : une décroissance linéaire, au contraire, met de moins en moins de temps à perdre la moitié de ce qui reste.
dont la demi-vie vaut six heures. À chaque intervalle de six heures, la quantité restante est divisée par deux — quel que soit le point de départ choisi sur la courbe. La courbe se rapproche de l'axe horizontal sans jamais l'atteindre : il reste toujours quelque chose, en quantité de plus en plus faible.</div>
Un patient reçoit une dose de 400 mg d'un médicament dont la demi-vie est de six heures. Notons la quantité restante après périodes de six heures.
C'est une suite géométrique de premier terme et de raison , donc .
| Temps (h) | 0 | 6 | 12 | 18 | 24 | 30 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Rang | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
| Quantité (mg) | 400 | 200 | 100 | 50 | 25 | 12,5 |
Et au bout de 15 heures ? Ce n'est pas un multiple de six heures : il faut passer par la fonction exponentielle. Quinze heures font demi-vies, donc
Cette valeur se situe bien entre 100 mg (à 12 h) et 50 mg (à 18 h) — mais plus près de 50 que la moitié : la courbe n'est pas une droite.
Taux d'élimination horaire. Le coefficient multiplicateur par heure vaut : la quantité diminue d'environ 10,9 % par heure.
Contrairement à la plupart des médicaments, l'alcool est éliminé du sang à un rythme constant, de l'ordre de 0,10 à 0,15 gramme par litre et par heure, et non d'un pourcentage constant. Son élimination relève donc du modèle linéaire du chapitre précédent, pas du modèle exponentiel. C'est pourquoi il n'existe aucun moyen d'accélérer le dégrisement : café, douche froide ou marche à pied ne changent rien à une pente fixée par le foie.
Voilà un excellent rappel : ce n'est pas la nature du phénomène qui décide du modèle, ce sont les données. Deux processus d'élimination dans le même sang suivent deux lois différentes.
Tout être vivant contient une proportion de carbone 14 constante tant qu'il vit. À sa mort, cet apport cesse et le carbone 14, radioactif, se désintègre avec une demi-vie de 5 730 ans.
Un fragment de bois prélevé dans une grotte contient 12,5 % du carbone 14 attendu pour un organisme vivant. Comme
trois demi-vies se sont écoulées, soit ans. C'est l'ordre de grandeur retenu pour les peintures de la grotte de Lascaux.
Si la proportion avait été de 50 %, une seule demi-vie se serait écoulée, soit 5 730 ans — l'ordre de grandeur de l'âge d'Ötzi, l'homme des glaces découvert en 1991 dans les Alpes, mort il y a environ 5 300 ans.
Ce savoir-faire est exactement celui que réclame le programme d'enseignement scientifique dans le chapitre sur les éléments chimiques : calculer le nombre de noyaux restants au bout de demi-vies, et utiliser une décroissance radioactive pour dater. Il repose entièrement sur les suites géométriques.
19.8 Résoudre un problème de seuil
Méthode : Résoudre un problème de seuil en croissance ou décroissance
exponentielle</h4><div class="text-gray-700 leading-relaxed font-sans text-xs select-text"> Trois voies, toutes autorisées.
Par le calcul, en essayant. On calcule pour des valeurs croissantes de , en encadrant : si l'on cherche le premier rang dépassant un seuil , il suffit de trouver tel que . On accélère en sautant de dix en dix avant d'affiner. Il faut toujours vérifier les deux rangs voisins.
Graphiquement. On trace la courbe, la droite horizontale , et l'on lit l'abscisse du point d'intersection ; dans le cas discret, on retient le premier point au-delà.
Avec un algorithme. Une boucle « tant que » multiplie par la raison en comptant les tours. C'est la méthode la plus sûre, et la seule praticable pour de grands rangs.
Aucune de ces méthodes n'est un raccourci sur les autres : le programme ne fournit pas d'outil permettant de résoudre directement une équation de la forme .
Le taux du livret A a été fixé à 3 % par an du 1er février 2023 au 31 janvier 2025. Supposons ce taux maintenu et plaçons 2 500 €. Au bout de combien d'années le capital dépasse-t-il 4 000 € ?
Le capital suit la suite géométrique . Essayons :
Comme , il faut 16 années.
Remarquez au passage que l'intérêt de la première année vaut 75 € et celui de la seizième environ 117 € : c'est toute la différence avec le placement à intérêts simples de l'exercice du chapitre sur la variation linéaire, où l'intérêt annuel restait bloqué à 75 € pour toujours.
€ placé à 3 % par an. Les points donnent le capital année après année ; la courbe pâle prolonge la suite en une fonction exponentielle. La droite horizontale marque le seuil de 4 000 €, franchi la seizième année. La courbure vers le haut est peu marquée sur vingt-cinq ans — c'est ce qui rend la croissance exponentielle si facile à confondre avec une croissance linéaire sur une durée courte.</div>
Le même travail se programme en quatre lignes, et le programme fonctionne aussi bien pour une croissance que pour une décroissance :
def seuil(depart, raison, cible):
"""Premier rang n tel que le terme atteigne ou depasse la cible."""
n = 0
terme = depart
while terme < cible:
terme = terme * raison
n = n + 1
return n, round(terme, 2)
print(seuil(2500, 1.03, 4000))
L'exécution affiche (16, 4011.77). La seule différence avec l'algorithme du chapitre sur la variation linéaire tient dans un caractère : terme * raison au lieu de terme + raison. Toute la distinction entre les deux modèles est là.
Si l'on demande à ce programme un seuil qu'une suite décroissante n'atteindra jamais — par exemple seuil(100, 0.5, 200) —, la boucle tourne indéfiniment. Avant d'écrire une boucle « tant que », il faut toujours s'assurer que la condition finira par devenir fausse. Pour une suite décroissante, on inverse le test : while terme > cible.
19.9 Automatismes
19.9.1 Taux d'évolution et coefficients multiplicateurs
- Appliquer un taux : .
- Calculer un taux : .
- Évolutions successives : les coefficients se multiplient ; le coefficient global de évolutions identiques vaut .
- Évolution réciproque : le coefficient qui annule l'évolution est , jamais .
Méthode : Questions flash — évolutions
- Un prix de 80 € augmente de 15 %. Nouveau prix ?
- Quel est le coefficient multiplicateur d'une baisse de 35 % ?
- Une hausse de 10 % suivie d'une hausse de 10 % : taux global ?
- Une hausse de 50 % suivie d'une baisse de 50 % : taux global ?
- Une quantité est multipliée par 8 en 3 ans. Taux annuel moyen ?
- Après une baisse de 20 %, quelle hausse ramène au prix initial ?
Réponses. 1. €. 2. 0,65. 3. , soit — et non . 4. , soit . 5. , soit par an. 6. , soit .
19.9.2 Puissances et racines à la calculatrice
Méthode : Questions flash — calcul
- ?
- ?
- (valeur exacte) ?
- ? ? ?
- , sans calculer chaque facteur ?
- , sans calculer chaque terme ?
Réponses. 1. 1 024. 2. 0,0625. 3. 1,1025. 4. 4 ; 3 ; 10. 5. . 6. .
19.9.3 Suites : reconnaître et calculer
Méthode : Questions flash — suites géométriques
- et . Que vaut ?
- . Quelle est la raison ? le taux d'évolution ?
- Les nombres 3 ; 12 ; 48 ; 192 forment-ils une suite géométrique ?
- Une suite géométrique vérifie et . Quelle est sa raison, sachant qu'elle est positive ?
- est-elle croissante ou décroissante ?
- Les nombres 100 ; 90 ; 80 ; 70 forment-ils une suite géométrique ?
Réponses. 1. . 2. , soit par rang. 3. Oui, raison 4. 4. , donc . 5. Croissante, car . 6. Non : les différences sont constantes (), les quotients ne le sont pas ( puis ). C'est une suite arithmétique.
19.9.4 Lecture graphique et ordres de grandeur
Méthode : Questions flash — lire une courbe exponentielle
- Une population double tous les 25 ans. Par combien est-elle multipliée en 100 ans ?
- Une substance a une demi-vie de 4 jours. Quelle proportion reste-t-il au bout de 12 jours ?
- Au bout de combien de demi-vies reste-t-il moins de 1 % de la quantité initiale ?
- À 2 % par an, en combien d'années environ une grandeur double-t-elle ?
- vaut-il plutôt 1,7 ; 2,0 ou 3,0 ?
- Une feuille de 0,1 mm d'épaisseur pliée 20 fois : quelle épaisseur ?
Réponses. 1. Quatre doublements, donc . 2. Trois demi-vies : , soit 12,5 %. 3. Sept demi-vies : . 4. Environ ans. 5. Environ 2,0 : le doublement à 3 % prend à peu près ans. 6. mètres, soit la hauteur d'un immeuble de trente étages.
19.10 Bilan
19.10.1 Ce que ce chapitre a construit
| Discret : suite géométrique | Continu : fonction | ||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Signature | quotients constants | taux d'évolution constant | |||||||||||||||||||||
| Récurrence | — | ||||||||||||||||||||||
| Forme explicite | |||||||||||||||||||||||
| Le paramètre clé | la raison | la base | |||||||||||||||||||||
| Lien aux pourcentages | |||||||||||||||||||||||
| Croissante si | |||||||||||||||||||||||
| Décroissante si | |||||||||||||||||||||||
| Graphique | points non alignés, incurvés | courbe passant par | |||||||||||||||||||||
| Exposant fractionnaire | — | , racine -ième | |||||||||||||||||||||
| évolutions successives | taux moyen
</td></tr></table></div> 19.10.2 Les gestes à savoir faire
19.10.3 Les cinq réflexes critiques
19.10.4 Les trois modèles, pour finirCe chapitre clôt le parcours des mathématiques de l'enseignement scientifique. Vous disposez maintenant de trois façons de décrire une grandeur qui évolue, et le plus important est de savoir laquelle choisir.
Et la démarche, elle, est toujours la même, quel que soit le modèle : regarder les données avant de calculer, choisir un modèle en le justifiant, calculer ce qu'on cherche, puis revenir au monde pour dire ce que le résultat signifie et jusqu'où on peut lui faire confiance. C'est cette dernière étape, la plus souvent oubliée, qui distingue quelqu'un qui sait faire des mathématiques de quelqu'un qui sait s'en servir. |