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La France, une puissance mondiale et maritime

Cours complet · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 1re année), chapitre 18 · prépa ECG, 1re année

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Le programme demande d'étudier la France comme puissance mondiale « en insistant sur ses singularités, notamment son espace maritime ». Prenons l'injonction au sérieux : la singularité française n'est pas d'être une grande économie — elle n'est que la septième du monde — ni d'avoir une grande armée — elle n'est que le neuvième budget militaire. Sa singularité est d'être présente partout. Onze territoires répartis sur trois océans lui donnent le deuxième espace maritime de la planète, des voisins terrestres au Brésil et au Suriname, et une frontière avec une trentaine d'États.

Ce chapitre part donc de la mer, et non de la diplomatie. Il pose d'abord ce que la France possède en mer et à quel titre juridique ; il confronte ensuite cette étendue aux moyens qu'elle y déploie ; il examine l'outre-mer qui la lui donne ; il finit par les autres attributs de la puissance et par leurs limites. Une mise en garde d'emblée : c'est le chapitre du livre où les chiffres sont les plus disputés, et une bonne part du travail consistera à dire d'où ils viennent.

18.1 Ce que la France possède en mer, et à quel titre

Définition 18.1Zone économique exclusive

Espace maritime s'étendant jusqu'à milles marins des lignes de base, dans lequel l'État côtier détient des droits souverains sur l'exploration et l'exploitation des ressources — poissons, hydrocarbures, minerais, énergie — ainsi que la juridiction sur la recherche scientifique et la protection du milieu. Ce n'est pas un territoire : la navigation, le survol et la pose de câbles y restent libres pour tous. Un État n'est pas souverain dans sa ZEE, il y est compétent.

Définition 18.2Mer territoriale et plateau continental étendu

La mer territoriale s'étend jusqu'à milles marins et relève de la pleine souveraineté de l'État, sous la seule réserve du passage inoffensif des navires. Au-delà de la ZEE, le plateau continental étendu peut être reconnu jusqu'à milles marins — ou milles au-delà de l'isobathe de mètres — lorsque l'État prouve la continuité géologique de sa marge. Il ne porte que sur le sol et le sous-sol : la colonne d'eau au-dessus demeure de la haute mer. Un mille marin vaut mètres.

Figure 1. Les régimes juridiques de la mer, en coupe et à l'échelle horizontale. Les quatre limites — , , et milles marins — sont placées proportionnellement à leur distance réelle à la ligne de base. Le résultat est le message de la figure : la mer territoriale, seul espace où l'État est pleinement souverain, occupe % de la largeur de la coupe, tandis que la zone économique exclusive, où il n'a que des droits sur les ressources, en occupe %. Confondre les deux, c'est prêter à la France une souveraineté sur dix millions de kilomètres carrés qu'elle n'a pas. Source du droit : convention des Nations unies sur le droit de la mer, articles , , et .

Repère : Montego Bay, et les trois actes français

La convention des Nations unies sur le droit de la mer est signée le décembre à Montego Bay, en Jamaïque, et entre en vigueur le novembre — douze ans plus tard, le temps de réunir les ratifications. Elle compte aujourd'hui parties, dont l'Union européenne. Côté français, ne confondez pas trois actes distincts : la loi du décembre qui autorise la ratification, le dépôt de l'instrument de ratification le avril qui l'engage internationalement, et le décret du août qui la publie en droit interne. Les États-Unis, eux, n'ont jamais ratifié la convention — ce qui ne les empêche pas d'en revendiquer les bénéfices.

Important

Premier ou deuxième espace maritime du monde ? Les deux affirmations circulent ; il faut savoir trancher et dire pourquoi. La position constante de l'État français est le deuxième rang, derrière les États-Unis : c'est ce qu'écrivent le portail officiel des limites maritimes, tenu par le service hydrographique de la marine, et le centre d'études stratégiques de la marine. La thèse du premier rang repose sur une valeur française gonflée ( millions de km) qui n'apparaît dans aucune publication hydrographique. Elle ne devient défendable qu'à une condition explicite : retrancher aux États-Unis leurs territoires du Pacifique, qui font % de leur zone — un retranchement intenable, puisque la France tire % de la sienne de son outre-mer.

Attention

Le « millions de km » que l'on recopie partout n'est pas la zone économique exclusive. Le tableau officiel intitule ce total « espaces maritimes français », et il agrège trois régimes juridiques distincts : eaux intérieures km, mer territoriale km, zone économique exclusive km — soit km exactement. La ZEE stricto sensu vaut donc millions de km, et non . En ajoutant les extensions de plateau continental, le total atteint km. Trois valeurs vraies pour trois grandeurs différentes : dites laquelle vous employez.

iRemarque

Un territoire français est absent de tous ces totaux : la Terre Adélie, revendiquée en Antarctique. La note officielle du tableau des superficies l'exclut explicitement, et pour un motif de droit : le traité de Washington du décembre a gelé toutes les revendications sur l'Antarctique, si bien que les États possessionnés ne peuvent exercer aucune juridiction sur les eaux qui la bordent. Elle n'entre donc dans le décompte d'aucun pays — pas davantage dans celui des États-Unis, qui ne reconnaissent d'ailleurs pas la revendication française. Un territoire peut être administré sans produire un seul kilomètre carré d'espace maritime.

Définition 18.3Maritimisation

Processus par lequel une part croissante des activités humaines dépend de la mer : transport de marchandises, câbles de communication, extraction énergétique et minière, pêche, tourisme, production d'électricité. Le mot désigne à la fois un fait mesurable — l'essentiel du commerce mondial de biens se fait par voie de mer — et une conséquence stratégique : les espaces maritimes, longtemps considérés comme des vides à traverser, deviennent des territoires à contrôler. C'est ce basculement qui transforme la zone économique exclusive d'une curiosité juridique en enjeu de puissance.

Auteur : Christian Buchet — la mer explique l'histoire

Historien de la mer, directeur scientifique du programme international Océanides, il publie La Grande Histoire vue de la mer (). La thèse. Ce ne sont pas les grandes puissances qui font les grandes marines : ce sont les sociétés tournées vers la mer qui deviennent puissantes. Le dynamisme maritime précède le décollage économique et politique au lieu de le suivre — inversion de causalité qui est tout son propos. Le concept le plus utile. La maritimisation : la part croissante des activités humaines qui dépendent de la mer, du transport de marchandises aux câbles de données, en passant par l'énergie et l'alimentation. Ce qu'il apporte ici. Un renversement de perspective sur la France : son espace maritime ne serait pas un héritage colonial encombrant, mais l'atout le moins exploité de son économie. La filiation : Buchet prolonge Mahan, rencontré au chapitre , en déplaçant l'accent du militaire vers l'économique.

Figure 2. Les douze ensembles maritimes français, dans les trois océans, chaque disque ayant une aire proportionnelle à l'espace maritime du territoire. La somme des douze vaut km, c'est-à-dire exactement le total publié. Deux lectures s'imposent. La Polynésie française pèse à elle seule millions de km, soit % du domaine — près de la moitié. Et la France métropolitaine, avec km, n'en fournit que % : son disque n'arrive qu'au septième rang des douze, et il est même un peu plus petit que celui de La Réunion. Attention à ce que la figure n'est pas : ce n'est pas une projection. Les longitudes n'y sont pas conservées, les latitudes le sont — les marqueurs sont posés à la latitude du centre de chaque territoire, et le domaine réel s'étend de degrés nord, à Dunkerque, à degrés sud, aux Kerguelen.

18.2 L'immensité, et les moyens qu'on y met

Figure 3. Les moyens militaires permanents, posés sur les mêmes douze disques que la figure 2. Le fond, les positions et les rayons sont repris à l'identique — le bloc de code est recopié mot pour mot ; les disques sont seulement vidés de leur couleur pour devenir le décor. Les carrés rouges sont les cinq forces de souveraineté, les carrés orange les deux dernières forces prépositionnées, posées dans le haut du panneau hors de l'échelle des latitudes, parce qu'il s'agit de bases terrestres et non de territoires. La comparaison ne porte pas sur la taille des carrés, qui n'ont pas la même unité que les disques, mais sur leur nombre et leur position : sept points pour douze ensembles, et le plus vaste de tous — la Polynésie, près de la moitié du domaine — tenu par mille hommes. Effectifs : ministère des Armées, juillet .

Important

Comparez les figures et . Le fond est identique, les douze disques sont aux mêmes places et aux mêmes rayons ; une seule chose a changé : ce qu'on y pose. La figure montre l'étendue, la figure montre les moyens, et les deux ne se recouvrent pas. C'est la contradiction centrale de la France maritime, et le Sénat l'a résumée d'une formule qu'il faut connaître : le nombre de patrouilleurs affectés à la surveillance de la zone économique exclusive française équivaut à « deux voitures de police pour surveiller le territoire hexagonal ».

Auteur : Cyrille P. Coutansais — l'empire des mers

Directeur de recherche au Centre d'études stratégiques de la Marine, Géopolitique des océans (), L'empire des mers (). La thèse. La mondialisation contemporaine est d'abord un fait maritime : la quasi-totalité du commerce de marchandises passe par la mer, et la carte des routes maritimes commande la carte des rapports de force bien plus que celle des frontières terrestres. Le concept le plus utile. La distinction entre l'espace et le flux : posséder une vaste zone maritime ne vaut rien si l'on n'est pas sur les routes ; inversement, tenir un détroit sans posséder d'espace donne un pouvoir considérable. Ce qu'il apporte ici. Il permet de qualifier honnêtement l'atout français : la France possède beaucoup d'espace et peu de flux — ses zones les plus vastes, dans le Pacifique sud et les mers australes, sont à l'écart des grandes routes. La filiation : il actualise Mahan pour un monde où la valeur d'un point ne tient plus au charbon mais au conteneur et à la donnée.

Définition 18.4Point d'appui

Implantation permanente hors du territoire national permettant d'accueillir, de ravitailler et de réparer des forces, et donc de projeter sa puissance loin de ses bases. Il faut distinguer la force prépositionnée — un dispositif permanent, autonome, installé chez un État tiers par un accord de défense — de la force de souveraineté, stationnée sur le territoire national outre-mer, et du simple accès négocié au cas par cas. La France ne compte plus que deux vraies forces prépositionnées : Djibouti ( militaires) et les Émirats arabes unis ().

Exemple 18.5Le reflux africain, 2022-2025

En dix-huit mois, la France est passée de six implantations africaines à deux pôles résiduels. Retraits du Mali, du Burkina Faso puis du Niger entre et ; départ du Tchad achevé le janvier ; rétrocession du bataillon d'infanterie de marine en Côte d'Ivoire le février ; rétrocession au Sénégal achevée le juillet ; camp partagé au Gabon depuis le juillet . Il reste au Gabon une centaine de militaires et en Côte d'Ivoire quatre-vingts, contre mille deux cents au Gabon dix ans plus tôt. Ce qu'il faut en conclure, et ce qu'il ne faut pas. Ce n'est pas une simple perte de moyens : c'est un changement de doctrine, la France passant d'une logique de présence permanente à une logique de partenariat et d'accès. Reste que la carte des points d'appui s'est vidée là où la contestation de la présence française était la plus forte — la doctrine a suivi les faits autant qu'elle les a précédés.

Auteur : Bertrand Badie (né en 1950) — l'impuissance de la puissance

Politiste français, L'impuissance de la puissance (), Le temps des humiliés (). La thèse. Les attributs classiques de la puissance — armée, territoire, sièges dans les organisations — perdent leur capacité à produire les effets attendus. On peut gagner toutes les batailles et perdre la situation ; la puissance militaire ne convertit plus. Le concept le plus utile. L'idée que les acteurs faibles disposent d'un pouvoir de nuisance et de refus qui annule l'avantage des forts, et que l'humiliation est un moteur politique de premier plan. Ce qu'il apporte ici. La grille exacte pour analyser le reflux sahélien : la France y disposait de la supériorité militaire complète et n'a pas pu la transformer en résultat politique. La critique à connaître. La thèse explique mal les cas où la force, précisément, décide encore — et l'on ne peut pas la réciter sans examiner ces cas. La filiation : Badie prolonge la critique réaliste ouverte au chapitre , en la retournant contre le réalisme.

Auteur : Camille Morel — la vulnérabilité invisible des câbles

Chercheuse en droit international et en études stratégiques, Les câbles sous-marins (). La thèse. La quasi-totalité des communications intercontinentales — donnée, voix, transactions financières — transite par un réseau de câbles posés au fond des océans, dont la protection juridique date pour l'essentiel du XIXe siècle et dont la sécurité matérielle repose sur une poignée de navires spécialisés. Le concept le plus utile. La vulnérabilité invisible : une infrastructure critique, privée, non protégée, et dont le public ignore jusqu'à l'existence. Ce qu'elle apporte ici. Elle donne à l'espace maritime français une valeur que la pêche et les minerais ne lui donnent pas : la ZEE devient un espace de surveillance d'infrastructures, ce qui change la nature des moyens nécessaires. La filiation : c'est la version contemporaine du choke point de Mahan — sauf que le point de passage obligé est désormais invisible et sous l'eau.

18.3 L'outre-mer : ce qui fait l'espace

Figure 4. L'espace maritime ultramarin et la population ultramarine, décomposés à la même échelle et dans le même ordre. Le contraste est presque parfaitement inversé, et il se chiffre : la Polynésie et les territoires sans population permanente — terres australes, Clipperton, îles Éparses — totalisent % de l'espace pour % de la population ; les cinq territoires antillais, guyanais, réunionnais, mahorais et saint-pierrais totalisent % de l'espace pour % de la population. La bande violette de la colonne de gauche est absente de celle de droite : elle correspond à des territoires sans habitants permanents. Sources : service hydrographique de la marine () pour les superficies, INSEE et instituts territoriaux (–) pour les populations.

Définition 18.6DROM, COM, et le cas calédonien

Trois régimes coexistent. Les DROM (article de la Constitution) — Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte — relèvent de l'identité législative : la loi française s'y applique de plein droit, sauf adaptation. Les COM (article ) — Polynésie française, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna — relèvent de la spécialité législative : chacune a un statut propre, et la loi métropolitaine n'y est applicable que si elle le prévoit expressément. La Nouvelle-Calédonie n'est ni l'un ni l'autre : elle a son titre propre dans la Constitution (titre XIII) depuis . Les terres australes et antarctiques relèvent d'une loi de et n'ont pas de population permanente.

Figure 5. Huit jalons du droit de la mer et de l'outre-mer français, –, placés à l'échelle du temps. Le plus grand écart de la frise est le premier : douze ans séparent la signature de la convention de Montego Bay () de son entrée en vigueur (), le temps de réunir soixante ratifications. C'est la leçon juridique de la figure — un droit ne vaut qu'une fois ratifié, et la France elle-même n'a déposé son instrument qu'en . Les sept jalons suivants tiennent en trente ans (–), et ils changent de nature en chemin : le droit de la mer cède la place aux statuts, puis les statuts aux crises.

Exemple 18.7La Nouvelle-Calédonie, ou l'espace sans le consentement

Trois référendums d'autodétermination se tiennent en application de l'accord de Nouméa. Le novembre , le « non » à l'indépendance l'emporte avec % des voix, sur une participation de % ; le octobre , avec % et une participation de % ; le décembre , avec % — mais sur une participation de % seulement, les formations indépendantistes ayant appelé au boycott. Le troisième chiffre ne se cite jamais sans le quatrième : un « non » à % obtenu avec moins de % de participation dans la province Nord ne mesure pas la même chose que les deux premiers. En mai , des émeutes font quatorze morts et détruisent une part considérable de l'appareil productif ; la révision constitutionnelle qui devait sortir du blocage a été rejetée par l'Assemblée nationale le avril . La leçon est géopolitique : le territoire qui fournit à la France % de son espace maritime ultramarin est aussi celui dont l'appartenance est la moins assurée.

Attention

Quatre contentieux à connaître, et à ne pas confondre. Les îles Éparses sont revendiquées par Madagascar depuis une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies de ; une commission mixte s'est réunie en puis en sans autre résultat que de constater le différend. Tromelin fait l'objet d'un accord de cogestion signé avec Maurice en , jamais ratifié — le projet de loi a été retiré de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale en . Matthew et Hunter sont revendiquées par le Vanuatu depuis son indépendance en , et des échanges ont repris en . Clipperton n'est plus revendiquée : une sentence arbitrale de a tranché en faveur de la France, et le Mexique a retiré l'île de son territoire national en . Ces différends ne portent pas sur des rochers : Tromelin commande environ km, Matthew et Hunter environ .

18.4 Les autres attributs, et leurs limites

Figure 6. Les six attributs de la puissance mondiale française, chacun assorti de sa limite. La figure est construite pour interdire le palmarès : aucun des six encadrés ne porte un rang sans porter aussi sa restriction. C'est la forme graphique d'une thèse — la France est le seul pays à réunir simultanément ces six attributs, et elle n'est première sur aucun d'eux à l'exception du nombre de visiteurs. Rangs et chiffres : Fonds monétaire international pour l'économie, institut de recherche sur la paix de Stockholm pour le budget militaire (, milliards de dollars en ), service hydrographique de la marine pour l'espace maritime, Organisation internationale de la francophonie et Direction générale des entreprises pour le reste.

Repère : Les chiffres de la puissance française

Défense : loi de programmation militaire – de milliards d'euros, portée à par son actualisation d'août ; milliards pour la mission Défense en ; % du produit intérieur brut au périmètre de l'Alliance atlantique. Nucléaire : têtes selon la déclaration présidentielle de , environ selon l'institut de Stockholm en ; deux composantes, océanique — quatre sous-marins lanceurs d'engins, permanence à la mer depuis — et aéroportée. Diplomatie : environ ambassades, troisième réseau du monde derrière la Chine et les États-Unis ; instituts français et alliances françaises dans pays. Francophonie : millions de locuteurs selon la méthode élargie de l'Organisation internationale de la francophonie, millions sur la série historiquement comparable ; quatrième langue du monde. Tourisme : millions de visiteurs internationaux en , premier rang mondial ; milliards d'euros de recettes, quatrième rang.

Attention

Trois chiffres que l'on recopie et qui sont faux. Un : la France ne fait pas partie des cinq premiers budgets militaires du monde — elle est neuvième en , derrière l'Allemagne, l'Inde, le Royaume-Uni, l'Ukraine et l'Arabie saoudite. Deux : elle n'est pas troisième pour les recettes touristiques mais quatrième, le Royaume-Uni la devançant également. Trois : la projection de « millions de francophones en » ne figure dans aucun rapport de l'Organisation internationale de la francophonie, qui publie quatre scénarios allant de à millions pour et n'associe la fourchette – millions qu'à l'horizon . Un chiffre recopié sans source vieillit en silence.

Auteur : Hubert Védrine (né en 1947) — la puissance d'influence

Diplomate et ministre des Affaires étrangères de à , il forge le terme d'hyperpuissance pour décrire les États-Unis de la fin des années . La thèse. La France n'est plus une grande puissance au sens du XIXe siècle et ne le redeviendra pas ; elle est une puissance d'influence, dotée d'atouts rares — siège permanent, arme nucléaire, présence sur tous les océans, réseau diplomatique — qu'elle doit employer à peser sur les décisions des autres plutôt qu'à imposer les siennes. Le concept le plus utile. La distinction entre le rang, qui est un héritage, et l'influence, qui se travaille et se perd. L'avertissement. Le rang français est en partie hérité de ; il ne survivra pas indéfiniment à l'écart croissant entre ce statut et le poids réel du pays. La filiation : c'est le vocabulaire officiel de la diplomatie française depuis vingt-cinq ans, et il faut savoir qu'il est lui-même un choix, non une description neutre.

Auteur : Frédéric Encel (né en 1969) — les critères de la puissance

Géopolitologue français, Horizons géopolitiques (), Les voies de la puissance (). La thèse. La puissance ne se décrète ni ne se mesure par un seul indicateur : elle résulte de la combinaison d'atouts matériels — démographie, économie, force armée, position — et de la volonté politique de s'en servir, laquelle est le facteur le plus souvent négligé. Le concept le plus utile. L'idée qu'un atout non employé n'est pas un atout : un vaste domaine maritime sans marine pour le tenir, un siège au Conseil de sécurité sans doctrine à y défendre ne produisent rien. Ce qu'il apporte ici. Il fournit le critère qui permet de conclure honnêtement ce chapitre : la question n'est pas de savoir si la France possède les attributs de la puissance mondiale — elle les possède tous — mais si elle a la volonté et les moyens de les convertir. La filiation : Encel discute Badie sans le suivre, en refusant de conclure de l'impuissance observée à l'inutilité de la puissance.

Méthode : Traiter un sujet sur la France maritime

  • Poser le chiffre avec sa définition. « Deuxième espace maritime du monde » exige de dire ce qu'on compte — zone économique exclusive seule, ou avec la mer territoriale, ou avec les extensions de plateau — et derrière qui.
  • Distinguer l'espace du flux. Un vaste domaine à l'écart des routes ne vaut pas un détroit. La grille de Coutansais évite le triomphalisme.
  • Confronter systématiquement l'étendue aux moyens. Les figures et sont faites pour cela : c'est la contradiction centrale, et toute copie qui l'ignore reste descriptive.
  • Ne jamais parler de l'outre-mer comme d'un tout. La figure montre deux outre-mer qui n'ont presque rien en commun : celui qui fournit l'espace et celui qui porte la population.
  • Descendre à un territoire. La Nouvelle-Calédonie, la Guyane, Mayotte : un cas traité précisément vaut mieux qu'un panorama.
  • Ne pas rejouer les chapitres et . Le modèle social et l'insertion européenne ont eu leur place ; ici, la question est la projection mondiale.
Important

Retenez trois choses de ce chapitre. Un, la singularité française est la dispersion : onze territoires sur trois océans, un domaine maritime qui doit % de son étendue à l'outre-mer, et le deuxième rang mondial — derrière les États-Unis, quelle que soit la manière honnête de compter. Deux, cette étendue n'est pas tenue : sept points d'appui militaires pour douze ensembles maritimes, et le plus vaste d'entre eux gardé par mille hommes. Trois, la France réunit six attributs de puissance mondiale que nul autre pays ne réunit tous — et n'est première sur aucun, sauf le nombre de touristes. Puissance large et peu profonde : c'est la formule à retenir, et à discuter.

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