Les acteurs et les grandes fonctions de l'économie
Cours complet · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 1re année), chapitre 1 · prépa ECG, 1re année
Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre
Avant de discuter de croissance, de chômage ou d'inégalités, il faut savoir de quoi l'on parle : qui produit, qui consomme, qui prête, et comment ces opérations se comptent. C'est l'objet de la comptabilité nationale, et l'objet de ce chapitre.
Le programme le dit : le premier module « a pour objectif de faciliter la transition entre l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur ». Une partie de la classe n'a pas fait de SES au lycée. Rien de ce qui suit n'est supposé connu.
1.1 Qui sont les acteurs ?
Un secteur institutionnel regroupe les unités économiques qui ont le même comportement et la même fonction principale. La comptabilité nationale en distingue cinq sur le territoire, plus un pour l'extérieur.
Repère : Les six secteurs de la comptabilité nationale
- les sociétés non financières — produire des biens et services marchands ;
- les sociétés financières — financer, assurer, intermédier ;
- les administrations publiques — produire des services non marchands et redistribuer ;
- les ménages — consommer, et produire en tant qu'entrepreneurs individuels ;
- les institutions sans but lucratif au service des ménages ;
- le reste du monde, qui n'est pas un secteur au même titre : c'est le miroir des opérations avec l'étranger.
Une clinique privée à but lucratif est une société non financière ; le même service rendu par un hôpital public relève des administrations publiques. Un boulanger en entreprise individuelle est compté dans les ménages. Le critère est économique, jamais juridique.
Auteur : François Quesnay (1694-1774) — le circuit avant la comptabilité nationale
Médecin de Louis XV, Quesnay publie en 1758 un Tableau économique qui représente la circulation des richesses entre trois classes : les propriétaires, la classe productive (l'agriculture) et la classe « stérile » (l'artisanat).
La thèse. La richesse ne naît que de la terre ; l'industrie ne fait que transformer. La conclusion est fausse — c'est la thèse physiocratique — mais l'outil est juste, et c'est lui qui reste : représenter l'économie comme un circuit fermé où la dépense de l'un est le revenu de l'autre.
La filiation. Marx s'en inspire pour ses schémas de reproduction, Leontief pour son tableau entrées-sorties, et la comptabilité nationale d'après 1945 pour son architecture entière. Deux siècles séparent le Tableau du TES ; c'est la même idée.
1.2 Les opérations qui les relient
- les opérations sur biens et services : production, consommation intermédiaire, consommation finale, investissement, échanges extérieurs ;
- les opérations de répartition : salaires, cotisations, impôts, prestations, intérêts, dividendes ;
- les opérations financières : crédits, dépôts, titres.
Un salaire de versé par une entreprise à un ménage est une opération de répartition. Quand le ménage en dépense en biens, c'est une opération sur biens et services. Quand il place les restants, c'est une opération financière.
Le même euro traverse les trois familles ; ce n'est pas un triple comptage, c'est le suivi d'un flux le long du circuit.
1.3 L'équilibre ressources-emplois
Pour un produit donné et sur une période donnée, tout ce qui est disponible est utilisé :
où est la production, les importations, les impôts sur les produits nets de subventions, la consommation intermédiaire, la consommation finale, l'investissement, la variation de stocks et les exportations.
L'égalité est vraie par construction : la variation de stocks est précisément ce qui absorbe l'écart. Elle ne dit donc rien sur le comportement des agents — elle sert à contrôler les chiffres, et à retrouver une grandeur manquante quand les autres sont connues.
Voici une économie fictive mais cohérente, en milliards d'euros. Elle servira de fil rouge jusqu'à la fin du chapitre.
| agriculture | industrie | services | total | |
|---|---|---|---|---|
| production | ||||
| consommations intermédiaires | ||||
| valeur ajoutée |
Avec , , , , et :
L'équilibre est vérifié.
1.4 Le tableau entrées-sorties
Le tableau entrées-sorties (TES) croise les produits en lignes et les branches en colonnes. La case donne la valeur du produit consommée par la branche pour produire.
Le coefficient technique est la quantité de produit nécessaire pour produire une unité de la branche :
Pour l'industrie, et la colonne vaut :
Leur somme vaut : produire euro dans l'industrie consomme centimes d'autres produits, et crée donc centimes de valeur ajoutée.
Il est calculé en valeur, mais on le lit comme une recette de fabrication : il change quand la manière de produire change, pas quand les prix bougent — du moins tant qu'on raisonne à prix constants. C'est ce qui permet de s'en servir pour simuler l'effet d'une hausse de la demande sur toute l'économie.
Méthode : Lire un tableau entrées-sorties sans se tromper
- Repérer les deux entrées : les lignes sont des produits, les colonnes des branches. Une case se lit toujours « tant de produit consommé PAR la branche ».
- Sommer dans les deux sens et vérifier que les totaux coïncident. S'ils diffèrent, c'est une erreur de recopie, pas une subtilité économique.
- Descendre à la valeur ajoutée : moins la colonne . Jamais moins la ligne — l'erreur classique.
- Diviser par la production de la colonne pour obtenir les coefficients techniques, jamais par celle de la ligne.
1.5 Les agrégats
Le PIB mesure la richesse créée sur le territoire pendant la période. Il se calcule de trois façons, qui donnent le même nombre :
- par la production : somme des valeurs ajoutées, plus les impôts sur les produits nets de subventions ;
- par les revenus : somme des revenus distribués ;
- par la demande : .
« La construction du tableau économique d'ensemble ne sera pas exigée. » On sait donc lire un TEE et dire à quoi il sert ; on ne le construit pas.
De même, le chapitre suivant présentera la monnaie et le financement « sans analyser précisément les politiques monétaires qui seront traitées en seconde année ».