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Interférences par division d'amplitude : l'interféromètre de Michelson

Cours complet · optique ondulatoire (PC), chapitre 4 · CPGE PC (2e année)

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Les trous d'Young réalisent des interférences par division du front d'onde : deux portions distinctes de l'onde incidente sont prélevées, puis recombinées. Ce procédé impose une source quasi ponctuelle, sous peine de brouiller les franges. L'interféromètre de Michelson repose sur un principe radicalement différent : la division d'amplitude. Une même onde est partagée en deux ondes de directions différentes par une lame semi-réfléchissante, puis recombinée après avoir suivi deux chemins distincts. L'avantage est décisif : le dispositif peut être éclairé par une source spatialement étendue, ce qui accroît considérablement la luminosité et ouvre la voie à la métrologie de précision (mesure de longueurs d'onde, d'écarts de doublets, de largeurs spectrales, d'indices et d'épaisseurs). Dans tout ce chapitre, conformément au programme, la séparatrice est supposée d'épaisseur négligeable.

4.1 Principe de l'interféromètre de Michelson

4.1.1 Description du dispositif

L'interféromètre de Michelson est constitué de quatre éléments optiques essentiels :

4.1.2 Division d'amplitude et rôle de la compensatrice

Un rayon issu de la source frappe la séparatrice sous incidence voisine de . Il donne naissance à deux rayons que l'onde incidente ne pouvait produire seule :

Chaque rayon est renvoyé par son miroir, revient sur la séparatrice, qui recombine une partie de chaque faisceau vers la voie de sortie. On récupère ainsi deux ondes cohérentes entre elles (issues du même rayon initial, donc du même point source) : elles interfèrent. C'est la division d'amplitude.

ImportantSéparatrice et compensatrice

La séparatrice étant une lame de verre, le faisceau réfléchi vers ne la traverse qu'une seule fois, tandis que le faisceau transmis vers la traverse trois fois (aller, retour, puis à nouveau à la recombinaison). Cette dissymétrie introduit une différence de marche parasite, dispersive (dépendant de ), qui ruinerait l'observation en lumière blanche. La compensatrice, lame de verre identique et parallèle, est placée sur l'autre voie pour que chaque faisceau traverse au total la même épaisseur de verre. Les deux voies sont alors optiquement équivalentes : la différence de marche ne provient plus que du décalage des miroirs.

4.2 Miroirs équivalents et lame d'air

4.2.1 Construction du miroir équivalent

L'analyse est grandement simplifiée par un procédé de « dépliage ». La séparatrice se comporte, pour la voie transmise, comme un miroir plan : on remplace le miroir par son image dans le plan de la séparatrice. Tout se passe alors comme si la lumière, après division, se réfléchissait sur les deux miroirs et sans changer de direction : le Michelson est optiquement équivalent à la lame d'air (ou au coin d'air) comprise entre et .

Définition 4.1Lame d'air / coin d'air équivalents

On appelle miroir équivalent l'image du miroir fixe par la séparatrice. La différence de marche entre les deux ondes recombinées ne dépend que de la position relative de et de :

  • si , l'espace entre les deux est une lame d'air d'épaisseur ;
  • si et font un petit angle , cet espace est un coin d'air d'épaisseur variable.

4.2.2 Différence de marche pour une lame d'air

Considérons séparés d'une épaisseur d'air (indice ). Un rayon incident sous l'angle d'incidence (par rapport à la normale aux miroirs) se réfléchit successivement sur les deux miroirs. La différence de marche entre les deux ondes émergentes est celle, classique, d'une lame à faces parallèles éclairée en réflexion :

iRemarque

On admet qu'il n'y a pas de terme supplémentaire à ajouter : les deux réflexions (sur et sur ) sont de même nature, leurs déphasages à la réflexion se compensent. L'ordre d'interférences en un point vu sous l'angle vaut donc

Le maximum de (et de ) est atteint au centre, pour : , .

4.3 Configuration lame d'air : anneaux d'égale inclinaison

4.3.1 Localisation à l'infini

En configuration lame d'air, la différence de marche ne dépend que de l'angle , et non du point d'entrée sur les miroirs. Tous les rayons ayant la même inclinaison (parallèles entre eux) émergent avec la même différence de marche : ils convergent, après une lentille, en un même point du plan focal. On dit que les franges sont localisées à l'infini.

Proposition 4.2Conditions d'observation

En lame d'air, on éclaire l'interféromètre par une source spatialement étendue (par exemple une lampe spectrale devant un dépoli), afin de disposer de tous les angles d'incidence . On observe les franges à l'infini, c'est-à-dire dans le plan focal image d'une lentille convergente (ou en accommodant l'œil à l'infini). Chaque frange correspond à une valeur de : c'est une frange d'égale inclinaison.

Comme la figure présente la symétrie de révolution autour de l'axe optique, les franges d'égale inclinaison sont des anneaux concentriques : les anneaux d'égale inclinaison.

4.3.2 Rayon des anneaux

Plaçons une lentille de distance focale derrière l'interféromètre ; un rayon d'inclinaison converge à la distance du centre. Un anneau brillant d'ordre vérifie . Pour les angles faibles, , donc

En notant l'ordre (non entier en général) au centre et ( numérote les anneaux à partir du centre), on obtient

Les rayons croissent comme : les anneaux sont resserrés vers le bord et espacés au centre. Ils sont d'autant plus fins et nombreux que l'épaisseur est grande.

4.3.3 Défilement des anneaux : chariotage

Translater le miroir (« chariotage ») fait varier l'épaisseur . Au centre, l'ordre change ; chaque fois que augmente d'une unité, un anneau naît au centre (si croît) ou y disparaît (si décroît). Si l'on compte anneaux défilant au centre lorsque se déplace de :

Cette relation est à la base de la mesure interférométrique des longueurs d'onde et des déplacements.

Méthode : Mesurer par chariotage

On règle la lame d'air, on repère le passage de anneaux au centre pendant que la vis micrométrique déplace d'une quantité lue sur le tambour. On en déduit . Compter un grand réduit l'incertitude relative .

4.4 Configuration coin d'air : franges d'égale épaisseur

4.4.1 Différence de marche et franges rectilignes

En inclinant légèrement , les miroirs équivalents et font un petit angle : c'est le coin d'air. On l'éclaire alors sous incidence quasi normale (, ), au moyen d'une source étendue et d'un faisceau peu ouvert. L'épaisseur d'air dépend de la position mesurée depuis l'arête du coin : . La différence de marche devient

ne dépend plus que de l'épaisseur locale : les franges joignent les points de même épaisseur, ce sont des franges d'égale épaisseur, rectilignes et parallèles à l'arête du coin.

4.4.2 Localisation sur les miroirs, interfrange

Proposition 4.3Conditions d'observation en coin d'air

Les franges d'égale épaisseur sont localisées au voisinage des miroirs (sur le coin lui-même). On les observe en formant, à l'aide d'une lentille, l'image des miroirs sur un écran (le coin est « conjugué » à l'écran). L'éclairage se fait en incidence quasi normale avec une source étendue.

Une frange brillante correspond à avec entier. Deux franges brillantes consécutives ( et ) sont distantes de l'interfrange

L'interfrange est uniforme : les franges sont équidistantes. Plus l'angle est petit, plus les franges sont larges et faciles à observer ; à angle nul (miroirs parallèles) on retombe sur la teinte uniforme de la lame d'air.

4.5 Localisation des franges : bilan

ImportantDeux régimes, deux localisations
Lame d'airCoin d'air
Miroirs équivalentsparallèlesinclinés d'un angle
Frangesd'égale inclinaisond'égale épaisseur
Formeanneaux concentriquesdroites parallèles à l'arête
Localisationà l'infinisur les miroirs
Éclairageétendu, tous angles étendu, incidence normale

La source étendue est autorisée précisément parce que la division d'amplitude fait interférer deux ondes issues du même rayon : le brouillage par extension de source, fatal aux trous d'Young, est ici évité à condition d'observer dans le plan de localisation. Hors de ce plan, les franges se brouillent.

4.6 Utilisation en lumière blanche et étude des sources

4.6.1 Lumière blanche : teinte plate et contact optique

En lumière blanche, chaque longueur d'onde donne son propre système de franges, avec son propre interfrange. Les systèmes ne coïncident que là où est très petite devant toutes les longueurs d'onde. On observe alors :

Méthode : Recherche du contact optique

On éclaire en lumière blanche et on chariote lentement jusqu'à voir apparaître les franges colorées, puis la frange blanche centrale : on a réalisé le contact optique (, ). C'est le réglage de référence : on repère ainsi le « zéro » de l'épaisseur avec une précision de l'ordre du micromètre.

4.6.2 Étude des sources : doublet et largeur spectrale

Doublet.

Une source comme la lampe à vapeur de sodium émet deux raies voisines et (doublet, , petit). Les deux systèmes d'anneaux se superposent ; le contraste est maximal quand ils coïncident et nul (anticoïncidence) quand ils sont décalés d'une demi-frange. En chariotant, la visibilité des franges passe par des minima périodiques. Entre deux brouillages successifs, l'épaisseur varie de tel que les ordres des deux radiations diffèrent d'une unité :

La mesure de entre deux brouillages donne l'écart du doublet.

Largeur spectrale et longueur de cohérence.

Une raie réelle n'est pas monochromatique : elle possède une largeur . Les franges ne restent contrastées que tant que reste inférieure à la longueur de cohérence . Au-delà, elles disparaissent définitivement. On mesure donc en repérant l'épaisseur (soit ) à partir de laquelle les franges cessent d'être visibles, avec .

4.7 Synthèse du chapitre

À retenir
  • Principe : le Michelson divise l'amplitude d'une même onde (séparatrice), d'où l'usage d'une source étendue. La compensatrice égalise les traversées de verre des deux voies.
  • Miroir équivalent : , image de par la séparatrice. Le dispositif équivaut à la lame (ou au coin) d'air entre et .
  • Lame d'air (, épaisseur ) : , ordre , au centre. Franges d'égale inclinaison, anneaux localisés à l'infini, . Chariotage : anneaux au centre.
  • Coin d'air (angle , incidence normale) : , franges d'égale épaisseur rectilignes, localisées sur les miroirs, interfrange .
  • Lumière blanche : frange centrale blanche au contact optique (), franges irisées, puis teinte plate. Réglage de référence.
  • Sources : doublet (brouillages périodiques) ; largeur spectrale via la longueur de cohérence .

<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>4.8 Exercices résolus

Exemple 4.4Ordre au centre en lame d'air

Le Michelson est réglé en lame d'air d'épaisseur et éclairé par une radiation (raie verte du mercure). Quel est l'ordre d'interférences au centre ? Combien d'anneaux, au maximum, sont visibles jusqu'à ?

Démonstration

Au centre : . L'ordre au centre vaut donc environ . Pour , et . Le nombre d'anneaux entre le centre et est , soit un seul anneau complet visible dans ce petit champ. Pour en voir davantage il faut augmenter .

Exemple 4.5Mesure d'une longueur d'onde par chariotage

On chariote et l'on compte anneaux passant au centre pendant que le tambour indique un déplacement . En déduire .

Démonstration

. On retrouve la raie verte du mercure. Compter un grand nombre d'anneaux améliore la précision relative .

Exemple 4.6Interfrange en coin d'air

Le Michelson est réglé en coin d'air d'angle , éclairé par . Calculer l'interfrange. Comment évolue-t-il si l'on réduit de moitié ?

Démonstration

. En divisant par deux, double : les franges s'élargissent. On règle ainsi la largeur des franges à l'observation.

Exemple 4.7Écart du doublet du sodium

En chariotant en lumière du sodium (doublet , ), on observe des brouillages périodiques : l'épaisseur varie de entre deux brouillages. En déduire et comparer.

Démonstration

avec : . La valeur tabulée du doublet est : accord excellent. Chaque brouillage correspond à un ordre de retard d'une radiation sur l'autre.

Exemple 4.8Longueur de cohérence d'une raie

En chariotant en lumière d'une lampe spectrale, les franges disparaissent lorsque dépasse . Estimer la largeur spectrale de la raie ().

Démonstration

La longueur de cohérence est . Alors . La raie est extrêmement fine (source très monochromatique, typique d'un laser ou d'une raie isotopique).

Exemple 4.9Épaisseur d'une lame introduite dans une voie

On introduit sur la voie de une lame de verre d'indice et d'épaisseur (traversée à l'aller et au retour). De combien d'anneaux le centre défile-t-il ? (.)

Démonstration

La lame ajoute un chemin optique supplémentaire sur la voie considérée (différence entre verre et air, aller-retour). Le nombre d'anneaux défilant est , soit environ anneaux. On mesure ainsi , donc l'indice ou l'épaisseur.

4.9 Exercices d'entraînement

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