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La version : traduire l'espagnol en bon français

Cours · espagnol LV A et LV B (prépas ECG et ECT), chapitre 5 · prépas ECG et ECT, 1re et 2e années · le début du chapitre, la suite sur Adloun

L'espagnol est une langue proche du français, et c'est précisément ce qui rend la version dangereuse. On croit comprendre au premier regard : les mots se ressemblent, l'ordre de la phrase paraît familier, les temps semblent se correspondre un à un. Puis la copie revient couverte de rouge — « calque », « faux-sens », « français ? » — et l'on découvre qu'on avait traduit des mots, non un texte.

Ce chapitre fait de la version un exercice de méthode. Il apprend à comprendre avant de traduire (lire, situer, segmenter), à reconnaître le registre d'un texte, à rendre les temps du récit espagnol par le système des temps français, à éviter les gallicismes à l'envers que sont les calques et les faux amis, et à manier les procédés qui font une bonne traduction : la transposition, la modulation, l'étoffement.

ImportantCe que ce chapitre sert dans les épreuves

La version est la première partie de l'épreuve d'Ecricome (3 heures), en LV1 comme en LV2 : un texte d'environ 200 mots (à 20 mots près) à traduire de l'espagnol vers le français, à côté d'un thème et d'un essai. Le barème d'Ecricome classe les fautes : contresens et non-sens d'abord, puis faux-sens grave, faux-sens, impropriété ; l'orthographe est plafonnée à 2 points ; l'omission est toujours la faute la plus lourde.

L'épreuve ELVi de la BCE ne comporte pas de version. Mais le résumé analytique comparatif suppose la même lecture fine : un candidat qui sait traduire un paragraphe sait aussi en extraire la thèse. Ce chapitre sert donc les deux concours, en LV A comme en LV B. La page d'Ecricome ne précise pas la nature du texte de version : entraînez-vous sur des récits littéraires et sur des textes de presse.

5.1 Comprendre avant de traduire

La première faute de version se commet avant d'écrire un mot : elle consiste à traduire la première phrase avant d'avoir lu la dernière. Un texte de 200 mots a un narrateur, un lieu, une époque, un ton ; une phrase isolée n'en a pas.

Figure 1. Les cinq gestes de la version. Les trois premiers ne produisent aucune ligne de traduction, et ce sont eux qui évitent les contresens. Le quatrième se fait en deux temps : un premier jet fidèle au sens, puis une réécriture qui oublie l'espagnol et ne pense qu'au français. À retenir : le budget de temps est un conseil, non une consigne officielle ; ce qui compte est l'ordre des gestes.

Méthode : Les trois lectures préalables

  • Une lecture globale, sans stylo. Répondre à quatre questions : qui parle (un narrateur extérieur, un personnage, un journaliste) ? où et quand ? que se passe-t-il ? quel est le ton (neutre, ironique, lyrique, polémique) ?
  • Une lecture de repérage. Souligner les temps verbaux, les marques de personne (tú, usted, vosotros), les pronoms accrochés au verbe (díjoselo, parábanse), les mots inconnus.
  • Une lecture de segmentation. Pour chaque phrase longue, retrouver le sujet et le verbe principal : en espagnol, le sujet suit souvent le verbe, ou n'est pas exprimé du tout.
Exemple 5.1Le sujet placé après le verbe

Benito Pérez Galdós ouvre Misericordia (1897) par cette phrase : Dos caras, como algunas personas, tiene la parroquia de San Sebastián.

Le complément d'objet (dos caras) est en tête, le sujet (la parroquia de San Sebastián) en fin de phrase. Traduire dans l'ordre donnerait « Deux visages, comme certaines personnes, a la paroisse de San Sebastián » : un non-sens en français. On rétablit l'ordre sujet, verbe, complément, en gardant l'effet d'attente par une apposition : « Comme certaines personnes, la paroisse de San Sebastián a deux visages. »

iRemarqueLe sujet qui manque

L'espagnol omet le pronom sujet : Iba por angosta vereda se traduit « Il suivait un étroit sentier » — ou « elle », ou « vous » si le personnage s'adresse à quelqu'un qu'il vouvoie, puisque usted se conjugue à la troisième personne. Seul le contexte tranche. Dans un dialogue, ¿Viene usted? et ¿Viene? peuvent tous deux signifier « Vous venez ? ».

Attention

Le mot inconnu ne s'omet jamais. On le devine par le contexte, par sa famille (soñoliento : de sueño, « sommeil », donc « ensommeillé »), par sa place dans la phrase. Une hypothèse fausse est un faux-sens ; un blanc est une omission, la faute la plus grave du barème.

5.2 Le registre : retrouver le ton du texte

Définition 5.2Le registre

Le registre est le niveau de langue d'un texte (soutenu, courant, familier) et le ton qu'il adopte (neutre, ironique, lyrique, oratoire). Une traduction juste mot à mot peut être fausse de registre : un « bon » paysan de roman ne parle pas comme un ministre, et un éditorial n'a pas la syntaxe d'une conversation.

Quelques marques espagnoles demandent une attention particulière, parce que le français ne les possède pas, ou pas de la même façon.

EspagnolTraduction et commentaire
Es un rinconcito de Madrid. (Galdós)« C'est un petit coin charmant

de Madrid. » Le diminutif -ito est souvent affectif : « petit » seul

l'affadit, on ajoute la nuance.
Vivía en un casucho junto al río.« Il vivait dans une bicoque au bord

de la rivière. » Le suffixe -ucho est péjoratif : on cherche le mot

français qui porte la même dépréciation.
¡Hombre, no te pongas así!« Allons, ne te mets pas dans cet état ! » L'interjection hombre ne se traduit jamais par « homme ».
¿Usted cree, don Andrés?« Vous croyez, monsieur Andrés ? » Le don devant le prénom marque le respect ; « don Andrés » peut être gardé dans un récit du XIXe siècle.
Pues nada, que se fue.« Bref, il est parti. » Le pues nada oral se rend par une cheville française du même registre.

Méthode : Rendre le registre

  • Récit littéraire : français écrit soutenu, passé simple à la troisième personne, phrases longues permises si l'auteur en fait.
  • Dialogue : français parlé correct (pas de vulgarité ajoutée), passé composé, interjections françaises.
  • Texte de presse : français journalistique, passé composé, phrases nettes, vocabulaire exact (el paro : « le chômage », la patronal : « le patronat »).
  • Ne pas relever ni rabaisser le ton : une phrase plate reste plate, une phrase ironique reste ironique.

5.3 Les temps du récit : d'un système à l'autre

L'espagnol et le français ont des temps qui se ressemblent, mais qui ne s'emploient pas aux mêmes endroits. La version oblige à penser en système : on choisit le système temporel du texte français à la première lecture, et l'on s'y tient.

Exercices du chapitre

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