Sortir de la guerre : la fin des empires et un ordre nouveau (1918-1923)
Cours complet · histoire (première), chapitre 10 · première, histoire-géographie
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Le 11 novembre 1918, l'armistice signé dans la clairière de Rethondes met fin à quatre années d'un conflit d'une ampleur inédite. Mais « sortir de la guerre » ne se réduit pas à faire taire les canons. Il faut compter les morts, reconstruire les régions dévastées, apaiser des sociétés épuisées, et surtout inventer un ordre international capable d'empêcher le retour d'une telle catastrophe. Or, dans le même mouvement, la guerre a emporté quatre empires — allemand, austro-hongrois, ottoman, russe — dont l'effondrement rebat entièrement la carte de l'Europe et du Proche-Orient.
Ce chapitre couvre les cinq années décisives qui vont de la fin des combats à la stabilisation d'un nouvel équilibre (1918-1923). Il pose une question centrale : comment reconstruire la paix sur les ruines de la guerre et des empires ? Trois dynamiques s'entrecroisent. D'abord un bilan humain, matériel et moral accablant. Ensuite une vague révolutionnaire qui, partie de la Russie de 1917, ébranle toute l'Europe centrale. Enfin une reconstruction de l'ordre international à Paris, autour du président américain Wilson, qui débouche sur une paix ambitieuse mais fragile — porteuse, déjà, des crises à venir.
10.1 Les bilans de la guerre : un continent ébranlé
10.1.1 Un bilan humain sans précédent
La Première Guerre mondiale est d'abord une hécatombe. On estime à environ 10 millions le nombre de morts militaires, auxquels s'ajoutent plusieurs millions de morts civils. La France perd près de 1 400 000 hommes, l'Allemagne environ 2 millions, l'Empire austro-hongrois plus d'un million. À ces morts s'ajoutent les blessés (près de 20 millions), dont des centaines de milliers de mutilés, aveugles ou défigurés : les « gueules cassées » deviennent le visage même de la souffrance de guerre.
Ensemble des conséquences d'un événement sur la population : morts, blessés, mais aussi déficit des naissances et déséquilibres durables. La guerre laisse une société marquée par un fort déséquilibre entre les sexes (les « classes creuses »), un grand nombre de veuves et d'orphelins (près d'un million d'orphelins en France), et un « creux » démographique dont les effets se feront sentir vingt ans plus tard.
Le désastre est aggravé, en 1918-1919, par l'épidémie de grippe espagnole, une pandémie mondiale qui, sur des organismes affaiblis par la guerre, provoque plusieurs dizaines de millions de morts dans le monde. La sortie de guerre est donc aussi une sortie d'une double catastrophe sanitaire.
10.1.2 Un bilan matériel et économique lourd
Les combats ont ravagé les régions du front. Dans le nord et l'est de la France, en Belgique, en Italie, dans les Balkans, des villages entiers sont rasés, les champs bouleversés par les obus et les tranchées, les usines détruites ou pillées. Il faut reconstruire, déminer, remettre en culture des terres devenues stériles : c'est l'immense chantier des « régions dévastées ».
- Endettement massif : les États ont financé la guerre par l'emprunt, notamment auprès des États-Unis, devenus le grand créancier du monde. L'Europe sort de la guerre débitrice.
- Inflation : l'émission de monnaie et la pénurie font flamber les prix ; les épargnants, qui avaient souscrit aux emprunts de guerre, sont appauvris.
- Désorganisation économique : reconversion difficile de l'industrie de guerre, main-d'œuvre décimée, marchés perdus.
- Basculement mondial : les États-Unis et le Japon sortent renforcés, tandis que l'Europe recule dans l'économie mondiale.
10.1.3 Un bilan moral : deuil, pacifisme et « brutalisation »
La guerre laisse enfin des blessures invisibles. Le deuil de masse touche des millions de familles ; partout s'élèvent des monuments aux morts (près de 36 000 en France) et se développe le culte du soldat inconnu (inhumé sous l'Arc de Triomphe en 1920). Le sentiment que la « civilisation » européenne s'est suicidée nourrit un puissant pacifisme : « plus jamais ça ».
Notion forgée par l'historien George Mosse : la guerre a banalisé la violence extrême et l'a fait pénétrer dans les sociétés d'après-guerre. Des millions d'hommes ont appris à tuer ; beaucoup peinent à revenir à la vie civile. Cette accoutumance à la violence alimente, dans les années 1920, la montée des violences politiques (milices, coups de force, affrontements) et des mouvements extrémistes, à droite comme à gauche.
Ainsi, la sortie de guerre est à la fois un espoir de paix durable et un terrain miné par le ressentiment, le deuil et la violence.
10.2 La chute des empires et l'onde de choc révolutionnaire
10.2.1 Quatre empires emportés par la guerre
La guerre a raison de quatre grands empires monarchiques. En Russie, les révolutions de 1917 renversent le tsar puis portent les bolcheviks au pouvoir. En Allemagne, la défaite provoque en novembre 1918 l'abdication de l'empereur Guillaume II et la proclamation de la République (dite « de Weimar »). L'Empire austro-hongrois se disloque à l'automne 1918 en une mosaïque de nations. L'Empire ottoman, vaincu, est démembré. Quatre dynasties séculaires — Romanov, Hohenzollern, Habsbourg, Ottomans — disparaissent en quelques mois.
Les quatre empires effondrés et les États qui leur succèdent (1917-1923).
10.2.2 Point de passage : la révolution russe (1917)
En 1917, la Russie est épuisée par la guerre : défaites militaires, pénuries, famine dans les villes. La colère du peuple emporte le régime tsariste en deux temps.
La révolution de Février 1917. À Petrograd, grèves et manifestations (contre la faim, la guerre) dégénèrent en insurrection. L'armée refuse de tirer. Le 2 mars 1917, le tsar Nicolas II abdique : c'est la fin de trois siècles de dynastie Romanov. Un gouvernement provisoire libéral se met en place, mais il décide de poursuivre la guerre, tandis que se multiplient les soviets (conseils d'ouvriers et de soldats) qui exercent un contre-pouvoir. C'est la « double autorité ».
La révolution d'Octobre 1917. Le parti bolchevik, dirigé par Lénine (rentré d'exil) et Trotski, promet « la paix, la terre, le pain » et « tout le pouvoir aux soviets ». Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917 (calendrier russe ; 6-7 novembre pour nous), les bolcheviks s'emparent du pouvoir à Petrograd par une insurrection. Ils instaurent un régime révolutionnaire : décret sur la paix, décret sur la terre (partage aux paysans), nationalisations.
Sortir de la guerre : Brest-Litovsk. Pour tenir sa promesse de paix, le régime signe avec l'Allemagne le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918), qui fait sortir la Russie de la guerre au prix de lourdes pertes territoriales (Ukraine, pays baltes, Pologne, Finlande).
La guerre civile (1918-1921). Les bolcheviks (« Rouges ») affrontent leurs adversaires (« Blancs »), soutenus par les puissances étrangères. Au prix d'une répression féroce (Terreur rouge, Tcheka) et du « communisme de guerre », les Rouges l'emportent. En décembre 1922 est proclamée l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), premier État se réclamant du communisme.
Ce point de passage est décisif : la révolution russe fait naître un régime d'un type nouveau et lance une onde de choc idéologique sur toute l'Europe.
10.2.3 Une onde de choc sur toute l'Europe
La révolution russe se veut le premier maillon d'une révolution mondiale. En 1919, Lénine fonde l'Internationale communiste (Komintern) pour diffuser la révolution. L'espoir — ou la peur — d'un « bolchevisme » gagnant l'Europe est immense.
Doctrine et pratique du parti bolchevik : prise du pouvoir par une avant-garde révolutionnaire, dictature du prolétariat, abolition de la propriété privée, projet de révolution mondiale. Pour les révolutionnaires, un espoir ; pour les élites et une grande partie des classes moyennes européennes, une menace redoutée — la « peur du communisme » — qui pèse lourdement sur la vie politique de l'entre-deux-guerres.
En Allemagne, la révolution de novembre 1918 est suivie, en janvier 1919, du soulèvement des spartakistes (communistes menés par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht), écrasé dans le sang par les corps francs avec l'accord du gouvernement social-démocrate. En Hongrie, une éphémère République des conseils communiste voit le jour en 1919. Partout, la sortie de guerre est marquée par des affrontements violents entre révolution et contre-révolution : c'est l'un des visages de la « brutalisation ».
10.3 La construction de la paix : la conférence de Paris (1919)
10.3.1 Les « Quatre » et l'esprit de la conférence
Dès janvier 1919, les vainqueurs se réunissent à Paris pour dicter les conditions de la paix. Les vaincus n'y sont pas invités : la paix leur est imposée. Les décisions sont prises par les « Quatre » — en réalité surtout par trois hommes aux vues divergentes.
| Dirigeant | Pays | Objectif principal |
|---|---|---|
| Georges Clemenceau | France | Affaiblir durablement l'Allemagne, obtenir sécurité et réparations |
| Woodrow Wilson | États-Unis | Une paix « juste », le droit des peuples, une Société des Nations |
| David Lloyd George | Royaume-Uni | Maintenir un équilibre européen, préserver la marine et l'empire |
| Vittorio Orlando | Italie | Obtenir les territoires promis à l'Italie (il quitte la conférence, déçu) |
Deux logiques s'affrontent : la logique de sécurité et de sanction (Clemenceau, « le Tigre », veut des garanties contre l'Allemagne) et la logique idéaliste de Wilson, résumée dans ses « Quatorze Points » (janvier 1918) : diplomatie ouverte, liberté des mers, désarmement, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, création d'une organisation internationale. Le compromis final ne satisfait pleinement personne.
10.3.2 Point de passage : le traité de Versailles (28 juin 1919)
Signé dans la galerie des Glaces du château de Versailles — là même où l'Empire allemand avait été proclamé en 1871 —, le traité règle le sort de l'Allemagne. Il est d'une grande sévérité.
Clauses territoriales. L'Allemagne perd environ 15 % de son territoire :
- retour de l'Alsace-Lorraine à la France (perdue en 1871) ;
- cession de territoires à l'est à la Pologne restaurée (le « couloir de Dantzig » sépare la Prusse-Orientale du reste du Reich) ;
- perte de toutes ses colonies, confiées aux vainqueurs sous forme de mandats de la SDN ;
- la Rhénanie est démilitarisée et occupée ; la Sarre est placée sous contrôle international.
Clauses militaires. L'armée allemande est réduite à 100 000 hommes ; le service militaire, l'aviation militaire, les chars et les sous-marins sont interdits ; la flotte est fortement limitée. L'Allemagne est désarmée pour ne plus être une menace.
L'article 231 et les réparations. L'article 231, dit de la « responsabilité », attribue à l'Allemagne et à ses alliés l'entière responsabilité de la guerre. Sur cette base, l'Allemagne est condamnée à payer d'énormes réparations aux vainqueurs (montant fixé en 1921 à 132 milliards de marks-or).
Un « Diktat » ressenti. Placés devant un texte non négociable, les Allemands parlent d'un « Diktat » (paix imposée). L'humiliation, la culpabilité de l'article 231 et le poids des réparations nourrissent un profond ressentiment national. Ce sentiment d'injustice deviendra, dans les années 1920-1930, l'un des terreaux de la revanche et de la montée du nazisme.
10.3.3 Les autres traités : le règlement des vaincus
Le traité de Versailles n'est qu'un traité parmi d'autres. Chaque puissance vaincue reçoit le sien, signé dans un château des environs de Paris.
| Traité | Vaincu | Principale conséquence |
|---|---|---|
| Versailles (1919) | Allemagne | Pertes territoriales, réparations, art. 231 |
| Saint-Germain (1919) | Autriche | Fin de l'Autriche-Hongrie ; petite Autriche |
| Trianon (1920) | Hongrie | Hongrie amputée des deux tiers de son territoire |
| Neuilly (1919) | Bulgarie | Pertes territoriales au profit des voisins |
| Sèvres (1920) | Empire ottoman | Démembrement ; rejeté par les nationalistes turcs |
| Lausanne (1923) | Turquie | Révise Sèvres ; fixe les frontières de la Turquie |
Le traité de Sèvres (1920), qui dépeçait l'Empire ottoman, est rejeté par le mouvement nationaliste turc de Mustafa Kemal : après une guerre victorieuse, la Turquie obtient un traité révisé, le traité de Lausanne (1923), qui referme la séquence des traités de paix.
10.4 Une Europe et un Proche-Orient redessinés
10.4.1 Le triomphe (partiel) du principe des nationalités
La disparition des empires austro-hongrois, allemand et russe libère les nationalités d'Europe centrale et orientale. En application du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes cher à Wilson, de nouveaux États naissent ou renaissent.
Principe selon lequel chaque nation a le droit de se gouverner elle-même et de constituer un État. Mis en avant par Wilson (Quatorze Points), il inspire la recomposition de la carte européenne. Mais son application est sélective : appliqué aux nations libérées des empires vaincus, il est refusé aux peuples colonisés et bute sur la réalité — les nationalités sont si imbriquées qu'aucune frontière ne peut être « pure ».
| Nouvel État | Origine |
|---|---|
| Pologne | Restaurée aux dépens de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Russie |
| Tchécoslovaquie | Née de la dislocation de l'Autriche-Hongrie |
| Yougoslavie | « Royaume des Serbes, Croates et Slovènes » |
| Autriche, Hongrie | Réduites à leurs noyaux nationaux (ex-Autriche-Hongrie) |
| Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie | Détachées de l'ancien Empire russe |
Croquis très schématique de l'Europe recomposée : de nouveaux États (Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, États baltes) entre une Allemagne réduite et l'URSS. « A.-L. » : Alsace-Lorraine rendue à la France.
Cette recomposition crée cependant de nombreux problèmes de minorités : aucun des nouveaux États n'est ethniquement homogène. Des millions d'Allemands, de Hongrois, d'Ukrainiens se retrouvent minoritaires dans des États voisins. Ces tensions nourrissent de nouveaux nationalismes et des revendications frontalières qui pèseront sur l'entre-deux-guerres.
10.4.2 Le démembrement de l'Empire ottoman et les mandats
Au Proche-Orient, la disparition de l'Empire ottoman ouvre un vaste partage. Les provinces arabes ne deviennent pas indépendantes : elles sont placées sous le régime des mandats de la Société des Nations, confiés aux puissances européennes.
Système par lequel la Société des Nations confie l'administration d'anciens territoires des empires vaincus à une puissance « mandataire », chargée en principe de les conduire vers l'autonomie. En pratique, les mandats sont une forme de domination coloniale déguisée. Au Proche-Orient : mandats français sur la Syrie et le Liban, mandats britanniques sur la Palestine et l'Irak.
Ce partage, préparé dès la guerre (accords Sykes-Picot, 1916) et compliqué par la promesse britannique d'un « foyer national juif » en Palestine (déclaration Balfour, 1917), trace des frontières artificielles et sème les germes de conflits durables au Proche-Orient.
10.5 La Société des Nations : l'espoir d'une paix organisée
Le principal héritage de Wilson est la création de la Société des Nations (SDN), entrée en fonction en 1920, dont le siège est fixé à Genève. C'est la première grande organisation internationale à vocation universelle.
Principes : organiser la sécurité collective — les États s'engagent à régler pacifiquement leurs différends et à porter secours à un membre agressé —, favoriser le désarmement et la coopération internationale.
Faiblesses :
- Absence des États-Unis : le Sénat américain refuse de ratifier le traité de Versailles ; le pays de Wilson n'entre jamais dans la SDN qu'il a conçue.
- Règle de l'unanimité : toute décision importante peut être bloquée par un seul État.
- Pas de force armée : la SDN ne dispose d'aucun moyen de contrainte militaire pour faire appliquer ses décisions.
- Vaincus et Russie soviétique en sont d'abord exclus.
Système dans lequel la paix repose non sur les alliances militaires rivales, mais sur l'engagement de tous les États à défendre ensemble un membre agressé. C'est l'idée fondatrice de la SDN. Son échec, dans les années 1930, montrera qu'une sécurité collective sans force ni unité réelle reste impuissante face aux agresseurs.
Porteuse d'un immense espoir, la SDN restera un organe fragile, privé des États-Unis et dépourvu de moyens de contrainte : la « paix organisée » demeure un idéal plus qu'une réalité.
10.6 Méthode
Méthode : Analyser un traité : confronter le projet et la réalité
Analyser un traité, c'est comprendre à la fois ce qu'il dit et l'écart entre les intentions affichées et les effets réels. Un exercice classique consiste à confronter les Quatorze Points de Wilson (le projet idéaliste, janvier 1918) et le traité de Versailles (la réalité, juin 1919).
Étapes à suivre :
- Identifier chaque document : nature (programme diplomatique / traité), auteur, date, contexte. Les Quatorze Points sont un projet formulé pendant la guerre ; le traité est un acte juridique imposé après la victoire.
- Dégager les principes du projet : diplomatie ouverte, droit des peuples, désarmement général, société des nations. Repérer les mots-clés et l'esprit (une paix « juste », sans vainqueur écrasant le vaincu).
- Confronter à la réalité du traité : le droit des peuples est appliqué sélectivement (aux vaincus, pas aux colonisés) ; le désarmement ne touche que l'Allemagne ; l'article 231 et les réparations relèvent de la logique de sanction, non de la réconciliation.
- Mesurer l'écart et l'expliquer : le compromis entre l'idéalisme de Wilson et la volonté de sécurité de Clemenceau produit une paix hybride, ni assez généreuse pour réconcilier, ni assez ferme pour désarmer durablement l'Allemagne.
- Conclure en reliant à une problématique : cet écart entre le projet et la réalité éclaire la fragilité de la paix de 1919 et prépare les révisions et les revanches à venir.
Piège à éviter : ne pas se contenter de résumer le traité. Il faut croiser les deux documents et porter un regard critique sur la distance entre les promesses et les actes.
10.7 Frise chronologique récapitulative
Frise 1917-1923 : de la révolution russe à la stabilisation d'un ordre nouveau.
| Date | Événement |
|---|---|
| Février 1917 | Révolution de Février ; abdication de Nicolas II |
| Octobre 1917 | Révolution d'Octobre ; les bolcheviks au pouvoir (Lénine) |
| Mars 1918 | Traité de Brest-Litovsk : la Russie sort de la guerre |
| 11 novembre 1918 | Armistice ; effondrement des empires allemand et austro-hongrois |
| Janvier 1919 | Ouverture de la conférence de Paris |
| 28 juin 1919 | Traité de Versailles |
| 1919-1920 | Traités de Saint-Germain, Neuilly, Trianon, Sèvres |
| 1920 | Entrée en fonction de la Société des Nations (Genève) |
| Décembre 1922 | Création de l'URSS |
| 1923 | Traité de Lausanne (Turquie) |
10.8 Bilan
Sortir de la guerre fut une entreprise immense et inachevée. Le conflit laisse un bilan accablant — dix millions de morts militaires, des régions dévastées, un continent endetté, des sociétés en deuil et « brutalisées ». Il emporte quatre empires : l'onde de choc de la révolution russe de 1917, jusqu'à la création de l'URSS en 1922, fait naître un monde nouveau et une peur durable du communisme. À Paris, en 1919, les vainqueurs bâtissent une paix ambitieuse : une série de traités, dont le très sévère traité de Versailles ressenti comme un « Diktat », redessine l'Europe centrale (Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, États baltes) et partage le Proche-Orient en mandats. La Société des Nations incarne l'espoir wilsonien d'une sécurité collective. Mais cette paix est fragile : sélective dans ses principes, humiliante pour les vaincus, privée du concours des États-Unis, elle porte déjà en germe les ressentiments, les révisions et les revanches des années 1920-1930.
Propriété : Synthèse du chapitre
- La guerre laisse un triple bilan : humain (environ 10 millions de morts militaires, blessés, veuves, orphelins, grippe espagnole), matériel (régions dévastées, dettes, inflation) et moral (deuil de masse, pacifisme, « brutalisation »).
- Quatre empires s'effondrent : allemand, austro-hongrois, ottoman et russe.
- La révolution russe (1917) — Février (chute de Nicolas II), Octobre (Lénine, bolcheviks), Brest-Litovsk (1918), guerre civile, URSS (1922) — lance une onde de choc (spartakistes, peur du communisme).
- La conférence de Paris (1919) réunit les « Quatre » (Clemenceau, Wilson, Lloyd George, Orlando) ; le traité de Versailles (28 juin 1919) impose à l'Allemagne pertes territoriales, désarmement, article 231 et réparations : un « Diktat » ressenti.
- Les autres traités (Saint-Germain, Trianon, Neuilly, Sèvres puis Lausanne, 1923) et le principe des nationalités redessinent l'Europe (Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, États baltes) et démembrent l'Empire ottoman (mandats français et britanniques au Proche-Orient).
- La SDN (1920, Genève) incarne la sécurité collective, mais reste fragile (absence des États-Unis, unanimité, pas de force armée).
- Une paix fragile et contestée met fin aux empires européens mais prépare les crises et les revanches de l'entre-deux-guerres.