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La Seconde Guerre mondiale

Cours complet · histoire (terminale), chapitre 3 · terminale, histoire-géographie

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Le 1er septembre 1939, l'Allemagne nazie envahit la Pologne ; le 3, la France et le Royaume-Uni lui déclarent la guerre. Commence alors le conflit le plus meurtrier de l'histoire : près de 60 millions de morts, dont une majorité de civils, sur des théâtres d'opérations couvrant l'Europe, l'Afrique du Nord, l'Atlantique, l'URSS, l'Asie et le Pacifique. Guerre totale mobilisant toutes les ressources des belligérants, la Seconde Guerre mondiale est aussi une guerre d'anéantissement, portée par les idéologies : le front de l'Est en est le paroxysme, et la Shoah — l'extermination systématique des Juifs d'Europe — en constitue le crime absolu. La France, vaincue en 1940, s'y déchire entre la collaboration de Vichy et la Résistance derrière de Gaulle.

Problématique. En quoi la Seconde Guerre mondiale est-elle une guerre totale et d'anéantissement, et comment la France traverse-t-elle ce conflit ?

3.1 Un conflit mondial : protagonistes, phases, théâtres d'opérations

3.1.1 1939-1942 : les victoires de l'Axe

Grâce à la guerre éclair (Blitzkrieg, combinaison chars-aviation), l'Allemagne écrase la Pologne (septembre 1939, partagée avec l'URSS conformément au pacte germano-soviétique), puis conquiert le Danemark et la Norvège (avril 1940), les Pays-Bas, la Belgique et la France (mai-juin 1940). Seul le Royaume-Uni de Winston Churchill résiste : la bataille d'Angleterre (été-automne 1940), première défaite de la Luftwaffe, fait échouer l'invasion. La guerre s'étend : Afrique du Nord (Afrikakorps de Rommel), Balkans (printemps 1941), bataille de l'Atlantique.

Le 22 juin 1941, Hitler rompt le pacte et lance l'opération Barbarossa contre l'URSS : 3,5 millions d'hommes envahissent le pays ; la Wehrmacht est stoppée devant Moscou en décembre. Le 7 décembre 1941, le Japon attaque la flotte américaine à Pearl Harbor : les États-Unis entrent en guerre. Le conflit est désormais mondial : l'Axe (Allemagne, Italie, Japon) affronte les Alliés (Royaume-Uni, URSS, États-Unis, Chine, France libre...), unis en janvier 1942 dans la « Grande Alliance » des Nations unies.

3.1.2 1942-1943 : le tournant

Trois batailles renversent le cours de la guerre entre l'été 1942 et l'été 1943 :

3.1.3 1943-1945 : la victoire alliée

L'Italie, envahie par les Alliés à partir de la Sicile (juillet 1943), renverse Mussolini et change de camp. L'Allemagne, bombardée massivement, recule sur tous les fronts. Le débarquement de Normandie (6 juin 1944) ouvre le second front à l'Ouest ; Paris est libéré le 25 août 1944. Pris en tenaille, le Reich s'effondre : les Soviétiques prennent Berlin, Hitler se suicide le 30 avril 1945, l'Allemagne capitule sans conditions le 8 mai 1945. Dans le Pacifique, la reconquête américaine (Iwo Jima, Okinawa) s'achève par les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki : le Japon capitule le 2 septembre 1945.

◆Théorème 3.1Chronologie générale du conflit

1er septembre 1939 : invasion de la Pologne. 22 juin 1940 : armistice franco-allemand. 22 juin 1941 : opération Barbarossa. 7 décembre 1941 : Pearl Harbor. 2 février 1943 : capitulation allemande à Stalingrad. 6 juin 1944 : débarquement de Normandie. 8 mai 1945 : capitulation allemande. 6 et 9 août 1945 : Hiroshima et Nagasaki. 2 septembre 1945 : capitulation japonaise.

3.2 Une guerre d'anéantissement, des crimes de masse

3.2.1 La guerre totale et la radicalisation des violences

La Seconde Guerre mondiale est une guerre totale : mobilisation de toutes les économies (conversion des industries, rationnement, travail des femmes, plans de guerre — le Victory Program américain fait des États-Unis « l'arsenal des démocraties »), des sciences (radar, décryptage d'Enigma à Bletchley Park, projet Manhattan), de la propagande. Les civils sont des cibles : bombardements stratégiques des villes (Coventry, Hambourg, Dresde en février 1945, Tokyo en mars 1945), blocus, déplacements forcés. Les crimes de guerre se multiplient : exécutions d'otages et de prisonniers, massacres de représailles (Oradour-sur-Glane, 10 juin 1944, 643 morts), expérimentations « médicales » dans les camps, crimes de l'armée japonaise en Chine (massacre de Nankin, 1937-1938).

Exemple 3.2Le front de l'Est et la guerre d'anéantissement

La guerre germano-soviétique (1941-1945) n'est pas une guerre classique mais une guerre d'anéantissement (Vernichtungskrieg) voulue comme telle par le régime nazi : guerre idéologique et raciale contre le « judéo-bolchevisme » et les « sous-hommes » slaves. Les ordres criminels donnés à la Wehrmacht avant l'invasion (« décret sur les commissaires », juin 1941 : exécution des commissaires politiques capturés) suppriment le droit de la guerre. Derrière le front, les Einsatzgruppen (groupes mobiles de tuerie SS) fusillent les Juifs, les cadres communistes et les Tsiganes : c'est la « Shoah par balles » (environ 1,5 million de victimes), dont le massacre de Babi Yar près de Kiev (33 771 Juifs fusillés les 29-30 septembre 1941) est l'épisode le plus massif. Plus de 3 millions de prisonniers soviétiques meurent de faim, de froid et de mauvais traitements dans les camps allemands ; le siège de Leningrad (900 jours, 1941-1944) fait près d'un million de morts civils. La violence est réciproque sur le champ de bataille (ni quartier ni reddition), et l'avance soviétique de 1944-1945 s'accompagne d'exactions de masse contre les civils allemands. Bilan du front de l'Est : environ 27 millions de morts soviétiques, civils pour plus de la moitié — le théâtre le plus meurtrier de la guerre.

3.2.2 La Shoah et le génocide des Tsiganes

La politique antisémite nazie se radicalise avec la guerre : aux persécutions des années 1930 succèdent la ghettoïsation des Juifs de Pologne (ghetto de Varsovie, 1940), les fusillades de masse en URSS (1941), puis l'extermination industrielle. La conférence de Wannsee (20 janvier 1942) coordonne la « solution finale de la question juive » : les Juifs de toute l'Europe occupée sont déportés vers des centres de mise à mort en Pologne occupée — Chełmno, puis Bełżec, Sobibór et Treblinka (opération Reinhard), et Auschwitz-Birkenau, à la fois camp de concentration et centre d'extermination, où environ un million de Juifs sont assassinés, principalement dans les chambres à gaz.

Définition 3.3Génocide, Shoah

Un génocide est l'extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux (concept forgé par le juriste Raphael Lemkin en 1944). La Shoah (« catastrophe » en hébreu) désigne le génocide des Juifs d'Europe : 5 à 6 millions de victimes, par fusillades (Shoah par balles) et gazage dans les centres de mise à mort. Les nazis ont également perpétré le génocide des Tsiganes (Roms et Sintés), dit Samudaripen ou Porrajmos : 200 000 à 500 000 victimes, fusillées à l'Est ou exterminées, notamment au « camp des familles tsiganes » de Birkenau, liquidé en août 1944.

Les révoltes (ghetto de Varsovie, avril-mai 1943 ; Sonderkommando de Birkenau, octobre 1944) témoignent de la résistance juive malgré des conditions désespérées. À la Libération, la découverte des camps (Majdanek juillet 1944, Auschwitz 27 janvier 1945, Buchenwald, Bergen-Belsen) révèle l'ampleur du crime, jugé à Nuremberg sous la qualification nouvelle de crime contre l'humanité.

3.3 La France dans la guerre

3.3.1 L'effondrement de 1940 et le régime de Vichy

Exemple 3.4Juin 1940 en France : continuer ou arrêter la guerre ?

Le 10 mai 1940, l'offensive allemande perce à Sedan ; en six semaines, l'armée française, pourtant nombreuse, s'effondre — c'est « l'étrange défaite » analysée par Marc Bloch. Huit à dix millions de civils fuient sur les routes (l'exode). Le gouvernement, replié à Bordeaux, se déchire : faut-il continuer la guerre depuis l'Empire, comme le veulent Paul Reynaud, de Gaulle et Georges Mandel, ou demander l'armistice, comme l'exigent le maréchal Pétain et le général Weygand ? Le 16 juin, Reynaud démissionne ; Pétain, nommé président du Conseil, annonce le 17 juin qu'« il faut cesser le combat ». L'armistice est signé le 22 juin 1940 à Rethondes, dans le wagon de 1918 : la France est coupée en deux par la ligne de démarcation (zone occupée au nord et à l'ouest, zone dite libre au sud), l'Alsace-Moselle annexée de fait, l'armée réduite à 100 000 hommes, 1,8 million de prisonniers retenus en Allemagne, et le pays écrasé de frais d'occupation. Le 10 juillet 1940, à Vichy, le Parlement vote les pleins pouvoirs à Pétain (569 voix contre 80) : la IIIe République est morte.

L'« État français » de Vichy est un régime autoritaire, antiparlementaire et antisémite : culte du Maréchal, devise « Travail, Famille, Patrie », « Révolution nationale », exclusion des Juifs par les statuts des Juifs d'octobre 1940 et juin 1941 — législation antisémite française sans demande allemande. Après l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), Pétain engage la collaboration d'État : collaboration économique (STO à partir de février 1943 : 650 000 travailleurs envoyés en Allemagne), policière (rafle du Vél d'Hiv, 16-17 juillet 1942 : environ 13 000 Juifs, dont plus de 4 000 enfants, arrêtés par la police française) et militaire (Milice créée en janvier 1943, qui traque résistants et Juifs). Environ 76 000 Juifs de France sont déportés, pour la plupart vers Auschwitz ; moins de 3 500 reviennent. Les trois quarts des Juifs de France échappent toutefois à la déportation, grâce notamment aux solidarités de la population et aux réseaux de sauvetage.

3.3.2 La France libre et la Résistance

Exemple 3.5De Gaulle et la France libre

Sous-secrétaire d'État à la Guerre, le général Charles de Gaulle refuse l'armistice et gagne Londres. Le 18 juin 1940, à la BBC, il appelle à poursuivre le combat : « la France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre ». Condamné à mort par Vichy, il fonde la France libre, reconnue par Churchill, dotée d'un territoire (ralliement progressif de l'Empire : AEF dès 1940 grâce à Félix Éboué, gouverneur du Tchad) et d'une force militaire (les Forces françaises libres : Bir Hakeim, juin 1942 ; la 2e DB de Leclerc ; l'escadrille Normandie-Niémen sur le front de l'Est). De Gaulle s'impose peu à peu comme le chef de la France combattante face aux Alliés, qui lui préfèrent longtemps d'autres interlocuteurs, et unifie la Résistance intérieure grâce à Jean Moulin : le Conseil national de la Résistance (CNR, 27 mai 1943) rassemble mouvements, partis et syndicats. À Alger, le Comité français de libération nationale devient en juin 1944 le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) : à la Libération, la France est dans le camp des vainqueurs et évite une administration militaire alliée (AMGOT).

La Résistance intérieure, d'abord minoritaire et dispersée (réseaux de renseignement et d'évasion, journaux clandestins comme Combat, Libération, Défense de la France), s'étoffe après 1941 (entrée en lutte des communistes) et 1943 (réfractaires au STO rejoignant les maquis). Sabotages, renseignement au profit des Alliés, sauvetage de Juifs (le plateau du Chambon-sur-Lignon), maquis (Vercors, juin-juillet 1944) : les Forces françaises de l'intérieur (FFI) appuient la Libération. La répression est féroce : torture (Jean Moulin meurt en juillet 1943), déportation, exécutions (les fusillés de Châteaubriant, le groupe Manouchian de « l'Affiche rouge »).

3.3.3 La victoire alliée : de la Normandie à Hiroshima

Exemple 3.6Juin 1944 : le débarquement en Normandie et l'opération Bagration

Le 6 juin 1944 (« D-Day », opération Overlord), les Alliés débarquent sur cinq plages normandes (Utah, Omaha, Gold, Juno, Sword) : plus de 150 000 hommes le premier jour, appuyés par 7 000 navires et 12 000 avions, sous le commandement du général Eisenhower — la plus grande opération amphibie de l'histoire. Malgré de lourdes pertes (Omaha), la tête de pont tient ; après deux mois de bataille de Normandie (Caen, la poche de Falaise), le front allemand s'effondre à l'Ouest ; Paris, soulevé le 19 août, est libéré le 25 août 1944 par la 2e DB de Leclerc et les FFI. À l'Est, l'URSS déclenche le 22 juin 1944 — trois ans jour pour jour après Barbarossa — l'opération Bagration en Biélorussie : en cinq semaines, l'Armée rouge (plus de 1,6 million d'hommes) détruit le groupe d'armées Centre de la Wehrmacht — la plus lourde défaite allemande de la guerre, environ 400 000 hommes hors de combat — et avance de 500 km jusqu'à la Vistule. L'été 1944 scelle ainsi le sort du Reich, pris entre deux fronts.

Exemple 3.76 et 9 août 1945 : les bombardements nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki

Issue du projet Manhattan (programme secret américain lancé en 1942, dirigé scientifiquement par Robert Oppenheimer, premier essai réussi à Alamogordo le 16 juillet 1945), la bombe atomique est employée contre le Japon qui refuse la capitulation exigée à Potsdam. Le 6 août 1945, la bombe à l'uranium « Little Boy », larguée par le B-29 Enola Gay, détruit Hiroshima : environ 70 000 morts immédiats, et près de 140 000 à la fin de 1945 avec les brûlures et l'irradiation. Le 9 août, « Fat Man », bombe au plutonium, frappe Nagasaki (environ 40 000 morts immédiats, 70 000 fin 1945). Le 8 août, l'URSS a déclaré la guerre au Japon et envahi la Mandchourie. L'empereur Hirohito annonce la reddition le 15 août ; la capitulation est signée le 2 septembre 1945 en baie de Tokyo. Les bombardements atomiques, qui font entrer l'humanité dans l'ère nucléaire, restent l'objet d'un débat historique et moral : moyen d'abréger la guerre et d'économiser une invasion sanglante pour les uns, démonstration de force dirigée aussi vers l'URSS et franchissement d'un seuil dans la guerre totale pour les autres.

3.3.4 Frise récapitulative

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Méthode : Analyser un témoignage sur les violences de guerre

Les témoignages (récits de déportés comme Primo Levi, Si c'est un homme ; lettres de soldats ; journaux comme celui d'Anne Frank ; enregistrements de survivants) sont des sources majeures mais délicates :

  • Identifier la situation d'énonciation : qui parle, quand (témoignage immédiat ou reconstruit des décennies plus tard ?), pour qui, dans quel but (témoigner, accuser, se justifier ?).
  • Confronter au contexte : situer précisément les faits rapportés (lieu, date, acteurs) grâce au cours ; distinguer ce que le témoin a vu de ce qu'il a su ensuite.
  • En dégager l'apport et les limites : le témoignage donne accès à l'expérience vécue (ce que les statistiques ne disent pas), mais un témoin isolé ne prouve pas un fait général — c'est le croisement des sources (archives, autres témoignages) qui fonde le savoir historique. Ne jamais opposer mémoire et histoire : les articuler.

3.4 Bilan

Guerre mondiale par ses théâtres, totale par la mobilisation des économies et des sociétés, la Seconde Guerre mondiale est surtout une guerre d'anéantissement, dont le front de l'Est et la Shoah révèlent la nature idéologique. Elle s'achève sur un bilan sans précédent — environ 60 millions de morts, l'Europe en ruines, le monde sous le choc moral d'Auschwitz et d'Hiroshima. La France, effondrée en 1940, en sort à la fois meurtrie et relevée : la collaboration de Vichy a déshonoré l'État, mais la France libre et la Résistance lui ont rendu une place parmi les vainqueurs et un projet républicain refondé, porté par le programme du CNR.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • Trois phases : victoires de l'Axe (1939-1942), tournant de 1942-1943 (Midway, El Alamein, Stalingrad), victoire alliée (capitulations du 8 mai et du 2 septembre 1945).
  • Guerre d'anéantissement à l'Est (27 millions de morts soviétiques, Shoah par balles, prisonniers affamés) ; Shoah : 5 à 6 millions de Juifs assassinés (Wannsee, Auschwitz-Birkenau) ; génocide des Tsiganes.
  • France : défaite et armistice (22 juin 1940), Vichy et la collaboration (statuts des Juifs, Vél d'Hiv, Milice) ; appel du 18 juin, France libre, Jean Moulin et le CNR (27 mai 1943), GPRF.
  • Été 1944 : Normandie (6 juin) et Bagration (22 juin) prennent le Reich en tenaille ; Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945) ouvrent l'ère nucléaire.
  • Bilan : 60 millions de morts, majorité de civils ; le monde de 1945 doit se reconstruire sur d'autres bases (chapitre 4).

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