Raisonnement et vocabulaire ensembliste
Cours complet · mathématiques MPSI, chapitre 1 · MPSI (classe préparatoire scientifique)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>1.1 Introduction et motivation
La logique et la théorie des ensembles constituent les fondations du langage mathématique moderne. Formulées à la fin du XIXe siècle par des mathématiciens comme Georg Cantor et Gottlob Frege, elles permettent de structurer le raisonnement de façon rigoureuse, d'éviter les ambiguïtés du langage naturel et de définir précisément les objets mathématiques (nombres, fonctions, espaces vectoriels).
Ce chapitre introduit :
- les rudiments de la logique propositionnelle et les principaux modes de raisonnement mathématiques ;
- le vocabulaire de base de la théorie des ensembles et les opérations associées ;
- la notion d'application d'un ensemble dans un autre, ainsi que ses propriétés fondamentales (injectivité, surjectivité, bijectivité) ;
- l'étude des relations binaires sur un ensemble (relations d'équivalence et relations d'ordre).
L'assimilation de ces notions de vocabulaire et de raisonnement constitue un objectif majeur pour le premier semestre de la classe préparatoire MPSI.
1.2 Rudiments de logique
1.2.1 Assertions et connecteurs logiques
Une assertion (ou proposition) est un énoncé mathématique auquel on peut attribuer, de manière exclusive, l'une des deux valeurs de vérité : vrai (V) ou faux (F).
Soient et deux assertions. On définit les connecteurs logiques usuels :
| Nom | Symbole | Signification |
|---|---|---|
| Négation | ou | Est vraie si et seulement si est fausse. |
| Conjonction | ou | Est vraie si et seulement si et sont toutes deux vraies. |
| Disjonction | ou | Est vraie si au moins l'une des deux assertions ou est vraie. |
| Implication | Définie par . Elle se lit " implique ". | |
| Équivalence | Définie par . Elle se lit " équivaut à ". |
On peut dresser la table de vérité de ces connecteurs :
| V | V | F | V | V | V | V |
| V | F | F | F | V | F | F |
| F | V | V | F | V | V | F |
| F | F | V | F | F | V | V |
Pour une implication :
- sa contraposée est l'implication . Elle est logiquement équivalente à .
- sa réciproque est l'implication . Elle n'est pas logiquement équivalente à l'implication directe en général.
Pour toutes assertions et , on a les équivalences logiques suivantes (appelées tautologies) :
1.2.2 Quantificateurs
En mathématiques, les assertions dépendent souvent d'une variable évoluant dans un ensemble. On parle alors de prédicats. Pour exprimer ces assertions, on utilise des quantificateurs.
Soit un ensemble et un prédicat dépendant d'une variable .
- Quantificateur universel (, se lit "pour tout") : l'assertion est vraie si le prédicat est vrai pour tous les éléments de .
- Quantificateur existentiel (, se lit "il existe") : l'assertion est vraie s'il existe au moins un élément de pour lequel est vrai.
- S'il existe un unique élément vérifiant , on note .
L'emploi des symboles et en guise d'abréviations dans les phrases rédigées en langage naturel est formellement exclu. Ils doivent être réservés exclusivement aux formules mathématiques formelles.
Soit un prédicat sur . On a les équivalences de négation :
1.2.3 Modes de raisonnement
Pour rédiger des démonstrations rigoureuses, le mathématicien utilise différents modes de raisonnement.
Raisonnement par disjonction des cas
Si on veut montrer qu'une propriété est vraie pour tout , on peut partitionner en sous-ensembles et traiter séparément chaque cas.
Montrer que pour tout , le nombre est pair.
- Cas 1 : est pair. Alors il existe tel que . D'où , qui est pair.
- Cas 2 : est impair. Alors il existe tel que . D'où , qui est pair.
Dans tous les cas, le nombre est pair.
Raisonnement par contraposition
Pour montrer que , on démontre sa contraposée , souvent plus simple à aborder.
Soit . Montrer que si est impair, alors est impair. Par contraposition, supposons que n'est pas impair, donc que est pair. Il existe tel que . Alors , qui est pair. Ainsi, la contraposée est démontrée, donc l'assertion d'origine est vraie.
Raisonnement par l'absurde
Pour montrer qu'une assertion est vraie, on suppose que sa négation est vraie et on cherche à en déduire une contradiction logique.
Montrer que . Supposons par l'absurde que . Alors il existe et tels que , la fraction étant irréductible. En élevant au carré, , soit . Donc est pair, ce qui implique pair. On pose . Alors , d'où . Donc est pair, ce qui implique pair. Ainsi et sont tous deux pairs, ce qui contredit le fait que la fraction est irréductible. L'hypothèse de départ est fausse, d'où .
Raisonnement par analyse-synthèse
Ce mode est utilisé pour déterminer l'ensemble des solutions d'un problème ou prouver l'existence et l'unicité d'un objet.
- L'analyse (Condition Nécessaire) : On suppose qu'une solution existe et on étudie ses propriétés nécessaires pour restreindre les candidats possibles.
- La synthèse (Condition Suffisante) : On teste les candidats retenus pour vérifier s'ils conviennent effectivement au problème d'origine.
1.2.4 Raisonnement par récurrence
Le raisonnement par récurrence repose sur la structure fondamentale des entiers naturels.
Toute partie non vide de possède un plus petit élément.
Soit et une propriété dépendant de . Si :
- Initialisation : est vraie,
- Hérédité : pour tout entier , si est vraie, alors est vraie,
alors la propriété est vraie pour tout .
Soit un prédicat sur :
- Récurrence double : Si et sont vraies, et si pour tout , , alors est vraie pour tout .
- Récurrence forte : Si est vraie, et si pour tout , , alors est vraie pour tout .
1.3 Vocabulaire des ensembles
1.3.1 Ensemble, appartenance et inclusion
Un ensemble est une collection d'objets distincts appelés éléments. On note pour signifier que l'objet appartient à l'ensemble . L'ensemble ne contenant aucun élément est appelé ensemble vide, noté .
Soient et deux ensembles. On dit que est inclus dans (ou que est une partie / un sous-ensemble de ), noté , si :
Pour montrer que deux ensembles et sont égaux, on montre généralement la double inclusion : et .
1.3.2 Opérations sur les parties d'un ensemble
Soient et deux parties d'un ensemble .
On définit les opérations élémentaires suivantes :
- Réunion :
- Intersection :
- Différence :
- Complémentaire : le complémentaire de dans , noté , , ou , est l'ensemble .
Soient des parties de .
- Distributivité :
- Lois de De Morgan ensemblistes :
1.3.3 Produit cartésien et ensemble des parties
Soient un nombre fini d'ensembles. Le produit cartésien est l'ensemble des -uplets où pour tout . Si , on note ce produit .
Soit un ensemble. L'ensemble des parties de , noté , est l'ensemble de tous les sous-ensembles de .
Si , alors .
1.3.4 Partition d'un ensemble
Soit un ensemble. On dit d'une famille de parties de qu'elle forme une partition (ou un recouvrement disjoint) de si :
- ,
- (les parties sont disjointes deux à deux),
- (la réunion de toutes les parties est égale à ).
Une partition découpe en morceaux non vides, deux à deux disjoints, dont la réunion recouvre tout : chaque élément de appartient à exactement une des parties .
1.4 Applications
1.4.1 Définitions de base
Une application d'un ensemble (départ) dans un ensemble (arrivée) associe à chaque élément un unique élément . L'ensemble de toutes les applications de dans est noté ou .
Le graphe d'une application est la partie de définie par :
Soit et deux ensembles. Une famille d'éléments de indexée par , notée , est une application qui à associe .
1.4.2 Outils associés aux applications
Soit un ensemble et une partie. La fonction indicatrice de , notée , est l'application définie de dans par :
Soit une application.
- Pour , la restriction de à , notée , est l'application de dans définie par :
- Si est une restriction de à , on dit que est un prolongement de à .
Soit une application.
- Soit . L'image directe de par , notée , est la partie de définie par :
- Soit . L'image réciproque de par , notée , est la partie de définie par :
La notation désigne l'image réciproque d'une partie et est définie pour toute application, même si celle-ci n'est pas bijective. Elle ne doit pas être confondue avec l'application réciproque , qui n'existe que sous condition de bijectivité.
Soient et deux applications. La composée est l'application de dans définie par :
1.4.3 Propriétés globales des applications
Soit une application.
- est dite injective si :
- est dite surjective si :
- est dite bijective si elle est à la fois injective et surjective. Dans ce cas, tout élément admet un unique antécédent dans , noté .
Lecture sur les diagrammes : est injective lorsque chaque élément de reçoit au plus une flèche, surjective lorsqu'il en reçoit au moins une, bijective lorsqu'il en reçoit exactement une.
Soient et deux applications.
- Si et sont injectives, alors est injective.
- Si et sont surjectives, alors est surjective.
- Si est bijective, alors est injective et est surjective.
Si et sont deux applications bijectives, alors est bijective et sa bijection réciproque vérifie :
1.5 Relations binaires
1.5.1 Définition générale
Une relation binaire sur un ensemble est définie par son graphe . On note si le couple appartient à .
1.5.2 Relation d'équivalence
Une relation binaire sur un ensemble est une relation d'équivalence si elle est :
- Réflexive :
- Symétrique :
- Transitive :
Soit une relation d'équivalence sur . Pour tout , la classe d'équivalence de , notée cl ou , est l'ensemble :
Soit une relation d'équivalence sur un ensemble . Les classes d'équivalence forment une partition de l'ensemble .
- Dans : Soit . La relation définie par est une relation d'équivalence sur appelée congruence modulo .
- Dans : La relation est une relation d'équivalence sur .
La notation officielle du programme est ; on rencontre aussi .
1.5.3 Relation d'ordre
Une relation binaire sur un ensemble est une relation d'ordre si elle est :
- Réflexive :
- Antisymétrique :
- Transitive :
On note généralement une relation d'ordre.
Soit une relation d'ordre sur .
- L'ordre est dit total si deux éléments quelconques de sont toujours comparables :
- Sinon, l'ordre est dit partiel.
- L'ordre usuel sur est un ordre total.
- La relation d'inclusion sur l'ensemble des parties (avec ayant au moins 2 éléments) est un ordre partiel. Par exemple, et ne sont pas comparables.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>1.6 Exercices résolus
Niveau (Application directe du cours)
Dresser la table de vérité de l'assertion . Que constate-t-on ?
Démonstration (Solution)
Dresser la table de vérité pour les différentes configurations des assertions et :
| V | V | V | V | V |
| V | F | F | V | V |
| F | V | V | F | V |
| F | F | V | V | V |
Conclusion : L'assertion est toujours vraie, quelles que soient les valeurs de vérité de et . C'est une tautologie.
Donner la négation des assertions suivantes :
Démonstration (Solution)
Par application systématique des règles de négation des quantificateurs et connecteurs (sachant que ) :
Soit un ensemble, et deux parties de . Exprimer , et en fonction de et .
Démonstration (Solution)
Soit .
- Complémentaire : Par définition, si , et si . On remarque directement que .
- Intersection : si et seulement si et , ce qui équivaut à et . Dans tous les cas (y compris 0), on a :
- Union : Par les lois de De Morgan, . Par suite :
Niveau (Application avec raisonnement intermédiaire)
Déterminer toutes les applications telles que pour tous , et .
Démonstration (Solution)
Appliquons la méthode d'analyse-synthèse.
- Analyse : Supposons que est une telle application.
- En posant , .
- En posant , .
- Cas 1 : . Alors pour tout , . On a la fonction nulle.
- Cas 2 : . Par récurrence immédiate, pour tout , . Puis , donc pour tout . Pour et , . Puis . Ainsi, pour tout rationnel . Soit . Alors . Ainsi, préserve le signe. Soient tels que . Alors . Donc est croissante. Soit . Par densité de dans , il existe deux suites de rationnels et croissant et décroissant vers . Par croissance de , on a . Comme et , on obtient par passage à la limite : .
Les seuls candidats sont l'application nulle et l'identité.
- Synthèse :
- La fonction nulle vérifie évidemment les deux équations.
- L'identité vérifie également et .
Les solutions sont exactement la fonction nulle et la fonction identité.
Soit une application, et deux parties de .
- Montrer que .
- Donner un contre-exemple montrant que l'inclusion réciproque est généralement fausse.
Démonstration (Solution)
- Soit . Par définition de l'image directe, il existe tel que . Puisque , on a et . Comme , on a . Comme , on a . Par conséquent, , ce qui démontre l'inclusion.
- Contre-exemple : Considérons l'application constante définie par et . Soient et . On a , donc . Mais et , de sorte que . L'inclusion réciproque est donc fausse.
Sur , on définit la relation par . Montrer que est une relation d'équivalence et déterminer les classes d'équivalence.
Démonstration (Solution)
Vérifions les trois propriétés :
- Réflexivité : Pour tout , , donc .
- Symétrie : Soient . Si , alors , donc , d'où .
- Transitivité : Soient . Si et , alors et , donc , d'où .
La relation est donc une relation d'équivalence.
Soit . Notons . La classe d'équivalence de est :
Il s'agit géométriquement du cercle de centre l'origine et de rayon . La partition associée à cette relation d'équivalence correspond à la partition du plan complexe en cercles concentriques de centre 0.
Niveau (Raisonnement subtil ou plusieurs étapes)
Montrer que la relation de divisibilité (notée ) définie sur par est une relation d'ordre. Est-elle d'ordre total ?
Démonstration (Solution)
Vérifions les propriétés de la relation sur :
- Réflexivité : Pour tout , , donc .
- Antisymétrie : Soient tels que et . Il existe tels que et . En remplaçant, . Comme , on simplifie par et on obtient . Comme , la seule possibilité est . Donc .
- Transitivité : Soient tels que et . Il existe tels que et . Alors . Comme , on a bien .
La relation est donc une relation d'ordre sur .
Type d'ordre : L'ordre est partiel. Par exemple, pour les entiers et , on n'a ni ni . Ils ne sont pas comparables.
Soit la suite définie par , et pour tout , . Montrer par récurrence double que pour tout :
Démonstration (Solution)
Notons et . Ce sont les racines de l'équation caractéristique , donc et . Soit la propriété : .
- Initialisation :
- Pour : , donc est vraie.
- Pour : , donc est vraie.
- Hérédité : Supposons et vraies pour un certain . Calculons :
Or et , d'où :
Ainsi est vraie. Par le principe de récurrence double, la formule est établie pour tout .
Récapitulatif des niveaux
| Niveau | Exercices |
|---|---|
| 1, 2, 3 | |
| 4, 5, 6 | |
| 7, 8 |
- L'analyse-synthèse consiste à trouver les solutions candidates (analyse) puis à les tester (synthèse).
- La négation de est .
- L'inclusion réciproque d'une intersection est fausse en général.
- Une relation d'équivalence induit une partition de l'ensemble sous-jacent via ses classes.
- L'ordre est total si tous les éléments sont comparables (comme sur ), et partiel sinon.