Mers et océans, vecteurs et enjeux de la mondialisation
Cours complet · géographie (terminale), chapitre 1 · terminale, histoire-géographie
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Les mers et les océans couvrent 71 % de la surface du globe. Longtemps perçus comme des espaces vides séparant les continents, ils sont devenus le cœur battant de la mondialisation : environ 80 % des marchandises échangées dans le monde (en volume) transitent par voie maritime, et 99 % des données numériques intercontinentales circulent par des câbles sous-marins. Riches en ressources halieutiques, énergétiques et minérales, les espaces maritimes sont aussi de plus en plus convoités et disputés : les États étendent leurs zones économiques exclusives, sécurisent les détroits stratégiques et militarisent certaines mers, tandis que la communauté internationale tente de protéger des milieux fragilisés par la surpêche et les pollutions. Étudier les mers et les océans, c'est donc étudier la mondialisation elle-même — ses flux, ses acteurs, ses tensions et ses limites.
Problématique. Pourquoi les mers et les océans sont-ils au cœur de la mondialisation, et quelles rivalités et quels enjeux cette centralité fait-elle naître ?
1.1 Mers et océans, vecteurs essentiels de la mondialisation
1.1.1 La maritimisation des échanges
La mondialisation repose sur une maritimisation croissante des économies :
- le commerce maritime mondial a été multiplié par plus de quatre depuis 1970 et dépasse 11 milliards de tonnes de marchandises par an ;
- la révolution de la conteneurisation, amorcée en 1956 par l'Américain Malcolm McLean, en est le moteur : la boîte standardisée (mesurée en EVP, « équivalent vingt pieds ») abaisse radicalement les coûts, permet l'intermodalité (navire-train-camion) et autorise la division internationale du travail — produire en Asie, consommer en Europe et en Amérique ;
- le gigantisme naval s'accentue : les plus grands porte-conteneurs dépassent 24 000 EVP (400 m de long), aux mains de quelques armateurs mondiaux (MSC, Maersk, CMA-CGM) ;
- les câbles sous-marins — plus de 1,4 million de km posés — acheminent la quasi-totalité (99 %) du trafic Internet intercontinental : la mondialisation numérique est, elle aussi, maritime.
La maritimisation désigne le processus d'accroissement des échanges par voie maritime et la dépendance croissante des économies à la mer : concentration des hommes et des activités sur les littoraux (littoralisation), essor des flottes de commerce, exploitation grandissante des ressources marines. Elle fait des mers et des océans les vecteurs essentiels de la mondialisation.
1.1.2 Routes, ports et points de passage stratégiques
Les flux maritimes se concentrent sur quelques axes majeurs. La grande route circumterrestre Est-Ouest relie les trois pôles majeurs de l'économie mondiale — Asie orientale, Europe, Amérique du Nord — par une succession de points de passage stratégiques : détroits (Malacca, Ormuz, Bab-el-Mandeb, Gibraltar, pas de Calais) et canaux transocéaniques (Suez, inauguré en 1869, doublé en 2015, environ 10 % du commerce mondial ; Panama, ouvert en 1914, élargi en 2016). Ces goulets d'étranglement sont vulnérables : l'échouement du porte-conteneurs Ever Given dans le canal de Suez (mars 2021) a bloqué six jours durant près de 10 % du commerce mondial ; les attaques houthies en mer Rouge (depuis 2023) détournent une partie du trafic par le cap de Bonne-Espérance.
Les ports mondiaux organisent ces flux. La hiérarchie portuaire reflète la nouvelle géographie économique : sur les dix premiers ports à conteneurs du monde, sept sont chinois (Shanghai, premier port mondial avec plus de 47 millions d'EVP) ; Singapour, à la sortie de Malacca, est le grand hub de transbordement de l'Asie du Sud-Est ; Rotterdam, premier port européen, n'est plus que dixième environ. Les grandes façades maritimes (Asie-Pacifique, Northern Range européenne, façade atlantique de l'Amérique du Nord) concentrent ports, industries et mégapoles : ce sont les interfaces majeures de la mondialisation.
71 % de la surface du globe. 80 % du commerce mondial de marchandises en volume ; plus de 11 milliards de tonnes transportées par an ; 60 000 navires de commerce. 99 % des données intercontinentales par câbles sous-marins. ZEE : jusqu'à 200 milles nautiques (370 km) des côtes (convention de Montego Bay, 1982). 30 % des hydrocarbures produits en mer (offshore). Environ un tiers des stocks de poissons surexploités.
1.1.3 Croquis : l'organisation des flux maritimes mondiaux
Long d'environ 900 km, large de 2,8 km seulement à son point le plus étroit, le détroit de Malacca sépare la péninsule Malaise de l'île indonésienne de Sumatra et relie l'océan Indien à la mer de Chine méridionale. C'est le premier point de passage maritime du monde : environ 100 000 navires par an, soit 25 à 30 % du commerce mondial et une part majeure des importations d'hydrocarbures de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud — Pékin parle du « dilemme de Malacca » pour désigner cette dépendance stratégique. Le détroit a fait la fortune de Singapour : cité-État de 6 millions d'habitants, premier ou deuxième hub mondial de transbordement, place financière et pétrochimique majeure. La sécurité y est un enjeu permanent — piraterie (fortement réduite depuis les patrouilles coordonnées des États riverains dans les années 2000), risques de collision et de pollution dans un couloir saturé. Les projets de contournement (canal ou « pont terrestre » de l'isthme de Kra en Thaïlande, corridors terrestres des nouvelles routes de la soie, oléoducs birmans) visent tous à réduire la dépendance à ce goulet — sans l'avoir, à ce jour, entamée.
1.2 Des espaces riches en ressources et de plus en plus convoités
1.2.1 Des ressources multiples
Les mers et océans sont des réservoirs de ressources :
- halieutiques : environ 90 millions de tonnes de poissons pêchés par an, auxquelles s'ajoute une aquaculture en plein essor qui fournit désormais plus de la moitié des produits aquatiques consommés ; la pêche fait vivre directement ou indirectement des centaines de millions de personnes ;
- énergétiques : l'offshore fournit environ 30 % du pétrole et du gaz mondiaux, avec des forages toujours plus profonds (golfe du Mexique, Brésil « pré-sal », golfe de Guinée) ; les énergies marines renouvelables se développent (éolien en mer, hydrolien) ;
- minérales : sables et granulats, et demain peut-être les nodules polymétalliques des grands fonds (cobalt, nickel, terres rares), dont l'exploitation — régulée par l'Autorité internationale des fonds marins — suscite de vives inquiétudes environnementales ;
- sans oublier les usages croissants : tourisme de croisière, biotechnologies bleues, dessalement de l'eau de mer.
1.2.2 L'appropriation des espaces maritimes : la course aux ZEE
Le droit de la mer, codifié par la convention de Montego Bay (1982, en vigueur en 1994), découpe l'océan en zones aux statuts gradués : eaux territoriales (souveraineté jusqu'à 12 milles nautiques), zone économique exclusive (ZEE, jusqu'à 200 milles nautiques, soit environ 370 km, où l'État côtier a des droits exclusifs d'exploitation des ressources), haute mer enfin, libre et res communis (plus de 60 % de l'océan). Ce cadre a déclenché une véritable course à la mer : demandes d'extension du plateau continental (jusqu'à 350 milles), valorisation des moindres îlots — car un rocher habitable génère une ZEE de plus de 400 000 km2. Grâce à ses outre-mer, la France possède la deuxième ZEE mondiale (10,2 millions de km2), derrière les États-Unis (chapitre 2).
Espace maritime s'étendant jusqu'à 200 milles nautiques des côtes, dans lequel l'État côtier exerce des droits souverains d'exploration et d'exploitation des ressources (pêche, hydrocarbures, minerais), sans que la navigation y soit entravée. Créée par la convention de Montego Bay (1982), la ZEE est au cœur des convoitises et des différends maritimes contemporains.
1.2.3 Des mers sous tension : rivalités et militarisation
La centralité des mers en fait des espaces de rivalités :
- différends de délimitation : Méditerranée orientale (gaz chypriote, tensions gréco-turques), Arctique — que la fonte de la banquise ouvre aux routes nouvelles (passages du Nord-Est et du Nord-Ouest) et aux convoitises énergétiques ;
- piraterie : corne de l'Afrique (jugulée par les opérations internationales comme Atalante), golfe de Guinée, devenus les points chauds mondiaux ;
- militarisation : les grandes puissances réarment leurs marines ; les États-Unis conservent la première flotte mondiale (11 porte-avions), mais la marine chinoise aligne désormais le plus grand nombre de navires — la maîtrise des mers (sea power, théorisé par l'amiral Mahan dès 1890) redevient un instrument central de la puissance.
Carrefour vital — environ un tiers du commerce maritime mondial y transite entre Malacca et les ports d'Asie orientale —, riche en poissons et en hydrocarbures supposés, la mer de Chine méridionale est revendiquée presque entièrement par la Chine au nom de la « ligne en neuf traits », héritée de cartes de 1947, qui mord sur les ZEE du Vietnam, des Philippines, de la Malaisie et de Brunei. Depuis 2013, Pékin poldérise et militarise les récifs des archipels Paracels et Spratleys : pistes d'aviation, radars, missiles — des îles artificielles transformées en bases avancées. Saisie par les Philippines, la Cour permanente d'arbitrage de La Haye juge le 12 juillet 2016 que les revendications chinoises sont « sans fondement juridique » — sentence que Pékin rejette et ignore. Les États-Unis répliquent par des opérations de liberté de navigation (FONOP : des navires de guerre croisent au plus près des îlots revendiqués), soutenus par leurs alliés (Japon, Australie, alliance AUKUS en
- ; la France y envoie régulièrement ses frégates au nom de la liberté des mers. La mer de Chine méridionale concentre ainsi tous les enjeux du chapitre : ressources, routes vitales, droit de la mer bafoué, rivalité des puissances.
1.3 Protéger et réguler : entre liberté, appropriation et préservation
1.3.1 Des milieux fragilisés
L'océan paie le prix de sa centralité : un tiers des stocks de poissons est surexploité (surpêche, pêche illégale), les pollutions s'accumulent — marées noires, rejets d'hydrocarbures, et surtout les déchets plastiques (8 à 10 millions de tonnes déversées par an, gyres océaniques dits « septième continent »), — tandis que le changement climatique réchauffe et acidifie les eaux, blanchit les coraux et élève le niveau marin, menaçant littoraux et États insulaires.
1.3.2 Une gouvernance en construction
La protection progresse, mais reste inachevée : aires marines protégées (environ 8 % de l'océan, loin de l'objectif de 30 % en 2030 adopté à la COP15 biodiversité en 2022), quotas de pêche (politique commune de la pêche européenne), conventions contre les pollutions (MARPOL), et le traité international sur la haute mer (accord « BBNJ » adopté à l'ONU en juin 2023), premier cadre de protection de la biodiversité au-delà des juridictions nationales. La haute mer, bien commun de l'humanité, illustre le défi central : concilier liberté de circulation, appropriation des ressources et préservation d'un milieu vital — l'océan produit plus de la moitié de l'oxygène de la planète et absorbe le quart du CO émis.
Méthode : Réaliser un croquis de géographie
- Analyser le sujet et bâtir une légende organisée en 2 ou 3 parties qui répondent à la problématique — par exemple : I. Des espaces au cœur des flux (routes, façades, points de passage) ; II. Des espaces convoités (ZEE, ressources, tensions) ; III. Des espaces à protéger (AMP, pollutions).
- Choisir les figurés adaptés : figurés de surface (façades, ZEE), figurés linéaires avec flèches proportionnelles (routes maritimes), figurés ponctuels (ports, détroits, canaux, zones de piraterie). Une couleur = une idée ; hiérarchiser l'information.
- Soigner la nomenclature et l'habillage : noms des océans, détroits et ports écrits horizontalement, titre reprenant le sujet, orientation, échelle si possible. Un croquis se lit sans le texte : légende complète et lisible.
1.4 Bilan
Vecteurs de 80 % du commerce mondial et de la quasi-totalité des flux numériques, les mers et les océans sont bien au cœur de la mondialisation : la conteneurisation, les grandes routes circumterrestres, les ports d'Asie orientale et les points de passage stratégiques comme Malacca en dessinent l'armature. Cette centralité nourrit les convoitises — course aux ZEE depuis Montego Bay, exploitation des ressources halieutiques et énergétiques — et les rivalités de puissance, dont la mer de Chine méridionale est le théâtre le plus explosif. Reste le troisième défi, environnemental : surpêche, plastiques et réchauffement imposent une gouvernance de l'océan encore balbutiante. Liberté, appropriation, protection : c'est entre ces trois logiques que se joue l'avenir des espaces maritimes.
Propriété : L'essentiel du chapitre
- Maritimisation : 80 % du commerce mondial en volume, conteneurisation, gigantisme naval, 99 % des données par câbles sous-marins.
- Armature des flux : route circumterrestre Est-Ouest, façades maritimes (Asie-Pacifique dominante : Shanghai, Singapour), points de passage stratégiques (Malacca, Suez, Panama, Ormuz).
- Détroit de Malacca : 100 000 navires/an, 25-30 % du commerce mondial, hub de Singapour, « dilemme de Malacca » chinois.
- Appropriation : convention de Montego Bay (1982), ZEE de 200 milles, course aux extensions ; France : 2e ZEE mondiale.
- Mer de Chine méridionale : ligne en neuf traits, poldérisation des Spratleys, arbitrage de 2016 rejeté par Pékin, FONOP américaines — concentré des rivalités maritimes.
- Protection : surpêche (1/3 des stocks), plastiques, AMP (8 %), traité sur la haute mer (BBNJ, 2023) — une gouvernance inachevée.