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Les régimes totalitaires

Cours complet · histoire (terminale), chapitre 2 · terminale, histoire-géographie

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Dans l'entre-deux-guerres, trois régimes d'un type nouveau s'installent en Europe : le régime soviétique issu de la révolution d'Octobre 1917, dirigé par Staline à partir de la fin des années 1920 ; le fascisme italien de Mussolini, au pouvoir depuis 1922 ; le national-socialisme allemand d'Hitler, chancelier en janvier 1933. Malgré des idéologies opposées — le communisme se réclame de l'égalité et de la révolution prolétarienne, le fascisme et le nazisme exaltent la nation et, pour le second, la race —, ces régimes présentent des traits communs qui ont conduit les historiens et les philosophes, comme Hannah Arendt (Les Origines du totalitarisme, 1951), à forger le concept de totalitarisme : parti unique dirigé par un chef charismatique, idéologie officielle prétendant régénérer l'homme et la société, encadrement des masses, terreur policière, volonté de contrôle total de la société.

Problématique. Quelles sont les caractéristiques communes et les spécificités des régimes totalitaires, et en quoi leur affirmation bouleverse-t-elle l'ordre européen dans les années 1930 ?

2.1 Trois régimes nés des crises

2.1.1 Le régime soviétique : de Lénine à Staline

La révolution d'Octobre 1917 a porté au pouvoir les bolcheviks de Lénine, qui instaurent la « dictature du prolétariat » : parti unique (le Parti communiste), police politique (la Tchéka, devenue Guépéou puis NKVD), économie étatisée. Après la mort de Lénine (janvier 1924), Joseph Staline, secrétaire général du Parti, élimine ses rivaux — Trotski est exclu (1927) puis exilé (1929) et assassiné au Mexique (1940) — et impose à partir de 1928 la « révolution par le haut » :

2.1.2 L'Italie fasciste de Mussolini

L'Italie sort de la Première Guerre mondiale victorieuse mais frustrée (« victoire mutilée ») et traversée de crises sociales (occupations d'usines du biennio rosso, 1919-1920). Benito Mussolini fonde en 1919 les Faisceaux italiens de combat, mouvement nationaliste et antisocialiste dont les milices (les « Chemises noires », squadristi) multiplient les violences. Après la « marche sur Rome » (octobre 1922), le roi Victor-Emmanuel III le nomme président du Conseil. La dictature s'installe par étapes : assassinat du député socialiste Matteotti (1924), « lois fascistissimes » (1925-1926) supprimant partis, syndicats libres et liberté de presse. Le Duce encadre la société (parti unique, organisations de jeunesse comme les Balilla, loisirs du Dopolavoro), signe avec l'Église les accords du Latran (1929) et rêve de faire de la Méditerranée un lac italien, héritier de la Rome antique.

2.1.3 L'Allemagne nazie d'Hitler

La République de Weimar, née de la défaite de 1918, est minée par le poids du traité de Versailles (le « Diktat »), l'hyperinflation de 1923 puis la crise de 1929 (6 millions de chômeurs en 1932). Adolf Hitler, chef du parti national-socialiste (NSDAP), échoue dans un putsch à Munich (1923), rédige en prison Mein Kampf (1925), puis conquiert le pouvoir par les urnes à la faveur de la crise : premier parti d'Allemagne en juillet 1932, il est nommé chancelier le 30 janvier 1933 par le président Hindenburg. La dictature est établie en quelques mois : incendie du Reichstag (27 février

  1. prétexte à la suspension des libertés, pleins pouvoirs (23 mars), parti unique (juillet), élimination des SA rivales lors de la « Nuit des longs couteaux » (30 juin 1934) ; à la mort de Hindenburg (août 1934), Hitler cumule les fonctions de chancelier et de président : il est le Führer du IIIe Reich.
◆Théorème 2.1Trois dates d'accession au pouvoir

Octobre 1917 : révolution bolchevique en Russie (Staline seul maître vers 1928-1929). Octobre 1922 : marche sur Rome, Mussolini au pouvoir. 30 janvier 1933 : Hitler chancelier du Reich. Trois chronologies distinctes, trois crises fondatrices : révolution et guerre civile en Russie, crise de l'après-guerre en Italie, crise de 1929 en Allemagne.

2.2 Les caractéristiques du totalitarisme

2.2.1 Une idéologie officielle et un projet d'homme nouveau

Chaque régime prétend refonder l'homme et la société au nom d'une idéologie totale :

Définition 2.2Totalitarisme

Régime politique caractérisé par : un parti unique dirigé par un chef objet d'un culte ; une idéologie officielle diffusée par la propagande et visant à créer un « homme nouveau » ; le contrôle de l'économie, de la culture et de la vie privée ; l'encadrement des masses de l'enfance à l'âge adulte ; l'usage de la terreur (police politique, camps) contre des ennemis désignés. Le concept, théorisé notamment par Hannah Arendt, souligne la parenté de fonctionnement de régimes idéologiquement opposés, sans effacer leurs différences (l'extermination raciale est propre au nazisme).

2.2.2 Encadrement des masses et propagande

Les trois régimes encadrent la population par le parti et ses organisations de masse : jeunesses (Komsomol soviétiques, Balilla italiens, Jeunesses hitlériennes obligatoires à partir de 1936), syndicats uniques, organisations de loisirs (Dopolavoro, Kraft durch Freude). La propagande sature l'espace public : presse et radio contrôlées, cinéma (Leni Riefenstahl filme les congrès de Nuremberg), affiches, grand-messes collectives (défilés, Jeux olympiques de Berlin en 1936), culte du chef omniprésent. L'école et l'art sont mis au pas : réalisme socialiste en URSS, autodafés de livres en Allemagne (mai 1933), condamnation de l'« art dégénéré » (exposition de Munich, 1937).

2.2.3 La violence et la terreur comme mode de gouvernement

La terreur vise à la fois les opposants réels et des catégories entières désignées comme ennemies :

Exemple 2.31937-1938 : la Grande Terreur en URSS

Après l'assassinat de Kirov (décembre 1934), prétexte à une répression croissante, Staline déchaîne en 1937-1938 la « Grande Terreur » (ou « Iejovchtchina », du nom du chef du NKVD, Iejov). Sur ordres chiffrés du Politburo (« ordre n° 00447 », juillet 1937, fixant des quotas d'arrestations et d'exécutions par région), le NKVD arrête environ 1,5 million de personnes en seize mois ; près de 750 000 sont fusillées, les autres envoyées au Goulag. La terreur frappe les anciens cadres bolcheviks — les grands procès de Moscou (1936-1938) contraignent Zinoviev, Kamenev puis Boukharine à des « aveux » publics avant leur exécution —, l'Armée rouge (le maréchal Toukhatchevski et la majorité du haut commandement sont liquidés en 1937, ce qui affaiblira gravement l'URSS en 1941), mais aussi des ouvriers, des paysans, des minorités nationales (opérations « polonaise », « allemande »...). La Grande Terreur illustre la logique totalitaire : une violence de masse planifiée par l'État contre des ennemis largement imaginaires, destinée à briser toute autonomie de la société.

Exemple 2.49-10 novembre 1938 : la nuit de Cristal

Prenant prétexte de l'assassinat d'un diplomate allemand à Paris par un jeune Juif polonais, Herschel Grynszpan, les autorités nazies déclenchent dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 un pogrom d'État dans tout le Reich (Allemagne et Autriche annexée) : environ 250 synagogues incendiées, 7 500 commerces juifs saccagés — les vitrines brisées donnent son nom ironique à la « nuit de Cristal » (Kristallnacht) —, une centaine de Juifs assassinés et environ 30 000 hommes juifs déportés vers les camps de concentration de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen. Le régime impose ensuite à la communauté juive une « amende » d'un milliard de reichsmarks et achève l'exclusion économique (interdiction d'exercer un commerce). La nuit de Cristal marque le passage de la persécution légale à la violence physique de masse, sous les yeux d'une population et d'une communauté internationale qui ne réagissent guère ; elle pousse des dizaines de milliers de Juifs allemands à l'exil.

2.3 Les totalitarismes contre l'ordre européen

2.3.1 Des régimes expansionnistes

Le fascisme et le nazisme font de la guerre une valeur et un but. Dès 1933, Hitler retire l'Allemagne de la Société des Nations (SDN) ; il rétablit le service militaire obligatoire (1935), remilitarise la Rhénanie (mars 1936) en violation du traité de Versailles, annexe l'Autriche (Anschluss, mars 1938) puis, avec l'aval des démocraties à la conférence de Munich (septembre 1938), les Sudètes tchécoslovaques — avant de démembrer la Tchécoslovaquie (mars 1939). Mussolini, en quête d'empire, conquiert l'Éthiopie (1935-1936), malgré de molles sanctions de la SDN, et annexe l'Albanie (avril 1939). Le Japon militariste, de son côté, a envahi la Mandchourie (1931) puis la Chine (1937). Face à ces coups de force, les démocraties, traumatisées par 1914-1918 et affaiblies par la crise, choisissent l'« apaisement » — reculades successives dont Munich est le symbole.

2.3.2 Des alliances entre dictatures

Les crises des années 1930 rapprochent les régimes : axe Rome-Berlin (octobre 1936), pacte Antikomintern germano-japonais (novembre 1936, rejoint par l'Italie en 1937), « pacte d'Acier » italo-allemand (mai 1939). Coup de théâtre final : le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 (Ribbentrop-Molotov), pacte de non-agression entre les deux ennemis idéologiques, assorti d'un protocole secret partageant la Pologne et l'Europe orientale en zones d'influence. Il ouvre la voie à l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939.

Exemple 2.51936-1938 : les interventions étrangères dans la guerre civile espagnole

En juillet 1936, le soulèvement militaire du général Franco contre la jeune République espagnole du Frente Popular ouvre une guerre civile de trois ans (1936-1939) qui devient le théâtre géopolitique des affrontements idéologiques européens. L'Allemagne nazie (légion Condor) et l'Italie fasciste (environ 70 000 « volontaires » du CTV, aviation, marine) soutiennent massivement les nationalistes : le bombardement de Guernica par la légion Condor, le 26 avril 1937, immortalisé par le tableau de Picasso, révèle au monde la guerre aérienne contre les civils. L'URSS livre armes et conseillers aux républicains, tandis que le Komintern organise les Brigades internationales (environ 35 000 volontaires antifascistes de 50 pays). Les démocraties, elles, s'en tiennent à la « non-intervention » (initiative franco-britannique, août 1936), largement fictive puisque seuls les républicains en pâtissent. Laboratoire militaire (armes et tactiques testées par les futurs belligérants de 1939) et idéologique, la guerre d'Espagne s'achève par la victoire de Franco (1er avril 1939), qui instaure une dictature durable : elle illustre la polarisation de l'Europe entre fascisme et antifascisme et l'impuissance des démocraties.

2.3.3 Tableau comparatif des trois régimes

URSS stalinienneItalie fascisteAllemagne nazie
Chef et titreStaline (« Vojd », petit père des peuples)Mussolini (Duce)Hitler (Führer)
Parti uniqueParti communiste (bolchevik)Parti national fascisteNSDAP
Idéologiecommunisme, société sans classesnationalisme, culte de l'État et de la guerreracisme, antisémitisme, espace vital
Ennemi désignéennemi de classe (koulak, « trotskiste »)antifasciste, ennemi de la nationennemi racial (Juifs, Tsiganes), opposants
Police et campsNKVD ; GoulagOVRA ; confinoGestapo, SS ; camps de concentration
Économieétatisée, plans quinquennauxcorporatisme, autarcieréarmement, autarcie, grands travaux
Violence de massecollectivisation, famines, Grande Terreur ( 750 000 fusillés en 1937-38)répression ciblée, guerres coloniales (Éthiopie)terreur d'État, lois de Nuremberg, nuit de Cristal, puis génocides en guerre
Points communs et spécificités des trois régimes totalitaires.

Méthode : Rédiger une composition comparative

Sujet type : « Points communs et spécificités des régimes totalitaires dans les années 1930 ».

  • Analyser le sujet : « comparer » ne signifie pas juxtaposer trois monographies, mais organiser le plan par critères transversaux (idéologie, encadrement, terreur, rapport à la guerre).
  • Construire le plan : par exemple I. Des régimes aux fondements communs (chef, parti unique, propagande) ; II. Des projets idéologiques distincts (classe/nation/race) ; III. Des violences d'intensité et de cibles différentes, tournées vers la guerre.
  • Mobiliser des exemples précis et datés dans chaque partie (Grande Terreur 1937-1938, lois de Nuremberg 1935, nuit de Cristal 1938, guerre d'Éthiopie 1935-1936...) : une composition sans dates ni chiffres ne démontre rien.
  • Nuancer en conclusion : le concept de totalitarisme éclaire les parentés de fonctionnement mais ne doit pas gommer la singularité du projet exterminateur nazi ni les degrés d'emprise (l'Italie contrôle moins totalement sa société que l'URSS ou le Reich).

2.4 Bilan

Nés de crises différentes, les trois régimes totalitaires partagent un même refus de la démocratie libérale et un même projet de contrôle total de la société : parti unique, chef charismatique, propagande, encadrement des masses, terreur. Leurs idéologies restent pourtant irréductibles — l'ennemi de classe soviétique n'est pas l'ennemi racial nazi — et leurs violences d'intensité inégale. Dans les années 1930, l'expansionnisme des dictatures fasciste et nazie, face à des démocraties tétanisées, détruit pièce par pièce l'ordre européen issu de 1919 : la guerre d'Espagne en est la répétition générale, le pacte germano-soviétique le prélude immédiat à la Seconde Guerre mondiale.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • Trois régimes totalitaires : URSS de Staline (1928-29), Italie de Mussolini (1922), Allemagne d'Hitler (30 janvier 1933).
  • Caractéristiques communes : idéologie officielle et « homme nouveau », parti unique et culte du chef, propagande et encadrement des masses, terreur policière et camps.
  • Spécificités : ennemi de classe en URSS (collectivisation, Goulag, Grande Terreur 1937-1938 : 750 000 fusillés) ; ennemi racial en Allemagne (lois de Nuremberg 1935, nuit de Cristal 9-10 novembre 1938) ; totalitarisme moins abouti en Italie.
  • Les totalitarismes contre l'ordre européen : remilitarisation, Anschluss, Munich (1938), guerres d'Éthiopie et d'Espagne (interventions étrangères 1936-1938, Guernica), alliances des dictatures et pacte germano-soviétique (23 août 1939).
  • L'expansionnisme nazi conduit à la guerre : invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 (chapitre 3).

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