Identidades e intercâmbios
Cours complet · portugais (première), chapitre 8 · première, langue vivante
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8.1 Introdução
Le monde lusophone est né du mouvement. Depuis les Grandes Découvertes, le portugais est une langue qui voyage : elle a traversé les océans avec les caravelles, puis avec les valises des émigrants, et elle relie aujourd'hui plus de 260 millions de locuteurs sur quatre continents. L'axe « Identités et échanges » du programme interroge précisément cette tension : comment une identité se construit-elle dans l'échange, le départ, l'exil, le métissage ? Le cas lusophone est exemplaire — le Portugal est à la fois un vieux pays d'émigration et une terre d'accueil récente, et le Brésil s'est littéralement construit par l'immigration.
Repère : O eixo 1 no programa oficial
Le programme du cycle terminal (BO de 2019) propose pour le portugais des pistes explicites : les Grandes Découvertes et leur place dans l'identité portugaise, les flux migratoires qui ont fait et font encore le monde lusophone, et la croissance des mégalopoles brésiliennes nourrie par l'exode rural. Ce chapitre suit ces trois fils.
8.2 A emigração portuguesa
L'émigration est une composante structurelle de l'identité portugaise : on estime que la diaspora et les lusodescendants représentent aujourd'hui un effectif comparable à la population du pays lui-même (environ 10 millions d'habitants).
Repère : As grandes vagas de emigração
- XIXe – début XXe siècle : le grand départ vers le Brésil. Des centaines de milliers de Portugais, surtout du Nord et des îles, partent fazer a América « faire fortune en Amérique ». Le brasileiro de torna-viagem, l'émigré revenu enrichi qui fait construire une maison ostentatoire au village, devient une figure littéraire.
- Années 1960--1974 : la grande vague vers la France et l'Allemagne. Fuyant la pauvreté, la dictature salazariste et les guerres coloniales, près d'un million et demi de Portugais partent, souvent clandestinement — c'est le salto « le saut » par-dessus la frontière. En France, beaucoup s'installent dans le bâtiment et vivent d'abord dans des bidonvilles comme celui de Champigny-sur-Marne.
- Années 2010 : après la crise financière, une nouvelle émigration, jeune et diplômée, part vers le Royaume-Uni, la Suisse, l'Angola ou le Brésil — on parle de geração à rasca « génération précaire » (chap. 10).
La France compte aujourd'hui environ 1,5 million de Portugais et lusodescendants : c'est l'une des premières communautés d'origine étrangère du pays, remarquablement intégrée mais attachée à une double culture — associations, folklore (ranchos folclóricos), retours au pays chaque été sur les routes d'Espagne.
Mot réputé intraduisible, la saudade désigne la présence douloureuse et douce de ce qui est absent : le pays, les proches, le passé. Née de la culture maritime et migratoire portugaise, elle est au cœur du fado (chap. 9) et de toute la littérature de l'émigration. On la rend approximativement par « nostalgie », mais la saudade peut viser l'avenir ou même ce qu'on n'a jamais vécu : tenho saudades tuas « tu me manques ».
8.3 O Brasil, país de imigração
Miroir inversé du Portugal : le Brésil s'est construit par l'arrivée massive d'immigrants. Après l'abolition de l'esclavage (1888), le pays fait appel à la main-d'œuvre européenne puis asiatique pour les plantations de café de l'État de São Paulo.
Repère : As comunidades imigrantes do Brasil
- Italiens : la plus grande vague (fin XIXe) ; São Paulo garde des quartiers entiers d'héritage italien et l'accent paulistano en porte la trace.
- Allemands : installés dès le XIXe siècle dans le Sud (Santa Catarina, Rio Grande do Sul) — villes comme Blumenau, avec son Oktoberfest.
- Japonais : à partir du navire Kasato Maru (1908) ; São Paulo abrite aujourd'hui la plus grande communauté japonaise hors du Japon (quartier de Liberdade).
- Libanais et Syriens : commerce et politique ; on estime les Brésiliens d'origine libanaise plus nombreux que les habitants du Liban.
À ces vagues s'ajoutent les fondements du peuplement : peuples indigènes, colons portugais et millions d'Africains déportés par la traite — d'où une société profondément métissée (mestiça).
Le métissage brésilien ne doit pas être idéalisé en « démocratie raciale » : les inégalités héritées de l'esclavage restent fortes. Mais il fait de l'identité brésilienne une identité par définition plurielle — dans la cuisine (feijoada), la musique (samba, d'origine afro-brésilienne), la religion (candomblé) et la langue, truffée de mots tupis (abacaxi « ananas ») et africains (moleque « gamin »).
Cette immigration a nourri la croissance des mégalopoles : São Paulo, plus de 12 millions d'habitants (22 pour l'aire métropolitaine), a aussi absorbé au XXe siècle des millions de migrants internes — les nordestinos fuyant la sécheresse du Sertão, exode raconté par toute la musique populaire brésilienne. La ville concentre les contrastes : gratte-ciel de l'avenue Paulista et favelas, richesse et periferia.
8.4 A CPLP e a lusofonia
La Comunidade dos Países de Língua Portuguesa, fondée à Lisbonne en 1996, réunit neuf pays dont le portugais est langue officielle : Portugal, Brésil, Angola, Moçambique, Cabo Verde, Guiné-Bissau, São Tomé e Príncipe, Timor-Leste (indépendant en 2002) et Guiné Equatorial (adhésion en 2014). Les cinq pays africains forment les PALOP (Países Africanos de Língua Oficial Portuguesa).
Le portugais est ainsi la langue officielle la plus parlée de l'hémisphère Sud : environ 260 millions de locuteurs, dont plus de 210 millions de Brésiliens. Unité de la langue, diversité des normes : orthographe commune depuis l'Acordo Ortográfico de 1990 (appliqué dans les années 2010), mais prononciations, lexiques et usages distincts (PT/BR/PALOP — chap. 4 et 5). L'Instituto Camões diffuse la langue et la culture portugaises dans le monde, comme l'Alliance française pour le français ; côté brésilien, la télévision (Globo et ses telenovelas) a longtemps été le premier vecteur culturel mondial de la langue.
a emigração / a imigração « l'émigration / l'immigration » ; o emigrante / o imigrante ; a diáspora ; a pátria « la patrie » ; o luso-descendente ; a saudade ; o regresso « le retour » ; a integração ; o mestiço / a mestiçagem « le métis / le métissage » ; o intercâmbio « l'échange » ; a fronteira « la frontière » ; acolher « accueillir » ; pertencer « appartenir » ; a lusofonia.
8.5 Migrações contemporâneas no espaço lusófono
Les flux se sont inversés et complexifiés au XXIe siècle :
- Les Brésiliens au Portugal : première communauté étrangère du pays, en forte croissance depuis 2016 — étudiants, travailleurs qualifiés, familles attirées par la langue commune et la sécurité. Cette présence transforme Lisbonne et pose la question de l'accueil de l'« autre lusophone » : même langue, cultures différentes.
- Les PALOP vers l'Europe : migrations anciennes (Cap-Verdiens à Lisbonne dès les années 1960) et continues ; la musique de Lisbonne (kizomba, funaná, morna de Cesária Évora) témoigne de cette Afrique lusophone en Europe.
- Le Portugal, nouvelle terre d'accueil : longtemps pays de départ, il attire désormais retraités européens, télétravailleurs et réfugiés — un renversement historique complet.
- La génération Erasmus et les retours : les jeunes partis pendant la crise reviennent en partie, portés par des programmes publics de regresso.
8.6 Textos e vozes
Repère : Obras de referência
- Luís de Camões, Os Lusíadas (1572) : l'épopée nationale qui chante le voyage de Vasco da Gama — la matrice littéraire de l'identité portugaise tournée vers la mer. Le vieux du Restelo (o Velho do Restelo) y incarne déjà la critique des départs.
- Fernando Pessoa, Mensagem (1934) : relecture poétique des Découvertes ; le vers célèbre « Deus quer, o homem sonha, a obra nasce » « Dieu veut, l'homme rêve, l'œuvre naît » et la formule de son hétéronyme Bernardo Soares : « Minha pátria é a língua portuguesa » « ma patrie est la langue portugaise ».
- Ferreira de Castro, Emigrantes (1928) : roman de l'émigration vers le Brésil, écrit par un ancien émigré ; le rêve américain et sa désillusion.
- Mia Couto (Mozambique) : Terra Sonâmbula (1992) ; une langue portugaise réinventée par l'Afrique — preuve que la lusophonie est création, pas simple héritage.
- Linda de Suza, La valise en carton (1984) et la chanson populaire de l'émigration en France (« Un Portugais ») : la mémoire de la vague des années 1960-70 côté français.
Bilan
L'axe « Identités et échanges » appliqué au monde lusophone dessine un chassé-croisé migratoire unique : un Portugal qui a essaimé vers le Brésil au XIXe siècle puis vers la France et l'Allemagne dans les années 1960-74 (le salto, Champigny, 1,5 million de lusodescendants en France), et qui est devenu au XXIe siècle une terre d'accueil, notamment pour les Brésiliens, aujourd'hui première communauté étrangère du pays ; un Brésil construit par l'immigration (Italiens, Allemands, Japonais de Liberdade, Libanais) sur le socle métissé indigène-portugais-africain, et transformé par ses migrations internes vers les mégalopoles comme São Paulo ; une lusophonie institutionnalisée par la CPLP (9 pays, PALOP, 260 millions de locuteurs) et incarnée par une littérature du départ — Camões, Pessoa (« Minha pátria é a língua portuguesa »), Ferreira de Castro, Mia Couto. Au centre de tout, un mot : saudade.
8.8 Projeto final
Méthode : Retratos de emigrantes — projeto de expressão
En binôme, réalisez le portrait croisé de deux migrants lusophones d'époques différentes (réels ou fictifs mais documentés) : par exemple un Portugais parti à Champigny en 1965 et une Brésilienne installée à Lisbonne en 2020.
- Recherche : pour chaque personnage, établissez les faits — origine, raisons du départ (fugir à pobreza, procurar emprego, estudar), voyage, accueil, métier, liens avec le pays d'origine.
- Écriture : rédigez pour chacun un témoignage à la première personne de 120--150 mots au passé (perfeito/imperfeito, chap. 1), intégrant deux mots du lexique de l'axe et une phrase sur la saudade.
- Oral : présentez les deux portraits en classe (5 minutes, chap. 7) en concluant par une comparaison : o que mudou? o que permanece? « qu'est-ce qui a changé ? qu'est-ce qui demeure ? »