Mécanique des fluides
Cours complet · physique-chimie (terminale), chapitre 16 · terminale, spécialité physique-chimie
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Pourquoi un iceberg flotte-t-il ? Pourquoi l'eau accélère-t-elle quand on pince un tuyau d'arrosage ? Comment un avion mesure-t-il sa vitesse ? La mécanique des fluides répond à ces questions avec un petit nombre d'outils puissants : la poussée d'Archimède pour les fluides au repos, la conservation du débit et la relation de Bernoulli pour les fluides en écoulement. Ce chapitre prolonge la statique des fluides étudiée en Première () par une introduction à la dynamique des écoulements, dont les applications vont de la médecine (circulation sanguine, sténoses) à l'aéronautique en passant par la distribution d'eau.
16.1 Rappels : pression dans un fluide au repos
Dans un fluide incompressible au repos, de masse volumique , la pression croît avec la profondeur. Entre deux points et tels que est situé à une profondeur sous :
avec en pascals (), en , et en mètres. Dans l'eau (), la pression augmente d'environ bar () tous les mètres.
16.2 La poussée d'Archimède
16.2.1 Origine du phénomène
Un corps immergé dans un fluide reçoit sur toute sa surface des forces de pression. Comme la pression augmente avec la profondeur, les forces qui s'exercent sur le bas du corps (dirigées vers le haut) sont plus intenses que celles qui s'exercent sur le haut (dirigées vers le bas). La résultante de toutes ces forces de pression est donc dirigée vers le haut : c'est la poussée d'Archimède.
La dissymétrie des forces de pression (plus intenses en bas qu'en haut) produit une résultante verticale ascendante : la poussée d'Archimède .
16.2.2 Expression vectorielle
Un corps entièrement immergé dans un fluide de masse volumique subit une force verticale, dirigée vers le haut, égale à l'opposé du poids du fluide déplacé :
où est le volume de fluide déplacé (le volume immergé du corps). Sa norme vaut . Pour un corps partiellement immergé (flotteur), est le volume de la partie immergée seulement.
Pour un corps homogène de masse volumique entièrement immergé, comparons la poussée et le poids :
- si : le poids l'emporte, le corps coule ;
- si : la poussée l'emporte, le corps remonte et flotte ; à l'équilibre en surface, la poussée (calculée sur le volume immergé) compense exactement le poids ;
- si : le corps est en équilibre indifférent entre deux eaux.
Trois situations, selon le résultat du bras de fer entre le poids et la poussée.
Un ballon de volume est maintenu entièrement sous l'eau. La poussée d'Archimède vaut :
soit l'équivalent du poids d'une masse de : il faut le retenir fermement !
16.3 Écoulement d'un fluide en régime permanent
16.3.1 Régime permanent et débit volumique
Un écoulement est en régime permanent (ou stationnaire) lorsque la vitesse du fluide en chaque point est indépendante du temps : la carte des vitesses ne change pas, même si chaque particule de fluide, elle, se déplace.
Le débit volumique d'un écoulement à travers une section est le volume de fluide qui traverse cette section par unité de temps :
où est la vitesse (moyenne) du fluide à travers la section. s'exprime en , en et en .
Pour un fluide incompressible en régime permanent dans une conduite, le débit volumique est le même à travers toute section :
Conséquence : dans un rétrécissement (), la vitesse augmente () — c'est l'effet du pouce sur le tuyau d'arrosage.
Conservation du débit : le même volume traverse chaque section à chaque seconde ; là où la conduite se resserre, le fluide accélère.
De l'eau circule à dans une conduite de diamètre , qui se rétrécit à . Les sections sont proportionnelles aux carrés des diamètres, donc :
Diviser le diamètre par 2 multiplie la vitesse par 4.
16.4 La relation de Bernoulli
16.4.1 Énoncé
Pour un fluide incompressible de masse volumique , en écoulement permanent et sans frottement, entre deux points 1 et 2 d'une même ligne de courant :
où est la vitesse du fluide, l'altitude et la pression. La quantité se conserve le long de l'écoulement.
Chaque terme de la relation de Bernoulli est homogène à une énergie par unité de volume () : est l'énergie cinétique volumique, l'énergie potentielle volumique, et joue le rôle d'une énergie volumique « de pression ». La relation de Bernoulli exprime la conservation de l'énergie mécanique du fluide en l'absence de frottements — dans l'esprit du chapitre 10. Elle est fournie dans les sujets : il faut savoir l'exploiter, pas la démontrer.
À altitude constante (), la relation de Bernoulli donne constante :
là où la vitesse augmente, la pression diminue.
Ce résultat, contre-intuitif, explique de nombreux phénomènes : aspiration des feuilles par une voiture rapide, rapprochement de deux rideaux de douche, portance...
16.4.2 L'effet Venturi
Dans une conduite horizontale présentant un rétrécissement, la conservation du débit impose une vitesse plus grande dans la section étroite ; la relation de Bernoulli impose alors une pression plus faible dans cette section : c'est l'effet Venturi. La chute de pression, mesurable, renseigne sur la vitesse et le débit.
Tube de Venturi : les tubes verticaux mesurent la pression locale. Dans l'étranglement, la vitesse est plus grande et le niveau — donc la pression — est plus bas ; la pression remonte lorsque la conduite s'élargit à nouveau.
- Mesure de débit : les débitmètres Venturi équipent conduites industrielles et réseaux d'eau ; la mesure de donne .
- Trompe à eau et pulvérisateurs : la dépression dans l'étranglement aspire un autre fluide (air, insecticide, carburant dans les anciens carburateurs).
- Médecine : dans une artère partiellement obstruée (sténose), le sang accélère et la pression chute — ce qui peut aggraver l'affaissement du vaisseau ; le même principe sert à mesurer les débits sanguins par Doppler.
Méthode : Exploiter quantitativement la relation de Bernoulli
- Choisir deux points 1 et 2 d'une même ligne de courant, dont l'un porte les grandeurs connues (souvent une surface libre : , ou un point où ).
- Écrire la relation de Bernoulli entre ces deux points, avec un axe vertical ascendant.
- Si nécessaire, relier et par la conservation du débit .
- Isoler l'inconnue (vitesse, pression, altitude) et vérifier l'homogénéité.
Un réservoir ouvert est percé d'un petit orifice à une profondeur sous la surface libre. Appliquons Bernoulli entre un point 1 de la surface libre (, car le réservoir est large, ) et le jet à l'orifice (, ) :
C'est la même vitesse que celle d'une chute libre de hauteur (chapitre 10) — cohérent avec l'interprétation énergétique de Bernoulli.