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État-providence et protection sociale

Cours complet · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 17 · prépa ECG, 2e année

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Les deux chapitres précédents ont posé le critère, puis les outils. Reste l'institution qui les porte. Elle a un nom — l'État-providence — et une histoire : elle naît dans l'Allemagne de Bismarck, se généralise après , et entre en crise à partir des années . C'est un objet à part entière, avec ses régimes, ses recettes, ses comptes et ses conflits.

Deux avertissements de méthode. Le premier porte sur le mot : « État-providence » est une traduction approximative, et péjorative à l'origine, de Welfare State. Il désigne moins un État qu'un système — assurances sociales, services publics, réglementation du travail — dont l'État n'est qu'un des opérateurs, aux côtés des partenaires sociaux, des collectivités et d'organismes privés à but non lucratif. Le second porte sur les chiffres : les comptes de la protection sociale sont volumineux, ils changent chaque année, et leur structure importe plus que leur niveau. On donnera donc des ordres de grandeur, sourcés et datés comme tels, et l'on insistera sur les proportions et sur les tendances, qui sont robustes.

17.1 L'objet et son vocabulaire

Définition 17.1Protection sociale et risques sociaux

La protection sociale est l'ensemble des mécanismes collectifs qui couvrent les individus contre les risques sociaux — les événements qui dégradent leurs ressources ou augmentent leurs dépenses. Six sont conventionnellement distingués : la vieillesse et la survie, la santé, la famille et la maternité, l'emploi et le chômage, le logement, la pauvreté et l'exclusion.

Définition 17.2Assurance et assistance

La logique d'assurance ouvre un droit en contrepartie de cotisations antérieures ; la prestation est souvent proportionnelle au revenu perdu, et elle ne dépend pas des ressources du bénéficiaire. La logique d'assistance ouvre un droit à raison d'un besoin constaté ; elle est financée par l'impôt, versée sous condition de ressources, et généralement forfaitaire. Un troisième principe, la couverture universelle, attribue le droit à raison de la seule résidence ou citoyenneté.

Attention

Ne pas confondre ces trois principes avec la distinction Bismarck/Beveridge. Le nom d'un système désigne son origine historique et sa cohérence d'ensemble ; les trois principes désignent des techniques qui coexistent dans tous les systèmes réels. La France, dite bismarckienne, verse des minima sociaux relevant de l'assistance et a instauré une couverture maladie universelle ; le Royaume-Uni, dit beveridgien, conserve des prestations contributives. Aucun pays n'applique un principe unique — et une copie qui le prétend se trompe sur les faits, pas seulement sur la nuance.

Auteur : William Beveridge (1879-1963) — les cinq géants

Social Insurance and Allied Services (), rapport commandé par le gouvernement britannique en pleine guerre, vendu à des centaines de milliers d'exemplaires. La thèse. La reconstruction doit terrasser cinq « géants » : le besoin, la maladie, l'ignorance, l'insalubrité et l'oisiveté. La protection sociale n'est pas un supplément, c'est un pilier de l'ordre d'après-guerre. Les trois principes, à retenir tels quels. L'universalité — toute la population, tous les risques ; l'unité — un seul système, une seule cotisation, une seule administration ; l'uniformité — des prestations forfaitaires, identiques pour tous, financées par l'impôt. Ce que cela implique. Le système vise un plancher garanti à tous, non le maintien du niveau de vie antérieur. Il combat la pauvreté plutôt qu'il n'assure le revenu. La critique. Un forfait suffisant pour les bas revenus est dérisoire pour les autres, qui se tournent vers l'assurance privée : le système public tend alors à se résiduliser. La filiation : le National Health Service (), et le modèle dit beveridgien dans toute l'Europe du Nord.

Auteur : Pierre Laroque (1907-1997) — le plan français et son compromis

Haut fonctionnaire, artisan des ordonnances de . La thèse. Transposer l'ambition de Beveridge — généralisation, unité — sur une base bismarckienne : le financement reste assis sur les cotisations professionnelles, et la gestion est confiée aux partenaires sociaux. Ce qui a été obtenu. Un régime général vaste, une administration paritaire, une extension progressive de la couverture. Ce qui a échoué, et qu'il faut savoir. L'unité. Les régimes spéciaux et les régimes autonomes des non-salariés ont refusé la fusion et l'ont emporté. Le système français est resté un empilement de régimes, ce que Laroque lui-même a décrit comme l'échec central du plan. Pourquoi cela compte encore. Toute réforme des retraites en France se heurte à cette pluralité de régimes, née du compromis de et jamais défaite. La filiation : la loi de généralisation de , la couverture maladie universelle de , la protection universelle maladie de — autant d'étapes vers l'universalité que n'avait pas atteinte.

Figure 1. Sept jalons de l'État-providence, –, placés à l'échelle du temps. Trois phases se lisent directement : une fondation européenne étalée sur un demi-siècle, une généralisation d'après-guerre, puis un temps d'ajustement ouvert par la fiscalisation. Le plus long vide de la frise — trente ans — sépare de : c'est la période d'expansion continue, celle qui n'a pas produit de rupture parce que rien ne la contrariait. Le rapport Beveridge () n'y figure pas : trois ans avant , son repère serait illisible à cette échelle.

Repère : Ce que la frise ne peut pas porter

: l'assurance vieillesse allemande complète le triptyque bismarckien. : le rapport Beveridge, matrice du modèle universaliste. : le National Health Service britannique, financé par l'impôt et gratuit au point d'usage. : le revenu minimum d'insertion en France, premier minimum social de portée générale. : les lois de financement de la sécurité sociale font entrer le Parlement dans des comptes qui lui échappaient. : la couverture maladie universelle. : la protection universelle maladie, qui détache le droit aux soins de l'activité professionnelle.

17.2 Trois mondes, et leurs critiques

Auteur : Gøsta Esping-Andersen (né en 1947) — les trois mondes

Les Trois Mondes de l'État-providence (). La thèse. Les États-providence ne se classent pas sur une échelle de générosité : ils constituent trois types qualitativement distincts, chacun cohérent, né d'une histoire politique propre — le rapport de forces entre mouvement ouvrier, classes moyennes et partis confessionnels. Le concept le plus utile. La démarchandisation : la mesure dans laquelle un individu peut maintenir son niveau de vie sans dépendre du marché du travail. Elle est faible dans le régime libéral, moyenne dans le régime conservateur, forte dans le régime social-démocrate. Le second critère, souvent oublié. La stratification : le système reproduit-il les hiérarchies existantes, ou les efface-t-il ? Un régime bismarckien assure chacun selon son statut, et donc conserve les écarts. La critique féministe. Le classement ignore le travail domestique gratuit et le rôle de la famille — c'est l'objection de Jane Lewis. Les autres critiques. L'existence d'un quatrième monde, méditerranéen ou familialiste ; le cas des pays d'Europe centrale et orientale ; et le fait que les réformes des trente dernières années ont hybridé les types. La filiation : toute l'analyse comparée des politiques sociales, et l'agenda de l'investissement social qu'Esping-Andersen défendra lui-même.

Figure 2. Les trois régimes d'Esping-Andersen, ligne par ligne. Lire la figure horizontalement : chaque ligne est un critère, et l'on voit que les trois régimes s'y ordonnent différemment. Sur la démarchandisation, l'ordre va du libéral au social-démocrate ; sur la stratification, le régime conservateur est le plus marqué, et les deux autres se retrouvent — pour des raisons opposées. Attention : les colonnes ne sont pas des degrés d'une même échelle, et aucun pays n'occupe une colonne entière : la France combine un cœur assurantiel, des minima d'assistance et une couverture maladie universelle.

Auteur : Jane Lewis (née en 1950) — l'angle mort du classement

Gender and the Development of Welfare Regimes (). La thèse. La typologie d'Esping-Andersen ne voit que la relation entre l'individu et le marché. Elle manque une seconde relation, tout aussi structurante : celle entre l'individu et la famille. Les États-providence se distinguent aussi par l'intensité avec laquelle ils supposent un modèle du gagne-pain masculin — un homme salarié, une femme au foyer assurant gratuitement soins et éducation. Le concept qui manquait. La défamilialisation : la mesure dans laquelle un individu — en pratique une femme — peut se soustraire aux obligations familiales sans perdre son autonomie. Elle est forte dans les pays nordiques, faible dans les pays méditerranéens. Pourquoi c'est décisif. La démarchandisation d'un homme repose souvent sur le travail non rémunéré d'une femme. Mesurer la première sans la seconde surestime la protection réellement offerte. La filiation : le quatrième monde méditerranéen, l'analyse des congés parentaux et des modes de garde, et l'agenda de l'investissement social.

Auteur : T. H. Marshall (1893-1981) — la citoyenneté sociale

Citizenship and Social Class (). La thèse. La citoyenneté s'est construite par strates successives : les droits civils au XVIIIe siècle — liberté, propriété, justice ; les droits politiques au XIXe — le suffrage ; les droits sociaux au XXe — éducation, santé, sécurité matérielle. Ce que la thèse établit. La protection sociale n'est pas une charité ni une assurance : c'est un droit attaché à la qualité de membre de la communauté politique. Elle ne se justifie donc pas seulement par l'efficacité ou par l'équité, mais par l'appartenance — le troisième ordre de légitimation de la figure 6 du chapitre . La tension qu'il identifie. Les droits sociaux entrent en conflit avec les inégalités de marché sans les abolir : ils créent une égalité de statut à l'intérieur d'une inégalité de condition. Les critiques. La chronologie est britannique et ne se transpose pas — en Allemagne, les droits sociaux ont précédé les droits politiques pleins. Et le schéma cumulatif suppose un progrès continu que les décennies suivantes ont démenti. La filiation : Rosanvallon, Castel, et tous les travaux sur la citoyenneté sociale et sa contestation.

17.3 Qui paie, et pour quoi

Figure 3. La fiscalisation du financement de la protection sociale française, des années à aujourd'hui. Une seule chose est à lire, et la flèche rouge la mesure : la frontière entre cotisations et impôts a reculé d'environ vingt-cinq points. Les cotisations, qui apportaient près de quatre cinquièmes des ressources, en apportent aujourd'hui un peu plus de la moitié, tandis que la CSG et les impôts affectés passent d'une part résiduelle à plus du tiers. Attention : les valeurs sont des ordres de grandeur ; c'est le sens et l'ampleur du déplacement qui sont établis, non la décimale.

Important

Ce déplacement n'est pas technique, il est politique, et trois conséquences en découlent. Un, l'assiette s'élargit : la CSG frappe tous les revenus — salaires, retraites, patrimoine — et non les seuls salaires, ce qui allège le coût du travail et rend le financement moins sensible au chômage. Deux, la légitimité du droit change de nature : ce qui était acquis par la cotisation devient octroyé par l'impôt, donc redevable devant le Parlement plutôt que devant les partenaires sociaux. Trois, le système glisse ainsi d'une logique bismarckienne vers une logique beveridgienne, sans qu'aucune réforme n'ait jamais annoncé ce basculement. C'est un changement par empilement.

Figure 4. Ce que la protection sociale dépense, par risque. La barre de la vieillesse et celle de la santé pèsent à elles seules du total — et — et l'accolade rouge le mesure. Les trois autres risques réunis, famille, emploi et lutte contre la pauvreté, n'atteignent pas les deux tiers de la seule dépense de santé. Attention : les prestations les plus discutées dans le débat public sont précisément les plus petites barres. L'État-providence est d'abord un système de retraites et de soins ; le traiter comme un dispositif d'assistance aux plus pauvres, c'est se tromper d'objet dans un rapport de plus de dix contre un.

iRemarque

La figure 4 explique aussi pourquoi la protection sociale redistribue moins verticalement qu'on ne le croit. Les deux risques dominants relèvent de la redistribution horizontale définie au chapitre : une retraite contributive transfère de l'actif au retraité, non du riche au pauvre, et son montant croît avec les salaires passés. Ce n'est pas un défaut du système, c'est son objet — mais il faut le dire, sous peine de lui reprocher de ne pas faire ce qu'il n'a jamais promis.

17.4 Les crises, et l'arithmétique qui les commande

Auteur : Pierre Rosanvallon (né en 1948) — les trois crises

La Crise de l'État-providence (), La Nouvelle Question sociale (). La thèse. La crise ouverte dans les années n'est pas une seule crise mais trois, d'ordres différents, et les confondre interdit d'y répondre. Les trois, à retenir dans cet ordre. Financière : les recettes assises sur l'emploi croissent moins vite que des dépenses tirées par le chômage, le vieillissement et le progrès médical. D'efficacité : les dispositifs conçus pour des risques temporaires et identifiables se révèlent inadaptés à des situations durables — chômage de longue durée, exclusion. De légitimité : à mesure que la connaissance des situations individuelles progresse, le voile d'ignorance qui fondait la solidarité assurantielle se déchire, et chacun peut demander pourquoi il paie pour un risque qu'il ne court pas. Le concept le plus utile. La troisième crise, la moins visible et la plus profonde : l'État-providence reposait sur une ignorance partagée des risques, que l'information détruit. Ce qu'il propose. Passer d'un État passif, qui indemnise, à un État actif, qui insère — et refonder la solidarité sur autre chose que le calcul actuariel. La filiation : l'État social actif, l'activation des dépenses, et les débats sur le revenu d'existence.

Auteur : Robert Castel (1933-2013) — la désaffiliation

Les Métamorphoses de la question sociale (). La thèse. La protection sociale du XXe siècle ne repose pas sur l'État seul mais sur la société salariale : c'est l'emploi stable qui, en France, a porté les droits — retraite, maladie, chômage, logement. Fragiliser l'emploi, c'est donc fragiliser la protection, quel que soit l'état des caisses. Le concept le plus utile. La désaffiliation, qu'il distingue soigneusement de l'exclusion : ce n'est pas un état mais un processus, un décrochage progressif de deux appuis — le travail et les relations sociales. Il en tire trois zones : l'intégration, la vulnérabilité, la désaffiliation. Ce que cela change. Le pauvre n'est pas « hors » de la société, il en occupe une position instable et produite par elle. Les politiques doivent donc viser les trajectoires, non des catégories fixes. La critique. La focalisation sur le salariat masque ceux qui n'y sont jamais entrés — jeunes, femmes hors emploi, immigrés récents. La filiation : les travaux sur la précarité, la pauvreté laborieuse, et la sociologie des politiques d'insertion.

Figure 5. L'équation de la retraite par répartition et ses deux issues. Le taux de cotisation d'équilibre est le produit du taux de remplacement par le rapport entre retraités et cotisants — une identité comptable, non une prévision. Le point correspond à cotisant par retraité, ordre de grandeur français actuel (Conseil d'orientation des retraites) ; le passage à déplace vers la droite. Deux issues seulement, et la figure les montre comme deux flèches : monter au point , soit points de cotisation ; ou redescendre au point , en abaissant le taux de remplacement de à . Attention : un troisième levier existe, qui n'est pas sur la figure parce qu'il déplace lui-même — reculer l'âge de départ.

Important

La figure 5 est le point le plus utile du chapitre en dissertation, parce qu'elle transforme un débat en arithmétique. La répartition impose une identité à quatre termes : cotisation, pension, nombre de retraités, nombre de cotisants. Fixer trois d'entre eux détermine le quatrième. Il n'existe donc que trois leviers — le taux de cotisation, le niveau des pensions, l'âge de départ — et toute réforme en actionne au moins un, quel que soit son vocabulaire. Une copie qui l'énonce ainsi a compris le dossier ; une copie qui promet de tout tenir ensemble a manqué l'identité.

Exemple 17.3Trois réformes françaises, trois leviers

La figure 5 se vérifie sur les réformes réelles, et chacune s'y range. agit sur le niveau des pensions : le salaire de référence est calculé sur les vingt-cinq meilleures années au lieu des dix, et les pensions sont indexées sur les prix plutôt que sur les salaires — deux paramètres qui abaissent le taux de remplacement sans jamais l'annoncer comme tel. agit sur la durée d'assurance, en l'allongeant et en l'alignant entre le public et le privé. , puis , agissent sur l'âge légal de départ, porté de à ans, puis à .

Le fait à relever. Aucune de ces réformes n'a relevé le taux de cotisation de façon significative. Sur les trois leviers de l'identité, un seul a été systématiquement écarté — celui qui est le plus visible et le plus immédiatement coûteux pour les actifs en emploi. La contrainte comptable n'a donc pas dicté le choix du levier : elle a seulement imposé qu'on en actionne un.

Attention

La capitalisation n'échappe pas au vieillissement, contrairement à ce qu'on lit souvent. Un fonds de pension doit vendre des actifs au moment où les générations nombreuses partent en retraite, et les acheteurs sont les générations suivantes, moins nombreuses : le prix des actifs en subit l'effet. Répartition et capitalisation diffèrent par la répartition des risques — risque démographique et politique d'un côté, risque de marché de l'autre — non par une immunité de l'une des deux à la démographie.

Auteur : Bruno Palier (né en 1967) — réformer par empilement

Gouverner la sécurité sociale (). La thèse. Les systèmes bismarckiens sont réputés impossibles à réformer, parce que chaque droit acquis a son groupe organisé. Ils se sont pourtant profondément transformés — mais par strates successives, jamais par refonte. Le mécanisme. Plutôt que d'abroger, on ajoute : un nouveau dispositif à côté de l'ancien, une nouvelle recette à côté des cotisations, une nouvelle règle de calcul pour les nouveaux entrants. Au bout de trente ans, l'édifice a changé de nature sans qu'aucune réforme n'ait affiché ce résultat. Le concept le plus utile. Le changement par empilement, qui explique la coexistence, dans un même pays, de droits contributifs, de minima assistanciels et d'une couverture universelle — et l'illisibilité qui en résulte. L'exemple à retenir. La création de la CSG en : présentée comme une recette d'appoint, elle est devenue le premier impôt affecté au social et a fait basculer le financement, comme le mesure la figure 3. La filiation : l'analyse des trajectoires de réforme et l'agenda de l'investissement social.

17.5 Où en sont les systèmes

Figure 6. Dépense sociale publique et dépense sociale nette totale : le classement change. En dépense publique, les États-Unis ferment la marche avec la barre la plus courte de la figure. En dépense nette totale, qui intègre les régimes privés obligatoires ou fiscalement encouragés et retranche l'impôt payé sur les prestations, leur barre devient la deuxième plus longue, derrière la France seule. L'écart mesuré par la flèche rouge — douze points de PIB — est de loin le plus grand des cinq. Attention : cela ne dit rien de la répartition de cette dépense, qui reste très inégale, ni de la couverture des personnes non assurées. Un pays peut dépenser beaucoup et protéger mal.

Important

Deux lectures s'affrontent sur l'avenir des systèmes, et le programme demande de les connaître. La thèse de la convergence : les mêmes contraintes — vieillissement, ouverture des économies, concurrence fiscale, contraintes européennes — pousseraient tous les régimes vers un modèle unique, plus résiduel. La thèse de la dépendance au sentier : chaque système reste prisonnier de son histoire, des groupes que ses droits ont constitués, et de ses institutions de gestion ; les réformes se coulent dans le moule existant, comme le montre Palier. Les faits donnent partiellement raison aux deux — les instruments convergent (activation, ciblage, fiscalisation), les architectures demeurent distinctes, et la figure 6 montre qu'un même niveau de dépense peut recouvrir deux organisations opposées.

Repère : Le tournant de l'investissement social

Depuis les années , une doctrine s'est imposée dans les institutions européennes et internationales : l'investissement social. Elle demande de déplacer la dépense des transferts réparateurs vers des dépenses préparatoires — accueil de la petite enfance, formation tout au long de la vie, accompagnement vers l'emploi —, au motif qu'elles préviennent le risque au lieu de l'indemniser. Elle croise directement l'argument de Heckman du chapitre . Deux réserves l'accompagnent : elle suppose des emplois à occuper, et elle risque de servir de justification à la réduction des prestations traditionnelles, au nom d'un redéploiement qui n'a pas toujours lieu.

Méthode : Traiter un sujet sur l'État-providence

  • Distinguer l'institution du principe. Bismarck et Beveridge nomment des systèmes ; assurance, assistance et universalité nomment des techniques. Tous les systèmes emploient les trois techniques.
  • Dater la crise et la nommer. Financière, d'efficacité, de légitimité : les trois de Rosanvallon n'appellent pas les mêmes réponses, et les confondre rend le devoir vague.
  • Regarder la structure de la dépense avant de parler d'assistanat : quatre cinquièmes vont à la vieillesse et à la santé.
  • Poser l'identité quand il s'agit de retraites. Trois leviers, pas davantage.
  • Choisir l'indicateur de comparaison : la dépense publique et la dépense nette totale ne classent pas les pays dans le même ordre.
Important

Trois idées à retenir. Un, l'État-providence n'est pas né d'une doctrine unique : il naît deux fois, avec Bismarck et avec Beveridge, et tous les systèmes réels sont des compromis entre ces deux matrices — celui de en France plus que tout autre. Deux, sa transformation est réelle mais silencieuse : le financement s'est fiscalisé d'environ vingt-cinq points en une génération sans qu'aucune réforme n'ait annoncé ce basculement. Trois, ses contraintes sont d'abord arithmétiques : le taux de cotisation d'équilibre est le produit du taux de remplacement par le rapport démographique, et aucun discours ne dispense de choisir lequel des trois leviers on actionne.

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