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Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?

Cours complet · SES (terminale), chapitre 2 · terminale, spécialité sciences économiques et sociales

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Le commerce mondial de biens et services représente aujourd'hui près de 60 % du PIB mondial, contre environ 25 % en 1970. Un smartphone « assemblé en Chine » incorpore des composants coréens, japonais, américains et une conception californienne. Pourquoi les nations échangent-elles ? Pourquoi la production s'est-elle fragmentée à l'échelle mondiale ? Et faut-il ouvrir ou protéger les économies ?

Problématique. Quels sont les déterminants des échanges internationaux et de la fragmentation mondiale des chaînes de valeur, et comment arbitrer entre les gains du libre-échange et ses effets redistributifs ?

2.1 Les déterminants des échanges internationaux

2.1.1 L'avantage comparatif, fondement de la spécialisation

Définition 2.1Avantage comparatif

Un pays dispose d'un avantage comparatif dans la production d'un bien s'il le produit à un coût d'opportunité plus faible que ses partenaires — autrement dit, s'il est relativement meilleur (ou relativement moins mauvais) dans cette production. David Ricardo (1817) démontre que chaque pays gagne à se spécialiser selon son avantage comparatif et à échanger, même s'il est moins efficace en tout : l'échange international est un jeu à somme positive.

Exemple 2.2Le drap et le vin de Ricardo

Dans l'exemple de Ricardo, le Portugal est plus productif que l'Angleterre pour le vin et pour le drap. Nombre d'heures de travail nécessaires pour une unité :

DrapVin
Angleterre100120
Portugal9080

Le Portugal est relativement meilleur en vin (), l'Angleterre relativement moins mauvaise en drap. Si chacun se spécialise et échange, la production mondiale des deux biens augmente : les deux pays consomment plus qu'en autarcie.

◆Théorème 2.3Dotations factorielles et technologiques

D'où viennent les avantages comparatifs ?

  • Des dotations factorielles (modèle HOS — Heckscher, Ohlin, Samuelson) : un pays exporte les biens intensifs dans le facteur dont il est abondamment doté (le Bangladesh, riche en travail peu qualifié, exporte du textile ; l'Australie, riche en terres et minerais, des matières premières).
  • Des dotations technologiques, largement construites par les politiques d'innovation et d'éducation : les avantages comparatifs ne sont pas figés (la Corée du Sud, exportatrice de textile dans les années 1960, est devenue leader des semi-conducteurs).

2.1.2 Le commerce entre pays comparables

◆Théorème 2.4Commerce intra-branche et différenciation

Or la majorité du commerce mondial a lieu entre pays développés comparables, qui échangent des produits similaires (la France exporte et importe des automobiles) : c'est le commerce intra-branche, que Ricardo n'explique pas. Il repose sur :

  • la différenciation des produits : horizontale (variété — Renault vs Volkswagen) ou verticale (gamme de qualité — l'Allemagne se positionne sur le haut de gamme) ; les consommateurs aiment la diversité ;
  • les économies d'échelle : produire en grande série pour le marché mondial abaisse le coût unitaire.

2.1.3 La fragmentation de la chaîne de valeur

Définition 2.5Chaîne de valeur mondiale

La chaîne de valeur mondiale est la décomposition internationale du processus de production : conception, fabrication des composants, assemblage, commercialisation sont répartis entre plusieurs pays selon leurs avantages comparatifs. Les firmes multinationales (FMN) organisent cette fragmentation par l'investissement direct à l'étranger (IDE) — délocalisation de filiales — ou la sous-traitance internationale (externalisation). Environ la moitié du commerce mondial porte ainsi sur des biens intermédiaires.

La chaîne de valeur mondiale d'un smartphone : la production

est fragmentée selon les avantages comparatifs de chaque territoire.</div>

◆Théorème 2.6Compétitivité prix et hors prix

La place d'un pays dans les échanges dépend de sa compétitivité :

  • compétitivité-prix : vendre moins cher (coûts de production, coût du travail, taux de change, marges) ;
  • compétitivité hors prix : vendre mieux (qualité, innovation, image de marque, services, délais). L'Allemagne compense des coûts salariaux élevés par une forte compétitivité hors prix ; le déficit commercial français des années 2010 reflète un positionnement en milieu de gamme.

2.2 Les effets du commerce international : gains et fractures

2.2.1 Des gains moyens réels…

  • Baisse des prix et hausse du pouvoir d'achat : gains à l'échange, concurrence accrue, économies d'échelle.
  • Diversité des produits accessibles aux consommateurs.
  • Diffusion des technologies et incitation à innover ; décollage d'économies émergentes (Chine : environ 800 millions de personnes sorties de l'extrême pauvreté depuis 1980).

2.2.2 … mais des effets redistributifs

◆Théorème 2.7Gagnants et perdants de la mondialisation

Les gains du commerce sont des gains moyens : l'ouverture fait des gagnants (consommateurs, secteurs exportateurs, travailleurs qualifiés des pays développés, industries des pays émergents) et des perdants (travailleurs peu qualifiés des secteurs concurrencés par les importations — le « choc chinois » a détruit des centaines de milliers d'emplois industriels aux États-Unis et en Europe dans les années 2000). Les territoires industriels touchés cumulent chômage et déclin. D'où l'enjeu des politiques d'accompagnement : formation, reconversion, redistribution.

2.2.3 Libre-échange ou protectionnisme ?

Définition 2.8Libre-échange et protectionnisme

Le libre-échange est une politique de suppression des obstacles aux échanges internationaux (cadre OMC, 1995). Le protectionnisme désigne les mesures qui protègent les producteurs nationaux de la concurrence étrangère : droits de douane (tarifs), quotas, barrières non tarifaires (normes, subventions, préférence nationale).

  • Arguments protectionnistes : protéger les industries naissantes (List) ou stratégiques (défense, santé, semi-conducteurs), se prémunir contre la concurrence « déloyale » (dumping social, environnemental), sécuriser les approvisionnements (leçon de la pandémie de 2020).
  • Coûts du protectionnisme : hausse des prix pour les consommateurs, représailles et guerres commerciales (États-Unis/Chine depuis 2018), rentes improductives, désorganisation des chaînes de valeur.
  • Le débat contemporain porte moins sur « pour ou contre l'échange » que sur sa régulation : clauses sociales et environnementales, mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE (2026), relocalisations ciblées.
Exemple 2.9La France dans le commerce mondial

La France est le 9e exportateur mondial de marchandises (OMC, 2022). Points forts (compétitivité hors prix) : aéronautique (Airbus), luxe, agroalimentaire (vins et spiritueux), pharmacie, tourisme. Points faibles : déficit des biens récurrent (record de près de 163 milliards d'euros en 2022 sous l'effet de la facture énergétique, encore environ 100 milliards en 2023), désindustrialisation (l'industrie ne pèse plus qu'environ 10 % du PIB contre 16 % en Allemagne), positionnement en gamme moyenne. L'excédent des services et les revenus des IDE compensent partiellement.

Méthode : Étude de document : un tableau de données de commerce extérieur

  • Présenter le document : source (Douanes, OMC, INSEE), champ, unités (milliards d'euros, % du PIB), année(s).
  • Lire une donnée significative en la formulant dans une phrase complète (« en 2023, le déficit commercial des biens de la France atteint environ 100 milliards d'euros »).
  • Calculer si utile : solde (exportations importations), taux de couverture (), part de marché.
  • Mobiliser le cours : relier les données aux notions (compétitivité hors prix, gamme, chaîne de valeur) — ne jamais paraphraser.

2.3 Bilan

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • Les échanges s'expliquent par les avantages comparatifs (Ricardo) issus des dotations factorielles et technologiques, mais aussi, entre pays comparables, par la différenciation des produits (variété, gamme) et les économies d'échelle.
  • Les firmes multinationales fragmentent la production en chaînes de valeur mondiales (IDE, sous-traitance) ; la compétitivité d'un pays est autant hors prix que prix.
  • Le commerce procure des gains moyens (prix, diversité, diffusion technologique) mais crée des gagnants et des perdants : ses effets redistributifs nourrissent le débat libre-échange / protectionnisme et appellent des politiques d'accompagnement.

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