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La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d'un nouvel ordre mondial

Cours complet · histoire (terminale), chapitre 4 · terminale, histoire-géographie

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En 1945, le monde sort de six années d'une guerre qui a fait près de 60 millions de morts et laissé l'Europe et une partie de l'Asie en ruines. Le choc moral est immense : la découverte des camps d'extermination et le champignon atomique d'Hiroshima obligent l'humanité à repenser le droit, la sécurité collective et la place de la personne humaine. Sur les décombres, les vainqueurs tentent de bâtir un ordre nouveau : Organisation des Nations unies, justice internationale à Nuremberg et Tokyo, système monétaire de Bretton Woods, États-providence. Mais la Grande Alliance ne survit pas à la victoire : dès 1947, la rupture entre les États-Unis et l'URSS fait basculer le monde dans la guerre froide, tandis qu'au Proche-Orient la naissance de l'État d'Israël ouvre un conflit durable.

Problématique. Comment, sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, se construit un nouvel ordre international, et pourquoi débouche-t-il si vite sur l'affrontement des superpuissances ?

4.1 Le bilan de la guerre : un monde traumatisé

4.1.1 Un bilan humain et matériel sans précédent

Avec environ 60 millions de morts — dont plus de la moitié de civils —, la Seconde Guerre mondiale est la plus meurtrière de l'histoire. L'URSS (environ 27 millions de morts), la Chine (peut-être 15 à 20 millions), la Pologne (plus de 5 millions, dont 3 millions de Juifs, soit près d'un cinquième de sa population) et l'Allemagne (6 à 7 millions) sont les plus touchées ; la France compte environ 550 000 morts. S'y ajoutent des dizaines de millions de blessés, d'orphelins et de « personnes déplacées » (déportés, prisonniers, réfugiés, expulsés — dont 12 à 14 millions d'Allemands chassés d'Europe orientale entre 1945 et 1950).

Les destructions matérielles sont considérables : villes rasées (Varsovie, Dresde, Hiroshima), ponts, ports et voies ferrées détruits, production industrielle et agricole effondrée en Europe (pénuries et rationnement persistent plusieurs années). Les économies européennes sont exsangues et endettées ; les États-Unis, épargnés sur leur sol, détiennent en 1945 les deux tiers du stock d'or mondial et près de la moitié de la production industrielle de la planète.

4.1.2 Un traumatisme moral et la soif de refondation

Le bilan moral est peut-être le plus lourd : la Shoah, révélée au monde par l'ouverture des camps, montre qu'un État moderne a pu organiser industriellement l'extermination d'un peuple ; Hiroshima révèle que l'humanité peut désormais s'anéantir elle-même. De ce double choc naît une exigence de refondation : punir les coupables, protéger la personne humaine par le droit international (la Déclaration universelle des droits de l'homme sera adoptée en 1948), garantir la paix par une organisation mondiale plus efficace que la défunte SDN, et assurer aux peuples une sécurité sociale et économique — les « jours heureux » promis par les programmes de résistance.

Exemple 4.115 mars 1944 : le programme du CNR

Adopté clandestinement le 15 mars 1944, le programme du Conseil national de la Résistance — intitulé « Les Jours heureux » — définit à la fois un plan d'action immédiate contre l'occupant et les « mesures à appliquer dès la libération du territoire ». Il prévoit le rétablissement de la démocratie et de la liberté de la presse, l'épuration de la collaboration, mais surtout une refondation économique et sociale : « instauration d'une véritable démocratie économique et sociale », nationalisation des « grands moyens de production monopolisés », des sources d'énergie et des assurances, « participation des travailleurs à la direction de l'économie », et « plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail ». À la Libération, le GPRF applique largement ce programme : nationalisations (Renault en 1945, banques, électricité et gaz en 1946), création de la Sécurité sociale (ordonnances des 4 et 19 octobre 1945), comités d'entreprise, statut de la fonction publique — et droit de vote des femmes (ordonnance du 21 avril 1944, premier vote en 1945). Le programme du CNR fonde ainsi l'État-providence français.

Définition 4.2État-providence

Forme d'État qui garantit à tous les citoyens une protection contre les risques sociaux (maladie, vieillesse, chômage, charges familiales) et intervient dans l'économie pour assurer croissance et plein emploi. Théorisé au Royaume-Uni par le rapport Beveridge (1942) et inspiré par les idées de l'économiste Keynes, il se généralise en Europe occidentale après 1945 : National Health Service britannique (1948), Sécurité sociale française (1945), extension des assurances sociales partout — un des fondements des « Trente Glorieuses ».

4.2 Les bases d'un nouvel ordre international

4.2.1 L'ONU : garantir la paix collective

Préparée par la charte de l'Atlantique (1941) et les conférences interalliées (Dumbarton Oaks 1944, Yalta février 1945), l'Organisation des Nations unies naît à la conférence de San Francisco : sa Charte, signée le 26 juin 1945 par 51 États, entre en vigueur le 24 octobre 1945. Objectifs : « préserver les générations futures du fléau de la guerre », sécurité collective, égalité des peuples, coopération économique et sociale, droits de l'homme. Son architecture tire les leçons de l'échec de la SDN : une Assemblée générale où chaque État a une voix, mais un Conseil de sécurité doté de pouvoirs contraignants (sanctions, recours à la force), où les cinq grands vainqueurs (États-Unis, URSS, Royaume-Uni, France, Chine) siègent en permanence avec un droit de veto. Des institutions spécialisées complètent l'édifice (UNESCO, OMS, FAO, UNICEF...). En 1948, l'Assemblée générale adopte la Déclaration universelle des droits de l'homme, rédigée notamment sous l'égide d'Eleanor Roosevelt et avec le juriste français René Cassin. Mais la guerre froide paralysera vite le Conseil de sécurité par le jeu des vetos croisés.

4.2.2 Juger les crimes : Nuremberg et Tokyo

Pour la première fois de l'histoire, les dirigeants d'États vaincus sont jugés par une justice internationale. Le procès de Nuremberg (novembre 1945 – octobre 1946) traduit 22 hauts dirigeants nazis devant un tribunal militaire international pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et — qualification juridique nouvelle — crimes contre l'humanité : 12 condamnations à mort (Göring se suicide avant son exécution). Le procès de Tokyo (1946-1948) juge 28 dirigeants japonais (7 condamnations à mort, dont l'ancien Premier ministre Tōjō) — l'empereur Hirohito, lui, n'est pas poursuivi. Ces procès, critiqués comme « justice des vainqueurs » (l'URSS de Staline y siège), fondent néanmoins la justice pénale internationale contemporaine : imprescriptibilité des crimes contre l'humanité, responsabilité pénale individuelle des gouvernants, lointain ancêtre de la Cour pénale internationale (1998).

4.2.3 Reconstruire l'économie mondiale : Bretton Woods

Dès juillet 1944, la conférence de Bretton Woods (États-Unis, 44 nations) réorganise le système monétaire international pour éviter le retour du chaos des années 1930 (dévaluations compétitives, protectionnisme) :

Cet ordre économique consacre l'hégémonie américaine ; l'URSS, présente à Bretton Woods, refuse d'en ratifier les accords : deux systèmes économiques vont se faire face.

◆Théorème 4.3Les fondations de l'après-guerre

Juillet 1944 : accords de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale, ordre monétaire fondé sur le dollar). 26 juin 1945 : Charte de l'ONU à San Francisco. Novembre 1945 – octobre 1946 : procès de Nuremberg (crime contre l'humanité). 10 décembre 1948 : Déclaration universelle des droits de l'homme.

4.3 La rupture de la Grande Alliance et les débuts de la guerre froide

4.3.1 De Yalta à la rupture de 1947

À Yalta (février 1945) puis à Potsdam (juillet-août 1945), les vainqueurs organisent l'après-guerre : occupation quadripartite de l'Allemagne et de Berlin, promesse d'élections libres en Europe libérée. Mais l'Armée rouge occupe l'Europe orientale, et Staline y installe progressivement des régimes dociles (« démocraties populaires ») : dès mars 1946, Churchill dénonce à Fulton le « rideau de fer » tombé sur l'Europe. En 1947, la rupture est consommée : la doctrine Truman (mars) théorise l'endiguement (containment) du communisme et l'aide aux « peuples libres » ; le plan Marshall (juin) offre une aide massive à la reconstruction européenne (environ 13 milliards de dollars), acceptée par l'Ouest, refusée sous pression soviétique par l'Est ; en septembre, la doctrine Jdanov répond en divisant le monde en deux camps — « impérialiste » contre « anti-impérialiste » — et crée le Kominform. L'Europe et bientôt le monde se structurent en deux blocs.

Définition 4.4Guerre froide

Affrontement global (idéologique, politique, économique, culturel, scientifique et militaire indirect) entre les États-Unis et l'URSS et leurs alliés, de 1947 à 1991, sans conflit armé direct entre les deux superpuissances — l'arme nucléaire rendant la guerre totale suicidaire (« équilibre de la terreur »). Elle se joue par crises (Berlin, Cuba...), guerres périphériques (Corée, Vietnam...), course aux armements et propagande.

Exemple 4.525 février 1948 : le « coup de Prague »

La Tchécoslovaquie est en 1945-1948 le dernier État d'Europe orientale à conserver un régime pluraliste : gouvernement de coalition dirigé par le communiste Klement Gottwald sous la présidence d'Edvard Beneš, symbole de la démocratie d'entre-deux-guerres. En février 1948, profitant de la démission de ministres non communistes qui protestaient contre la mainmise communiste sur la police, le parti communiste mobilise milices ouvrières et comités d'action, fait pression sur Beneš et prend le contrôle total du pouvoir : le 25 février 1948, Beneš capitule et accepte un gouvernement dominé par les communistes. Le ministre des Affaires étrangères Jan Masaryk, fils du fondateur de la République, est retrouvé mort le 10 mars sous les fenêtres de son ministère. Ce « coup de Prague », réalisé sans intervention de l'Armée rouge mais sous son ombre, achève la soviétisation de l'Europe orientale et provoque un électrochoc à l'Ouest : il accélère la signature du pacte de Bruxelles (mars 1948), le vote du plan Marshall par le Congrès américain et la marche vers l'Alliance atlantique (avril 1949).

La première grande crise de la guerre froide suit immédiatement : le blocus de Berlin (juin 1948 – mai 1949), riposte soviétique à la fusion des zones occidentales et à la réforme monétaire allemande, est déjoué par le pont aérien allié. En 1949, l'Allemagne se scinde en deux États (RFA et RDA), l'OTAN est créée (avril), l'URSS fait exploser sa première bombe atomique (août) et la Chine devient communiste (octobre) : la bipolarisation du monde est en place.

4.3.2 Les conflits du Proche-Orient : la naissance d'Israël

Exemple 4.61948 : la naissance de l'État d'Israël

La Palestine, sous mandat britannique depuis 1922, est disputée entre le mouvement sioniste — renforcé par l'immigration juive et, après 1945, par le choc de la Shoah et l'afflux de survivants — et les Arabes palestiniens, qui refusent le projet de « foyer national juif » promis par la déclaration Balfour (1917). Débordé, le Royaume-Uni remet la question à l'ONU : le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale vote un plan de partage de la Palestine en deux États, l'un juif, l'autre arabe, avec Jérusalem sous statut international — accepté par l'Agence juive, rejeté par les États arabes et les Palestiniens. Le 14 mai 1948, à l'expiration du mandat, David Ben Gourion proclame l'État d'Israël, aussitôt reconnu par les États-Unis et l'URSS. Dès le lendemain, les armées arabes voisines (Égypte, Transjordanie, Syrie, Liban, Irak) attaquent : Israël remporte cette première guerre israélo-arabe (1948-1949) et agrandit son territoire d'un tiers par rapport au plan de l'ONU ; la Cisjordanie est annexée par la Transjordanie et Gaza administrée par l'Égypte. Plus de 700 000 Palestiniens fuient ou sont expulsés — la Nakba (« catastrophe ») — et deviennent réfugiés : le conflit israélo-arabe, mêlant enjeux territoriaux, religieux et bientôt de guerre froide, est né et structure durablement le Proche-Orient (guerres de 1956, 1967, 1973...).

4.3.3 Frise récapitulative

De la Grande Alliance à la bipolarisation (1944-1949).

Méthode : Réussir la question problématisée

La question problématisée (exercice type du contrôle continu) demande une réponse organisée, en une à deux pages, à une question donnée — par exemple : « Comment un nouvel ordre international se met-il en place en 1944-1948 ? »

  • Cerner la question : repérer les bornes chronologiques et les mots-clés (« ordre international » = institutions, justice, économie, sécurité) ; ne traiter que la question posée.
  • Bâtir un plan en 2 ou 3 paragraphes suivant une logique (thématique ici : refondation institutionnelle et juridique / refondation économique et sociale / limites — la rupture Est-Ouest).
  • Rédiger : courte introduction reformulant la question et annonçant le plan ; paragraphes argumentés appuyés chacun sur des exemples précis et datés (ONU 1945, Nuremberg, Bretton Woods, CNR, coup de Prague) ; brève conclusion répondant explicitement à la question.

4.4 Bilan

De 1944 à 1948, le monde tente de conjurer le retour de la catastrophe : ONU et sécurité collective, justice internationale de Nuremberg et Tokyo, ordre monétaire de Bretton Woods, États-providence issus des programmes de résistance. Cette refondation est réelle et durable — la plupart de ces institutions existent toujours. Mais elle est aussitôt fracturée par l'antagonisme des deux superpuissances : dès 1947-1948, doctrines Truman et Jdanov, plan Marshall, coup de Prague et blocus de Berlin installent la guerre froide, tandis qu'au Proche-Orient la naissance d'Israël ouvre l'un des conflits les plus durables du monde contemporain.

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • Bilan de la guerre : 60 millions de morts (majorité de civils), Europe ruinée, traumatisme moral (Shoah, Hiroshima), millions de personnes déplacées.
  • Refondation : ONU (Charte du 26 juin 1945, Conseil de sécurité et veto des cinq grands), procès de Nuremberg et de Tokyo (crime contre l'humanité), Bretton Woods (dollar, FMI, Banque mondiale), États-providence (rapport Beveridge, programme du CNR du 15 mars 1944 → Sécurité sociale française de 1945).
  • Rupture Est-Ouest : rideau de fer (1946), doctrines Truman et Jdanov et plan Marshall (1947), coup de Prague (25 février 1948), blocus de Berlin (1948-49), OTAN et division de l'Allemagne (1949) : la guerre froide commence.
  • Proche-Orient : plan de partage de l'ONU (novembre 1947), proclamation d'Israël (14 mai 1948), première guerre israélo-arabe et exode palestinien (Nakba).

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