Suites et séries numériques
Cours · mise à niveau en mathématiques (école d'ingénieur), chapitre 1 · école d'ingénieur, mathématiques · le début du chapitre, la suite sur Adloun
Un sol se tasse un peu chaque année ; un ouvrage coûte un peu chaque année ; un algorithme se rapproche un peu à chaque itération de la solution cherchée. Dans les trois cas, l'ingénieur manipule une suite de nombres, et pose deux questions. La première porte sur la suite elle-même : vers quoi tend-elle, et à quelle vitesse ? La seconde porte sur l'accumulation de ses termes : le tassement total est-il fini, le coût global est-il fini, et combien de termes faut-il additionner pour le connaître à la précision voulue ? C'est l'objet des séries.
Ce chapitre réunit les outils qui répondent à ces questions. Il est organisé autour de trois gestes : sommer une suite géométrique, comparer un terme général à une série de référence, majorer un reste.
Repère historique
Zénon d'Élée (Ve siècle av. J.-C.) soutenait qu'Achille ne rattraperait jamais la tortue : il lui faut d'abord atteindre la position de la tortue, pendant quoi elle a avancé, et ainsi de suite, une infinité de fois. Le paradoxe se dissout lorsqu'on comprend qu'une somme d'une infinité de durées peut être finie. Les premières sommes de séries apparaissent chez Archimède (aire du segment de parabole, somme géométrique de raison ) ; Nicole Oresme montre vers 1350 que est infinie. La théorie rigoureuse de la convergence est l'œuvre de Cauchy (1821).
1.1 Suites réelles
1.1.1 Vocabulaire
Définition — Suite réelle
Une suite réelle est une application , . On la note ou ; est son terme général. La suite est :
- majorée s'il existe tel que pour tout ; minorée s'il existe tel que pour tout ; bornée si elle est majorée et minorée, c'est-à-dire s'il existe tel que pour tout ;
- croissante si pour tout , décroissante si pour tout , monotone si elle est l'une ou l'autre.
Une propriété est vraie à partir d'un certain rang s'il existe tel qu'elle soit vraie pour tout .
Pour étudier la monotonie, on étudie le signe de ; lorsque les termes sont strictement positifs, on peut aussi comparer à — c'est souvent plus simple en présence de puissances ou de factorielles.
Soit . Alors . Ce quotient vaut puis pour et , pour , et dépasse ensuite : la suite décroît de à , garde la valeur , puis croît. Elle est donc croissante à partir du rang (et tend vers , section 1.2).
1.1.2 Limite d'une suite
Définition — Convergence
La suite converge vers le réel , et l'on note ou , si
Autrement dit : quelle que soit la largeur de la bande , tous les termes finissent par y entrer et n'en ressortent plus (figure 1.1). Une suite qui ne converge pas est dite divergente.
autour de sa limite : à partir du rang , tous
les termes sont dans la bande.Soit . On a , donc . Étant donné , l'inégalité équivaut à : il suffit de prendre pour un entier supérieur à . Pour on trouve , soit (figure 1.1). Ainsi .
Définition — Limites infinies
La suite tend vers si : elle finit par dépasser définitivement tout seuil. On définit de même . Une suite qui tend vers est divergente.
- La limite d'une suite, si elle existe, est unique.
- Toute suite convergente est bornée.
Démonstration
- Si et avec , prenons : à partir d'un certain rang, serait à la fois à distance de et de , donc , contradiction.
- Avec : il existe tel que pour . Les termes sont en nombre fini, donc pour tout .
Les réciproques sont fausses
- Une suite bornée n'est pas forcément convergente : est bornée et oscille entre et .
- Une suite non majorée ne tend pas forcément vers : vaut pour impair et pour pair ; elle n'est pas majorée, mais repasse sans cesse par .
- Une suite divergente n'est pas forcément non bornée : encore.
Pour réfuter un énoncé général, un seul contre-exemple suffit ; les suites , , et en fournissent la plupart.
1.1.3 Opérations et comparaison
Les limites se comportent comme on l'attend vis-à-vis des opérations : si et (réels), alors , et, si , . Avec des limites infinies, les mêmes règles valent sauf dans quatre formes indéterminées :
Lever une indétermination, c'est transformer l'expression ; la section 1.2 donne pour cela une méthode systématique, le terme dominant.
Si à partir d'un certain rang, et si et , alors .
Les inégalités strictes deviennent larges
pour tout , et pourtant . Le passage à la limite ne conserve que les inégalités larges.
Si à partir d'un certain rang et si et convergent vers la même limite , alors converge et .
Cas particulier très utile : si avec , alors . En particulier, le produit d'une suite bornée par une suite qui tend vers tend vers .
Démonstration
Soit . À partir d'un certain rang, et , donc . Pour le cas particulier, on applique le théorème à ; si et , on prend .
Soit (). Le numérateur est borné : . Donc , et . Il est inutile — et d'ailleurs impossible — de savoir si converge : il suffit qu'il soit borné.
1.1.4 Suites monotones
Soit une suite réelle monotone.
- Toute suite croissante et majorée converge ; toute suite décroissante et minorée converge.
- Toute suite croissante non majorée tend vers ; toute suite décroissante non minorée tend vers .
Ce théorème est la clé de toute la théorie des séries à termes positifs (section 1.3.4) : leurs sommes partielles sont croissantes, et il suffit de les majorer pour conclure à la convergence. Il ne donne pas la valeur de la limite, mais il en garantit l'existence — ce qui permet ensuite de la calculer en passant à la limite dans une relation.
Le point 2 exige la monotonie : on a vu qu'une suite non majorée quelconque ne tend pas forcément vers .
1.1.5 Suites de référence
Suites arithmétiques et géométriques
- est arithmétique de raison si ; alors .
- est géométrique de raison si ; alors .
Comportement de :
Une suite géométrique de raison décroît vers en perdant la même proportion à chaque pas : c'est le modèle de toute décroissance « à taux constant » — désintégration radioactive, décharge d'un condensateur, actualisation d'une somme d'argent, consolidation d'un sol dans certains modèles.
1.1.6 Suites récurrentes
Beaucoup d'algorithmes produisent une suite définie par un premier terme et une relation .
Si , si et si est continue en , alors : la limite est un point fixe de .
Démonstration
(c'est la même suite décalée) et par continuité ; par unicité de la limite, .
Si est croissante sur un intervalle stable par () contenant , alors est monotone : croissante si , décroissante si .
Démonstration
Supposons et . Comme est croissante, , c'est-à-dire . On conclut par récurrence. Le cas est identique.
« croissante » ne veut pas dire « croissante »
Avec croissante, la suite est monotone, mais son sens dépend de : pour et , la suite est décroissante. Et si est décroissante, la suite n'est en général pas monotone du tout : elle tourne autour du point fixe (figure 1.2, à droite).
Soit et . La fonction est croissante sur et . Comme , la suite est croissante ; elle reste dans , donc elle est majorée par . Elle converge (théorème 1.7) vers un point fixe de : donne , soit (la racine est exclue).
croissante : la suite monte en escalier vers le point fixe . À droite (échelle double), est décroissante : la suite tourne en spirale autour du point fixe , alternativement au-dessus et
au-dessous.La suite du cours est sur Adloun
Le chapitre en entier, formules et figures comprises, avec le tuteur, les fiches, les QCM et les exercices.
Lire la suite du coursEn accès libre, sans inscription.