Quelles relations entre le diplôme, l'emploi et le salaire ?
Cours complet · SES (seconde), chapitre 6 · seconde générale, sciences économiques et sociales
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Faut-il « faire des études » pour trouver un emploi et bien gagner sa vie ? L'expérience de nombreux actifs et les statistiques disponibles montrent que le diplôme aide effectivement à s'insérer sur le marché du travail et qu'il est associé, en moyenne, à un salaire plus élevé. Mais ce lien n'est ni automatique, ni total : d'autres facteurs interviennent, et certaines limites — déclassement, discriminations, dévalorisation progressive des diplômes — viennent nuancer le tableau. Ce chapitre croise le regard de l'économiste (le diplôme comme investissement et comme signal) et celui du sociologue (le diplôme comme facteur d'inégalités sociales).
6.1 Le diplôme protège-t-il du chômage ?
6.1.1 Un lien statistique net
Un diplôme est un titre délivré par une autorité reconnue (l'État, une université, une école) qui atteste qu'une personne a acquis un niveau de connaissances ou de compétences à l'issue d'une formation, le plus souvent sanctionnée par un examen ou un contrôle continu.
Le taux de chômage d'un groupe est la proportion de personnes au chômage parmi les actifs de ce groupe (actifs = personnes en emploi + personnes au chômage). Il se calcule ainsi :
Les enquêtes de l'INSEE permettent de comparer le taux de chômage selon le niveau de diplôme. Le tableau tab:chomage-diplome présente des ordres de grandeur plausibles, pour les actifs de 15 à 64 ans en France.
| Niveau de diplôme | Taux de chômage (%) |
|---|---|
| Aucun diplôme ou brevet des collèges | 15,5 |
| CAP, BEP ou équivalent | 8,8 |
| Baccalauréat | 7,6 |
| Bac + 2 (BTS, DUT, DEUG…) | 5,2 |
| Bac + 3 ou Bac + 4 | 5,0 |
| Bac + 5 et plus | 4,1 |
| Ensemble des actifs | 7,3 |
Le taux de chômage est divisé par près de quatre entre les non-diplômés et les Bac+5. Le trait orange donne le repère national : seules les deux premières catégories se situent au-dessus.
Propriété : Le diplôme protège du chômage
En moyenne, plus le niveau de diplôme est élevé, plus le taux de chômage est faible. Les personnes sans diplôme sont particulièrement exposées au risque de chômage et à des formes d'emploi précaire (CDD courts, temps partiel subi, intérim).
Méthode : Lire un tableau de taux de chômage par diplôme
Pour exploiter un tableau statistique croisant diplôme et chômage :
- Identifier les deux variables croisées (ici : niveau de diplôme, taux de chômage) et l'unité (ici : %).
- Repérer la ligne « ensemble » : elle sert de référence moyenne.
- Comparer chaque catégorie à cette moyenne (au-dessus / en dessous).
- Formuler une phrase complète avec le chiffre : « En France, le taux de chômage des personnes sans diplôme est de 15,5 %, soit plus du double du taux de chômage de l'ensemble des actifs (7,3 %). »
- Vérifier le sens de variation d'une catégorie à l'autre pour dégager une tendance générale.
Entre les non-diplômés (15,5 %) et les diplômés de Bac+5 et plus (4,1 %), l'écart est de 11,4 points de pourcentage : le risque de chômage est presque quatre fois plus élevé pour les premiers. Cet écart s'explique en partie par le fait que les emplois peu qualifiés ont fortement reculé en France depuis les années 1970 (automatisation, tertiarisation), alors que les emplois qualifiés se sont multipliés.
6.1.2 Pourquoi le diplôme facilite-t-il l'accès à l'emploi ?
Deux explications, complémentaires, sont avancées par les économistes.
Le capital humain désigne l'ensemble des connaissances, compétences et savoir-faire qu'un individu accumule, notamment par l'éducation et la formation, et qui augmentent sa productivité au travail.
Selon la théorie du capital humain, se former est un investissement : l'individu renonce à un revenu immédiat (il pourrait travailler plus tôt) pour acquérir des compétences qui rendront son travail plus productif et donc mieux valorisé plus tard. L'employeur, de son côté, utilise le diplôme comme un signal : n'ayant pas le temps de tester chaque candidat, il se fie au diplôme comme indicateur (imparfait mais commode) des compétences et de la capacité de travail d'une personne.
6.2 Le diplôme influence-t-il le niveau de salaire ?
6.2.1 Un « rendement » du diplôme
Au-delà de l'accès à l'emploi, le niveau de diplôme est aussi corrélé au niveau de salaire une fois en poste.
| Niveau de diplôme | Salaire net médian mensuel (temps plein, €) |
|---|---|
| Aucun diplôme ou brevet des collèges | 1 530 |
| CAP, BEP ou équivalent | 1 650 |
| Baccalauréat | 1 750 |
| Bac + 2 (BTS, DUT…) | 2 020 |
| Bac + 3 ou Bac + 4 | 2 280 |
| Bac + 5 et plus | 2 950 |
| Ensemble des salariés | 1 940 |
Les barres montent régulièrement, mais pas au même rythme : du brevet au baccalauréat, l'écart reste modeste ; c'est à partir de Bac+3 que le salaire médian décroche vraiment. Le trait orange donne le repère national, franchi entre Bac et Bac+2.
Propriété : Un salaire croissant avec le diplôme
En moyenne, plus le niveau de diplôme est élevé, plus le salaire médian est élevé. On parle parfois de « rendement » du diplôme : chaque année d'études supplémentaire est associée, en moyenne, à un supplément de salaire.
Méthode : Comparer des salaires médians
Pour comparer deux salaires médians et (avec ) :
- Calculer l'écart absolu : (en euros).
- Calculer l'écart relatif (en %) : .
- Comparer ce chiffre à un repère connu (SMIC, salaire médian national) pour lui donner du sens.
Entre un salarié sans diplôme (1 530 €) et un salarié diplômé de Bac+5 (2 950 €), l'écart absolu est de €, soit un écart relatif de : le salaire médian est quasiment doublé.
6.3 Le diplôme n'explique pas tout
Le diplôme est un facteur important, mais ce n'est ni le seul ni un facteur suffisant pour expliquer la situation sur le marché du travail. Le parcours professionnel pèse aussi fortement.
Propriété : D'autres facteurs interviennent
À diplôme égal, la situation d'emploi et le niveau de salaire dépendent aussi :
- de l'expérience professionnelle : l'ancienneté et les compétences acquises « sur le tas » sont valorisées par les employeurs, indépendamment du diplôme initial ;
- du réseau relationnel (relations familiales, amicales, professionnelles) : une part importante des offres d'emploi se pourvoit par le « bouche-à-oreille », avant même publication ;
- du secteur d'activité et de l'entreprise : les salaires et les perspectives de carrière varient fortement d'un secteur à l'autre (numérique, finance vs. commerce, hôtellerie-restauration) ;
- de la conjoncture économique : en période de croissance, les entreprises embauchent davantage, y compris des profils moins diplômés ; en période de crise, la concurrence pour les postes s'intensifie et le diplôme devient un critère de sélection plus discriminant.
Deux personnes titulaires du même Bac+2 peuvent connaître des trajectoires très différentes : l'une trouve un emploi stable grâce à un stage transformé en embauche (réseau professionnel), l'autre reste plus longtemps au chômage faute de contacts dans son secteur, alors même que son diplôme est identique.
6.4 Les limites du lien diplôme-emploi-salaire
6.4.1 Le déclassement
On parle de déclassement lorsqu'une personne occupe un emploi dont le niveau de qualification requis est inférieur à son propre niveau de diplôme (par exemple, un titulaire d'un Bac+5 employé comme vendeur).
Le déclassement touche une part non négligeable des jeunes diplômés à leur entrée sur le marché du travail, en particulier lorsque le marché de l'emploi est dégradé ou que la filière suivie offre peu de débouchés directs. Il illustre que le diplôme, à lui seul, ne garantit pas un emploi correspondant à son niveau.
6.4.2 Les discriminations
Une discrimination à l'embauche est un traitement défavorable et illégal réservé à un candidat en raison de caractéristiques sans lien avec ses compétences (origine, sexe, âge, lieu de résidence, apparence, situation de handicap…), et non de son niveau réel de qualification.
Les enquêtes par « testing » (envoi de CV strictement identiques, à l'exception d'une caractéristique comme le nom, le sexe ou l'adresse) menées notamment par la DARES et l'INSEE montrent qu'à diplôme et expérience égaux, certains candidats reçoivent significativement moins de réponses positives que d'autres. De même, à diplôme équivalent, un écart de salaire subsiste en moyenne entre les femmes et les hommes.
Propriété : Le diplôme ne supprime pas les inégalités
À diplôme égal, des écarts de traitement et de rémunération peuvent subsister selon le genre ou l'origine des candidats. Le diplôme réduit certaines inégalités (notamment liées au chômage) mais ne les fait pas disparaître entièrement.
6.4.3 La dévalorisation des diplômes
Le paradoxe d'Anderson, décrit par le sociologue Raymond Boudon, désigne le phénomène suivant : à mesure que le niveau de diplôme moyen de la population augmente (« massification scolaire »), un diplôme donné devient plus courant et perd donc, en moyenne, une partie de sa valeur relative sur le marché du travail. Il faut alors un diplôme plus élevé qu'auparavant pour occuper le même type d'emploi ou obtenir le même salaire relatif.
Dans les années 1980, le baccalauréat suffisait souvent à obtenir un emploi qualifié stable. Aujourd'hui, le Bac est détenu par une part beaucoup plus large d'une génération : il ne constitue plus, à lui seul, un signal aussi distinctif qu'auparavant sur le marché du travail, même si son utilité individuelle (par rapport à l'absence de diplôme) reste réelle.
6.5 Bilan : croiser les regards
Propriété : Synthèse
Le diplôme facilite l'accès à l'emploi et est associé à un salaire plus élevé (regard économique : investissement en capital humain, signal envoyé à l'employeur). Mais il n'explique pas tout : expérience, réseau, secteur d'activité et conjoncture jouent aussi un rôle important. Enfin, le lien diplôme-emploi-salaire connaît des limites bien identifiées par la sociologie : déclassement, discriminations à diplôme égal, et dévalorisation progressive des diplômes liée à leur diffusion dans la population (paradoxe d'Anderson). Le diplôme reste donc un atout précieux, mais ni automatique, ni suffisant, ni équitablement valorisé pour tous.