Propagation non dispersive : équation de d'Alembert
Cours complet · physique des ondes (PSI), chapitre 1 · CPGE PSI (2e année)
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Une onde est la propagation, sans transport de matière, d'une perturbation d'un milieu. La note d'une corde de guitare, le son qui remplit une salle de concert, la lumière d'une étoile lointaine : trois phénomènes apparemment sans lien commun. Pourtant, dans chacun d'eux, une même grandeur — déplacement d'une corde, surpression de l'air, champ électrique — obéit à une seule et même équation aux dérivées partielles, l'équation de d'Alembert
Le nombre , homogène à une vitesse, est la célérité : la vitesse à laquelle la perturbation se déplace dans le milieu. Ce chapitre établit cette équation dans trois contextes — la corde vibrante (et le câble coaxial), l'acoustique dans un fluide, l'électromagnétisme dans le vide — puis en explore les solutions : ondes progressives, ondes planes harmoniques et ondes stationnaires. Le message est celui d'une unité profonde : la même physique se cache derrière la même équation.
1.1 La corde vibrante
1.1.1 Modèle et hypothèses
On considère une corde inextensible, homogène, de masse linéique (en ), tendue horizontalement le long de l'axe avec une tension au repos . On étudie ses petits mouvements transverses : chaque point d'abscisse se déplace verticalement d'une quantité , sans mouvement longitudinal appréciable.
On suppose l'angle que fait la corde avec l'horizontale petit à tout instant : , c'est-à-dire . On peut alors écrire et . La tension conserve sa norme, , et le mouvement longitudinal est négligeable.
1.1.2 Établissement de l'équation
Isolons l'élément de corde compris entre les abscisses et . Sa masse est . Il subit la tension de la partie gauche, , et celle de la partie droite, (on néglige le poids devant les forces de tension). La projection sur l'axe vertical du principe fondamental de la dynamique donne
Avec et un développement au premier ordre en :
En égalant et en simplifiant par , on obtient l'équation de d'Alembert.
Le déplacement transverse d'une corde infiniment souple de masse linéique tendue avec la tension vérifie, dans l'approximation des petits mouvements,
La célérité croît avec la tension (raideur du milieu) et décroît avec l'inertie linéique .
La structure est universelle : plus le milieu est « raide » et plus il est « léger », plus l'onde va vite. On la retrouvera en acoustique () et pour le câble coaxial ().
1.1.3 Le câble coaxial sans pertes
Un câble coaxial transmet une onde de tension et de courant. On le modélise par une ligne à constantes réparties : chaque tronçon porte une inductance (inductance linéique , en ) en série et une capacité (capacité linéique , en ) en parallèle.
Démonstration (Équations des télégraphistes)
La loi des mailles sur le tronçon (chute de tension aux bornes de ) et la loi des nœuds (courant dérivé dans ) donnent, au premier ordre en ,
En dérivant la première par rapport à et la seconde par rapport à , on élimine :
C'est une équation de d'Alembert de célérité . Le courant obéit à la même équation.
Pour une onde progressive dans le câble, tension et courant sont proportionnels : , avec l'impédance caractéristique
Pour une onde régressive, . Une terminaison résistive (adaptation d'impédance) n'engendre aucune réflexion ; une terminaison ouverte () ou en court-circuit () réfléchit totalement l'onde de tension (avec respectivement et pour coefficient de réflexion).
1.2 Les ondes sonores dans un fluide
1.2.1 Approximation acoustique
Un son est une petite perturbation d'un fluide au repos. On note les grandeurs à l'équilibre (masse volumique), (pression), et la vitesse nulle. Le passage de l'onde crée trois champs de faible amplitude : la surpression , l'excès de masse volumique , et la vitesse particulaire .
On suppose que les champs , et sont des infiniment petits du premier ordre : , , et . On linéarise alors les équations en ne conservant que les termes du premier ordre. L'évolution est adiabatique et réversible, caractérisée par le coefficient de compressibilité isentropique
On classe les sons par fréquence : infrasons (), sons audibles (–), ultrasons (). Le modèle de l'onde plane suppose que la longueur d'onde reste petite devant les obstacles rencontrés, faute de quoi la diffraction rend l'onde localement non plane. Pour un son de , .
1.2.2 Les trois équations linéarisées
On établit trois relations, chacune au premier ordre.
(1) Équation de la dynamique (Euler linéarisée). Le PFD sur une particule de fluide, , devient au premier ordre (le terme convectif est du second ordre) :
(2) Conservation de la masse linéarisée. donne au premier ordre :
(3) Équation thermodynamique. La définition de relie surpression et excès de masse volumique :
Démonstration (Combinaison des trois équations)
On injecte (3) dans (2) : , soit
On dérive (1) par rapport à et (2') par rapport à :
En éliminant la dérivée croisée de , il vient .
La surpression (et de même , ) obéit à l'équation de d'Alembert
En dimension trois, l'opérateur se généralise en laplacien : .
Pour un gaz parfait de coefficient , la transformation isentropique donne , d'où
La célérité ne dépend que de la température (et non de la pression). Dans l'air à : ; dans l'eau, .
1.2.3 Onde plane progressive harmonique et impédance acoustique
Cherchons une onde plane progressive harmonique se propageant vers les croissants : , avec . L'équation d'Euler (1) impose alors une vitesse : les champs et sont en phase, et l'onde est longitudinale ( direction de propagation).
Pour une onde plane progressive harmonique, le rapport de la surpression à la vitesse particulaire est une constante caractéristique du milieu, l'impédance acoustique
Pour une onde régressive ( décroissants), . On la définit aussi comme le rapport de la surpression au débit volumique à travers une section : . L'impédance de l'air vaut , celle de l'eau .
1.2.4 Énergie acoustique et niveau sonore
On admet les expressions de la densité volumique d'énergie acoustique et du vecteur densité de courant énergétique (analogue du vecteur de Poynting) :
Ces deux grandeurs vérifient un bilan local de conservation en l'absence de dissipation. Pour une onde plane progressive harmonique, la moyenne temporelle du flux surfacique définit l'intensité sonore.
L'intensité sonore est le flux énergétique moyen par unité de surface :
Le niveau d'intensité sonore en décibels se définit par rapport au seuil de référence :
Seuil d'audition : (). Conversation : . Rue passante : . Concert / seuil de douleur : (). Une multiplication de par ajoute ; par , environ .
Loin d'une source ponctuelle (sphère pulsante), la surpression prend la forme : la structure locale reste celle d'une onde plane, mais l'amplitude décroît en . La puissance totale traversant une sphère de rayon étant conservée, est indépendante de ; comme , l'amplitude décroît nécessairement en (atténuation géométrique, sans dissipation).
Lorsque source et récepteur sont en mouvement relatif à la vitesse , la fréquence perçue est décalée de . La détection synchrone d'un signal ultrasonore réfléchi permet, en mesurant ce décalage, de remonter à la vitesse d'une cible (mesure de débit sanguin, radar de vitesse).
1.3 Bilan de Poynting de l'énergie électromagnétique
Avant d'étudier les ondes électromagnétiques, on rappelle la comptabilité énergétique du champ, valable dans un milieu quelconque.
La densité volumique d'énergie électromagnétique et le vecteur de Poynting
vérifient l'équation locale de Poynting
Le terme est la puissance volumique cédée par le champ aux charges (effet Joule). Le flux de à travers une surface fermée mesure la puissance électromagnétique rayonnée à travers cette surface.
La puissance électromagnétique traversant une surface est le flux du vecteur de Poynting :
Dans le vide (), l'énergie électromagnétique se conserve : .
1.4 Les ondes électromagnétiques dans le vide
1.4.1 Des équations de Maxwell à d'Alembert
Dans une région du vide sans charges ni courants (, ), les équations de Maxwell s'écrivent
Démonstration (Découplage des champs)
Prenons le rotationnel de l'équation de Maxwell--Faraday :
On utilise l'identité . Comme , il reste
Un calcul identique à partir de Maxwell--Ampère donne la même équation pour .
Chaque composante des champs et vérifie l'équation de d'Alembert
Le champ électromagnétique se propage dans le vide à la vitesse de la lumière , la même pour tous les observateurs.
Toutes les ondes électromagnétiques partagent cette célérité ; elles diffèrent par leur fréquence : ondes radio (), micro-ondes, infrarouge, visible (), ultraviolet, rayons X, rayons . À chaque domaine ses applications : radiodiffusion, four à micro-ondes, thermographie, imagerie médicale.
1.4.2 Structure de l'onde plane progressive harmonique
Considérons une onde plane progressive se propageant selon , dont les champs ne dépendent que de et . La divergence nulle impose (à une constante statique près) : le champ électrique est transverse. Il en va de même pour .
Pour une onde plane progressive se propageant selon le vecteur unitaire :
- les champs et sont transverses : et ;
- ils sont mutuellement orthogonaux et forment le trièdre direct ;
- ils sont en phase et liés par
En notation complexe pour une OPPH, et , ce qui donne directement .
Le vecteur de Poynting est dirigé selon : l'énergie se propage dans le sens de l'onde. Sa moyenne temporelle vaut
Ordres de grandeur : le flux solaire au sol est d'environ (), un laser hélium-néon délivre sur . La relation d'Einstein--Planck relie le flux énergétique à un flux de photons : photons par mètre carré et par seconde.
1.4.3 Polarisation rectiligne et loi de Malus
Le champ électrique d'une onde plane progressive harmonique est transverse : il vit dans le plan . Une onde est polarisée rectilignement lorsque garde une direction fixe au cours du temps :
Un polariseur ne laisse passer que la composante du champ parallèle à son axe. Une lumière polarisée rectilignement d'intensité , traversant un analyseur dont l'axe fait l'angle avec la direction de polarisation, en ressort avec l'intensité
(la composante transmise est , et ). En tournant l'analyseur, l'intensité passe par un maximum () et s'annule (, extinction) : ce comportement distingue une lumière polarisée d'une lumière naturelle qui, elle, donne une intensité indépendante de .
1.5 Les solutions de l'équation de d'Alembert
1.5.1 Ondes progressives : solution de d'Alembert
La solution générale de s'écrit comme la superposition de deux ondes progressives de célérité :
où et sont deux fonctions arbitraires (de classe ), déterminées par les conditions initiales.
Démonstration (Changement de variables)
Posons et . Alors et . On calcule
L'équation devient , soit . En intégrant, est la somme d'une fonction de seul et d'une fonction de seul : .
La fonction représente une perturbation de forme invariable qui se translate vers les croissants à la vitesse : à l'instant , le profil est celui de décalé de .
1.5.2 Ondes planes progressives harmoniques
Un cas fondamental est celui d'un profil sinusoïdal. En notation réelle :
avec la pulsation , le nombre d'onde , et la relation de dispersion imposée par d'Alembert
Le vecteur d'onde pointe dans la direction de propagation. La vitesse de phase est la vitesse d'un point de phase constante. En notation complexe, on pose avec ; les dérivations deviennent et , ce qui simplifie considérablement les calculs.
L'équation de d'Alembert donne : la vitesse de phase est indépendante de la fréquence. Toutes les harmoniques d'un signal voyagent à la même vitesse, si bien qu'un paquet d'ondes se propage sans se déformer. Un tel milieu est dit non dispersif. Grâce à l'analyse de Fourier, toute onde non harmonique se décompose en somme d'ondes planes progressives harmoniques, et le principe de superposition (équation linéaire) permet de reconstruire la solution.
1.5.3 Ondes stationnaires et modes propres
Lorsqu'une onde est confinée entre deux bords réfléchissants, les ondes progressive et régressive se superposent en une onde stationnaire, dont on cherche les solutions à variables séparées .
Une onde stationnaire s'écrit comme le produit d'une fonction d'espace par une fonction du temps :
Contrairement à une onde progressive, l'espace et le temps n'y sont pas couplés : tous les points vibrent en phase (ou en opposition), avec une amplitude fixée par . Les points d'amplitude nulle sont les nœuds, ceux d'amplitude maximale les ventres. Réciproquement, on décompose : une stationnaire est somme de deux progressives de sens opposés.
Méthode : Modes propres d'une corde fixée aux deux bouts
Une corde de longueur fixée en et impose les conditions aux limites et .
- donne , d'où .
- impose , soit avec .
- Le nombre d'onde et les fréquences sont donc quantifiés :
Chaque entier définit un mode propre de profil vibrant à la fréquence . Le mode est le fondamental (), les modes sont les harmoniques. Le mode possède ventres et nœuds (dont les extrémités). Le mouvement général de la corde est une superposition de ses modes propres, dont les amplitudes se calculent par analyse de Fourier des conditions initiales.
Si l'on excite une corde tendue par un vibreur à fréquence réglable, on observe des résonances : l'amplitude devient très grande chaque fois que la fréquence d'excitation coïncide avec une fréquence propre . On visualise alors nettement les ventres du mode. C'est l'expérience de la corde de Melde, qui associe mode propre et résonance en régime forcé.
1.6 Synthèse du chapitre
Équation de d'Alembert. (généralisée : ). Elle décrit une propagation non dispersive à la célérité .
Quatre célérités.
- Corde vibrante : (rappel = tension, inertie = masse linéique).
- Câble coaxial sans pertes : , impédance caractéristique .
- Acoustique : ; gaz parfait ( air, eau).
- Électromagnétisme dans le vide : .
Acoustique. Trois équations linéarisées (Euler, conservation de la masse, ) d'Alembert. Onde longitudinale. Impédance . Intensité ; niveau , .
Poynting. , ; bilan local .
Onde EM plane progressive. Trièdre direct , transverse, , . Polarisation rectiligne, loi de Malus .
Solutions. Générale : . Harmonique : , , . Stationnaire : ; corde fixée quantification , , .
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>1.7 Exercices résolus
Montrer que (gaussienne se propageant) est solution de l'équation de d'Alembert. Interpréter.
Démonstration
Posons ; alors avec et . On a et ; de même et . Donc et : l'équation est vérifiée pour toute fonction de . La gaussienne se translate sans déformation à la vitesse (milieu non dispersif).
Le son parcourt dans l'air à . Quelle est sa célérité à (avion en altitude) ?
Démonstration
Pour un gaz parfait, (avec en kelvins). Ainsi
d'où . Le son est plus lent dans l'air froid.
Deux haut-parleurs identiques produisent chacun en un point. Quel est le niveau résultant s'ils émettent des sons incohérents ?
Démonstration
Pour des sources incohérentes, les intensités s'ajoutent : . Or
Doubler la puissance sonore n'ajoute que : l'oreille est loin d'un capteur linéaire.
Une onde sonore dans l'air () a une amplitude de surpression (parole courante). Calculer l'amplitude de vitesse particulaire et l'intensité .
Démonstration
Par définition de l'impédance, , soit : un déplacement infime. L'intensité vaut
soit , cohérent avec une conversation.
Une corde de guitare de longueur , de masse linéique , est accordée sur (La). Quelle tension faut-il appliquer ?
Démonstration
La fréquence fondamentale vaut , d'où . Numériquement, (la célérité), donc
Une centaine de newtons, cohérente avec la tension réelle d'une corde de guitare.
Une onde EM plane se propage selon avec . Déterminer , vérifier le trièdre, calculer et sa moyenne.
Démonstration
La structure de l'onde plane donne avec . Or , donc . Le trièdre est direct, les champs sont transverses, en phase, . Le vecteur de Poynting
pointe dans le sens de propagation.
Un câble coaxial a et . Calculer et . Quelle résistance de terminaison évite toute réflexion ?
Démonstration
La célérité vaut , soit (le diélectrique ralentit l'onde). L'impédance caractéristique est
Une terminaison réalise l'adaptation : le coefficient de réflexion s'annule, aucune onde ne revient.
1.8 Exercices d'entraînement
- Homogénéité. Vérifier par analyse dimensionnelle que , , et sont bien homogènes à une vitesse.
- Solution de d'Alembert. Une corde infinie a pour profil initial et une vitesse initiale nulle. Montrer que : la bosse se sépare en deux impulsions se propageant en sens opposés.
- Corde pincée. Une corde de longueur vibre sur son mode . Combien de nœuds et de ventres compte-t-elle ? Placer leurs abscisses.
- Fréquences propres. Une corde de est effleurée en son milieu (nœud imposé en ). Quels modes survivent ? En déduire les trois premières fréquences audibles.
- Niveau sonore et distance. Un marteau-piqueur émet à . En supposant une onde sphérique, à quelle distance le niveau tombe-t-il à ? (indice : ).
- Compressibilité de l'eau. L'eau a et . En déduire puis l'impédance , et commenter le contraste air/eau.
- Validité de l'approximation acoustique. Estimer l'ordre de grandeur de pour un son de dans l'air (). Justifier a posteriori la linéarisation.
- Onde stationnaire acoustique. Un tuyau de longueur ouvert aux deux extrémités impose des nœuds de surpression aux bords. Adapter le raisonnement de la corde pour trouver les fréquences propres .
- Câble coaxial. Un câble de est terminé par un court-circuit. Déterminer le coefficient de réflexion en tension et décrire l'onde stationnaire de tension établie sur la ligne.
- Loi de Malus. Une lumière naturelle d'intensité traverse deux polariseurs croisés à . On intercale un troisième polariseur à entre les deux. Calculer l'intensité transmise et commenter.
- Laser hélium-néon. Un laser délivre sur un faisceau de de diamètre. Calculer l'intensité surfacique moyenne, l'amplitude du champ électrique, puis le flux de photons ().
- Superposition et battements. Deux ondes harmoniques de même amplitude et de fréquences voisines et () se superposent en un point. Montrer, en notation réelle, que l'amplitude résultante est modulée à la fréquence (battements) et donner la période d'extinction du son.
- Effet Doppler. Un émetteur ultrasonore fixe () éclaire une cible s'approchant à . Estimer le décalage Doppler du signal réfléchi reçu (indice : double décalage aller-retour).