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L'impact de la crise de 1929 : déséquilibres économiques et sociaux

Cours complet · histoire (terminale), chapitre 1 · terminale, histoire-géographie

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Le 24 octobre 1929, la Bourse de New York s'effondre : en quelques jours, des milliards de dollars de capitalisation partent en fumée. Ce qui n'aurait pu être qu'un accident financier américain se transforme, en trois ans, en la plus grave crise économique de l'histoire contemporaine. Production industrielle divisée par deux aux États-Unis, commerce mondial réduit des deux tiers, dizaines de millions de chômeurs : la Grande Dépression frappe presque tous les continents et ébranle les sociétés en profondeur. Or ses effets ne sont pas seulement économiques et sociaux. En ruinant les classes moyennes, en jetant les ouvriers dans le chômage de masse et en discréditant le libéralisme, la crise fragilise les démocraties — dont certaines, comme l'Allemagne, s'effondrent — et nourrit la montée des extrémismes. Les réponses divergent : le New Deal de Roosevelt aux États-Unis, le Front populaire en France, l'autarcie et le réarmement dans les dictatures.

Problématique. Comment la crise de 1929, partie des États-Unis, devient-elle une crise mondiale aux profonds déséquilibres économiques, sociaux et politiques, et quelles réponses les États y apportent-ils ?

1.1 Les causes de la crise et le krach de Wall Street

1.1.1 Les fragilités de la prospérité américaine des années 1920

Au sortir de la Première Guerre mondiale, les États-Unis sont devenus la première puissance économique mondiale : premier producteur industriel, premier créancier de l'Europe, détenteur de la moitié du stock d'or mondial. Les années 1920 — les Roaring Twenties — sont marquées par une croissance rapide portée par les industries nouvelles : automobile (Ford produit la Model T à la chaîne), électricité, radio, électroménager. La consommation de masse se développe, soutenue par la publicité et le crédit à tempérament.

Cette prospérité repose pourtant sur des bases fragiles :

Définition 1.1Crise économique

Retournement brutal de l'activité économique : chute de la production, des prix et des échanges, faillites en chaîne, montée du chômage. La crise de 1929 débute par un krach boursier (effondrement soudain des cours des actions), se transforme en crise bancaire, puis en dépression (période longue de recul de la production et de l'emploi) : c'est la Grande Dépression des années 1930.

1.1.2 Le krach d'octobre 1929 et l'engrenage de la dépression

Le jeudi 24 octobre 1929 — le « jeudi noir » (Black Thursday) —, près de 13 millions de titres sont jetés sur le marché à Wall Street sans trouver d'acheteurs : les cours s'effondrent. Malgré l'intervention des banques, la panique reprend le lundi 28 et le mardi 29 octobre (16 millions de titres vendus). En trois semaines, l'indice Dow Jones perd près de 40 % de sa valeur ; il poursuivra sa chute jusqu'en juillet 1932, où il ne vaut plus que 11 % de son niveau de septembre 1929.

◆Théorème 1.2Le jeudi noir et la spirale dépressive

24 octobre 1929 : krach de Wall Street. La mécanique de la dépression s'enclenche ensuite : ruine des spéculateurs faillites bancaires (plus de 5 000 banques américaines ferment entre 1929 et 1932) contraction du crédit chute de la consommation et de l'investissement faillites industrielles et licenciements nouvelle baisse de la demande. Entre 1929 et 1932, la production industrielle américaine chute d'environ 45 % et les prix agricoles de plus de 50 % (déflation).

La crise boursière devient ainsi une crise bancaire, puis une crise économique générale. La déflation — baisse cumulative des prix — aggrave le poids des dettes et pousse entreprises et ménages à la faillite. Le président républicain Herbert Hoover (1929-1933), fidèle au libéralisme, se refuse longtemps à toute intervention massive de l'État fédéral : la crise s'approfondit.

1.2 D'une crise américaine à une crise mondiale

1.2.1 Les canaux de la contagion

L'économie mondiale des années 1920 est déjà fortement interdépendante, et les États-Unis en sont le pivot financier. La crise se diffuse par trois canaux :

Définition 1.3Protectionnisme

Politique visant à protéger l'économie nationale de la concurrence étrangère par des droits de douane élevés, des quotas d'importation ou des dévaluations compétitives. Généralisé après 1930, le protectionnisme fragmente l'économie mondiale en blocs monétaires et commerciaux (zone sterling après la dévaluation de la livre en 1931, zone dollar, bloc-or autour de la France) et aggrave la dépression.

1.2.2 Une crise différenciée selon les pays

Tous les pays ne sont pas touchés au même moment ni avec la même intensité. L'Allemagne, très dépendante des capitaux américains, s'effondre dès 1930-1931 : 6 millions de chômeurs au début de 1932, soit près d'un actif sur trois. Le Royaume-Uni, déjà affaibli dans les années 1920, abandonne l'étalon-or et dévalue la livre sterling en septembre 1931, ce qui lui permet une reprise précoce. Le Japon sort rapidement de la crise par la dévaluation du yen et l'expansionnisme militaire en Mandchourie (1931). La France, économie moins ouverte, n'est atteinte que tardivement (1931-1932), mais sa crise se prolonge jusqu'à la fin de la décennie, son attachement au franc-or retardant la reprise. L'URSS de Staline, coupée du marché mondial, échappe à la dépression — argument de propagande majeur pour le modèle soviétique.

Exemple 1.4Les conséquences de la crise de 1929 en Amérique latine

Les économies latino-américaines, spécialisées dans l'exportation de produits primaires (café brésilien, bœuf et blé argentins, cuivre chilien, étain bolivien, pétrole vénézuélien), sont frappées de plein fouet : entre 1929 et 1932, les prix de leurs exportations s'effondrent et leurs recettes extérieures chutent de plus de moitié. Le Chili, dépendant du cuivre et des nitrates, est l'un des pays les plus touchés du monde. Les conséquences sont durables :

  • économiques : abandon du modèle « agro-exportateur » ; les grands États (Brésil, Argentine, Mexique) s'engagent dans l'industrialisation par substitution des importations, produisant eux-mêmes ce qu'ils ne peuvent plus acheter à l'étranger ; au Brésil, l'État de Getúlio Vargas fait brûler des millions de sacs de café pour soutenir les cours ;
  • politiques : la crise déstabilise les régimes en place ; une vague de coups d'État renverse les gouvernements (Argentine et Brésil en 1930, Chili en 1931-1932...) et porte au pouvoir des régimes autoritaires, nationalistes et interventionnistes — Vargas au Brésil (1930-1945), qui instaure en 1937 l'Estado Novo, en est la figure emblématique.

La crise de 1929 marque ainsi, pour l'Amérique latine, la fin d'un modèle de croissance et l'entrée dans l'ère du nationalisme économique et des régimes forts.

1.3 Le chômage de masse et ses conséquences sociales et politiques

1.3.1 Une catastrophe sociale

La dépression fait naître un phénomène nouveau par son ampleur : le chômage de masse. On compte au plus fort de la crise environ 30 millions de chômeurs dans les pays industrialisés : près de 13 millions aux États-Unis en 1933 (un quart de la population active), 6 millions en Allemagne en 1932, près de 3 millions au Royaume-Uni. En France, le chômage officiel (environ 500 000 secourus en 1935) sous-estime une réalité faite de sous-emploi et de retour des femmes au foyer et des immigrés vers leur pays.

Définition 1.5Chômage de masse

Situation durable où une part très importante de la population active (souvent plus de 20 % dans les années 1930) est privée d'emploi. En l'absence d'assurance-chômage généralisée, il signifie la misère : soupes populaires, bidonvilles (les « Hoovervilles » américaines, du nom du président Hoover), errance des travailleurs (les hobos), exode des fermiers ruinés du Dust Bowl vers la Californie, décrit par John Steinbeck dans Les Raisins de la colère (1939).

La misère sociale nourrit un profond désarroi moral : la faim au milieu de l'abondance détruite (café brûlé, lait jeté, porcs abattus pour soutenir les prix) discrédite le capitalisme libéral. Les classes moyennes, ruinées par les faillites et la déflation, perdent confiance dans les élites et les institutions.

1.3.2 La déstabilisation politique des démocraties

Partout, la crise ébranle les gouvernements et les régimes :

Propriété : Une crise totale

La crise de 1929 n'est pas qu'une crise économique : c'est une crise sociale (chômage de masse, paupérisation), une crise politique (discrédit des élites libérales, montée des extrêmes, effondrement de démocraties) et une crise intellectuelle (remise en cause du libéralisme au profit de l'intervention de l'État). Elle constitue le terreau des totalitarismes et, à terme, de la marche à la guerre.

1.4 Des réponses nouvelles : l'État face à la crise

1.4.1 Le New Deal de Roosevelt aux États-Unis

Exemple 1.61933 : un nouveau président, F. D. Roosevelt, pour une nouvelle politique économique, le New Deal

Élu triomphalement en novembre 1932 contre Hoover, le démocrate Franklin Delano Roosevelt entre en fonction le 4 mars 1933 en promettant une « nouvelle donne » (New Deal) au peuple américain. Rompant avec le laisser-faire, il engage l'État fédéral dans l'économie.

Les Cent Jours (mars-juin 1933) : fermeture puis assainissement des banques (Emergency Banking Act), garantie des dépôts, séparation des banques de dépôt et d'affaires (Glass-Steagall Act), abandon de l'étalon-or et dévaluation du dollar, soutien aux prix agricoles (AAA), codes de concurrence loyale dans l'industrie (NIRA), grands travaux — dont la Tennessee Valley Authority (TVA), aménagement hydroélectrique d'une région entière — et emploi des jeunes chômeurs (CCC).

Le second New Deal (1935-1938) accentue la dimension sociale : Social Security Act (1935, retraites et assurance-chômage), Wagner Act (1935, droits syndicaux), grands programmes de travaux publics (WPA) employant des millions de chômeurs, y compris artistes et écrivains. Roosevelt s'appuie sur un lien direct avec les Américains par ses « causeries au coin du feu » radiodiffusées.

Bilan : le New Deal ne ramène pas le plein emploi — il reste 7 à 8 millions de chômeurs en 1938, et seule la mobilisation de guerre y mettra fin —, mais il restaure la confiance, réforme durablement le capitalisme américain (État-providence naissant, régulation financière) et sauve la démocratie américaine, réélisant Roosevelt en 1936, 1940 et 1944 — cas unique dans l'histoire des États-Unis.

1.4.2 Le Front populaire en France

En réaction au 6 février 1934 et face à la montée du fascisme, socialistes (SFIO), radicaux et communistes s'unissent dans le Front populaire, qui remporte les élections législatives d'avril-mai 1936. Léon Blum forme le premier gouvernement dirigé par un socialiste, dans un climat d'immense espoir populaire : une vague de grèves joyeuses, avec occupation des usines, touche près de deux millions de salariés en mai-juin 1936.

Exemple 1.7Juin 1936 : les accords Matignon

Dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, à l'hôtel Matignon, le gouvernement Blum réunit le patronat (CGPF) et la CGT pour mettre fin aux grèves. Les accords Matignon constituent une avancée sociale majeure : augmentations de salaires de 7 à 15 %, reconnaissance du droit syndical dans l'entreprise, institution de délégués du personnel, généralisation des conventions collectives. Dans la foulée, les lois de juin 1936 instaurent les deux semaines de congés payés et la semaine de 40 heures. Les premiers départs en vacances des ouvriers à l'été 1936 (billets de train « Lagrange » à tarif réduit) restent un symbole durable de la conquête du temps libre. Mais les difficultés économiques persistent : la « pause » des réformes (février 1937), la dévaluation du franc et la chute du gouvernement Blum (juin 1937) marquent l'essoufflement de l'expérience, achevée en avril 1938. L'œuvre sociale du Front populaire, elle, demeure.

1.4.3 Frise récapitulative

De la crise boursière américaine à la marche à la guerre (1929-1939).

Méthode : Analyser un document statistique en histoire

Face à un tableau ou un graphique de données économiques (production, chômage, prix, commerce), procéder en trois temps :

  • Présenter le document : nature (tableau, courbe, indice base 100...), source, dates couvertes, grandeur mesurée et unité. Attention aux indices : « indice 100 en 1929 » signifie que toutes les valeurs sont exprimées par rapport à 1929.
  • Décrire les évolutions : dégager les grandes phases (rupture de 1929-1932, reprises différenciées après 1933), quantifier (« la production industrielle allemande perd environ 40 % entre 1929 et 1932 »), comparer les pays entre eux (précocité, ampleur, durée).
  • Expliquer et critiquer : mobiliser les connaissances du cours pour expliquer les écarts (dévaluation britannique de 1931, New Deal, autarcie allemande, retard français) ; interroger les limites de la source (chômage officiel sous-évalué, statistiques de régimes dictatoriaux invérifiables).

1.5 Bilan

La crise ouverte par le krach du 24 octobre 1929 s'est muée en dépression mondiale par le jeu des interdépendances financières et commerciales. Elle a engendré un chômage de masse inédit, ruiné les classes moyennes et discrédité le libéralisme économique. Ses conséquences politiques sont immenses : là où les institutions démocratiques ont tenu (États-Unis, Royaume-Uni, France), c'est au prix d'une refondation du rôle de l'État (New Deal, Front populaire) ; là où elles étaient fragiles (Allemagne, Europe centrale, Amérique latine), la crise a précipité l'avènement de régimes autoritaires ou totalitaires.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • 24 octobre 1929 : krach de Wall Street ; la crise boursière devient bancaire, puis économique — c'est la Grande Dépression.
  • La crise se mondialise par le retrait des capitaux américains, l'effondrement du commerce (protectionnisme) et la chute des prix des matières premières ; l'Amérique latine bascule vers des régimes autoritaires et l'industrialisation de substitution.
  • Le chômage de masse (30 millions de chômeurs, dont 13 aux États-Unis et 6 en Allemagne) déstabilise les sociétés et les démocraties : Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933.
  • Réponses démocratiques : le New Deal de Roosevelt (1933), intervention inédite de l'État fédéral ; en France, le Front populaire (1936) et les accords Matignon (congés payés, 40 heures, conventions collectives).
  • La crise prépare le terrain des totalitarismes et de la marche à la guerre (chapitres 2 et 3).

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