Des recompositions territoriales à toutes les échelles
Cours complet · géographie (terminale), chapitre 8 · terminale, histoire-géographie
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Mondialisation et intégration européenne ne se contentent pas de hiérarchiser les territoires : elles les recomposent en permanence. Les métropoles étendent leurs aires d'influence, les périphéries se redéfinissent entre déprise et renaissance, et les découpages institutionnels eux-mêmes bougent : fusion des régions en 2016, montée en puissance des intercommunalités et des métropoles, affirmation de la région comme échelle stratégique — sur le modèle européen. Ces recompositions se jouent à toutes les échelles : celle de la grande région qui rivalise avec ses homologues européennes, celle de la métropole qui polarise son bassin, celle des territoires de proximité où s'organise la vie quotidienne. Elles avivent aussi la concurrence entre territoires — pour les habitants, les entreprises, les fonds publics — et posent avec insistance la question des inégalités territoriales et de leur correction.
Problématique. Comment l'attractivité, la concurrence et la recherche de cohésion recomposent-elles les territoires français à toutes les échelles ?
8.1 Attractivité, concurrence et inégalités entre territoires
8.1.1 Des territoires en compétition
La mondialisation met les territoires en concurrence :
- concurrence pour les investissements : les régions et métropoles pratiquent le marketing territorial (« OnlyLyon », « Magnetic Bordeaux »), aménagent technopôles et zones franches, chassent les implantations (gigafactories de batteries captées par les Hauts-de-France) ;
- concurrence pour les habitants : héliotropisme et littoralisation vident certains territoires au profit de l'Ouest et du Sud ; le télétravail post-Covid a partiellement redistribué le jeu (regain des villes moyennes bien connectées) ;
- concurrence pour les fonctions : gares LGV, universités, hôpitaux, équipements culturels (Louvre-Lens, Centre Pompidou-Metz comme outils de reconversion symbolique).
8.1.2 Des inégalités qui se recomposent
Les écarts territoriaux changent de forme plus qu'ils ne disparaissent : métropoles riches mais traversées de fortes inégalités internes (quartiers de la politique de la ville — 5,4 millions d'habitants) ; périurbain dépendant de l'automobile ; villes moyennes aux centres dévitalisés puis en regain ; campagnes écartelées entre déprise (diagonale des faibles densités) et renaissance résidentielle ou touristique ; outre-mer cumulant les fragilités (chômage, vie chère, jusqu'à 77 % de pauvreté relative à Mayotte). L'État et l'UE corrigent par la péréquation et les programmes ciblés (politique de la ville, Action cœur de ville pour 234 villes moyennes, agenda rural, zones de revitalisation) — une géographie prioritaire en recomposition constante.
Une recomposition territoriale est une transformation de l'organisation d'un territoire : redistribution des populations et des activités (métropolisation, littoralisation, déprise), redéfinition des périmètres institutionnels (fusions de régions et d'intercommunalités, métropoles) et évolution des relations entre échelles (décentralisation, contractualisation). Elle traduit spatialement l'adaptation — subie ou choisie — des territoires à la mondialisation et à l'intégration européenne.
8.2 La région, échelle stratégique d'action
8.2.1 Des régions redessinées à l'européenne
La loi du 16 janvier 2015 a fusionné les 22 régions métropolitaines en 13 grandes régions au 1er janvier 2016 — objectif affiché : atteindre la « taille européenne » des Länder allemands ou des communautés autonomes espagnoles. Les régions sont devenues l'échelle stratégique de l'aménagement : compétences sur le développement économique (schéma SRDEII, aides aux entreprises), les transports (TER, cars interurbains, gares routières), les lycées et la formation professionnelle, et l'élaboration du SRADDET (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires, créé par la loi NOTRe de 2015), document prescriptif qui fixe les grandes orientations — armature urbaine, mobilités, sobriété foncière (« zéro artificialisation nette »), transition énergétique. Les régions gèrent aussi une partie des fonds européens (FEDER, FSE+) : elles sont l'interlocuteur naturel de Bruxelles. Limites : un budget modeste (35 milliards d'euros cumulés, sans fiscalité propre significative) et des périmètres parfois contestés — identités régionales malmenées par les fusions (Alsace redevenue « collectivité européenne » en 2021 au sein du Grand Est).
Née en 2016 de la fusion du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie, la région Hauts-de-France (6 millions d'habitants, 3e région par la population) concentre tous les défis du chapitre. Héritages lourds : première région désindustrialisée de France (charbon clos en 1990, textile, sidérurgie), chômage et pauvreté supérieurs aux moyennes nationales, image dégradée. Atouts de position : au cœur de l'Europe du Nord-Ouest, entre Paris, Londres (tunnel sous la Manche depuis 1994, Calais premier port français de voyageurs) et le Benelux — traversée par l'axe Lille-Paris et les flux de la Northern Range ; Lille, métropole tertiaire transfrontalière (eurométropole, chapitre 6), s'est reconvertie dans les services, le numérique (Euratechnologies) et la grande distribution. Recompositions en cours : la « vallée de la batterie » — quatre gigafactories décidées autour de Dunkerque, Douvrin-Billy-Berclau (ACC, inaugurée en 2023) et Douai (Envision-Renault) — symbole de la réindustrialisation verte captée par l'action conjointe de l'État (France 2030), de la région et des métropoles ; reconversion culturelle du bassin minier (Louvre-Lens, 2012 ; bassin minier au patrimoine mondial de l'UNESCO, 2012) ; canal Seine-Nord Europe en chantier pour arrimer la région à l'axe Seine. Fragilités persistantes : inégalités infrarégionales fortes (métropole lilloise contre ancien bassin minier et Picardie rurale), dépendance aux décisions extérieures, pression migratoire à Calais. Une région-laboratoire : déclin hérité, attractivité reconquise, cohésion à construire.
8.3 Les territoires de proximité : intercommunalités et aménagement local
8.3.1 La révolution intercommunale
À l'échelle locale, la recomposition majeure est l'intercommunalité : les 35 000 communes françaises — record européen — sont désormais toutes regroupées en 1 250 EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) : communautés de communes et d'agglomération, communautés urbaines, et 22 métropoles de droit commun ou à statut particulier (Grand Paris, Aix-Marseille-Provence, Lyon — collectivité de plein exercice depuis 2015). Les EPCI exercent les compétences structurantes : urbanisme (PLUi), développement économique, eau et déchets, mobilités. L'aménagement local se joue dans leurs documents (SCoT à l'échelle des bassins de vie, PLUi) — articulés, en principe, au SRADDET régional.
8.3.2 Aménager la proximité : enjeux et conflits
Les territoires de proximité concentrent les enjeux du quotidien : accès aux services publics (maisons France Services depuis 2019, lutte contre les déserts médicaux), mobilités (alternatives à la voiture, RER métropolitains), logement (tension dans les métropoles et les littoraux, vacance dans les centres anciens), transition écologique (sobriété foncière « ZAN » issue de la loi Climat de 2021, renaturation, énergies renouvelables). L'aménagement y est aussi devenu plus conflictuel : oppositions aux grands projets (l'abandon de Notre-Dame-des-Landes en 2018 en est l'emblème), débats sur les éoliennes, les mégabassines ou la densification — signe que l'aménagement du territoire, hier vertical, se négocie désormais avec les habitants.
1er janvier 2016 : 13 régions métropolitaines (loi du 16 janvier 2015) ; SRADDET (loi NOTRe, 2015). 35 000 communes, 1 250 EPCI, 22 métropoles (lois de 2010 et 2014 ; Grand Paris 2016). Action cœur de ville : 2018, 234 villes moyennes. Louvre-Lens : 2012 ; abandon de Notre-Dame-des-Landes : 2018 ; objectif « zéro artificialisation nette » : loi Climat, 2021 ; gigafactories des Hauts-de-France : 2023 et suivantes.
8.3.3 Schéma : l'emboîtement des échelles de la recomposition
Méthode : Analyser une recomposition territoriale (étude critique de documents)
- Identifier la recomposition : qu'est-ce qui change — répartition des hommes et des activités (métropolisation, déprise, réindustrialisation), périmètres (fusion, intercommunalité) ou gouvernance (décentralisation) ? Beaucoup de documents mêlent les trois.
- Croiser acteurs et échelles : qui décide (UE, État, région, EPCI, entreprises, habitants) et à quelle échelle les effets se font-ils sentir ? Le tableau acteur/échelle structure efficacement une réponse.
- Évaluer de façon critique : gagnants et perdants, objectifs affichés contre résultats mesurés (une gigafactory crée des emplois — qualifiés ? locaux ?), limites des documents (discours promotionnel du marketing territorial, par exemple).
8.4 Bilan
Les territoires français se recomposent à toutes les échelles sous la double pression de la mondialisation et de l'intégration européenne : grandes régions redessinées en 2016 pour rivaliser en Europe, métropoles et intercommunalités qui structurent désormais l'action locale, espaces en déprise ou en renaissance selon leur prise sur les flux. La concurrence entre territoires — pour les habitants, les investissements, les fonctions — s'est institutionnalisée dans le marketing territorial, tandis que l'État et l'Union s'efforcent d'en corriger les inégalités par la péréquation et les programmes ciblés. Les Hauts-de-France, de la mine aux gigafactories, montrent qu'aucun déterminisme ne condamne un territoire : la recomposition est un processus politique, où se rejoue en permanence l'équilibre entre compétitivité et cohésion — le fil rouge de toute la géographie de Terminale.
Propriété : L'essentiel du chapitre
- Concurrence entre territoires : marketing territorial, course aux investissements et aux habitants ; inégalités recomposées (métropoles duales, villes moyennes, outre-mer) corrigées par péréquation et programmes ciblés (Action cœur de ville, 2018).
- La région, échelle stratégique : 13 régions au 1er janvier 2016, compétences économie-transports-lycées, SRADDET (2015), gestion des fonds européens — mais budgets limités.
- Étude de cas — Hauts-de-France : héritages désindustrialisés, position européenne majeure, reconversion (Louvre-Lens 2012, Euratechnologies) et réindustrialisation verte (« vallée de la batterie », 2023) — cohésion interne à construire.
- Territoires de proximité : 1 250 EPCI, 22 métropoles, PLUi et SCoT ; enjeux du quotidien (services, mobilités, logement, ZAN 2021) et aménagement devenu négocié (Notre-Dame-des-Landes, 2018).
- Recomposition = processus multiscalaire et politique : l'équilibre compétitivité/cohésion se rejoue à chaque échelle.