Puits de potentiel infini : états stationnaires et non stationnaires
Cours complet · physique quantique (MP), chapitre 4 · CPGE MP (2e année)
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Confiner une particule dans une boîte de taille , c'est lui interdire certaines énergies : la quantification n'est pas un postulat, c'est une conséquence du confinement. Ce chapitre en donne le modèle le plus simple et le plus fécond.
Le chapitre précédent a montré qu'une particule quantique pénètre dans les zones classiquement interdites ; nous montrons ici que le confinement quantifie l'énergie. Nous étudions pour cela le modèle idéalisé le plus simple : le puits de potentiel infini à une dimension. Malgré sa simplicité, il capture l'essentiel de la physique du confinement : quantification de l'énergie, énergie minimale non nulle, ondes stationnaires de probabilité. Il permet en outre d'introduire les états non stationnaires, superpositions d'états d'énergie bien définie dont la densité de présence oscille au cours du temps.
4.1 Le modèle du puits de potentiel infini
4.1.1 Définition du potentiel
On considère une particule de masse astreinte à se déplacer sur un segment de longueur de l'axe . On modélise ce confinement par un potentiel nul à l'intérieur du segment et infini à l'extérieur : la particule ne peut absolument pas franchir les parois.
Le puits de potentiel infini (ou boîte quantique unidimensionnelle) de largeur est défini par le potentiel
La particule est confinée : la probabilité de la trouver hors de l'intervalle est rigoureusement nulle.
Ce potentiel est une idéalisation. Physiquement, il modélise par exemple un électron piégé dans une nanostructure (boîte ou fil quantique), un électron de conduction dans un petit conducteur, ou encore, en première approche, un nucléon dans un noyau. Les parois « infinies » représentent des barrières de potentiel très hautes devant l'énergie de la particule (voir le modèle des marches finies du chapitre précédent).
4.2 États stationnaires et quantification de l'énergie
4.2.1 Équation de Schrödinger stationnaire
On cherche les états stationnaires de la particule, c'est-à-dire les solutions de l'équation de Schrödinger de la forme
pour lesquelles la densité de probabilité est indépendante du temps. La fonction est solution de l'équation de Schrödinger indépendante du temps :
À l'extérieur du puits, impose : la particule ne peut s'y trouver. Par continuité de la fonction d'onde, on obtient les conditions aux limites
Ce sont ces conditions imposées aux bords qui vont sélectionner les énergies permises.
Contrairement au cas des marches de potentiel finies, on n'impose pas ici la continuité de la dérivée aux parois : le potentiel infini rend cette condition caduque. La fonction d'onde présente une pente non nulle qui se raccorde à zéro à l'extérieur.
4.2.2 Résolution dans le puits
À l'intérieur du puits (), et l'équation devient
Pour une particule confinée on cherche , donc réel. La solution générale est
Méthode : Application des conditions aux limites
On applique successivement les deux conditions de bord :
- En : . La solution se réduit à .
- En : . Comme (sinon , état sans particule), il faut , soit
Seules les valeurs sont autorisées : le vecteur d'onde, donc l'énergie, est quantifié.
4.2.3 Quantification de l'énergie
En reportant dans , on obtient le spectre d'énergie.
Les seules énergies permises pour une particule dans un puits infini de largeur sont
L'entier est le nombre quantique. L'énergie ne peut prendre qu'une suite discrète de valeurs, proportionnelles à : les niveaux sont de plus en plus espacés lorsque croît.
On passe de à par , d'où et le facteur au dénominateur. Les deux écritures sont équivalentes ; la forme en est commode pour les applications numériques.
4.2.4 Fonctions d'onde stationnaires
À chaque énergie correspond une fonction d'onde . La constante est fixée par la condition de normalisation : la probabilité de trouver la particule quelque part dans le puits vaut ,
On en déduit (choisi réel positif).
Les états stationnaires du puits infini sont, à une phase globale près,
La fonction présente nœuds intérieurs (points où ) et ventres. Ces fonctions forment une base orthonormée :
{Trois premiers niveaux d'énergie () et fonctions d'onde associées , tracées à partir de leur niveau.}
Exprimer et en fonction de , puis les écarts et .
Démonstration
Comme avec , on a directement et . Les écarts valent
Les niveaux s'écartent linéairement : . Contrairement à l'oscillateur harmonique (niveaux équidistants), le puits infini a des niveaux de plus en plus espacés.
4.3 Propriétés physiques des états stationnaires
4.3.1 Énergie minimale non nulle
Le nombre quantique commence à (car donnerait , absence de particule). L'énergie la plus basse accessible est donc
Une particule confinée ne peut pas être au repos : son énergie minimale est strictement positive. Ce résultat s'interprète par l'inégalité de Heisenberg spatiale. La particule est localisée sur , donc son impulsion présente une dispersion . L'énergie cinétique associée est de l'ordre de
soit précisément l'ordre de grandeur de . Plus le confinement est fort (petit ), plus l'énergie minimale est élevée : c'est la « pression quantique » du confinement.
Ce raisonnement dépasse le cadre du puits rectangulaire : il permet d'estimer l'énergie de l'état fondamental d'une particule confinée dans un puits de forme quelconque, ce qui est un exigible du programme.
Méthode : Énergie de confinement d'un puits quelconque
Pour estimer l'énergie du fondamental d'une particule de masse confinée dans un puits non rectangulaire :
- on suppose la particule confinée sur une taille , a priori inconnue : ;
- l'inégalité de Heisenberg impose alors une impulsion , donc une énergie cinétique de confinement ;
- on évalue l'énergie potentielle à la même échelle et l'on forme
- on minimise par rapport à . L'état fondamental résulte du compromis entre l'énergie cinétique de confinement, qui pousse la particule à s'étaler (elle décroît quand augmente), et l'énergie potentielle, qui la pousse à se concentrer au fond du puits. Le minimum donne l'ordre de grandeur de l'énergie du fondamental, et celui de son extension spatiale.
Estimer l'énergie de l'état fondamental d'une particule de masse confinée dans le puits harmonique (puits non rectangulaire).
Démonstration
Si la particule est confinée sur une taille , l'inégalité de Heisenberg donne , d'où l'énergie totale estimée
Le premier terme diverge quand (confinement trop coûteux en énergie cinétique), le second quand (la particule remonte les flancs du puits) : admet un minimum. On annule la dérivée :
En reportant, les deux termes valent chacun :
d'où
La résolution exacte de l'équation de Schrödinger donne : notre estimation fournit l'ordre de grandeur rigoureux, à un facteur près — précision normale pour un raisonnement d'ordres de grandeur, où les préfacteurs (choix de , ou dans l'inégalité…) ne sont pas contrôlés. On retiendra qu'au minimum les deux termes sont du même ordre : le fondamental équilibre énergie cinétique de confinement et énergie potentielle.
4.3.2 Densité de probabilité de présence
La densité de probabilité dans l'état est
Elle présente maxima (ventres) et s'annule aux nœuds intérieurs. Pour , la particule est préférentiellement au centre ; pour grand, la densité tend vers une valeur uniforme en moyenne : on retrouve le comportement classique (limite de correspondance).
{Densités de probabilité (à un facteur près) pour et .}
d'onde (qui changent de signe), à droite les densités de présence , positives, avec ventres et nœuds intérieurs (points rouges) où la particule n'est jamais détectée.</div>
4.3.3 Ordres de grandeur
Estimer pour un électron () confiné dans un puits de largeur (échelle atomique). Comparer à l'électron-volt.
Démonstration
Avec ,
On obtient une énergie de l'ordre de quelques dizaines d'électron-volts, comparable aux énergies de liaison atomiques : le modèle rend bien compte de l'ordre de grandeur des énergies électroniques dans la matière. Les écarts entre niveaux, de l'ordre de l'eV, correspondent au domaine visible--UV.
Une bille de masse est confinée dans une boîte de largeur . Estimer et le nombre quantique correspondant à une vitesse « ordinaire » .
Démonstration
C'est une énergie ridiculement faible. L'énergie cinétique classique correspond à
Le nombre quantique est colossal : les niveaux sont si serrés que l'énergie apparaît continue. La quantification n'est observable qu'à l'échelle microscopique.
Capacité numérique : Niveaux et fonctions d'onde d'un puits infini
Le programme Python ci-dessous calcule les niveaux (en eV) et trace les densités de présence pour un électron confiné.
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
# Constantes SI
h = 6.626e-34 # constante de Planck (J.s)
me = 9.109e-31 # masse de l'electron (kg)
eV = 1.602e-19 # 1 eV en joules
L = 1.0e-10 # largeur du puits (m) : echelle atomique
def energie(n):
"""Energie du niveau n, en electron-volts."""
return (n**2 * h**2) / (8 * me * L**2) / eV
def phi(n, x):
"""Fonction d'onde stationnaire normalisee."""
return np.sqrt(2 / L) * np.sin(n * np.pi * x / L)
for n in range(1, 5):
print(f"E_{n} = {energie(n):8.2f} eV")
x = np.linspace(0, L, 400)
for n in range(1, 4):
plt.plot(x / L, np.abs(phi(n, x))**2 * L, label=f"n = {n}")
plt.xlabel("x / L")
plt.ylabel(r"")
plt.legend()
plt.title("Densites de presence dans le puits infini")
plt.show()
On vérifie , , , : le rapport en est manifeste.
4.4 États non stationnaires
4.4.1 Le principe de superposition
Les états sont dits stationnaires car leur densité de présence ne dépend pas du temps. Mais l'équation de Schrödinger étant linéaire, toute combinaison linéaire de solutions est encore solution. Une particule peut donc se trouver dans une superposition d'états d'énergies différentes : un tel état est non stationnaire.
On appelle superposition des états et (d'énergies , ) la fonction d'onde
avec . La normalisation impose, grâce à l'orthonormalité des ,
Les nombres et sont les probabilités de mesurer respectivement l'énergie et l'énergie .
Un état stationnaire a une énergie bien définie : une mesure d'énergie y donne toujours . Un état non stationnaire n'a pas d'énergie définie : la mesure donne avec la probabilité ou avec la probabilité . Sa valeur moyenne d'énergie est en revanche conservée au cours du temps.
4.4.2 Densité de présence et pulsation de Bohr
Calculons la densité pour l'état non stationnaire ci-dessus (on prend réels pour alléger). En développant le module carré,
La densité de probabilité de présence s'écrit
où l'on a posé la pulsation de Bohr
Les deux premiers termes sont constants ; le troisième, terme d'interférence entre les deux états, oscille dans le temps à la pulsation .
La densité de présence d'un état non stationnaire oscille périodiquement à la pulsation de Bohr , de période . La particule « ballotte » d'un côté à l'autre du puits : c'est l'origine microscopique de l'émission ou de l'absorption d'un photon de fréquence de Bohr lors d'une transition entre niveaux. Seuls des états d'énergies différentes engendrent une évolution temporelle observable.
Si ou , le terme d'interférence disparaît et l'on retrouve un état stationnaire, de densité constante. C'est bien la présence simultanée de deux composantes d'énergies distinctes qui rend l'état non stationnaire.
(courbes exactes, unité ) : la densité de présence bascule périodiquement de la moitié gauche () à la moitié droite () du puits, à la pulsation de Bohr ; à le terme d'interférence s'annule. L'aire totale reste égale à à chaque instant.</div>
4.4.3 Valeur moyenne oscillante de la position
La position moyenne hérite de cette oscillation. En intégrant la densité précédente,
Les deux premiers termes sont constants (et valent par symétrie de et ). Le terme croisé fait osciller autour de à la pulsation de Bohr.
On prend . Calculer et son amplitude d'oscillation. On donne .
Démonstration
Avec et , la partie constante vaut . Le terme croisé donne
La position moyenne oscille autour du centre avec l'amplitude , à la pulsation . La particule oscille dans le puits, comme un « nuage de probabilité » qui balance périodiquement.
{Oscillation de la position moyenne autour du centre du puits, à la pulsation de Bohr .}
- Modèle : puits infini de largeur , dedans, dehors. Confinement conditions aux limites .
- Quantification : , avec ; niveaux , de plus en plus espacés.
- États stationnaires : , orthonormés, nœuds intérieurs.
- Énergie minimale non nulle : conséquence de Heisenberg (). Confinement fort énergie élevée.
- Ordres de grandeur : électron dans : dizaines d'eV (quantification visible) ; objet macroscopique : (spectre quasi continu).
- État non stationnaire : , .
- Évolution : , avec (pulsation de Bohr). Densité et oscillent ; deux énergies distinctes sont nécessaires.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>4.5 Exercices résolus
Un électron a pour énergie fondamentale . Quelle est la largeur du puits ?
Démonstration
De on tire . Avec ,
Ordre de grandeur du nanomètre : cohérent avec une nanostructure.
Calculer la longueur d'onde du photon émis lors de la transition d'un électron dans un puits de largeur .
Démonstration
avec . Numériquement , donc . La longueur d'onde du photon vaut
Dans l'état fondamental , quelle est la probabilité de trouver la particule dans la première moitié du puits ? Et dans le tiers central ?
Démonstration
Par symétrie de autour de , la probabilité sur vaut exactement . Pour un intervalle quelconque ,
Sur le tiers central , on obtient . La particule est nettement concentrée au centre.
Montrer que et sont orthogonales.
Démonstration
On linéarise : , d'où l'intégrale de et sur une, resp. trois demi-périodes, toutes deux nulles. Donc : les deux états sont orthogonaux.
Un électron dans un puits de largeur est dans la superposition . Calculer la période d'oscillation de la densité de présence.
Démonstration
La densité oscille à . Avec ,
L'oscillation est extrêmement rapide (échelle de la femtoseconde), typique de la dynamique électronique.
Pour avec , calculer en unités de et montrer qu'elle est indépendante du temps.
Démonstration
La valeur moyenne d'énergie vaut avec et :
Les modules , ne dépendent pas du temps (les phases ont un module ), donc est constante : l'énergie moyenne est conservée, conformément au fait que le hamiltonien ne dépend pas du temps.
Un modèle grossier de l'atome d'hydrogène assimile l'électron à une particule confinée dans un puits de largeur (le rayon de Bohr). Comparer à l'énergie d'ionisation réelle .
Démonstration
On a calculé pour . C'est du même ordre de grandeur (à un facteur près) que l'énergie d'ionisation. Le modèle du puits, malgré sa rusticité (pas de potentiel coulombien, pas de tridimensionnalité), reproduit le bon ordre de grandeur : le confinement à l'échelle atomique impose des énergies de quelques dizaines d'eV.
4.6 Exercices d'entraînement
- Niveaux et écarts. Pour un électron dans un puits de , calculer , , en eV, puis les écarts et .
- Effet de la largeur. Comment est modifiée l'énergie fondamentale si l'on double la largeur du puits ? Si on la divise par trois ? Justifier avec la formule.
- Effet de la masse. Comparer pour un électron et pour un proton confinés dans le même puits de largeur . Quel est le rapport () ?
- Longueur d'onde de de Broglie. Montrer que correspond à une onde stationnaire dont la longueur d'onde de de Broglie vaut . Interpréter la condition de quantification comme « un nombre entier de demi-longueurs d'onde dans le puits ».
- Normalisation. Vérifier par le calcul que pour tout .
- Position et écart-type. Dans l'état , calculer et montrer qu'il vaut pour tout (symétrie).
- Probabilité d'un intervalle. Dans l'état , calculer la probabilité de trouver la particule dans . Commenter le rôle du nœud en .
- Transition et couleur. Pour quelle largeur la transition d'un électron émet-elle dans le visible () ?
- Superposition et densité. Écrire explicitement pour et repérer les instants où la particule est le plus « à gauche ».
- Pulsation de Bohr. Pour une superposition de et , exprimer la pulsation d'oscillation de la densité en fonction de et .
- Énergie moyenne. Une superposition de et a une énergie moyenne . Déterminer et .
- Superposition à trois états. Généraliser : écrire pour une combinaison de . Combien de pulsations de Bohr distinctes apparaissent dans ? Les exprimer.
- Limite classique. Pour , tracer qualitativement et expliquer en quoi la densité « lissée » redonne le résultat classique (densité uniforme).
- Puits décentré. On place l'origine au centre du puits, soit . Écrire les fonctions d'onde et montrer qu'elles sont paires ou impaires selon la parité de .