Le monde méditerranéen antique : empreintes grecques et romaines
Cours complet · histoire-géographie (seconde), chapitre 1 · seconde générale, histoire-géographie
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L'histoire enseignée au lycée s'organise en quatre grandes périodes, qui ne sont pas des « vérités » naturelles mais des découpages construits par les historiens pour donner des repères communs. Avant d'étudier la Méditerranée antique, il faut donc comprendre où elle se situe dans ce découpage, et pourquoi ses bornes ont été choisies ainsi.
1.1 Repères : la périodisation de l'histoire
La périodisation est le découpage du temps historique en grandes périodes, séparées par des dates repères choisies par les historiens pour marquer une rupture importante. Le programme français distingue quatre grandes périodes :
- l'Antiquité : de l'apparition de l'écriture (vers 3300 av. J.-C.) à la chute de l'Empire romain d'Occident, en 476 apr. J.-C. ;
- le Moyen Âge : de 476 à la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, en 1492 ;
- l'époque moderne : de 1492 à la Révolution française, en 1789 ;
- l'époque contemporaine : de 1789 à nos jours.
Propriété : Des bornes conventionnelles, pas des ruptures brutales
Ces dates sont des repères commodes, non des frontières absolues : en 477, la vie quotidienne des habitants d'Italie n'a pas changé du jour au lendemain. Elles marquent cependant des ruptures politiques majeures — ici, la déposition du dernier empereur romain d'Occident, Romulus Augustule, par le chef germanique Odoacre en 476 — qui aident à organiser le récit historique.
C'est dans la première de ces périodes, l'Antiquité, que se forment deux héritages politiques et culturels majeurs de l'Europe actuelle : la démocratie inventée à Athènes, et le droit ainsi que l'unification territoriale légués par Rome.
1.2 Athènes au Ve siècle avant J.-C. : la naissance de la démocratie
1.2.1 La cité grecque, un cadre politique original
Une cité (en grec polis) est une communauté politique autonome, formée d'une ville et de son territoire environnant (champs, villages), dotée de ses propres lois, de sa monnaie et de ses propres dieux protecteurs. Le monde grec antique ne forme pas un État unifié mais une mosaïque de plusieurs centaines de cités indépendantes (Athènes, Sparte, Corinthe, Thèbes…), parfois alliées, parfois rivales.
Athènes est la plus peuplée et la plus influente de ces cités au Ve siècle av. J.-C. Après avoir contribué à repousser les invasions perses (bataille de Marathon, 490 av. J.-C. ; bataille de Salamine, 480 av. J.-C.), elle domine une alliance de cités, la ligue de Délos, et connaît un rayonnement culturel exceptionnel sous l'impulsion de son stratège Périclès.
1.2.2 Périclès et l'invention de la démocratie
La démocratie (du grec dêmos, le peuple, et kratos, le pouvoir) est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient, en théorie, à l'ensemble des citoyens réunis, et non à un roi ou à une petite élite. À Athènes, elle se met progressivement en place au VIe siècle (réformes de Solon puis de Clisthène, en 508 av. J.-C.) et connaît son âge d'or sous la direction de Périclès, figure dominante de la vie politique athénienne à partir de 461 av. J.-C. et réélu stratège chaque année de 443 à sa mort en 429 av. J.-C.
| Institution | Rôle |
|---|---|
| Ecclésia | Assemblée de tous les citoyens, se réunissant sur la colline de la Pnyx ; vote les lois, la guerre et la paix, à main levée. |
| Boulè | Conseil de 500 citoyens tirés au sort pour un an ; prépare les décisions soumises à l'ecclésia et surveille les magistrats. |
| Héliée | Tribunal populaire de 6 000 citoyens tirés au sort ; juge les litiges et les affaires politiques. |
| Stratèges | Dix magistrats élus chaque année (et non tirés au sort) pour commander l'armée et la flotte ; Périclès est réélu stratège quinze fois (de 443 à sa mort en 429 av. J.-C.). |
| Ostracisme | Procédure par laquelle l'ecclésia peut bannir pour dix ans un citoyen jugé menaçant pour la démocratie. |
Propriété : Une démocratie directe
Contrairement aux démocraties actuelles, où les citoyens élisent des représentants, la démocratie athénienne est une démocratie directe : les citoyens votent eux-mêmes les lois à l'ecclésia et exercent en personne, souvent par tirage au sort, les fonctions publiques (bouleutes, jurés de l'héliée). Le tirage au sort, réservé aujourd'hui à quelques jurys (comme les jurys d'assises), était alors le mode normal de désignation des magistrats, jugé plus égalitaire que l'élection.
Au début de la guerre du Péloponnèse contre Sparte, Périclès prononce un discours en hommage aux premiers soldats athéniens morts au combat. Rapporté par l'historien Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, ce discours célèbre le régime athénien : « Notre constitution… est appelée démocratie parce que le gouvernement est entre les mains du grand nombre et non de quelques-uns. » Périclès y vante aussi l'ouverture culturelle d'Athènes et la participation de tous les citoyens aux affaires de la cité. C'est l'un des textes fondateurs de l'idée démocratique en Occident, encore étudié aujourd'hui.
Méthode : Analyser un document historique
Face à un texte ou une image d'époque (discours, inscription, sculpture, monnaie) :
- identifier la nature du document (discours rapporté, loi, œuvre d'art…), son auteur et sa date de production ;
- replacer le document dans son contexte historique (quel événement, quelle situation politique ?) ;
- relever les informations explicites (ce que le document dit ou montre directement) ;
- en tirer des informations implicites (ce que le document révèle des valeurs, des tensions ou des intérêts de l'époque) ;
- toujours garder un regard critique : un discours politique, comme celui de Périclès, cherche à convaincre et peut idéaliser la réalité qu'il décrit.
1.2.3 Citoyens et exclus dans la cité athénienne
La citoyenneté est le statut juridique et politique qui donne le droit de participer aux décisions de la cité (voter, être tiré au sort ou élu à une magistrature) en échange de devoirs (payer l'impôt de guerre, servir dans l'armée comme hoplite ou rameur). À Athènes, est citoyen tout homme libre né de père athénien et, à partir d'une loi de Périclès en 451 av. J.-C., de mère également athénienne.
| Statut | Situation | Droits politiques |
|---|---|---|
| Citoyens | Hommes libres, nés de parents athéniens, environ 40 000 adultes | Oui (vote, magistratures) |
| Femmes de citoyens | Épouses et filles de citoyens, cantonnées à la sphère domestique (gynécée) | Non |
| Métèques | Étrangers résidents (souvent commerçants ou artisans), libres mais soumis à des taxes spécifiques | Non |
| Esclaves | Environ un tiers de la population, sans liberté personnelle, propriété de leur maître | Non |
Propriété : Une démocratie minoritaire mais fondatrice
Sur une population totale estimée à 300 000--350 000 habitants, seuls les citoyens de sexe masculin — soit environ 10 à 15 % de la population — participent au pouvoir. Femmes, métèques et esclaves, largement majoritaires, en sont exclus. La démocratie athénienne est donc un régime restreint selon nos critères actuels, mais elle invente des principes (participation directe, égalité des citoyens devant la loi — l'isonomie —, liberté de parole — la parrêsia) qui inspireront durablement la pensée politique occidentale.
1.3 Rome : de la République à l'Empire
1.3.1 La République romaine
Fondée selon la tradition en 509 av. J.-C. après le renversement des rois étrusques, la République (res publica, « la chose publique ») romaine est un régime dans lequel le pouvoir n'appartient plus à un seul homme mais est partagé entre plusieurs institutions, censées se contrôler mutuellement.
| Institution | Rôle |
|---|---|
| Sénat | Assemblée d'environ 300 anciens magistrats (les patres), qui conseille et oriente durablement la politique de Rome. |
| Consuls | Deux magistrats élus chaque année, exerçant conjointement le pouvoir exécutif et le commandement militaire (chacun pouvant s'opposer à l'autre). |
| Comices | Assemblées du peuple romain, qui votent les lois et élisent les magistrats. |
| Tribuns de la plèbe | Magistrats élus par la plèbe (le peuple non noble) pour la défendre ; disposent d'un droit de veto contre les décisions jugées injustes. |
1.3.2 De la République à l'Empire
Au Ier siècle av. J.-C., la République est affaiblie par des décennies de guerres civiles entre grands généraux rivaux (Marius et Sylla, puis César et Pompée). Après l'assassinat de Jules César en 44 av. J.-C., son fils adoptif Octave élimine ses rivaux et reçoit du Sénat, en 27 av. J.-C., le titre d'Auguste (« le vénérable »).
Propriété : La naissance du principat
Auguste conserve les apparences républicaines (Sénat, consuls, comices continuent d'exister) mais concentre en réalité tous les pouvoirs essentiels : commandement des armées, contrôle des finances, autorité religieuse suprême (pontifex maximus). Ce régime, appelé principat par les historiens, marque en réalité le début de l'Empire romain : à partir de 27 av. J.-C., Rome est dirigée par un seul homme, l'empereur, même si le vocabulaire républicain subsiste longtemps par prudence politique.
1.3.3 La citoyenneté romaine et son extension
La citoyenneté romaine (civitas) donne des droits (voter à Rome, se marier légalement avec un autre citoyen, faire appel à la justice romaine, protection contre certains châtiments) et des devoirs (payer l'impôt, servir dans les légions). Contrairement à la citoyenneté athénienne, très fermée, la citoyenneté romaine est progressivement étendue à des populations conquises, ce qui en fait un puissant outil d'intégration politique.
En 212 apr. J.-C., l'empereur Caracalla promulgue un édit (la Constitutio Antoniniana) qui accorde la citoyenneté romaine à la quasi-totalité des hommes libres de l'Empire, de la Bretagne (actuelle Angleterre) à la Syrie. Ce geste, sans doute motivé aussi par la volonté d'élargir l'assiette de certains impôts, achève un long processus d'extension entamé dès la République (citoyenneté accordée aux alliés italiens en 90-89 av. J.-C.) : il fait de la citoyenneté un lien politique commun à des millions d'habitants de cultures très diverses.
1.3.4 La romanisation de l'Empire
La romanisation est le processus par lequel les modes de vie, la langue, le droit et les institutions romaines se diffusent dans les provinces conquises, tout en se mêlant aux cultures locales. Elle ne signifie pas une uniformisation totale : les élites provinciales adoptent volontiers la culture romaine (latin, toge, droit) tout en conservant certaines traditions locales, dans un processus d'échange à double sens.
Propriété : Les vecteurs de la romanisation
Plusieurs éléments diffusent la romanité dans tout l'Empire :
- le latin, langue de l'administration et du droit, qui deviendra la base des langues romanes (français, espagnol, italien…) ;
- le droit romain, appliqué progressivement à tous les citoyens, modèle encore étudié aujourd'hui ;
- les villes, fondées ou réaménagées sur le modèle romain, avec forum, temples, thermes et amphithéâtre ;
- le réseau de voies et d'aqueducs, qui relie les provinces à Rome et facilite le commerce, l'armée et l'administration.
Dans la province de Narbonnaise, la ville de Nemausus (Nîmes) reçoit sous Auguste des monuments emblématiques de la romanité : les arènes (amphithéâtre pouvant accueillir environ 24 000 spectateurs), la Maison Carrée (temple dédié au culte impérial) et l'aqueduc du pont du Gard, construit au Ier siècle apr. J.-C. pour alimenter la ville en eau sur près de 50 km. Ces monuments, encore visibles aujourd'hui, illustrent concrètement comment la romanisation transforme durablement le paysage et la vie quotidienne des provinces.
Méthode : Lire une frise chronologique
Pour exploiter une frise chronologique en histoire :
- repérer l'échelle choisie (ici, plusieurs siècles) et l'unité des dates (av. J.-C. ou apr. J.-C., les dates av. J.-C. décroissant vers le présent) ;
- distinguer les événements politiques (fondations, réformes, batailles) des événements civilisationnels (constructions, lois, textes) ;
- calculer la durée qui sépare deux repères (par exemple, entre la fondation de Rome, 753 av. J.-C., et la chute de l'Empire d'Occident, 476 apr. J.-C., il s'écoule 1229 ans) ;
- situer un événement isolé par rapport aux grandes périodes historiques (ici, tout se déroule pendant l'Antiquité, avant 476).
Propriété : L'Empire romain à son apogée (IIe siècle apr. J.-C.)
Au IIe siècle apr. J.-C., sous des empereurs comme Trajan (98--117) puis Hadrien (117--138), l'Empire romain atteint son extension maximale : plus de 5 millions de km², des rives de l'Écosse à la Mésopotamie, de 60 à 70 millions d'habitants. Il est protégé par un limes (frontière fortifiée) et parcouru par plus de 100 000 km de voies romaines. Cette période, souvent qualifiée de Pax Romana (« paix romaine »), correspond à un long siècle de stabilité politique et de prospérité économique autour de la Méditerranée, alors surnommée par les Romains eux-mêmes Mare Nostrum (« notre mer »).
1.4 Bilan
Propriété : Synthèse du chapitre
Le monde méditerranéen antique lègue à l'Europe deux héritages politiques majeurs, nés dans des contextes différents :
- la démocratie athénienne du Ve siècle av. J.-C., portée par Périclès, invente la participation directe des citoyens aux décisions politiques (ecclésia, boulè, tirage au sort), mais réserve ce droit à une minorité d'hommes libres, excluant femmes, métèques et esclaves ;
- Rome, passée de la République (509 av. J.-C.) à l'Empire (27 av. J.-C.), diffuse une citoyenneté progressivement élargie (jusqu'à l'édit de Caracalla en 212 apr. J.-C.) et une romanisation (langue, droit, villes, monuments) qui unifie durablement le pourtour méditerranéen, jusqu'à son apogée territoriale au IIe siècle.
Ces deux legs — l'idéal démocratique grec et le cadre juridique et administratif romain — structurent encore aujourd'hui les institutions politiques européennes, bien après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, qui clôt conventionnellement l'Antiquité.