Identidades e intercambios
Cours complet · espagnol (première), chapitre 8 · première, langue vivante
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8.1 Introducción
L'axe « Identités et échanges » interroge la manière dont les mobilités — choisies ou forcées — façonnent les identités individuelles et collectives. Le monde hispanophone en offre trois terrains d'étude majeurs, retenus par le programme : la présence hispanique aux États-Unis, première minorité du pays, qui invente des identités hybrides entre deux langues ; les Républicains espagnols sur les routes de l'exil après 1939, dont la mémoire irrigue encore la littérature et le débat public ; et Cuba, île coupée en deux par le détroit de Floride, entre La Havane et Little Havana.
Ces trois dossiers dialoguent : l'exilé républicain de 1939 et le migrant centraméricain d'aujourd'hui posent la même question — que devient l'identité quand on change de pays ? Et la réponse n'est jamais simple : ni assimilation totale, ni conservation intacte, mais négociation permanente, dont le spanglish est peut-être le symbole le plus vivant. Tout au long du chapitre, mobilise les outils des chapitres précédents : le récit au passé (chapitre 1) pour raconter les trajectoires, la nuance (chapitre 5) pour analyser les débats, la médiation (chapitre 6) pour présenter les documents.
8.2 La presencia hispánica en Estados Unidos
8.2.1 Datos demográficos y culturales
Repère : Les Hispaniques aux États-Unis en chiffres
Selon le recensement américain, plus de 63 millions de personnes d'origine hispanique vivaient aux États-Unis en 2022, soit environ 19 % de la population : c'est la première minorité du pays, devant les Afro-Américains. Les États-Unis sont ainsi le deuxième pays hispanophone du monde après le Mexique. Origines principales : Mexique (environ 60 % des Hispaniques), Porto Rico, Cuba, Salvador, République dominicaine. Concentrations emblématiques : Los Angeles et le Sud-Ouest (Mexicano-Américains), Miami (Cubano-Américains), New York (Portoricains et Dominicains).
- Hispano : terme du recensement, fondé sur la langue (origine hispanophone) ;
- latino/latina (et la forme inclusive débattue latinx) : terme identitaire plus large, fondé sur l'origine latino-américaine ;
- chicano/chicana : Mexicano-Américain, terme revendiqué avec fierté depuis le mouvement des droits civiques des années 1960 ;
- Nuyorican : Portoricain de New York (mot-valise New York + Puerto Rican).
Le spanglish mêle anglais et espagnol dans une même phrase : Vamos a parquear la troca en el yarda (garer le pick-up dans le jardin — de to park, truck, yard). Le code-switching (alternance codique) change de langue selon l'interlocuteur ou l'émotion : Te lo juro, I can't believe it. Longtemps stigmatisées comme un « mauvais espagnol », ces pratiques sont aujourd'hui étudiées comme la marque linguistique d'une identité double — ni mexicaine ni américaine, mais les deux à la fois. L'écrivaine chicana Gloria Anzaldúa en a fait un manifeste : « I am my language » (Borderlands/La Frontera, 1987).
8.2.2 Cubano-americanos : el caso de Miami
Repère : Little Havana et l'exil cubain
Après la révolution de 1959, des vagues successives d'exilés cubains ont fait de Miami la « capitale de l'exil » : le quartier de Little Havana, autour de la Calle Ocho, en est le cœur symbolique — cafés, dominos, murals et mémorial aux victimes du régime. Épisodes marquants :
- l'opération Peter Pan (1960-1962) : plus de 14 000 enfants cubains envoyés seuls aux États-Unis par leurs parents, qui craignaient l'endoctrinement ;
- l'exode de Mariel (1980) : 125 000 Cubains autorisés à partir en quelques mois ;
- l'affaire Elián González (1999-2000) : un enfant de 6 ans, rescapé d'un naufrage, disputé entre sa famille de Miami et son père resté à Cuba — cristallisation du conflit entre les deux rives.
La communauté cubano-américaine, longtemps massivement hostile au régime castriste, pèse lourdement sur la politique américaine envers Cuba, la Floride étant un État clé des élections présidentielles.
8.2.3 Chicanos y Nuyoricans
Repère : César Chávez et le mouvement chicano
Dans les années 1960, César Chávez (1927-1993) et Dolores Huerta fondent le syndicat United Farm Workers pour défendre les ouvriers agricoles, en grande majorité mexicains, des champs californiens. Leurs armes : la grève, le boycott national du raisin (1965-1970) et la non-violence, sous le cri de ralliement « ¡Sí, se puede! » — devenu un slogan universel, jusqu'au « Yes, we can » de Barack Obama. Le mouvement chicano associe lutte sociale, fierté culturelle (le drapeau à l'aigle aztèque) et création artistique (théâtre paysan de Luis Valdez, muralisme urbain de Los Angeles).
Repère : Une littérature entre deux langues
La littérature latina des États-Unis explore l'identité double, souvent en anglais truffé d'espagnol :
- Sandra Cisneros, The House on Mango Street (1984) : Esperanza, adolescente chicana de Chicago, entre honte et fierté de son quartier ;
- Junot Díaz, The Brief Wondrous Life of Oscar Wao (2007, prix Pulitzer) : saga dominicano-américaine hantée par la dictature de Trujillo, écrite en anglais mêlé de spanglish ;
- Julia Álvarez, How the García Girls Lost Their Accents (1991) : quatre sœurs dominicaines entre deux mondes ;
- les poètes Nuyorican du Nuyorican Poets Café (New York, fondé en 1973), scène de la poésie orale portoricaine.
8.3 Los Republicanos españoles y las rutas del exilio
8.3.1 La Guerra Civil (1936-1939) y sus consecuencias
Repère : La guerre d'Espagne en bref
Le 18 juillet 1936, une partie de l'armée, menée bientôt par le général Francisco Franco, se soulève contre la Seconde République espagnole (proclamée en 1931). Trois ans de guerre civile opposent les sublevados (nationalistes, soutenus par Hitler et Mussolini) aux républicains (soutenus par l'URSS et les Brigades internationales, face à la non-intervention franco-britannique). Jalons : le bombardement de Guernica (26 avril 1937), la bataille de l'Èbre (1938), la chute de Barcelone (janvier 1939) et de Madrid (mars 1939). Le 1er avril 1939, Franco proclame la victoire ; commence une dictature de 36 ans, jusqu'à sa mort en 1975. Bilan humain : environ un demi-million de morts et près de 500 000 exilés.
8.3.2 Rutas del exilio
Repère : La Retirada et les chemins de l'exil
- La Retirada (janvier-février 1939) : après la chute de la Catalogne, près d'un demi-million de civils et de soldats républicains franchissent les Pyrénées sous les bombardements, dans le froid de l'hiver.
- Les camps français : la France, débordée, interne les réfugiés dans des camps de fortune sur les plages — Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien, Barcarès — puis à Gurs ou Rieucros : sable, barbelés, faim et dysenterie. Beaucoup s'engageront ensuite dans la Résistance ; d'autres, déportés, mourront à Mauthausen.
- Le Mexique solidaire : le président Lázaro Cárdenas ouvre les portes du Mexique. Le paquebot Sinaia arrive à Veracruz le 13 juin 1939 avec 1 600 réfugiés, premier d'une série de navires (Ipanema, Mexique). Dès 1937, les « niños de Morelia », 456 enfants évacués, avaient été accueillis. L'exil espagnol fécondera la vie intellectuelle mexicaine (Colegio de México, éditions, cinéma).
- D'autres routes mènent en Argentine, au Chili — Pablo Neruda affrète le Winnipeg qui débarque 2 200 réfugiés à Valparaíso en septembre 1939 — au Venezuela et en URSS (les « niños de Rusia »).
8.3.3 Figuras del exilio
Repère : Visages de l'exil républicain
- Antonio Machado (1875-1939) : le grand poète de Campos de Castilla franchit la frontière malade, avec sa mère, et meurt le 22 février 1939 à Collioure, trois semaines après la Retirada. Dans sa poche, un dernier vers : « Estos días azules y este sol de la infancia ». Sa tombe à Collioure reste un lieu de pèlerinage.
- Luis Buñuel (1900-1983) : le cinéaste aragonais s'exile au Mexique, dont il prend la nationalité, et y tourne ses chefs-d'œuvre (voir chapitre 9).
- María Zambrano (1904-1991) : philosophe de l'exil, qui écrira que l'exil est « une patrie » ; elle ne rentre en Espagne qu'en 1984.
- Rafael Alberti (1902-1999) : poète de la génération de 27, exilé en Argentine puis à Rome, ne rentre qu'en 1977.
- Pablo Casals (1876-1973) : le violoncelliste catalan refuse de jouer dans les pays qui reconnaissent Franco ; installé à Prades puis à Porto Rico, il fait de son silence une protestation mondiale.
La mémoire de l'exil est un enjeu très actuel : la loi de mémoire démocratique (2022) permet aux descendants des exilés d'obtenir la nationalité espagnole, et les fosses communes du franquisme sont toujours en cours d'exhumation. Le roman Soldados de Salamina de Javier Cercas (2001) ou El lápiz del carpintero de Manuel Rivas (1998) montrent comment la littérature contemporaine revisite cette histoire — un excellent angle pour relier ce dossier à l'axe « Fictions et réalités ».
8.4 Cuba : La Habana / Little Havannah
8.4.1 La revolución cubana (1959) y sus efectos
Repère : La révolution cubaine
Le 1er janvier 1959, les guérilleros de Fidel Castro, du Che Guevara et de Camilo Cienfuegos renversent le dictateur Fulgencio Batista, soutenu par les États-Unis. La révolution nationalise l'économie (y compris les avoirs américains), lance des campagnes d'alphabétisation et de santé saluées dans le monde entier, mais installe aussi un régime à parti unique qui réprime toute opposition. L'échec du débarquement anticastriste de la baie des Cochons (avril 1961), organisé par la CIA, précipite l'alliance avec l'URSS ; la crise des missiles (octobre 1962) porte la guerre froide à son paroxysme. Des vagues successives d'exil (1959-1962, Mariel 1980, balseros 1994) séparent des familles entières entre l'île et la Floride.
8.4.2 El embargo (el bloqueo) desde 1962
Depuis 1962, les États-Unis imposent à Cuba un embargo commercial et financier quasi total — le plus long de l'histoire contemporaine. Le choix du mot est déjà un positionnement : Washington et l'exil parlent d'embargo (sanction légitime contre une dictature), La Havane de bloqueo (blocus, acte d'agression qui étrangle le peuple). Chaque année depuis 1992, l'Assemblée générale de l'ONU vote à une écrasante majorité une résolution demandant sa levée. Le débat reste ouvert : l'embargo affaiblit-il le régime ou lui fournit-il un bouc émissaire commode pour expliquer les pénuries ?
8.4.3 El deshielo de 2014-2016 y su marcha atrás
Repère : Le dégel et son retournement
- 17 décembre 2014 (el 17-D) : Barack Obama et Raúl Castro annoncent simultanément le rétablissement des relations diplomatiques — c'est le deshielo (dégel). Réouverture des ambassades en 2015.
- Mars 2016 : Obama visite La Havane — premier président américain en exercice depuis 1928 — et déclare : « He venido a enterrar el último resquicio de la Guerra Fría en las Américas ». Les Rolling Stones donnent un concert géant ; le tourisme américain explose.
- 2017 : Donald Trump annonce à Miami la marche arrière — restrictions sur les voyages et les transferts d'argent (las remesas), Cuba réinscrite sur la liste des États soutenant le terrorisme (2021).
- Les manifestations inédites du 11 juillet 2021 (el 11-J) à Cuba, au cri de « Patria y Vida » — détournement de la devise « Patria o Muerte », popularisé par une chanson de rappeurs cubains — montrent que la question cubaine reste brûlante, dans l'île comme à Miami.
8.5 Autores y textos-recurso
Repère : Textes-ressources pour cet axe
- José Martí, Versos sencillos (1891) : le héros de l'indépendance cubaine, exilé à New York, chante l'identité (« Yo soy un hombre sincero / de donde crece la palma ») — vers repris dans la chanson Guantanamera, hymne officieux de Cuba.
- Antonio Machado, Campos de Castilla (1912) et les poèmes de guerre : du paysage castillan à l'exil et à la mort à Collioure.
- Sandra Cisneros, The House on Mango Street (1984) : l'identité chicana au féminin, en chapitres brefs et poétiques.
- Junot Díaz, The Brief Wondrous Life of Oscar Wao (2007) : diaspora dominicaine, dictature et spanglish.
- Films utiles : Fresa y chocolate (Gutiérrez Alea, 1993, Cuba), Buena Vista Social Club (Wenders, 1999), La jaula de oro (Quemada-Díez, 2013, migration centraméricaine).
8.6 Proyecto final
Méthode : Projet : Retratos del exilio
Par groupes, réalisez une galerie de portraits (exposition orale ou padlet) intitulée Retratos del exilio y de la emigración :
- chaque groupe choisit une figure ou un destin collectif : Machado à Collioure, les niños de Morelia, une famille de l'opération Peter Pan, un dreamer mexicano-américain d'aujourd'hui… ;
- recherche documentaire (dates, lieux, documents d'époque : photos, unes de journaux, poèmes) ;
- rédaction d'un portrait de 200 mots à la première personne (Me llamo… Salí de… Recuerdo…), en réinvestissant les temps du récit (chapitre 1) et le lexique de l'identité ;
- présentation orale de 3 minutes par groupe, suivie d'un débat : ¿Qué tienen en común el exiliado de 1939 y el migrante de hoy?
Critères d'évaluation : exactitude historique, correction des temps du passé, richesse lexicale, prosodie (chapitre 4).