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Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle

Cours complet · français (seconde), chapitre 9 · seconde générale, français

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9.1 Introduction

Le théâtre est un genre littéraire à part : un texte de théâtre n'est pleinement achevé que lorsqu'il est joué devant des spectateurs. Écrit pour la scène, il s'adresse en même temps à un lecteur et à un public de salle. Depuis l'Antiquité, il se partage en deux grands genres, la tragédie et la comédie, mais ses formes n'ont cessé d'évoluer. Au XVIIe siècle, le théâtre classique impose des règles strictes (les trois unités, la vraisemblance, la bienséance) et donne à la France ses grands dramaturges : Corneille, Racine et Molière. Le XVIIIe siècle assouplit ces cadres avec Marivaux et Beaumarchais. Au XIXe siècle, le drame romantique de Victor Hugo brise les règles héritées du classicisme. Enfin, le XXe siècle invente un théâtre nouveau, jusqu'à l'absurde de Ionesco et Beckett. Ce chapitre parcourt cette histoire, puis étudie le langage propre au texte théâtral et son passage à la représentation.

Frise chronologique : du théâtre classique du XVIIe siècle au théâtre de l'absurde du XXe siècle

9.2 Une histoire du genre théâtral

9.2.1 Le théâtre classique du XVIIe siècle

Repère : Le théâtre classique

Au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, se développe le classicisme, qui recherche l'ordre, la mesure et la raison. Le théâtre classique respecte des règles strictes destinées à rendre l'action crédible et morale. La tragédie met en scène des personnages nobles (rois, princes, héros de la mythologie ou de l'histoire antique) aux prises avec un destin funeste ; ses grands auteurs sont Pierre Corneille (1606-1684) et Jean Racine (1639-1699). La comédie peint les défauts des hommes ordinaires pour en rire et les corriger : Molière (1622-1673) en est le maître.

Définition 9.1La règle des trois unités

Les auteurs classiques respectent la règle des trois unités :

  • l'unité d'action : une seule intrigue principale, sans épisodes inutiles ;
  • l'unité de temps : l'action doit tenir dans une journée (vingt-quatre heures) ;
  • l'unité de lieu : toute la pièce se déroule dans un seul lieu.

On y ajoute la vraisemblance (ce qui est représenté doit paraître crédible) et la bienséance (on ne montre pas sur scène ce qui pourrait choquer, comme la violence ou la mort, qui sont seulement racontées).

Corneille illustre la tragédie de l'héroïsme et du devoir : dans Le Cid (1637), le jeune Rodrigue doit choisir entre son amour pour Chimène et l'honneur de sa famille. Racine, lui, peint des passions dévorantes qui conduisent au malheur, comme dans Andromaque (1667) ou Phèdre (1677). Molière, enfin, fait rire le public des travers humains : l'avarice dans L'Avare (1668), l'hypocrisie religieuse dans Tartuffe (1664-1669), la maladie imaginaire dans Le Malade imaginaire (1673).

9.2.2 Le XVIIIe siècle : Marivaux et Beaumarchais

Repère : Le théâtre du XVIIIe siècle

Au siècle des Lumières, la comédie se renouvelle. Marivaux (1688-1763) explore les hésitations et les surprises du sentiment amoureux, souvent en mêlant maîtres et valets : dans Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), maîtres et domestiques échangent leurs habits, ce qui brouille les rôles. Le mot « marivaudage » désigne aujourd'hui ce langage fin et détourné de l'amour. Beaumarchais (1732-1799), avec Le Barbier de Séville (1775) et Le Mariage de Figaro (1784), donne au valet Figaro un rôle audacieux qui critique les privilèges de la noblesse : la comédie devient aussi une arme sociale.

9.2.3 Le drame romantique du XIXe siècle

Repère : Le drame romantique

Au XIXe siècle, les écrivains romantiques rejettent les règles du classicisme, qu'ils jugent artificielles. Dans la préface de Cromwell (1827), Victor Hugo (1802-1885) réclame la liberté de l'artiste et le mélange des genres : le drame romantique peut associer le sublime et le grotesque, le tragique et le comique, à l'image de la vie réelle. La première représentation d'Hernani, en 1830, provoque même une célèbre dispute dans la salle entre les partisans du théâtre classique et les défenseurs du nouveau drame romantique : c'est la « bataille d'Hernani ».

9.2.4 Vers le théâtre contemporain : de Jarry à l'absurde

Repère : Le théâtre moderne et le théâtre de l'absurde

À la fin du XIXe siècle, Alfred Jarry (1873-1907) ouvre la voie d'un théâtre provocateur avec Ubu roi (1896), dont le personnage grotesque et cruel bouscule toutes les conventions. Au XXe siècle, après les guerres mondiales, le théâtre de l'absurde exprime le sentiment d'un monde privé de sens : le langage tourne à vide, l'action n'avance plus. Eugène Ionesco (1909-1994), dans La Cantatrice chauve (1950), et Samuel Beckett (1906-1989), dans En attendant Godot (1953), où deux personnages attendent indéfiniment quelqu'un qui ne vient jamais, en sont les figures majeures.

9.3 Le texte théâtral

Le texte de théâtre possède un fonctionnement particulier, différent de celui du roman : il est fait pour être dit par des acteurs devant un public.

Définition 9.2La double énonciation

Au théâtre, un personnage qui parle s'adresse à un autre personnage sur scène ; mais, en même temps, ses paroles sont destinées au public qui l'écoute. Ce phénomène s'appelle la double énonciation : chaque réplique fonctionne à deux niveaux à la fois, de personnage à personnage et d'auteur à spectateur. C'est ce qui permet, par exemple, à un spectateur de comprendre une information qu'un personnage, lui, ignore.

La double énonciation : chaque réplique fonctionne à deux niveaux (de personnage à personnage, et de l'auteur au spectateur). L'aparté, le monologue, la tirade et le quiproquo en sont des cas particuliers
Définition 9.3Les formes de la parole théâtrale

Le texte de théâtre est essentiellement fait de dialogue, l'échange de paroles entre personnages. On distingue plusieurs formes :

  • la réplique : ce que dit un personnage à la suite d'un autre ;
  • la tirade : une longue réplique ininterrompue ;
  • le monologue : un personnage seul en scène parle à voix haute, souvent pour exprimer ses pensées ;
  • l'aparté : quelques mots qu'un personnage prononce à part, entendus du public mais censés ne pas l'être des autres personnages ;
  • la stichomythie : un échange de répliques très courtes, ligne pour ligne, qui accélère le rythme et traduit la tension.
Définition 9.4Les didascalies

Les didascalies sont les indications scéniques données par l'auteur : noms des personnages qui parlent, précisions sur les gestes, les déplacements, le ton, les décors ou les entrées et sorties. Elles ne sont pas prononcées par les acteurs, mais guident la mise en scène et le jeu. Dans le texte imprimé, elles apparaissent souvent en italique.

Définition 9.5La structure de la pièce : acte, scène, dramaturgie

Une pièce se divise en actes (grandes parties, souvent séparées par la baisse du rideau) eux-mêmes découpés en scènes (une nouvelle scène commence en général à l'entrée ou à la sortie d'un personnage). L'action progresse selon un schéma :

  • l'exposition : le début, qui présente les personnages et la situation ;
  • le nœud : l'obstacle ou le conflit principal se met en place ;
  • les péripéties : les rebondissements qui font évoluer l'action ;
  • le dénouement : la fin, qui résout (heureusement ou tragiquement) le conflit.
La structure dramatique : la tension monte de l'exposition au point culminant des péripéties, puis retombe au dénouement. La pièce se découpe en actes, eux-mêmes divisés en scènes
Exemple 9.6Une stichomythie chez Corneille

Dans Le Cid (acte III, scène 4), Rodrigue vient d'apprendre à Chimène qu'il a tué son père en duel pour venger l'honneur du sien. L'échange, tendu, alterne des répliques brèves :
Chimène. — Va, je ne te hais point.
Don Rodrigue. — Tu le dois.
Chimène. — Je ne puis.
Cet exemple illustre à la fois la stichomythie (répliques courtes qui se répondent) et le déchirement tragique : Chimène aime encore celui qu'elle doit poursuivre en justice.

Exemple 9.7Un aparté comique chez Molière

Dans Le Tartuffe de Molière (acte IV, scène 5), Orgon, caché sous une table, surprend l'hypocrite Tartuffe en train de courtiser sa femme Elmire. Les brefs signaux qu'Elmire adresse discrètement à son mari caché fonctionnent comme des apartés destinés au public : les spectateurs, qui savent Orgon présent, rient d'une situation que Tartuffe, lui, ignore. On voit ici le rôle de la double énonciation et du comique de situation.

Important

Un texte de théâtre n'est pas seulement à lire : il est écrit pour être joué. Les répliques (double énonciation), les didascalies et le découpage en actes et scènes sont autant d'indices qui préparent déjà la représentation sur une scène.

9.4 Texte et représentation

Définition 9.8La représentation théâtrale

La représentation est le passage du texte écrit à sa réalisation sur scène, devant un public. Un même texte peut donner lieu à des représentations très différentes selon les choix opérés. La personne qui conçoit et dirige ces choix est le metteur en scène.

Définition 9.9Les éléments de la mise en scène

La mise en scène est l'ensemble des décisions qui donnent vie au texte sur le plateau :

  • l'espace scénique : la scène (ou plateau) et sa disposition par rapport aux spectateurs ;
  • les décors : le cadre visuel, réaliste ou stylisé, qui situe l'action ;
  • le jeu des acteurs : la voix, les gestes, les déplacements, les expressions du visage ;
  • les costumes, les lumières, la musique et les bruitages, qui créent une atmosphère.

Un même texte, monté par deux metteurs en scène différents (décors d'époque ou décors modernes, ton grave ou ton comique), peut produire deux spectacles très différents.

Ainsi, une tragédie de Racine peut être jouée en costumes du XVIIe siècle ou transposée à notre époque ; une comédie de Molière peut être mise en scène de façon bouffonne ou plus grave. Le texte reste le même, mais chaque metteur en scène en propose une interprétation. C'est pourquoi on dit que le sens d'une pièce se construit aussi à la représentation, et pas seulement à la lecture.

Méthode : Analyser une scène de théâtre

Pour étudier une scène, on peut suivre ces étapes :

  • Situer la scène : à quel moment de la pièce se trouve-t-elle (exposition, nœud, péripétie, dénouement) ? Qui est présent ?
  • Repérer les formes de parole : dialogue, tirade, monologue, aparté, stichomythie. Le rythme est-il rapide (tension) ou lent ?
  • Lire les didascalies : que nous apprennent-elles sur les gestes, les déplacements, le ton, le décor ?
  • Identifier le genre et le registre : la scène relève-t-elle du tragique, du comique, du pathétique ? Quels ressorts sont utilisés ?
  • Imaginer la représentation : comment jouer cette scène ? quel décor, quels gestes ? En quoi la mise en scène pourrait-elle éclairer le texte ?

9.5 Tragédie et comédie : registres et ressorts

Définition 9.10La tragédie et le registre tragique

La tragédie met en scène des personnages nobles confrontés à un destin, à une fatalité ou à des passions qui les dépassent, et dont l'issue est le plus souvent malheureuse (mort, désespoir). Le registre tragique suscite chez le spectateur la terreur et la pitié devant un héros que sa situation condamne, quels que soient ses efforts. On lui associe souvent le registre pathétique, qui cherche à émouvoir, à faire naître la compassion pour la souffrance des personnages.

Définition 9.11La comédie et les ressorts du comique

La comédie met en scène des personnages ordinaires et cherche à faire rire tout en peignant les défauts humains. Le registre comique repose sur plusieurs ressorts :

  • le comique de mots : jeux de mots, répétitions, patois, langage déformé ;
  • le comique de gestes : chutes, coups, grimaces, mouvements exagérés ;
  • le comique de situation : quiproquos, malentendus, personnage caché, retournements inattendus ;
  • le comique de caractère : un défaut poussé à l'excès (l'avare, l'hypocrite, le vaniteux).
Deux genres opposés : la tragédie (registres tragique et pathétique, terreur et pitié, catharsis) et la comédie (le rire, par les différents ressorts du comique)
Exemple 9.12Le comique de répétition chez Molière

Dans Les Fourberies de Scapin (1671, acte II, scène 7), le vieux Géronte apprend que son fils est retenu prisonnier sur une galère et qu'il faut payer une rançon. Refusant de dépenser son argent, il répète sans cesse la même plainte : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Cette répétition (comique de mots) et l'avarice obstinée du personnage (comique de caractère) font rire le public tout en dénonçant le défaut du vieillard.

Exemple 9.13La fatalité tragique chez Racine

Dans Phèdre (1677), l'héroïne aime Hippolyte, le fils de son époux Thésée : un amour qu'elle juge elle-même monstrueux et coupable, mais qu'elle ne peut maîtriser. Racine présente cette passion comme une fatalité venue des dieux, qui conduit inévitablement Phèdre à la mort. La pièce illustre le registre tragique : le personnage lutte en vain contre une force qui le dépasse, et sa lucidité même rend sa souffrance plus pathétique.

Important

Tragédie et comédie ne se distinguent pas seulement par leur fin (malheureuse ou heureuse), mais par leurs personnages (nobles ou ordinaires), leur registre (tragique et pathétique / comique) et leur visée (émouvoir et faire réfléchir sur le destin / faire rire et corriger les défauts). À partir du XIXe siècle, le drame romantique puis le théâtre contemporain mêlent souvent ces deux tonalités.

9.6 Bilan

Du XVIIe au XXIe siècle, le théâtre a connu de profondes transformations : au classicisme réglé de Corneille, Racine et Molière succèdent le renouvellement du XVIIIe siècle (Marivaux, Beaumarchais), la révolte du drame romantique (Hugo), puis les audaces du théâtre moderne et de l'absurde (Jarry, Ionesco, Beckett). Malgré ces mutations, le texte théâtral conserve ses traits propres : la double énonciation, le dialogue et ses formes (réplique, tirade, monologue, aparté, stichomythie), les didascalies, le découpage en actes et en scènes, et une progression de l'exposition au dénouement. Surtout, un texte de théâtre reste inséparable de la représentation : écrit pour être joué, il ne prend tout son sens que sur une scène, à travers le travail du metteur en scène et des acteurs. Comprendre le théâtre, c'est donc lire un texte tout en imaginant le spectacle qu'il appelle.

9.7 Exercices

Exercice : Vocabulaire du texte théâtral

Associez chaque terme à sa définition :

  • tirade   2. aparté   3. monologue   4. didascalie   5. stichomythie

a) indication scénique donnée par l'auteur ; b) longue réplique ininterrompue ; c) échange de répliques très courtes ; d) mots dits à part, pour le public seul ; e) discours d'un personnage seul en scène.

Solution

1-b (tirade = longue réplique) ; 2-d (aparté = à part, pour le public) ; 3-e (monologue = seul en scène) ; 4-a (didascalie = indication scénique) ; 5-c (stichomythie = répliques très courtes).

Exercice : Les trois unités

Rappelez en quoi consistent les trois unités du théâtre classique, puis expliquez pourquoi la règle de bienséance interdisait de montrer une mort sur scène.

Solution

Les trois unités sont : l'unité d'action (une seule intrigue principale), l'unité de temps (l'action tient en vingt-quatre heures) et l'unité de lieu (un seul lieu pour toute la pièce). La bienséance interdisait de montrer sur scène ce qui pouvait choquer le public (violence, mort, sang) : ces événements étaient donc seulement racontés par un personnage (souvent dans un récit rapporté), et non représentés directement.

Exercice : Reconnaître un genre

Pour chacune de ces situations, dites s'il s'agit plutôt d'une tragédie ou d'une comédie, et nommez le ressort ou le registre en jeu :

  • Un héros noble est condamné par une fatalité qu'il ne peut fuir et meurt à la fin.
  • Un vieil avare répète toujours la même phrase parce qu'il refuse de payer.
  • Deux personnages se prennent l'un pour l'autre à cause d'un déguisement.
Solution
  1. Tragédie : registre tragique (fatalité, issue malheureuse).   2. Comédie : comique de mots (répétition) et comique de caractère (l'avarice).   3. Comédie : comique de situation (quiproquo lié au déguisement).

Exercice : Texte et représentation

Expliquez en quelques phrases pourquoi deux mises en scène d'une même pièce peuvent donner des spectacles très différents. Citez au moins trois éléments de la mise en scène qui peuvent varier.

Solution

Le texte fixe les répliques et les didascalies, mais laisse au metteur en scène de nombreux choix : il en propose une interprétation. Peuvent varier, par exemple : les décors (d'époque ou modernes), les costumes, le jeu des acteurs (ton grave ou comique, gestes), l'espace scénique, les lumières et la musique. Selon ces choix, une même tragédie peut paraître solennelle ou proche de nous, une même comédie franchement bouffonne ou plus grave.

Exercice : Repères d'histoire littéraire

Classez ces auteurs dans l'ordre chronologique et indiquez pour chacun le genre ou le mouvement auquel on l'associe : Beckett, Racine, Hugo, Marivaux.

Solution

Ordre chronologique : Racine (XVIIe s., tragédie classique) → Marivaux (XVIIIe s., comédie) → Hugo (XIXe s., drame romantique) → Beckett (XXe s., théâtre de l'absurde).

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