Rayonnement du dipôle oscillant ; diffusion Rayleigh
Cours complet · ondes électromagnétiques (MP), chapitre 4 · CPGE MP (2e année)
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Toute charge accélérée rayonne : c'est l'origine des ondes électromagnétiques émises par une antenne, par un atome excité ou par une molécule éclairée. Le modèle du dipôle oscillant — un moment dipolaire électrique sinusoïdal — constitue la brique élémentaire du rayonnement. Il permet d'expliquer aussi bien le fonctionnement d'une antenne que la couleur bleue du ciel et le rougissement du Soleil couchant, deux manifestations de la diffusion Rayleigh. Dans tout ce chapitre les expressions des champs sont admises ; l'objectif est de les exploiter par des arguments de symétrie, de conservation de l'énergie et d'analyse dimensionnelle, conformément au programme.
4.1 Le modèle du dipôle oscillant
4.1.1 Définition et exemples
Un dipôle électrique oscillant est une distribution de charges dont le moment dipolaire électrique varie sinusoïdalement dans le temps :
où est la charge de chacun des deux pôles séparés d'une distance , et la pulsation d'oscillation. On oriente conventionnellement le moment selon l'axe ; l'origine est placée au centre du dipôle.
On peut réaliser un tel dipôle par une charge fixe et une charge oscillant à la pulsation , ou plus simplement par une charge unique (un électron) oscillant autour d'une position d'équilibre : avec .
- Antenne demi-onde alimentée par un courant alternatif : les charges oscillent le long du brin conducteur ( dans le domaine radio ou hertzien).
- Atome excité qui se désexcite : l'électron oscille autour du noyau, dans le visible ().
- Molécule éclairée par une onde : le nuage électronique est mis en mouvement forcé à la pulsation de l'onde incidente (diffusion, ).
4.1.2 Les trois échelles de longueur
L'étude du rayonnement d'un dipôle repose sur la comparaison de trois longueurs caractéristiques.
On distingue :
- : la taille du dipôle (dimension de la source, ) ;
- : la distance d'observation entre la source et le point ;
- : la longueur d'onde du rayonnement, .
Le modèle du dipôle oscillant et l'étude de la zone de rayonnement supposent la double hiérarchie :
- L'approximation dipolaire signifie que la source est ponctuelle à l'échelle de l'onde : on peut négliger le retard entre les différentes parties du dipôle.
- L'approximation de la zone de rayonnement (ou zone de champ lointain) signifie que l'on observe l'onde à une distance grande devant la longueur d'onde, là où sa structure devient localement plane.
Ces deux conditions sont indépendantes. La première porte sur la source, la seconde sur le point d'observation. Toutes les expressions de champs de ce chapitre ne sont valables que dans la zone de rayonnement .
4.1.3 Géométrie et notations
On repère le point d'observation par ses coordonnées sphériques d'axe (axe du dipôle), avec la base sphérique . Par symétrie de révolution autour de , rien ne dépend de .
4.2 Champs rayonnés dans la zone de rayonnement
4.2.1 Expressions des champs (admises)
Dans la zone de rayonnement (), les champs créés en par le dipôle s'écrivent, en tenant compte du retard :
Ces expressions sont fournies ; on retiendra surtout leur structure.
4.2.2 Lecture qualitative de la structure
Méthode : Analyser la structure du champ rayonné
On exploite les expressions ci-dessus par trois arguments généraux.
- Onde localement plane, transverse, progressive. On a
La direction de propagation est (l'onde s'éloigne de la source) ; le trièdre est direct comme pour une OPPM dans le vide. Localement, au voisinage de , l'onde sphérique ressemble à une onde plane.
- Dépendance en . L'amplitude décroît en (et non en comme un champ électrostatique). C'est imposé par la conservation de l'énergie : la puissance traversant une sphère de rayon doit être indépendante de (voir ), donc le vecteur de Poynting en et le champ en .
- Dépendance en et en . Le champ est proportionnel à (nul dans l'axe du dipôle) et à (donc à l'accélération des charges, car ). Une charge rayonne parce qu'elle accélère.
On peut retrouver la structure sans calcul : doit être proportionnel à l'accélération , décroître en (conservation de l'énergie), s'annuler dans l'axe (symétrie) donc contenir , et le préfacteur assure l'homogénéité. Seul le facteur numérique exige le calcul complet.
Vérifier la cohérence .
Démonstration
Avec et la base sphérique directe , on obtient
En reportant on retrouve exactement l'expression de donnée, avec . La donnée du seul champ suffit donc à reconstruire .
4.3 Puissance rayonnée
4.3.1 Vecteur de Poynting
Le vecteur de Poynting est radial, dirigé vers l'extérieur :
Sa moyenne temporelle vaut (car ) :
On vérifie que décroît en et est toujours sortant () : le dipôle est bien une source qui cède de l'énergie au champ.
4.3.2 Formule de Larmor
La puissance moyenne totale rayonnée par le dipôle à travers une sphère de rayon vaut
Elle est indépendante de (conservation de l'énergie) et croît comme : c'est la loi en , essentielle pour la diffusion Rayleigh.
Démontrer la formule de Larmor.
Démonstration
On calcule le flux de à travers la sphère de rayon . L'élément de surface est , donc
Le facteur se simplifie (d'où l'indépendance en ). L'intégrale angulaire donne
On rappelle . D'où
Pour une charge d'accélération , on a et correspond à . La formule de Larmor se réécrit (où désigne l'accélération instantanée) : la puissance rayonnée est proportionnelle au carré de l'accélération. Une charge en mouvement rectiligne uniforme () ne rayonne pas.
4.4 Indicatrice de rayonnement
4.4.1 Définition et diagramme en
L'indicatrice de rayonnement est la représentation polaire, dans un plan méridien contenant l'axe , de la puissance moyenne rayonnée par unité d'angle solide en fonction de la direction :
- Le rayonnement est maximal dans le plan équatorial (perpendiculaire au dipôle).
- Le rayonnement est nul dans l'axe du dipôle et : un dipôle ne rayonne pas dans la direction de ses oscillations.
- L'indicatrice possède la symétrie de révolution autour de : le diagramme 3D est un tore (donut) engendré par la rotation du « papillon » .
Capacité numérique : Tracer l'indicatrice de rayonnement
Le diagramme polaire se trace en quelques lignes de Python (matplotlib, projection polaire). On mesure à partir de l'axe du dipôle.
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
theta = np.linspace(0, 2*np.pi, 400)
r = np.sin(theta)**2 # indicatrice en sin^2(theta)
fig = plt.figure()
ax = fig.add_subplot(111, projection='polar')
ax.plot(theta, r, color='teal')
ax.fill(theta, r, color='teal', alpha=0.2)
ax.set_title("Indicatrice de rayonnement du dipole")
plt.show()
On observe les deux lobes (« papillon »), maximaux à et nuls à .
4.5 Diffusion Rayleigh
4.5.1 Modèle de la charge élastiquement liée
Dans le modèle de l'électron élastiquement lié, l'électron d'une molécule est traité comme un point de charge et de masse , rappelé vers sa position d'équilibre par une force élastique (pulsation propre dans l'ultraviolet pour les molécules de l'air). Soumis au champ électrique d'une onde incidente (polarisée rectilignement), il obéit à
(On néglige la force magnétique et l'amortissement hors résonance.)
En régime sinusoïdal établi, l'électron oscille à la pulsation de l'onde. En notation réelle, avec
Le moment dipolaire induit a pour amplitude
La molécule éclairée se comporte donc comme un dipôle oscillant qui rayonne à son tour : c'est la diffusion de l'onde. L'énergie prélevée sur l'onde incidente est réémise dans toutes les directions selon l'indicatrice en .
Démonstration
On cherche solution de . En reportant, , d'où
Puis .
4.5.2 Régime de Rayleigh et loi en
Selon la position de par rapport à la pulsation propre :
- : régime de Rayleigh. Alors , donc est quasi indépendant de .
- : résonance, diverge (l'amortissement, ici négligé, borne l'amplitude) : forte absorption.
- : (électron quasi libre, diffusion Thomson).
Dans le régime de Rayleigh (), la puissance moyenne diffusée par une molécule s'obtient par la formule de Larmor avec (indépendant de ) :
La puissance diffusée croît comme , c'est-à-dire comme : le bleu (courte longueur d'onde) est bien plus diffusé que le rouge.
4.5.3 Section efficace de diffusion
(Complément hors programme strict — le programme ne demande que puissance diffusée, résonance et domaine de Rayleigh.)
La section efficace est le rapport de la puissance diffusée par la molécule au flux de puissance incident (intensité ) :
Homogène à une surface, elle mesure la « taille effective » de la molécule vue par l'onde.
En régime de Rayleigh,
où regroupe les constantes. Le rapport des intensités diffusées entre l'extrémité bleue () et rouge () du spectre visible vaut
Le bleu est donc diffusé environ 6 fois plus que le rouge.
4.5.4 Applications : bleu du ciel et rouge du couchant
La lumière solaire (blanche) traverse l'atmosphère et est diffusée par les molécules de l'air (, , dont est dans l'UV, donc : régime de Rayleigh). La loi en privilégie fortement les courtes longueurs d'onde :
- Ciel bleu : en regardant le ciel hors du disque solaire, on ne voit que la lumière diffusée, majoritairement bleue.
- Soleil rougeoyant au couchant : à l'horizon, les rayons traversent une grande épaisseur d'atmosphère ; le bleu, fortement diffusé, est retiré du faisceau direct, qui s'appauvrit en bleu et paraît rouge-orangé.
La lumière diffusée à de la direction du Soleil est notablement polarisée, conséquence de la structure vectorielle du rayonnement dipolaire (le champ diffusé est perpendiculaire à la direction d'observation). On l'observe avec un filtre polarisant.
Les gouttelettes d'eau des nuages ont une taille : on n'est plus dans le régime de Rayleigh () mais dans la diffusion de Mie, quasi indépendante de . Toutes les couleurs sont diffusées de la même façon les nuages paraissent blancs.
Synthèse
- Dipôle oscillant : , modèle de toute source rayonnante (antenne, atome, molécule). Hiérarchie des trois échelles : (approximation dipolaire + zone de rayonnement).
- Champs rayonnés (zone de rayonnement) : onde localement plane, transverse, progressive selon , avec . Amplitude : décroissance en (conservation de l'énergie), facteur (symétrie), facteur (accélération des charges).
- Puissance rayonnée (Larmor) : , indépendante de et .
- Indicatrice de rayonnement : ; maximale dans le plan équatorial, nulle dans l'axe du dipôle, tore par révolution.
- Diffusion Rayleigh : molécule = charge élastiquement liée dipôle induit . Régime : .
- Applications : ciel bleu (bleu plus diffusé que le rouge), Soleil rouge au couchant, polarisation du ciel à ; nuages blancs = diffusion de Mie (, achromatique).
Exercices d'entraînement
- Hiérarchie des échelles. Une antenne de taille émet à . Calculer et discuter si est satisfait. À quelle distance minimale se place-t-on en zone de rayonnement ?
- Direction d'émission. Un dipôle vertical rayonne. Dans quelle(s) direction(s) un récepteur capte-t-il un signal maximal ? nul ? Justifier avec l'indicatrice.
- Relation de structure. À partir de , retrouver et vérifier ainsi que le caractère direct du trièdre .
- Loi en . De combien la puissance rayonnée est-elle multipliée quand on double la fréquence à moment dipolaire fixé ?
- Intégrale angulaire. Recalculer et en déduire le facteur de la formule de Larmor.
- Fraction de puissance. Quelle fraction de la puissance totale est rayonnée dans le cône ? (calculer sur cet intervalle).
- Larmor et accélération. Un électron oscille à avec une amplitude . Estimer la puissance moyenne rayonnée.
- Dipôle induit. Établir et tracer qualitativement . Identifier les trois régimes.
- Section efficace bleu/rouge. Vérifier le rapport pour et .
- Couchant. Expliquer, chiffres à l'appui, pourquoi le Soleil paraît rouge à l'horizon alors qu'il est blanc au zénith. Rôle de l'épaisseur d'atmosphère traversée.
- Polarisation du ciel. Justifier que la lumière diffusée à est polarisée. Comment le vérifier expérimentalement ?
- Nuages blancs. Estimer la taille des gouttelettes d'eau et expliquer pourquoi la loi de Rayleigh ne s'applique plus. Quelle diffusion la remplace ?