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Des territoires inégalement intégrés : coopérations, tensions, régulations

Cours complet · géographie (terminale), chapitre 3 · terminale, histoire-géographie

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La mondialisation met en relation tous les territoires — mais pas à égalité. Quelques métropoles mondiales et façades littorales concentrent la richesse, les flux et les décisions ; des puissances émergentes s'y intègrent à marche forcée ; d'autres espaces restent en marge, faute d'infrastructures, de stabilité politique ou d'atouts valorisables. Cette intégration inégale recompose la hiérarchie des territoires à toutes les échelles, du monde au quartier. Elle suscite des réponses contrastées : des coopérations — organisations régionales comme l'ASEAN ou l'ACEUM, régulations mondiales de l'OMC aux COP — mais aussi des tensions : guerres commerciales, rivalités frontalières, contestations de la mondialisation elle-même. La Russie, qui a choisi la confrontation, et l'Asie du Sud-Est, qui a fait de l'intégration régionale un levier de développement, en offrent deux trajectoires opposées.

Problématique. Pourquoi la mondialisation intègre-t-elle si inégalement les territoires, et comment coopérations et régulations tentent-elles d'en maîtriser les tensions ?

3.1 Des territoires inégalement intégrés dans la mondialisation

3.1.1 Centres d'impulsion et hiérarchie des territoires

La mondialisation s'organise depuis des centres d'impulsion :

Définition 3.1Intégration à la mondialisation

L'intégration d'un territoire à la mondialisation se mesure à l'intensité de ses connexions aux flux mondiaux (marchandises, capitaux, informations, personnes) et à sa capacité à peser sur eux. Elle est toujours sélective (elle privilégie certains lieux — métropoles, littoraux) et réversible (un territoire peut décrocher). Son contraire est la marginalisation, qui peut être subie (enclavement, conflits) ou partiellement choisie (fermeture politique).

3.1.2 Émergents et marges

Entre les centres et les marges s'étage toute une gamme de situations :

3.1.3 Schéma : la hiérarchie des territoires dans la mondialisation

Une intégration sélective : la pyramide des territoires, à toutes les échelles.
Exemple 3.2La Russie, une intégration paradoxale et contrariée

Immense par le territoire (17 millions de km2, onze fuseaux horaires), la Russie ne pèse qu'environ 2 % du PIB mondial. Son intégration à la mondialisation est sélective et dissymétrique : elle repose presque exclusivement sur l'exportation d'hydrocarbures (gazoducs et oléoducs vers l'Europe, terminaux GNL arctiques de Yamal), de minerais, de céréales et d'armes — une économie de rente concentrée sur Moscou (qui capte une part majeure des richesses), Saint-Pétersbourg et les régions extractives de Sibérie, tandis que d'immenses espaces intérieurs se dépeuplent. Le pouvoir a fait de cette rente un levier géopolitique : dépendance gazière de l'Europe, projets arctiques (route maritime du Nord, dont la fonte des glaces accroît l'attrait), rapprochement avec la Chine. L'invasion de l'Ukraine (février 2022) a provoqué une désintégration partielle : sanctions occidentales massives, gel des avoirs, départ des firmes transnationales, embargo européen progressif sur le pétrole puis effondrement des livraisons de gaz — la Russie réoriente ses flux vers l'Asie (Chine, Inde) à prix décotés et s'appuie sur une « flotte fantôme » pétrolière. Trajectoire inverse de l'Asie du Sud-Est : la Russie illustre une intégration par la rente, instrumentalisée puis brisée par la géopolitique.

3.2 Coopérations et régulations : organiser la mondialisation

3.2.1 Les organisations régionales

Face à la concurrence mondiale, les États se regroupent à l'échelle régionale :

3.2.2 Des régulations mondiales sous tension

À l'échelle mondiale, la régulation repose sur les institutions issues de 1944-1995 : FMI et Banque mondiale, OMC (1995, 166 membres) dont le cycle de négociation de Doha est enlisé depuis les années 2000 et l'organe d'appel paralysé par les États-Unis depuis 2019 ; le G7 et le G20 (réuni au sommet depuis la crise de 2008) coordonnent sans contraindre ; les COP climatiques (accord de Paris, 2015) et les accords de biodiversité tentent une régulation environnementale. Le bilan est mitigé : la gouvernance mondiale progresse par crises, mais le retour des protectionnismes (droits de douane américains contre la Chine depuis 2018, subventions massives, relocalisations post-Covid) et la fragmentation géopolitique (sanctions, « découplage ») affaiblissent le multilatéralisme.

◆Théorème 3.3Coopérations et tensions : repères

1967 : création de l'ASEAN (10 membres aujourd'hui). 1991 : MERCOSUR. 1994 : ALENA, devenu ACEUM en 2020. 1995 : création de l'OMC. 2001 : entrée de la Chine à l'OMC. 2008 : premier G20 des chefs d'État. 2013 : lancement des nouvelles routes de la soie chinoises. 2015 : accord de Paris (COP21). 2018 : guerre commerciale États-Unis-Chine. 2022 : sanctions massives contre la Russie ; RCEP en vigueur (plus grand accord commercial du monde, autour de l'ASEAN et de la Chine).

Trente ans de mondialisation : coopérations d'un côté, blocages de l'autre.

3.2.3 Tensions et contestations

La mondialisation nourrit ses propres conflits : guerres commerciales (États-Unis-Chine sur les droits de douane et les technologies, batailles des subventions), rivalités pour les ressources et les routes (chapitre 1), tensions migratoires aux interfaces Nord-Sud (Méditerranée, frontière américano-mexicaine), et contestations politiques et sociales de la mondialisation elle-même — mouvements altermondialistes, votes protectionnistes et souverainistes, critiques environnementales appelant à relocaliser et à sobrement « démondialiser ».

Exemple 3.4L'Asie du Sud-Est, l'intégration régionale comme levier

Carrefour entre océans Indien et Pacifique, l'Asie du Sud-Est (680 millions d'habitants) est devenue l'une des régions les mieux intégrées à la mondialisation. Moteurs de cette réussite : l'insertion dans les chaînes de valeur mondiales — Singapour, hub portuaire, financier et technologique de rang mondial ; le Vietnam, nouvel « atelier » de l'électronique et du textile (Samsung y produit une part majeure de ses smartphones) ; la Thaïlande, base automobile ; la Malaisie, l'électronique ; l'Indonésie, géant démographique (280 millions d'habitants) et minier (nickel) — et l'ASEAN, qui depuis 1967 a pacifié la région puis libéralisé les échanges (zone de libre-échange AFTA, « communauté économique » depuis 2015), attirant les investissements par sa stabilité et son marché unifié. La région profite aussi de la stratégie « Chine + 1 » : les firmes y redéploient leurs usines pour réduire leur dépendance chinoise. Le RCEP, en vigueur en 2022 autour de l'ASEAN, de la Chine, du Japon et de la Corée, en fait le cœur du plus grand accord commercial du monde. Limites : fortes inégalités internes (Singapour contre Myanmar en guerre civile, campagnes laotiennes ou cambodgiennes en marge), dépendance aux capitaux étrangers, exposition aux tensions sino-américaines en mer de Chine méridionale (chapitre 1). L'Asie du Sud-Est montre qu'une intégration réussie se construit — par la coopération régionale et l'insertion productive.

Russie et Asie du Sud-Est : deux manières opposées de s'intégrer.

Méthode : Analyser l'intégration d'un territoire à la mondialisation

  • Mesurer l'intégration : part du commerce mondial, IDE reçus et émis, insertion dans les chaînes de valeur, connexion aux réseaux (ports, aéroports, câbles), présence de métropoles mondiales — toujours chiffrer.
  • Identifier les facteurs : atouts (ressources, main-d'œuvre, position, stabilité) et choix politiques (ouverture, intégration régionale, stratégie de développement) — comparer la Russie (rente, confrontation) et l'Asie du Sud-Est (production, coopération) est un exemple attendu.
  • Changer d'échelle : montrer que l'intégration est sélective à l'intérieur même des territoires (littoral/intérieur, métropoles/marges) — le raisonnement multiscalaire est la marque du bon devoir de géographie.

3.3 Bilan

La mondialisation hiérarchise les territoires plus qu'elle ne les unit : centres d'impulsion métropolitains et littoraux, émergents en voie d'intégration, marges enclavées — la pyramide se retrouve à toutes les échelles. Face à cette compétition, les États coopèrent à l'échelle régionale (ASEAN, ACEUM, MERCOSUR, UE) et tentent de réguler à l'échelle mondiale (OMC, G20, COP), avec des résultats fragilisés par le retour des protectionnismes et des rivalités de puissance. Les trajectoires opposées de la Russie — intégration par la rente, brisée par la guerre — et de l'Asie du Sud-Est — intégration par la production et la coopération régionale — montrent que l'insertion dans la mondialisation est un construit politique, jamais une fatalité géographique.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • Intégration sélective et hiérarchisée : centres d'impulsion (métropoles, places financières, façades), émergents, marges (PMA) — à toutes les échelles.
  • Russie : intégration paradoxale par la rente des hydrocarbures, instrumentalisée en levier géopolitique, désintégration partielle depuis les sanctions de 2022.
  • Asie du Sud-Est : intégration réussie par les chaînes de valeur (Singapour, Vietnam) et la coopération régionale (ASEAN 1967, RCEP 2022).
  • Coopérations : ASEAN, ACEUM (2020), MERCOSUR, UE ; régulations mondiales : OMC (1995, en crise), G20, COP (accord de Paris 2015).
  • Tensions : guerres commerciales États-Unis-Chine, protectionnismes, sanctions, contestations de la mondialisation.

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