Calcul différentiel et intégral
Cours complet · mathématiques (PCSI), chapitre 4 · CPGE PCSI (1re année)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>4.1 Introduction et motivation
Le point de vue adopté dans ce chapitre est résolument pratique : en prenant appui sur les acquis du lycée, il s'agit de mettre en œuvre les techniques de base de l'analyse. La construction rigoureuse des notions rencontrées (limites, continuité, dérivabilité, intégrale) fera l'objet de chapitres ultérieurs ; quelques résultats seront donc ici admis, et signalés comme tels.
Les objectifs de formation sont les suivants :
- introduire des fonctions pour établir des inégalités et résoudre des problèmes d'optimisation ;
- manipuler les fonctions classiques, dont le corpus s'étend : exponentielle, logarithmes, puissances, fonctions circulaires réciproques, fonctions hyperboliques ;
- calculer des dérivées et des primitives ;
- pratiquer, sur des exemples simples, l'intégration par parties et le changement de variable ;
- appliquer le tout aux équations différentielles linéaires, illustrées par des exemples issus de la physique, de la chimie et de la biologie.
4.2 Généralités sur les fonctions
4.2.1 Ensemble de définition et représentation graphique
Une fonction d'une variable réelle est définie par un ensemble de définition et la donnée, pour chaque , d'une unique valeur , réelle ou complexe. Lorsque est donnée par une formule, est, sauf mention contraire, le plus grand ensemble sur lequel la formule a un sens.
exige et : ainsi .
La représentation graphique (ou graphe) d'une fonction est l'ensemble des points pour , tracé dans un repère du plan.
Si l'on connaît le graphe de , on en déduit ceux des fonctions suivantes (, ) :
| Fonction | Transformation de |
|---|---|
| translation verticale de vecteur | |
| translation horizontale de vecteur (vers la gauche si ) | |
| contraction horizontale de rapport (dilatation si ) | |
| dilatation verticale de rapport | |
| symétrie par rapport à l'axe | |
| symétrie par rapport à l'axe | |
| repli au-dessus de l'axe de la partie négative |
4.2.2 Parité, imparité, périodicité
Soit définie sur un ensemble symétrique par rapport à .
- est paire si pour tout : son graphe est symétrique par rapport à l'axe .
- est impaire si pour tout : son graphe est symétrique par rapport à l'origine .
- , définie sur , est -périodique () si pour tout : son graphe est invariant par la translation de vecteur .
Ces propriétés réduisent le travail : une fonction paire ou impaire s'étudie sur , une fonction -périodique sur un intervalle de longueur ; on complète ensuite le graphe par les symétries ou translations correspondantes. Ainsi , paire et -périodique, s'étudie sur .
4.2.3 Opérations et monotonie
Pour définies sur et scalaire, on définit , , et (là où ne s'annule pas) par les opérations sur les valeurs. Si et est définie sur , la composée est définie sur par .
Soit définie sur un intervalle , à valeurs réelles. est croissante si , strictement croissante si ; définitions analogues pour (strictement) décroissante. Une fonction (strictement) croissante ou décroissante est dite (strictement) monotone.
La composée de deux fonctions monotones est monotone : croissante si les deux ont même sens de variation, décroissante sinon. (Règle des signes, en pensant croissant et décroissant .)
La règle des signes vaut pour la composition, pas pour le produit : est croissante sur , mais son carré n'est pas monotone sur . Le produit de deux fonctions croissantes positives est en revanche croissant.
4.2.4 Fonctions majorées, minorées, bornées
Soit . est majorée s'il existe tel que pour tout ; minorée s'il existe tel que pour tout ; bornée si elle est majorée et minorée. Géométriquement : le graphe de est situé sous une droite horizontale (majorée), au-dessus (minorée), dans une bande horizontale (bornée).
est bornée si et seulement si est majorée.
Démonstration
Si , alors . Réciproquement, si , alors .
4.3 Dérivation
4.3.1 Dérivée et tangente
Soit définie au voisinage de . On dit que est dérivable en si le taux d'accroissement admet une limite finie quand . Cette limite est la dérivée de en , notée ou . La tangente au graphe de au point d'abscisse est alors la droite d'équation :
La définition et les règles ci-dessous sont rappelées et seront démontrées dans le chapitre consacré à la dérivabilité. À ce stade, l'objectif est de calculer vite et juste.
Si et sont dérivables (sur un intervalle, ou au point considéré) et sont des scalaires :
et pour la composée, si a un sens :
En particulier : , , , , .
, , .
4.3.2 Un mot sur les dérivées partielles
Pour une fonction de deux variables , la dérivée partielle s'obtient en dérivant par rapport à en considérant comme une constante, et symétriquement pour .
Pour :
Ces calculs, omniprésents en physique (thermodynamique, électromagnétisme), seront théorisés en deuxième année.
4.3.3 Monotonie et tableau de variations
Soit dérivable sur un intervalle , à valeurs réelles.
- est constante sur sur .
- est croissante sur sur (décroissante ).
- Si sur et si ne s'annule qu'en un nombre fini de points, alors est strictement croissante.
L'hypothèse « intervalle » est essentielle : a une dérivée strictement négative sur , mais n'est pas décroissante sur tout entier (comparer et ) — elle l'est sur chacun des intervalles et .
- Déterminer l'ensemble de définition, réduire le domaine d'étude (parité, périodicité).
- Calculer , étudier son signe (factoriser !).
- Dresser le tableau de variations, avec les limites aux bornes.
- En déduire extremums, signe, nombre de solutions d'équations … et tracer le graphe.
est définie et dérivable sur , et , du signe de . D'où le tableau :
(la limite en résulte des croissances comparées, voir plus loin). Le maximum de sur vaut , atteint en . On en déduit par exemple l'inégalité , soit pour tout réel .
Pour établir sur un intervalle , on étudie la fonction différence : on calcule , on dresse le tableau de variations et on montre que le minimum de sur est positif. C'est l'une des méthodes les plus puissantes de l'analyse.
4.3.4 Fonction réciproque
Soit continue et strictement monotone sur l'intervalle . Alors réalise une bijection de sur l'intervalle : il existe une fonction , dite réciproque, telle que
Le graphe de est le symétrique de celui de par rapport à la première bissectrice (la droite ). Si de plus est dérivable en avec , alors est dérivable en et :
La formule de dérivation est admise, mais son interprétation géométrique est limpide : la symétrie par rapport à la première bissectrice échange l'horizontale et la verticale, donc transforme une tangente de pente en une tangente de pente . Elle transforme aussi une tangente horizontale en tangente verticale : c'est pourquoi l'hypothèse est nécessaire.
Les graphes de et de sont symétriques par rapport à la première bissectrice : le point du graphe de devient le point du graphe de , et une tangente de pente devient une tangente de pente .
4.3.5 Classe et dérivées d'ordre supérieur
Une fonction est de classe sur un intervalle si elle est dérivable sur et si est continue sur . Si est elle-même dérivable, sa dérivée est la dérivée seconde , et l'on définit par récurrence les dérivées successives .
Pour : . Pour : (chaque dérivation décale la phase de ).
4.4 Fonctions usuelles
4.4.1 Exponentielle et logarithme népérien
La fonction exponentielle , notée , est l'unique fonction dérivable égale à sa dérivée et valant en . Elle est strictement croissante, et vérifie . Sa réciproque est le logarithme népérien , qui vérifie :
Pour tout et tout :
avec égalité uniquement en (resp. ).
Démonstration
Posons : est du signe de , donc décroît sur et croît sur ; son minimum est , d'où avec égalité seulement en . La seconde inégalité s'en déduit en posant : .
Géométriquement : la droite est la tangente en au graphe de l'exponentielle, et le graphe reste au-dessus de cette tangente (convexité, qui sera étudiée plus tard).
4.4.2 Logarithmes de base quelconque
Pour , , le logarithme en base est défini sur par . Les deux cas usuels sont le logarithme décimal (sciences physiques, ordres de grandeur : pH, décibels) et le logarithme binaire (informatique : nombre de bits, complexité des algorithmes dichotomiques).
car ; le nombre de chiffres décimaux d'un entier est .
4.4.3 Fonctions puissances
Pour , la fonction puissance d'exposant est définie sur par :
Elle est prolongée en par lorsque (et par convention). Seules les puissances entières sont en outre définies sur .
Pour et :
La fonction est strictement croissante sur si , strictement décroissante si .
Pour , l'écriture n'a de sens que pour entier : est une écriture interdite, même si l'équation a bien la solution . Toujours revenir à en cas de doute.
4.4.4 Croissances comparées
Pour tous et :
Retenir la hiérarchie : en , l'exponentielle l'emporte sur les puissances, qui l'emportent sur les logarithmes.
, , : même ne résiste pas à .
4.4.5 Fonctions circulaires réciproques
Les fonctions , , ne sont pas monotones sur leur domaine : pour les inverser, on les restreint à un intervalle de stricte monotonie.
- est continue et strictement croissante de sur : sa réciproque est .
- est continue et strictement décroissante de sur : sa réciproque est .
- est continue et strictement croissante de sur : sa réciproque est .
Ainsi, est l'angle de dont le sinus vaut , et de même pour les deux autres.
, , , .
n'est vrai que pour ! Par exemple . En revanche, pour tout .
et sont impaires et strictement croissantes ; est strictement décroissante.
Démonstration
Par la formule de dérivation d'une réciproque, pour avec :
De même avec , en utilisant . Le calcul est analogue pour (avec sur , d'où le signe ).
Pour tout :
Démonstration
La fonction est continue sur , dérivable sur , de dérivée : elle est constante sur l'intervalle, égale à .
4.4.6 Fonctions hyperboliques
Pour tout :
est paire, est impaire ; et sont les parties paire et impaire de l'exponentielle : .
Pour tout :
est strictement croissante sur (car ) ; est strictement croissante sur , de minimum .
Démonstration
. Les dérivées sont immédiates à partir de .
Le nom « hyperbolique » vient de ce que paramètre une branche de l'hyperbole , comme paramètre le cercle . La courbe de est la chaînette : c'est la forme d'un câble suspendu entre deux points. La tangente hyperbolique et les fonctions hyperboliques réciproques sont hors programme ; la seule formule exigible est .
4.5 Dérivation des fonctions complexes d'une variable réelle
Soit définie sur un intervalle de . En écrivant avec et à valeurs réelles, on dit que est dérivable si et le sont, et on pose :
Les règles de dérivation d'une combinaison linéaire (à coefficients complexes), d'un produit et d'un quotient s'étendent sans changement aux fonctions à valeurs complexes.
Si est dérivable, alors est dérivable et :
En particulier, pour tout : .
Démonstration (Démonstration dans le cas )
Écrivons et dérivons les parties réelle et imaginaire :
Le cas général s'obtient de la même façon avec .
Cette formule, anodine en apparence, est la clé des équations différentielles et du calcul des primitives de : elle permet de traiter d'un seul coup, via les complexes, ce qui demanderait deux intégrations par parties dans le monde réel.
4.6 Calcul de primitives
4.6.1 Primitives et intégrales
Soit définie sur un intervalle , à valeurs réelles ou complexes. Une primitive de sur est une fonction dérivable sur telle que .
Si est une primitive de sur l'intervalle , alors les primitives de sur sont exactement les fonctions , où est une constante.
Démonstration
Si , alors sur l'intervalle , donc est constante (caractérisation des fonctions constantes). Réciproquement, .
Si est continue sur et , la fonction est la primitive de qui s'annule en . Par conséquent, pour toute primitive de et tous :
On pourra noter une primitive générique de .
4.6.2 Primitives usuelles
Sur tout intervalle où les formules ont un sens ( désigne une constante) :
| [1.5mm]
</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style=""><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1.5mm] </td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style=""><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1.5mm] </td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style=""><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1.5mm] </td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style="border-bottom:1.5px solid #2E2C26"><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1.5mm] </td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr></table></div> ImportantReconnaître la dérivée d'une composée Les formes suivantes se primitivent à vue, pour dérivable :
Exemple 4.40
4.6.3 Primitives de via l'exponentielle complexeImportantMéthode Pour primitiver ou (avec ), on écrit ces fonctions comme partie réelle ou imaginaire de , dont une primitive est , puis on revient aux parties réelle et imaginaire. Exemple 4.41 Cherchons une primitive de . Avec :
En prenant la partie réelle :
(Vérification rapide : dériver le membre de droite redonne bien .) 4.6.4 Primitives deImportantMéthode : trinôme au dénominateur Pour primitiver (), on discute selon le discriminant :
Exemple 4.42Cas , donc :
Exemple 4.43Cas , et , donc sur tout intervalle évitant et :
4.6.5 Intégration par parties◆Théorème 4.44Intégration par parties Si et sont de classe sur :
|
| Cas | Racines | Solutions réelles de |
|---|---|---|
| réelles | ||
| [1mm]
</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"> double réelle</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style="border-bottom:1.5px solid #2E2C26"><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1mm] </td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"> ()</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr></table></div> avec dans chaque cas. Exemple 4.58
4.8.2 Équation avec second membre◆Théorème 4.59Structure des solutions et superposition Si est une solution particulière de , les solutions de sont les où parcourt les solutions de . Le principe de superposition vaut comme au premier ordre : un second membre admet la solution particulière . ImportantRecherche d'une solution particulière (formes exigibles) Notons les racines de l'équation caractéristique.
Exemple 4.60Second membre exponentiel Pour : n'est pas racine de , on cherche : donne . Solutions : . Pour : est racine simple, on cherche ; le calcul donne , d'où . Exemple 4.61Oscillateur forcé et résonance Résolvons : l'homogène a pour solutions , et est racine de : il y a résonance. On cherche pour l'équation complexifiée :
d'où et, en prenant la partie réelle, . L'amplitude croît linéairement avec : c'est la signature de la résonance (pont soumis à une excitation périodique à sa fréquence propre, verre brisé par un son…). 4.8.3 Problème de Cauchy◆Théorème 4.62Existence et unicité (admis) Pour tous et , le problème de Cauchy
admet une unique solution sur . (La démonstration est hors programme.) Au second ordre, il faut donc deux conditions initiales — position et vitesse en mécanique — pour déterminer la solution. Exemple 4.63Oscillateur amorti (mécanique) Un oscillateur amorti régi par , lâché de la position sans vitesse initiale () : l'équation caractéristique a pour racines , d'où
soit : des oscillations dont l'amplitude décroît exponentiellement. |