Raisonnement par Récurrence et Suites
Cours complet · mathématiques (terminale), chapitre 1 · terminale, spécialité mathématiques
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Ce premier chapitre pose les bases de l'analyse en Terminale. Nous allons étudier un nouveau type de raisonnement, le raisonnement par récurrence, puis nous l'appliquerons à l'étude des limites de suites et de leur convergence.
1.1 Le Raisonnement par Récurrence
Le raisonnement par récurrence permet de démontrer qu'une propriété , dépendant d'un entier naturel , est vraie pour tout entier .
Soit et une propriété définie pour tout entier . Si les deux conditions suivantes sont satisfaites :
- Initialisation : La propriété est vraie au rang initial , c'est-à-dire que est vraie.
- Hérédité : Pour tout entier , si la propriété est vraie à un rang (hypothèse de récurrence), alors elle est vraie au rang suivant .
Alors, la propriété est vraie pour tout entier .
Méthode : Rédiger une récurrence
Pour rédiger une démonstration par récurrence, on suit rigoureusement trois étapes :
- Initialisation : On montre que la propriété est vraie pour le premier rang .
- Hérédité : On pose l'hypothèse de récurrence : « Supposons que pour un entier , la propriété soit vraie. » On cherche ensuite à prouver sous cette hypothèse que la propriété est vraie.
- Conclusion : On conclut : « La propriété est initialisée et héréditaire, donc par récurrence, est vraie pour tout . »
L'image des dominos rend le mécanisme évident. Faire tomber le premier domino ne suffit pas si les suivants sont trop espacés ; et régler parfaitement l'espacement ne sert à rien si personne ne pousse le premier. Il faut les deux conditions — et alors toute la rangée tombe, si longue soit-elle.
Montrons par récurrence que pour tout :
Initialisation : Pour , et . L'initialisation est vérifiée.
Hérédité : Supposons la propriété vraie pour un entier : . Montrons qu'elle est vraie pour :
L'hérédité est prouvée.
Conclusion : Pour tout , .
La récurrence démontre la formule, mais un dessin explique d'où sort le du dénominateur : deux exemplaires de l'escalier s'emboîtent exactement dans un rectangle de colonnes sur lignes.
1.2 Limites de Suites
1.2.1 Limite infinie
- On dit qu'une suite a pour limite si tout intervalle de la forme (où ) contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On note alors :
- De même, on dit qu'une suite a pour limite si tout intervalle de la forme (où ) contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.
Le point délicat de cette définition est le mot « tout ». Il ne suffit pas que la suite dépasse une barre : elle doit franchir n'importe quelle barre, aussi haute soit-elle, et rester au-dessus ensuite.
1.2.2 Limite finie et convergence
On dit qu'une suite a pour limite le réel si tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On dit alors que la suite est convergente vers et on note :
Une suite qui ne converge pas vers une limite finie est dite divergente.
Graphiquement : quelle que soit la largeur de la bande horizontale choisie autour de , tous les points finissent par entrer dans la bande et n'en sortent plus.
- Unicité : si une suite converge, sa limite est unique.
- Une suite divergente n'a pas nécessairement une limite infinie : la suite , qui prend alternativement les valeurs et , ne converge vers aucun réel et ne tend ni vers ni vers : elle n'admet pas de limite.
1.2.3 Opérations sur les limites
Les théorèmes suivants, admis, permettent de calculer la limite d'une somme, d'un produit ou d'un quotient de suites. Dans les tableaux, et désignent des réels, et « F.I. » signale une forme indéterminée : le tableau ne permet pas de conclure, il faut transformer l'expression.
| F.I. |
| (règle des signes) | (règle des signes) | F.I. |
| (signes) | F.I. | F.I. |
Si (ou ) et avec de signe constant à partir d'un certain rang, alors (règle des signes).
Méthode : Les quatre formes indéterminées
Les quatre situations « », « », « » et « » exigent une transformation de l'expression avant de conclure. Les techniques usuelles :
- factoriser par le terme prépondérant (plus haut degré) ;
- utiliser l'expression conjuguée en présence de racines carrées ;
- encadrer et appliquer un théorème de comparaison.
L'étude des suites géométriques repose sur une inégalité démontrée par récurrence : l'inégalité de Bernoulli.
Pour tout réel et tout entier naturel :
Démonstration ((exigible) — par récurrence)
Soit fixé et la propriété : .
- Initialisation : pour , et . Donc est vraie.
- Hérédité : supposons vraie pour un entier : . En multipliant les deux membres par :
car . Donc est vraie.
- Conclusion : pour tout , .
Cette inégalité, un peu sèche, dit une chose très visuelle : une croissance à taux constant (multiplier par à chaque étape) laisse toujours sur place une croissance à pas constant (ajouter à chaque étape). C'est le moteur de tout le reste du chapitre.
Soit un nombre réel et la suite géométrique .
- Si , alors .
- Si , alors la suite converge vers .
- Si , la suite est constante et converge vers .
- Si , la suite n'admet pas de limite.
Démonstration ((exigible) — cas )
Posons , de sorte que . D'après l'inégalité de Bernoulli :
Or car . Par le théorème de comparaison (voir section suivante), on conclut :
Cas , : on pose . D'après le cas précédent, , donc , et comme , le théorème des gendarmes donne .
1.3 Théorèmes de Convergence
1.3.1 Théorèmes de comparaison
Soit , et trois suites. Supposons qu'à partir d'un certain rang :
Si (avec ), alors la suite converge et sa limite est .
La suite , « coincée » entre les deux gendarmes et qui convergent vers la même limite, est forcée de converger elle aussi vers :
Soit et deux suites. Supposons qu'à partir d'un certain rang .
- Si , alors .
- Si , alors .
Démonstration ((exigible) — premier point)
Soit un réel quelconque. Comme , l'intervalle contient tous les termes à partir d'un certain rang : pour tout , . Par ailleurs, il existe un rang à partir duquel . Alors, pour tout :
Ainsi, tout intervalle contient tous les termes à partir d'un certain rang : par définition, .
1.3.2 Convergence des suites monotones
- Une suite est majorée s'il existe un réel tel que pour tout , .
- Une suite est minorée s'il existe un réel tel que pour tout , .
- Une suite est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Être bornée n'entraîne pas la convergence (la figure ci-dessus en donne un contre-exemple, tout comme ). En revanche, ajoutée à la monotonie, elle la garantit : c'est tout l'objet du théorème suivant.
- Toute suite croissante et majorée est convergente.
- Toute suite décroissante et minorée est convergente.
La limite d'une suite croissante majorée n'est pas, en général, égale au majorant utilisé : on sait seulement que . Le théorème garantit l'existence de la limite mais n'en donne pas la valeur : pour la déterminer, on utilise d'autres outils (limite d'une expression explicite de , point fixe, etc.).
Que se passe-t-il si une suite croissante n'est pas majorée ? Elle ne peut que « monter vers l'infini » :
Toute suite croissante et non majorée tend vers .
Démonstration ((exigible))
Soit une suite croissante non majorée et un réel quelconque. Comme n'est pas majorée, n'est pas un majorant : il existe donc un rang tel que . Comme est croissante, pour tout :
Ainsi, tout intervalle contient tous les termes de la suite à partir du rang : par définition, .
Une suite croissante a donc toujours un comportement déterminé : soit elle est majorée et elle converge, soit elle ne l'est pas et elle tend vers . De même, une suite décroissante converge ou tend vers .
Soit la suite définie par et pour tout , . La fonction associée est . On peut étudier graphiquement la convergence de cette suite grâce à la méthode de la toile d'araignée (cobweb plot).
Cette suite est croissante, majorée par 2, et converge vers son point fixe unique sur .
1.4 Algorithmique et Programmation
L'algorithmique permet d'estimer des valeurs limites ou des seuils à partir desquels une suite dépasse une certaine valeur.
def seuil(A):
# Cette fonction cherche le plus petit entier n tel que u_n > A
# Pour la suite u_n = 2^n / n
n = 1
u = 2
while u <= A:
n = n + 1
u = (2**n) / n
return n
Recherche de seuil en Python