Adloun

Vocabulaire ensembliste et logique

Cours complet · mathématiques complémentaires (terminale), chapitre 20 · terminale, option mathématiques complémentaires

Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre

Ce chapitre est le dernier du livre, et ce n'est pas un hasard. Le programme demande que les notations mathématiques et la logique soient d'abord travaillées « dans des contextes où elles se présentent naturellement », puis reprises « après avoir été rencontrées plusieurs fois en situation ». C'est exactement ce qui vient de se passer : depuis le chapitre 1, on a écrit , on a défini sur , on a calculé , on a démontré des implications et une équivalence, on a réfuté des affirmations par un contre-exemple, et on a écrit des sommes avec un . Tout est déjà là.

Ce que ce chapitre apporte. Non pas des notions nouvelles, mais des noms. Chaque paragraphe part d'un énoncé réellement écrit dans les dix-neuf chapitres précédents, et lui donne son statut : ceci est une intersection, ceci est une implication dont la réciproque est fausse, ceci est une quantification universelle sur deux variables. Le lecteur a tout lu : on peut désormais s'y référer sans précaution.

Problématique. Qu'est-ce qu'on a écrit, au juste, pendant dix-neuf chapitres — et comment l'écrire de façon que cela ne veuille dire qu'une seule chose ?

20.1 Ensembles, intervalles, couples

20.1.1 Appartenance et inclusion

Définition 20.1Élément, appartenance, sous-ensemble, inclusion

Un ensemble est une collection d'objets, appelés ses éléments. Si l'objet est un élément de l'ensemble , on écrit ( appartient à ) ; sinon .

Un ensemble est un sous-ensemble de , ou une partie de , lorsque tout élément de est aussi un élément de . On écrit alors ( est inclus dans ).

L'ensemble sans aucun élément est l'ensemble vide, noté .

!Attention

Les deux symboles ne relient pas les mêmes objets. Le symbole relie un élément à un ensemble ; le symbole relie deux ensembles. Ainsi et sont corrects, tandis que et ne veulent rien dire.

Exemple 20.2Une inclusion qui a servi à démontrer

Au chapitre 8, la démonstration de l'absence de mémoire de la loi géométrique repose sur une phrase d'inclusion : « l'événement est inclus dans : attendre plus de épreuves, c'est en particulier en attendre plus de ». Autrement dit , et c'est ce qui permet d'écrire , puis de simplifier la probabilité conditionnelle. Le chapitre 9 refait le même geste avec , et l'exercice de la loi binomiale avec .

20.1.2 Réunion, intersection, complémentaire

Définition 20.3Intersection, réunion, complémentaire

Soit un ensemble et , deux parties de .

  • L'intersection est l'ensemble des éléments qui sont dans et dans .
  • La réunion est l'ensemble des éléments qui sont dans ou dans — au sens inclusif : être dans les deux convient.
  • Le complémentaire de dans est l'ensemble des éléments de qui ne sont pas dans . On le note , comme en probabilités, ou .

Deux parties sont dites disjointes lorsque ; en probabilités, on dit alors que les événements sont incompatibles.

iRemarqueDeux notations pour le complémentaire, et pourquoi

Le programme autorise les deux écritures. On préfère en probabilités, où l'ensemble est l'univers et n'a pas besoin d'être rappelé : c'est la notation du chapitre 16, où désigne « la cause n'a pas eu lieu ». On préfère quand on retire une partie d'un ensemble qu'il faut nommer, par exemple pour l'ensemble de définition de .

20.1.3 Les ensembles de nombres et les intervalles

Définition 20.4Ensembles de nombres

On note l'ensemble des entiers naturels, celui des entiers relatifs, celui des nombres rationnels et celui des nombres réels. Ils sont emboîtés :

Définition 20.5Intervalle

Un intervalle de est une partie de « d'un seul tenant » : dès qu'elle contient deux réels, elle contient tous ceux qui sont entre eux. On les note , , , , , , et ainsi de suite. Un crochet tourné vers l'intérieur inclut la borne, un crochet tourné vers l'extérieur l'exclut ; devant et , le crochet est toujours tourné vers l'extérieur, car l'infini n'est pas un nombre.

!Le réflexe

Avant toute étude de fonction, on écrit l'ensemble de définition, et on vérifie que c'est bien un intervalle — ou qu'on travaille sur chacun de ses morceaux séparément. Le chapitre 6 en tire la conséquence : deux primitives d'une même fonction ne diffèrent d'une constante que sur un intervalle.

20.1.4 Le couple

Définition 20.6Couple

Un couple est la donnée de deux objets dans un ordre fixé : est la première composante, la seconde. Deux couples sont égaux lorsque les premières composantes sont égales et que les secondes le sont.

!Attention

Un couple n'est pas un ensemble à deux éléments. L'ordre compte : , alors que . Et une composante peut se répéter : est un couple parfaitement légitime.

Exemple 20.7Les couples du chapitre 10

Une série statistique double est, mot pour mot, « une liste de couples », et le nuage de points est l'ensemble des points . L'ordre est ici la chose la plus importante du chapitre : signifie « la dose reçue puis la baisse de tension du même patient ». Échanger les deux composantes change le nuage, change la droite des moindres carrés — la droite de en n'est pas celle de en — et ne change pourtant pas le coefficient .

Le même chapitre parle aussi du couple formé de la pente et de l'ordonnée à l'origine, et note que numpy.polyfit(x, y, 1) « renvoie le couple ».

20.2 Le vocabulaire des ensembles est celui des probabilités

C'est là que le dictionnaire de la section précédente sert le plus. Un événement est une partie de l'univers, et les trois mots français « et », « ou », « contraire » deviennent trois opérations.

Proposition 20.8Le dictionnaire

Soit et deux événements d'un même univers.

« et sont réalisés »
« ou est réalisé » (au moins l'un des deux)
« n'est pas réalisé »
« et ne peuvent pas se produire ensemble »
« si est réalisé, alors l'est »
Exemple 20.9Trois pages du livre relues
  • Chapitre 8, loi binomiale : « ces chemins sont deux à deux incompatibles — on ne peut en suivre qu'un —, donc la probabilité de leur réunion est la somme de leurs probabilités ». Traduction : les événements sont disjoints deux à deux, donc de la réunion somme des .
  • Chapitre 9, absence de mémoire : . L'écriture vient de la définition même d'une probabilité conditionnelle.
  • Chapitre 16, probabilités totales : « les deux événements et sont incompatibles […] et leur réunion est tout entier ».
Proposition 20.10Partition par un événement et son contraire

Pour tout événement de , on a et . On dit que est une partition de . Il en résulte, pour tout événement ,

d'où la formule des probabilités totales du chapitre 16.

!AttentionLe « ou » du langage courant

Dans la vie, « fromage ou dessert » veut dire l'un ou l'autre, pas les deux : le « ou » y est exclusif. En mathématiques, il est toujours inclusif. C'est pourquoi, en dénombrant, on retire ce qu'on a compté deux fois :

et pourquoi le chapitre 8 précise « deux à deux incompatibles » avant d'additionner les probabilités des chemins : c'est seulement quand que le terme correctif disparaît.

20.3 Propositions, variables, connecteurs

Définition 20.11Proposition

Une proposition est un énoncé mathématique dont on peut dire, sans ambiguïté, qu'il est vrai ou qu'il est faux.

Exemple 20.12

« » est une proposition, et elle est vraie (chapitre 3). « La suite converge » est une proposition, vraie (chapitre 1). « » n'est pas une proposition tant que n'est pas fixé : c'est un énoncé qui dépend d'une variable, et il devient vrai ou faux une fois donné — vrai pour , faux pour .

!Le réflexeÉcrire avec des variables

Une variable sert à énoncer d'un coup une infinité de propositions. « » n'a de sens que si l'on dit pour quels : la formulation complète du chapitre 5 est « pour tout , ». Nommer la variable et dire où elle vit, c'est la moitié du travail de rédaction.

20.3.1 Les connecteurs « et » et « ou »

Définition 20.13Connecteurs

Soit et deux propositions.

  • « et » est vraie lorsque les deux le sont.
  • « ou » est vraie lorsque l'une au moins l'est.

Côté ensembles, « et » correspond à , « ou » à .

Exemple 20.14Des « et » qui portent tout le poids d'un théorème

Les hypothèses d'un théorème sont presque toujours reliées par « et ». Le théorème des valeurs intermédiaires (chapitre 2) suppose que « est continue sur et est compris entre et » ; la version avec unicité ajoute « et est strictement monotone ». La loi binomiale (chapitre 8) suppose « épreuves indépendantes et de même probabilité de succès ». Retirer une seule de ces conditions détruit la conclusion : c'est cela, un « et ».

Exemple 20.15Un « ou » qui décrit un ensemble de solutions

Au chapitre 4, l'étude d'un pic d'ozone conduit à . Le « ou » est ici celui de la réunion : la concentration est acceptable avant ou après .

20.3.2 Nier une proposition simple

Définition 20.16Négation

La négation de , notée « non », est la proposition vraie exactement quand est fausse.

Proposition 20.17Négations usuelles
  • La négation de « » est « » ; celle de « » est « » ; celle de « » est « ».
  • La négation de « et » est « (non ) ou (non ) ».
  • La négation de « ou » est « (non ) et (non ) ».
!Attention

La négation d'un « et » n'est pas un « et ». Pour qu'une conjonction soit fausse, il suffit qu'une des deux conditions tombe — d'où le « ou ». C'est l'erreur la plus fréquente sur les négations, et elle est facile à vérifier sur un exemple concret : la négation de « et » est « ou », et non « et », qui n'est jamais vraie.

iRemarque

Le programme limite explicitement cet exercice aux propositions simples, c'est-à-dire sans implication ni quantificateur. On ne demande donc pas de nier « si alors » ; on demande de nier « et », ce qui est déjà utile partout — ne serait-ce que pour lire un tableau de signes.

20.3.3 Le contre-exemple

Méthode : Réfuter une proposition

Pour montrer qu'une affirmation portant sur tous les objets d'une famille est fausse, il suffit d'exhiber un seul objet de cette famille qui la met en défaut : c'est un contre-exemple. En revanche, aucun nombre d'exemples ne démontre jamais qu'elle est vraie.

Exemple 20.18Trois contre-exemples déjà rencontrés
  • « Si , la courbe admet un point d'inflexion en » est fausse : pour , on a , donc , mais reste positive de part et d'autre et la courbe n'a pas d'inflexion (chapitre 5).
  • « Un coefficient de corrélation proche de garantit que le nuage est aligné » est fausse : les quatre jeux d'Anscombe (chapitre 10) ont le même , la même droite des moindres carrés, et l'un d'eux est nettement courbé.
  • « Une fonction dont la dérivée est nulle est constante » est fausse si l'on oublie le mot intervalle : sur , la fonction qui vaut à droite et à gauche est un contre-exemple (chapitre 4).

20.4 Implication, réciproque, équivalence

Définition 20.19Implication

« » signifie : chaque fois que est vraie, l'est aussi. On lit « implique », ou « si alors ».

Définition 20.20Réciproque, équivalence

La réciproque de « » est « ». Lorsque les deux implications sont vraies, on écrit « » et l'on dit que et sont équivalentes : elles sont vraies dans exactement les mêmes cas.

iRemarque« il faut », « il suffit »

Si « » est vraie, est une condition suffisante pour (il suffit d'avoir ), et une condition nécessaire pour (il faut avoir ). « Il faut et il suffit » annonce une équivalence.

!AttentionL'erreur la plus fréquente

Une implication et sa réciproque sont deux propositions différentes, et rien ne les relie : chacune peut être vraie ou fausse indépendamment de l'autre. Confondre les deux, c'est déduire de « point d'inflexion » que toute annulation de donne une inflexion — l'erreur que le chapitre 5 signale explicitement, contre-exemple à l'appui.

Exemple 20.21Trois équivalences du livre
  • Chapitre 3. La définition même du logarithme est une équivalence : pour et , . C'est elle qui permet de passer d'une équation à l'autre sans rien perdre.
  • Chapitre 5. « convexe sur » « la courbe est au-dessus de chacune de ses tangentes » « croissante », c'est-à-dire . Trois propositions, une seule propriété — le programme les admet équivalentes.
  • Chapitre 18. « suit une loi géométrique » « le taux de panne est constant ». La démonstration du livre fait bien les deux sens, et le second commence par le mot « Réciproquement » : c'est la signature d'une équivalence démontrée.

Méthode : Reconnaître ce qu'on a le droit d'écrire

  • Repérer l'hypothèse et la conclusion : « si … alors … », « soit continue … alors … ».
  • Se demander si la réciproque est vraie. Si l'on n'en sait rien, on écrit , jamais .
  • Pour justifier un , il faut démontrer les deux sens — ou invoquer un énoncé du cours qui affirme l'équivalence.
  • Pour réfuter une réciproque, un contre-exemple suffit.
!Attention

Dans une chaîne de calculs, la flèche a un sens. Passer de à est une équivalence (chapitre 3) ; passer de à est une implication dont la réciproque est fausse. Élever au carré, multiplier par une quantité de signe inconnu, appliquer une fonction non strictement monotone : autant de gestes qui ne conservent pas l'équivalence.

20.5 Quantifications

Définition 20.22Quantification universelle, quantification existentielle
  • Une quantification universelle affirme qu'une propriété vaut pour tous les éléments d'un ensemble : « pour tout de , ».
  • Une quantification existentielle affirme qu'au moins un élément la vérifie : « il existe de tel que ».
iRemarqueLes symboles, pour les reconnaître

On rencontre parfois les abréviations (« pour tout ») et (« il existe »). Le programme précise qu'elles ne sont pas exigibles : dans ce livre, comme au baccalauréat, on écrit en français. Il est simplement utile de savoir les lire si on les croise dans un manuel ou une notice.

Exemple 20.23Des quantifications déjà écrites
  • Chapitre 6. « est une primitive de sur lorsque est dérivable et que pour tout de . » L'égalité seule ne définirait rien : c'est le « pour tout » qui fait la définition.
  • Chapitre 9. L'absence de mémoire s'énonce : « pour tous et , ». Deux variables, une seule quantification universelle qui porte sur les deux — et c'est justement cette généralité qui rend la propriété si contraignante.
  • Chapitre 2. Le théorème des valeurs intermédiaires enchaîne les deux : « pour tout réel compris entre et , il existe dans tel que ». Le « au moins une solution » de l'énoncé est exactement le « il existe ».
  • Chapitre 17. « Pour tout de , » : c'est ce « pour tout » qui autorise à majorer la marge sans connaître .
!Le réflexeLire la négation d'un « pour tout »

Dire qu'une affirmation universelle est fausse, c'est dire qu'un cas au moins lui échappe : la négation de « pour tout , » se lit « il existe tel que non ». C'est exactement le principe du contre-exemple, et la raison pour laquelle un seul suffit.

Attention à ne pas la confondre avec « pour tout , non », qui affirme beaucoup plus. La négation de « tous les termes de la suite sont positifs » est « il existe un rang tel que », et non « tous les termes sont négatifs ». Le programme demande de savoir lire et écrire de telles propositions ; il ne demande pas de mener des calculs formels de négation sur des énoncés quantifiés.

!AttentionLes quantifications implicites

Beaucoup d'énoncés du livre taisent leur « pour tout ». « » veut dire « pour tout réel » ; « » veut dire « pour tout » ; « sur » veut dire « pour tout de , ». Avant de démontrer ou de réfuter, on rétablit le quantificateur : c'est lui qui dit ce qu'il y a à faire.

20.6 Le symbole

Définition 20.24Notation somme

Pour des nombres , on écrit

La lettre est un indice muet : elle ne sert qu'à décrire les termes, et on peut la renommer sans rien changer.

iRemarqueCe que le programme en attend

Le sert à écrire concisément, non à calculer. Le chapitre 8 le dit mot pour mot à propos de : « le symbole sert ici à écrire une somme de façon compacte, non à la calculer ; toutes les sommes rencontrées seront écrites terme à terme dès qu'il faudra les évaluer ». Aucune technique de manipulation de sommes n'est au programme.

Exemple 20.25Où le livre s'en sert
  • Chapitre 8. et .
  • Chapitre 10. Les moyennes , la covariance , et la pente des moindres carrés

Écrire cette formule sans prendrait trois lignes de points de suspension.

  • Chapitre 15. L'indice de Gini approché par la méthode des trapèzes : , où l'indice démarre à et s'arrête à .
!Attention

Deux détails se lisent sous le et au-dessus : où l'indice commence, où il s'arrête. compte termes, pas . Et l'indice étant muet, et sont le même nombre ; en revanche n'a pas d'indice, car ce n'est pas un terme de la somme mais son résultat.

20.7 Bilan

Proposition 20.26L'essentiel du chapitre
  • relie un élément à un ensemble, relie deux ensembles. est le « et », le « ou » inclusif, (ou ) le contraire.
  • Les intervalles sont les parties de « d'un seul tenant » ; une réunion de deux intervalles disjoints n'en est pas un, et tous les théorèmes d'analyse du livre exigent un intervalle.
  • Un couple est ordonné : n'est pas . Un nuage de points est un ensemble de couples.
  • En probabilités, « et » , « ou » , « contraire » , « incompatibles » intersection vide, « si alors » . La partition est ce qui fait marcher la formule des probabilités totales.
  • La négation d'un « et » est un « ou », et réciproquement. Le programme ne demande de nier que des propositions simples.
  • Un contre-exemple suffit à réfuter ; aucun nombre d'exemples ne démontre.
  • Une implication et sa réciproque sont indépendantes. On n'écrit que si les deux sens sont acquis. « » est nécessaire, pas suffisant, pour une inflexion.
  • Les quantifications s'écrivent en français : « pour tout », « il existe » ( et ne sont pas exigibles). Nier un « pour tout » se lit « il existe un contre-exemple ».
  • Le symbole sert à écrire une somme, pas à la calculer : on revient aux termes dès qu'il faut un nombre.

Continuer sur Adloun : animation, QCM, fiches, exercices