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La France : une puissance maritime ?

Cours complet · géographie (terminale), chapitre 2 · terminale, histoire-géographie

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Présente dans tous les océans grâce à ses territoires ultramarins, la France possède la deuxième zone économique exclusive du monde : plus de 10 millions de km2, dont 97 % autour de l'outre-mer. Cette immensité maritime lui confère des atouts considérables — ressources, présence géostratégique mondiale, grands armateurs, marine de premier rang. Pourtant, le point d'interrogation du titre du chapitre est justifié : les ports français sont distancés par leurs concurrents européens, le pays a longtemps tourné le dos à la mer, et contrôler un espace maritime aussi vaste excède les moyens disponibles. Entre potentiel exceptionnel et valorisation incomplète, la maritimité française est un dossier ouvert — que l'État tente de relancer, de la fusion portuaire HAROPA à la stratégie nationale pour la mer.

Problématique. La France dispose-t-elle des atouts d'une grande puissance maritime, et parvient-elle à les valoriser ?

2.1 Un territoire maritime immense : l'atout de l'outre-mer

2.1.1 La deuxième ZEE mondiale

Grâce à la convention de Montego Bay (1982) et à ses outre-mer, la France contrôle une ZEE d'environ 10,2 millions de km2 — derrière les seuls États-Unis —, soit près de vingt fois son territoire terrestre :

Définition 2.1Puissance maritime, maritimité

Une puissance maritime combine la maîtrise des espaces marins (marine de guerre, présence mondiale), leur exploitation économique (flotte de commerce, ports, pêche, ressources) et la capacité d'y faire respecter le droit. La maritimité désigne le rapport qu'une société entretient avec la mer — l'ensemble des activités et des représentations tournées vers elle. La question du chapitre est précisément l'écart entre le potentiel maritime de la France et sa maritimité réelle.

2.1.2 Schéma : la France, présente sur tous les océans

La ZEE française : des disques proportionnels à la surface contrôlée.

2.2 Des atouts économiques et géostratégiques réels

2.2.1 Une économie maritime de premier plan

L'économie maritime française pèse environ 100 milliards d'euros et plus de 360 000 emplois directs :

2.2.2 Une puissance géostratégique

La Marine nationale est l'une des rares marines « océaniques » complètes : porte-avions à propulsion nucléaire (Charles-de-Gaulle), sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (base de l'Île Longue, près de Brest) qui portent la dissuasion, frégates déployées sur tous les océans, bases navales permanentes en métropole et outre-mer (Toulon, Brest, Fort-de-France, La Réunion, Nouméa, Papeete — auxquelles s'ajoutent Djibouti et Abou Dabi). Cette présence permet à la France de participer à la sécurisation des routes maritimes (opération Atalante contre la piraterie, déploiements en mer de Chine méridionale au nom de la liberté de navigation) et de défendre sa vision d'un espace « Indo-Pacifique » libre et ouvert — où vivent 1,6 million de Français.

◆Théorème 2.2La France maritime : repères

ZEE : 10,2 millions de km2 (2e mondiale), 97 % outre-mer ; extensions du plateau continental (+730 000 km2 depuis 2015). CMA-CGM : 3e armateur mondial de conteneurs. Marine nationale : dissuasion océanique, bases sur tous les océans. HAROPA (fusion Le Havre-Rouen-Paris, 1er juin 2021) : 1er port français, 3 millions d'EVP — loin derrière Rotterdam (14 millions) et Anvers. Économie maritime : 100 milliards d'euros, 360 000 emplois.

2.3 Des fragilités persistantes

2.3.1 Des ports distancés dans la compétition européenne

Paradoxe majeur : la France, si bien placée sur la façade atlantique de l'Europe, a des ports en retrait. Le Havre et Marseille, premiers ports français, traitent chacun environ 1,5 million d'EVP — quand Rotterdam en traite 14 millions et Anvers 12 millions. Les causes sont connues : hinterlands moins bien connectés (retard du ferroviaire et du fluvial, canal Seine-Nord Europe toujours en chantier), conflits sociaux récurrents qui ont détourné les armateurs, concurrence de la Northern Range qui capte une partie des conteneurs destinés au marché français. Résultat : près de la moitié des conteneurs français entrent ou sortent par des ports étrangers.

Le décrochage portuaire français et ses causes.

2.3.2 Contrôler l'immensité : une ZEE difficile à surveiller

La ZEE est un atout potentiel : encore faut-il la surveiller et l'exploiter. Or les moyens sont comptés — quelques frégates de surveillance et patrouilleurs pour des millions de km2. La pêche illégale prospère (pillage de la langouste et de la légine dans les eaux australes, désormais mieux contrôlé ; incursions de pêcheurs étrangers en Guyane et à Mayotte), le narcotrafic transite par les Antilles, et les ressources des grands fonds (nodules, terres rares de Polynésie) restent inexploitées — par choix environnemental autant que par manque de moyens. S'ajoutent les contestations de souveraineté : les îles Éparses revendiquées par Madagascar, Tromelin par Maurice, Clipperton longtemps disputée par le Mexique, et la Nouvelle-Calédonie dont l'avenir institutionnel reste en débat.

Exemple 2.3L'axe Seine : Le Havre-Rouen-Paris, la façade maritime du Grand Paris

Pour répondre au décrochage portuaire, l'État a fusionné le 1er juin 2021 les ports du Havre (premier port français pour les conteneurs), de Rouen (premier port ouest-européen d'exportation de céréales) et de Paris (premier port fluvial français) en un établissement unique : HAROPA Port. L'ambition, formulée dès 2008 (« Le Havre, port du Grand Paris » — Antoine Rufenacht, puis rapport Attali) : faire de la vallée de la Seine un axe intégré de 200 km reliant la première façade portuaire française à son hinterland naturel, l'Île-de-France, premier bassin de consommation d'Europe. Les atouts : position sur la Manche (première route maritime mondiale), terminal en eau profonde de Port 2000, essor de la logistique (entrepôts XXL le long de la Seine), report modal fluvial (convois de barges porte-conteneurs jusqu'à Gennevilliers). Les limites : environ 3 millions d'EVP cumulés — un cinquième de Rotterdam —, un report ferroviaire et fluvial encore minoritaire face au camion (85 % des pré- et post-acheminements), la concurrence frontale d'Anvers sur le marché parisien. L'axe Seine illustre à la fois le sursaut maritime français — planification d'État, intégration port-hinterland — et le chemin restant pour rivaliser avec la Northern Range.

L'axe Seine : un port, un fleuve et son arrière-pays.

Méthode : Construire une réponse nuancée à une question-débat (« La France, puissance maritime ? »)

  • Prendre l'interrogation au sérieux : un titre interrogatif appelle un plan qui pèse le pour et le contre — atouts (ZEE, armateurs, marine, outre-mer) puis limites (ports distancés, surveillance difficile, maritimité inachevée) —, jamais un exposé unilatéral.
  • Chiffrer systématiquement : 10,2 millions de km2, 97 % outre-mer, CMA-CGM 3e mondial, HAROPA 3 millions d'EVP contre 14 pour Rotterdam — les ordres de grandeur font l'argumentation.
  • Conclure en répondant : oui, une puissance maritime potentielle de premier rang, mais une valorisation incomplète — la nuance finale doit découler du développement, pas tomber du ciel.

2.4 Bilan

La France a tous les attributs d'une grande puissance maritime : la deuxième ZEE du monde grâce à ses outre-mer, une marine océanique dotée de la dissuasion, un armateur du top 3 mondial, des champions des câbles et de la construction navale. Mais le potentiel n'est qu'à demi valorisé : les ports français restent loin derrière Rotterdam et Anvers malgré la création d'HAROPA sur l'axe Seine, la surveillance de l'immense ZEE excède les moyens de l'État, et la société française n'a que récemment redécouvert sa maritimité. Puissance maritime ? Assurément par les atouts ; incomplètement par les usages — c'est tout l'enjeu des stratégies engagées, de la relance portuaire à l'ambition indo-pacifique.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • 2e ZEE mondiale : 10,2 millions de km2, 97 % grâce à l'outre-mer (Polynésie 4,8 M km2) — présence sur tous les océans.
  • Atouts économiques : CMA-CGM (3e armateur mondial), câbles sous-marins, chantiers navals, pêche, tourisme, éolien en mer — 100 milliards d'euros, 360 000 emplois.
  • Atouts géostratégiques : Marine nationale océanique (dissuasion, porte-avions), bases mondiales, stratégie indo-pacifique.
  • Fragilités : ports distancés (HAROPA 3 M EVP contre 14 M à Rotterdam), hinterlands mal connectés, ZEE difficile à surveiller (pêche illégale, souverainetés contestées).
  • Étude de cas — l'axe Seine : fusion HAROPA (Le Havre-Rouen-Paris, 2021), intégration port-hinterland vers l'Île-de-France ; un sursaut réel, un rattrapage inachevé.

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