Suites numériques et modèles discrets
Cours complet · mathématiques complémentaires (terminale), chapitre 1 · terminale, option mathématiques complémentaires
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Une population de bactéries que l'on compte chaque heure, le capital d'un compte rémunéré chaque année, la concentration d'un médicament relevée à chaque prise : ces grandeurs ne varient pas continûment sous notre regard, nous les observons à intervalles réguliers. Une suite est exactement cela — une grandeur indexée par les étapes successives d'une observation. C'est le premier des deux langages de la modélisation ; l'autre, celui des fonctions, viendra au chapitre suivant, et tout l'intérêt sera de les mettre en regard.
Problématique. Que devient une suite quand devient grand ? Comment reconnaître, dans un énoncé, le modèle qui convient — et comment lire son comportement sans calculer mille termes ?
1.1 Le comportement d'une suite quand devient grand
1.1.1 Une approche intuitive de la limite
Le programme est explicite : la notion de limite fait l'objet d'une approche intuitive, et sa formalisation n'est pas exigible. Nous décrivons donc un comportement, appuyé sur les valeurs et sur le graphique.
Soit une suite numérique.
- a pour limite le réel lorsque les termes deviennent, et restent, aussi proches de que l'on veut dès que est assez grand. On note et l'on dit que la suite converge vers .
- a pour limite lorsque ses termes finissent par dépasser n'importe quel seuil fixé à l'avance, et à rester au-dessus. On note .
- Une suite qui ne converge pas est dite divergente : soit parce qu'elle tend vers , soit parce qu'elle n'a pas de limite du tout.
Les règles de calcul sur les limites de sommes, de produits et de quotients sont celles rencontrées en première, et sont admises. Elles laissent subsister quatre formes indéterminées, où le seul énoncé des limites ne permet pas de conclure :
Devant l'une d'elles, il faut transformer l'écriture : factoriser par le terme dominant, simplifier, ou reconnaître une forme connue.
Soient , , trois suites.
- Si à partir d'un certain rang et si , alors .
- Si à partir d'un certain rang et si les deux suites convergent, alors : le passage à la limite conserve les inégalités larges, mais pas les strictes.
- Théorème des gendarmes : si à partir d'un certain rang et si et convergent vers la même limite , alors converge aussi vers .
Pour tout , on a , inégalité stricte à chaque rang. Pourtant : à la limite, l'inégalité stricte est devenue une égalité. C'est la raison pour laquelle on n'écrit jamais à partir de .
1.2 Les suites géométriques
1.2.1 Limite d'une suite géométrique
Soit un réel strictement positif. La suite a le comportement suivant :
Par conséquent, une suite géométrique de raison et de premier terme converge si et seulement si .
1.2.2 Somme des termes d'une suite géométrique
Pour et :
Si , alors , et donc
Démonstration ((exigible))
Notons . En multipliant par :
Les deux sommes ont tous leurs termes communs sauf le premier de l'une et le dernier de l'autre ; en soustrayant :
Comme , on peut diviser par , ce qui donne la formule. Si de plus , le théorème précédent donne , d'où .
1.3 Les suites arithmético-géométriques
Beaucoup de modèles combinent un facteur multiplicatif et un apport constant : une population qui se renouvelle et que l'on complète chaque année, un capital qui produit des intérêts et auquel on ajoute un versement, une concentration qui décroît et que l'on réalimente à chaque prise. Toutes conduisent à la même forme.
Une suite est arithmético-géométrique lorsqu'il existe deux réels et tels que, pour tout :
Le cas redonne une suite arithmétique, le cas une suite géométrique.
Méthode : Étudier une suite arithmético-géométrique
Le programme indique explicitement la marche à suivre.
- Chercher la solution constante. On cherche le réel tel que la suite constante égale à vérifie la relation : . Si , cette équation a une unique solution
Ce nombre est le point fixe : la valeur d'équilibre du modèle.
- Se ramener à une suite géométrique. On pose . Alors
donc est géométrique de raison .
- Conclure. On en déduit , puis
Le comportement se lit alors immédiatement : si , la suite converge vers quel que soit ; si , elle s'en éloigne.
Un patient reçoit chaque jour une dose apportant de principe actif. Entre deux prises, l'organisme élimine de la quantité présente. On note la quantité (en mg) présente juste après la prise de rang , la première portant le rang , avec .
Entre deux prises il reste de la quantité, puis on ajoute :
Point fixe : donne , soit .
Suite auxiliaire : est géométrique de raison , avec . Donc
Comme , on a et donc : la quantité présente dans l'organisme se stabilise, elle n'augmente pas indéfiniment. C'est le plateau recherché par la posologie.
1.4 Suites définies par une relation
Méthode : Représenter graphiquement une suite récurrente
Soit continue sur un intervalle dans lui-même, et .
- Tracer la courbe de et la droite d'équation .
- Placer sur l'axe des abscisses.
- Monter verticalement jusqu'à la courbe : on lit en ordonnée.
- Se déplacer horizontalement jusqu'à la droite : on reporte en abscisse.
- Recommencer. La construction « en escalier » (ou « en escargot ») fait apparaître le comportement de la suite.
Les points d'intersection de la courbe et de la droite sont les points fixes de : ce sont les seules limites possibles d'une telle suite, si elle converge.
1.5 Algorithmique : la recherche de seuil
Méthode : Chercher le premier rang qui dépasse un seuil
Quand on ne sait pas combien d'étapes seront nécessaires, on utilise une boucle while : on avance tant que la condition d'arrêt n'est pas atteinte, et l'on compte les tours.
def seuil_concentration(cible):
"""Premier jour ou la quantite presente depasse `cible` (en mg).
Modele : u_{n+1} = 0.7 * u_n + 20, avec u_0 = 20."""
u = 20.0
n = 0
while u <= cible:
u = 0.7 * u + 20 # on passe au jour suivant
n = n + 1
return n
print(seuil_concentration(60)) # 6
print(seuil_concentration(66)) # 12
L'appel seuil_concentration(60) renvoie : il faut six jours pour dépasser . Mais seuil_concentration(70) ne s'arrêterait jamais : la suite converge vers et ne dépassera pas . Un programme de recherche de seuil ne termine que si l'on a d'abord établi, par le calcul, que le seuil est effectivement atteint.
1.6 Bilan
- La limite est décrite de façon intuitive : ce que deviennent les termes quand grandit, sans jamais revenir en arrière.
- Pour : si , si . Et pour , .
- Une suite arithmético-géométrique s'étudie en trois temps : point fixe , suite auxiliaire géométrique de raison , puis .
- Une suite se lit graphiquement « en escalier » entre la courbe et la droite ; ses seules limites possibles sont les points fixes de .
- Une recherche de seuil s'écrit avec une boucle
while— à condition d'avoir vérifié que le seuil est atteignable.