Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?
Cours complet · SES (terminale), chapitre 1 · terminale, spécialité sciences économiques et sociales
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La croissance économique — l'augmentation soutenue de la production d'un pays — a transformé les conditions de vie depuis deux siècles : le PIB par habitant des pays occidentaux a été multiplié par plus de quinze depuis 1820. Mais d'où vient cette croissance ? Pourquoi certains pays croissent-ils durablement et d'autres non ? Et la croissance peut-elle se poursuivre indéfiniment sur une planète aux ressources finies ?
Problématique. Quelles sont les sources de la croissance économique — accumulation des facteurs, progrès technique, institutions — et quels défis pose-t-elle, en matière d'inégalités comme de soutenabilité environnementale ?
1.1 Les sources de la croissance économique
1.1.1 La croissance, une augmentation soutenue de la production
La croissance économique est l'augmentation soutenue, sur une longue période, de la production d'une économie. Elle est mesurée par le taux de variation du produit intérieur brut (PIB) en volume (c'est-à-dire corrigé de l'inflation). Le PIB agrège les valeurs ajoutées produites sur le territoire ; le PIB par habitant sert d'indicateur (imparfait) du niveau de vie moyen.
- La croissance est un phénomène récent à l'échelle de l'histoire : quasi nulle avant la révolution industrielle, elle atteint environ 2 % par an en moyenne dans les pays développés depuis le XIXe siècle.
- Elle est inégale dans le temps (Trente Glorieuses 5 % par an en France ; environ 1 à 1,5 % par an depuis les années 2000) et dans l'espace (décollage rapide de la Chine, environ 10 % par an entre 1980 et 2010).
1.1.2 L'accumulation des facteurs de production
La production résulte de la combinaison de deux facteurs de production : le travail (quantité d'heures travaillées, qualification) et le capital (machines, bâtiments, infrastructures). La croissance peut donc provenir de l'augmentation de la quantité de facteurs utilisés : c'est la croissance extensive. Mais l'accumulation du capital se heurte aux rendements décroissants : à technologie donnée, chaque machine supplémentaire rapporte de moins en moins.
1.1.3 La productivité globale des facteurs et le progrès technique
La productivité globale des facteurs est la part de la croissance qui ne s'explique pas par l'augmentation des quantités de travail et de capital : produire plus avec autant de facteurs. Elle mesure (en creux) l'efficacité de la combinaison productive et reflète essentiellement le progrès technique. La croissance tirée par la PGF est dite intensive.
Sur longue période, la comptabilité de la croissance attribue à la France des ordres de grandeur du type : pour une croissance annuelle de 2 %, environ 0,5 point provient du facteur travail, 0,7 point du capital et 0,8 point de la PGF. Pendant les Trente Glorieuses, la PGF expliquait à elle seule plus de la moitié d'une croissance de 5 % (rattrapage technologique, diffusion du fordisme) ; son ralentissement depuis les années 1980 est au cœur du débat sur la « stagnation séculaire ».
ralentissement provient surtout de la chute de la contribution de la PGF (valeurs illustratives, ordres de grandeur INSEE).</div>
1.2 Le progrès technique, moteur endogène de la croissance
1.2.1 Une croissance auto-entretenue
Les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas, années 1980) montrent que le progrès technique n'est pas une « manne tombée du ciel » : il résulte de décisions d'investissement dans quatre formes de capital, qui s'auto-entretiennent :
- le capital physique (machines, infrastructures) ;
- le capital humain (éducation, santé, compétences) ;
- le capital technologique (recherche-développement, brevets) ;
- le capital public (infrastructures, recherche fondamentale).
Ces investissements produisent des externalités positives (la connaissance profite à tous), ce qui justifie l'intervention publique (financement de l'école, de la recherche, crédit d'impôt recherche).
1.2.2 Institutions et droits de propriété
Les institutions sont l'ensemble des règles, formelles (droit, constitution) ou informelles (normes, confiance), qui encadrent l'activité économique. Les droits de propriété — dont les brevets, propriété intellectuelle temporaire (20 ans) sur une invention — sont l'institution clé de la croissance : ils garantissent à l'innovateur de récupérer les fruits de son investissement, et incitent donc à innover.
- Sans droits de propriété stables (risque d'expropriation, corruption, insécurité juridique), l'investissement et l'innovation s'effondrent : les écarts de développement s'expliquent largement par la qualité des institutions (North, Acemoglu).
- Le brevet illustre un dilemme : trop faible, il n'incite pas à innover ; trop fort, il freine la diffusion des connaissances.
1.2.3 La destruction créatrice
Pour Joseph Schumpeter, le progrès technique procède par destruction créatrice : les innovations (nouveaux produits, procédés, marchés, organisations) créent de nouvelles activités et de nouveaux emplois en détruisant les activités et emplois obsolètes. La croissance est donc un processus de déséquilibre permanent : l'automobile a tué la diligence, le numérique a tué la photographie argentique, le streaming a tué le DVD.
Le progrès technique est biaisé en faveur des qualifiés : il augmente la demande (et les salaires) du travail très qualifié, complémentaire des nouvelles technologies, et détruit les emplois routiniers moyennement qualifiés (automatisation), ce qui polarise le marché du travail et creuse les inégalités salariales. Ces inégalités peuvent être temporaires (le temps de la diffusion de la technologie et de l'adaptation des qualifications) mais appellent des politiques de formation.
1.3 Les défis : soutenabilité de la croissance
1.3.1 La croissance se heurte à des limites écologiques
- Épuisement des ressources non renouvelables (énergies fossiles, métaux) et dégradation des ressources renouvelables (surpêche, déforestation, sols).
- Changement climatique : les émissions mondiales de CO ont été multipliées par plus de trois depuis 1960 ; le réchauffement atteint déjà environ +1,2 °C par rapport à l'ère préindustrielle.
- Effondrement de la biodiversité et pollutions (air, plastiques).
Une croissance est soutenable si elle satisfait les besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs (rapport Brundtland, 1987). Le capital naturel (ressources, climat, biodiversité) s'ajoute aux capitaux physique, humain et institutionnel dans le « patrimoine » légué aux générations futures. Deux conceptions s'opposent :
- soutenabilité faible : les capitaux sont substituables — le progrès technique peut compenser la destruction de capital naturel ;
- soutenabilité forte : le capital naturel est critique, non substituable — il faut en préserver le stock.
1.3.2 L'innovation peut-elle reculer les limites ?
L'innovation peut aider à reculer les limites écologiques : énergies renouvelables (le coût du solaire photovoltaïque a chuté d'environ 90 % entre 2010 et 2020), efficacité énergétique, recyclage, sobriété des procédés. Mais deux réserves s'imposent :
- l'effet rebond : les gains d'efficacité abaissent le coût d'usage, ce qui augmente la consommation (voitures plus sobres plus de kilomètres parcourus) ;
- le rythme : le découplage entre PIB et émissions, observé en Europe, reste trop lent au regard des objectifs climatiques (neutralité carbone 2050).
Le PIB ignore le bénévolat et la production domestique, compte positivement les « activités défensives » (dépenses de dépollution après une marée noire) et ne retranche pas la destruction de capital naturel. Depuis le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi (2009), des indicateurs complémentaires sont utilisés : IDH (PNUD : santé, éducation, niveau de vie), empreinte carbone, indicateurs de « richesse inclusive ». La France publie depuis 2015 dix « nouveaux indicateurs de richesse » aux côtés du PIB.
Méthode : Analyser un sujet de dissertation sur la croissance
- Analyser le sujet : « La croissance économique est-elle soutenable ? » — repérer le débat (limites écologiques vs innovation) et les notions attendues (PGF, capital naturel, soutenabilité faible/forte).
- Mobiliser le cours ET les documents : chaque document doit être exploité (donnée chiffrée citée, mécanisme illustré).
- Construire un plan en deux parties équilibrées : I. La croissance se heurte à des limites écologiques ; II. Mais l'innovation et les institutions peuvent contribuer à reculer ces limites.
- Rédiger : introduction (accroche, définitions, problématique, annonce de plan), paragraphes AEI (affirmation, explicitation, illustration), conclusion (bilan + ouverture).
1.4 Bilan
Propriété : L'essentiel du chapitre
- La croissance, mesurée par le PIB en volume, provient de l'accumulation des facteurs (travail, capital) et surtout de la PGF, qui reflète le progrès technique.
- Le progrès technique est endogène : il résulte d'investissements en capital physique, humain, technologique et public, aux externalités positives ; les institutions (droits de propriété, brevets) créent les incitations à innover.
- L'innovation procède par destruction créatrice (Schumpeter) et engendre des inégalités de revenus (biais en faveur des qualifiés).
- La croissance se heurte à des limites écologiques (climat, ressources, biodiversité) : sa soutenabilité fait débat (soutenabilité faible vs forte), l'innovation verte pouvant contribuer à reculer ces limites sans garantie (effet rebond).