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Arte e poder

Cours complet · portugais (première), chapitre 9 · première, langue vivante

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9.1 Introdução

L'art et le pouvoir entretiennent une relation double : le pouvoir a toujours cherché à mettre l'art à son service — propagande, monuments, art officiel — et l'art a toujours fini par se retourner contre lui — chanson de révolte, roman de dénonciation, exil des créateurs. Le monde lusophone du XXe siècle offre un terrain d'étude exceptionnel : deux dictatures presque contemporaines, l'Estado Novo portugais (1933--1974) et le régime militaire brésilien (1964--1985), ont censuré, contrôlé, exilé — et c'est pourtant une chanson qui a donné le signal de la révolution au Portugal, et la musique populaire qui a incarné la résistance au Brésil. Ce chapitre suit ce fil : l'art instrument du pouvoir, l'art contre-pouvoir.

Repère : O eixo 3 no programa

L'axe « Art et pouvoir » invite à étudier comment les régimes utilisent la création (architecture, affiches, art officiel) et comment les artistes résistent (censure contournée, chanson engagée, littérature). Pour le portugais, les figures imposées sont : Salazar et la censure, Grândola, Vila Morena et le 25 avril 1974, le tropicalisme et la dictature brésilienne, Niemeyer et Brasília, Saramago.

9.2 O Estado Novo e a censura

Repère : O Estado Novo (1933–1974)

António de Oliveira Salazar, professeur d'économie devenu président du Conseil, instaure en 1933 l'Estado Novo « État nouveau » : régime autoritaire, corporatiste et nationaliste, résumé par la trilogie « Deus, Pátria e Família » « Dieu, Patrie et Famille ». Police politique (la PIDE), parti unique, guerres coloniales en Afrique à partir de 1961. Marcelo Caetano succède à Salazar en 1968 ; le régime tombe le 25 avril 1974. C'est la plus longue dictature d'Europe occidentale au XXe siècle.

La censure est le cœur du dispositif : tout journal, livre, pièce ou chanson passe avant publication par la Censura Prévia. Les censeurs biffent les passages interdits au crayon bleu — le lápis azul « crayon bleu », devenu le symbole même du régime. La presse paraît avec des blancs, les auteurs s'autocensurent, les artistes développent un art du sous-entendu que le public apprend à décoder.

Parallèlement, le régime organise sa propre esthétique : le SNI (Secretariado Nacional da Informação) d'António Ferro orchestre la política do espírito « politique de l'esprit » — expositions, concours de la aldeia mais portuguesa « village le plus portugais », monumentalité historique comme l'exposition du Mundo Português (1940) et le Padrão dos Descobrimentos à Belém : l'histoire des Grandes Découvertes (chap. 8) est mise au service de la grandeur du régime.

Exemple 9.1Léxico do eixo 3 (1)

a censura « la censure » ; o censor ; proibir « interdire » ; a propaganda ; a ditadura / o ditador ; o regime ; a liberdade de expressão ; o poder « le pouvoir » ; a resistência ; o exílio / exilar-se ; a canção de intervenção « la chanson engagée » ; denunciar « dénoncer » ; o golpe de Estado « le coup d'État » ; a revolução.

9.3 A canção de intervenção e o 25 de Abril

Face à la censure, la chanson devient l'arme principale de la contestation portugaise : c'est la canção de intervenção, portée par José Afonso, dit Zeca Afonso, Adriano Correia de Oliveira ou Sérgio Godinho (souvent depuis l'exil parisien).

Repère : « Grândola, Vila Morena » (1971)

Enregistrée par Zeca Afonso en 1971, Grândola, Vila Morena célèbre une petite ville de l'Alentejo et la fraternité populaire : « Grândola, vila morena / Terra da fraternidade / O povo é quem mais ordena / Dentro de ti, ó cidade » « Grândola, ville brune / Terre de fraternité / C'est le peuple qui commande / En ton sein, ô cité ». Interdite d'antenne pour son vers subversif — o povo é quem mais ordena : une phrase clivée (chap. 3) qui proclame la souveraineté populaire —, elle est choisie par les capitaines du Movimento das Forças Armadas comme second signal radiophonique du coup d'État : sa diffusion sur Rádio Renascença le 25 avril 1974 à 0h20 confirme le lancement des opérations. La dictature tombe en un jour, presque sans effusion de sang ; la population offre des œillets aux soldats — c'est la Révolution des Œillets (Revolução dos Cravos).

Important

Le 25 avril est le cas d'école de tout l'axe : une chanson censurée devient littéralement l'instrument déclencheur d'une révolution. L'art n'y est plus le reflet du politique, il en est l'acteur. Grândola demeure aujourd'hui l'hymne officieux de la démocratie portugaise, rechantée à chaque anniversaire et à chaque mouvement social ; le 25 avril est fête nationale (Dia da Liberdade).

9.4 A ditadura brasileira e a música popular

Au Brésil, le coup d'État militaire du 31 mars 1964 installe une dictature qui durera vingt et un ans (1964--1985). Le tournant répressif est l'AI-5 (Ato Institucional n.º 5, décembre 1968) : suspension des libertés, censure préalable généralisée, torture des opposants. La résistance culturelle s'organise autour de la Música Popular Brasileira (MPB).

Repère : Tropicalismo e canção de protesto

  • Le tropicalisme (1967--1968) : mouvement de Caetano Veloso et Gilberto Gil, mêlant bossa nova, rock, avant-garde et culture populaire — une subversion esthétique plus encore que politique, insupportable au régime. Arrêtés fin 1968, les deux musiciens partent en exil à Londres (1969--1972). Gilberto Gil deviendra ministre de la Culture du Brésil (2003--2008) : l'artiste censuré devenu pouvoir.
  • Chico Buarque, maître de la chanson à double sens : Cálice (1973, avec Gil) joue sur l'homophonie cálice « calice » / cale-se « tais-toi » — une prière apparente qui crie la censure et la torture : « Pai, afasta de mim esse cálice » « Père, éloigne de moi ce calice ». Interdite, elle ne sortira qu'en 1978. Apesar de você (1970), adressée en apparence à une femme autoritaire, vise le régime : « Apesar de você, amanhã há de ser outro dia » « malgré toi, demain sera un autre jour ».
  • Elis Regina, Milton Nascimento et tant d'autres portent cette MPB de résistance ; les festivals télévisés deviennent des tribunes.

Méthode : Ler uma canção de duplo sentido

Pour analyser une chanson censurée : (1) lisez le sens littéral (une prière, une chanson d'amour) ; (2) cherchez les indices de décalage — mots trop forts, homophonies (cálice/cale-se), adresses ambiguës (você) ; (3) reconstruisez le sens caché en le rattachant au contexte (AI-5, censure) ; (4) demandez-vous pourquoi le censeur a laissé passer ou non. C'est un exercice complet de compréhension de l'implicite — le cœur du niveau B2 (chap. 6).

9.5 Artes visuais e arquitetura

L'axe se joue aussi dans la pierre et la peinture :

9.6 Saramago, escritor e cidadão

Repère : José Saramago (1922–2010)

Fils de paysans pauvres du Ribatejo, autodidacte, communiste, José Saramago devient romancier majeur sur le tard : Memorial do Convento (1982), O Ano da Morte de Ricardo Reis (1984, dialogue avec Pessoa), O Evangelho Segundo Jesus Cristo (1991) — dont l'exclusion d'un prix européen par le gouvernement portugais, sous pression religieuse, le pousse à s'installer à Lanzarote : un écrivain encore en délicatesse avec le pouvoir, en pleine démocratie. En 1998, il est le premier prix Nobel de littérature de langue portugaise. Son Ensaio sobre a Cegueira (1995) « L'Aveuglement » imagine une épidémie de cécité blanche qui révèle la fragilité de la civilisation et la brutalité des pouvoirs — une allégorie politique universelle. Style reconnaissable entre tous : phrases-fleuves, dialogues sans tirets ni guillemets, ironie du narrateur (chap. 3 et 6).

Important

Saramago incarne la figure de l'écrivain-citoyen : jusqu'à sa mort, il intervient dans le débat public (mondialisation, Europe, religion), convaincu que la littérature est un contre-pouvoir — non parce qu'elle donne des ordres, mais parce qu'elle apprend à voir : « Penso que não ficámos cegos, penso que estamos cegos, cegos que veem, cegos que, vendo, não veem » « je pense que nous ne sommes pas devenus aveugles, je pense que nous sommes aveugles ; des aveugles qui voient ; des aveugles qui, voyant, ne voient pas » (Ensaio sobre a Cegueira).

Bilan

Deux dictatures, deux résistances par l'art : au Portugal, l'Estado Novo de Salazar (1933--1974) et son lápis azul, sa propagande « Deus, Pátria e Família » orchestrée par le SNI — renversés un 25 avril 1974 dont le signal fut une chanson interdite, Grândola, Vila Morena de Zeca Afonso (1971), matrice de la Révolution des Œillets ; au Brésil, le régime militaire (1964--1985), durci par l'AI-5 (1968), combattu en musique par le tropicalisme de Caetano Veloso et Gilberto Gil (exilés à Londres en 1969) et par les doubles sens de Chico Buarque (Cálice/cale-se, 1973). En regard, l'art mobilisé par ou pour le pouvoir : la monumentalité salazariste, les azulejos narratifs, et Brasília (1960), utopie moderniste de Niemeyer, Costa et Kubitschek devenue décor de dictature ; Portinari portant Guerra e Paz jusqu'à l'ONU. Enfin Saramago, Nobel 1998, rappelle que le contre-pouvoir littéraire ne s'arrête pas avec les dictatures : écrire, c'est apprendre à voir.

9.8 Projeto final

Méthode : Uma canção contra a censura — projeto de mediação

Par groupes de trois, choisissez une chanson engagée lusophone (Grândola, Vila Morena ; Cálice ; Apesar de você ; ou une chanson de Sérgio Godinho, Elis Regina, Milton Nascimento).

  • Contexte : établissez une fiche (date, régime en place, statut de la chanson : censurée ? diffusée ? signal ?).
  • Analyse : appliquez la méthode du double sens — sens littéral, indices, sens caché. Relevez trois citations avec traduction.
  • Médiation orale (chap. 6--7) : présentez la chanson en 5 minutes à la classe en portugais, extraits audio à l'appui, en concluant sur la question de l'axe : esta canção mostra a arte ao serviço do poder ou contra o poder?

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