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Comment lutter contre le chômage ?

Cours complet · SES (terminale), chapitre 3 · terminale, spécialité sciences économiques et sociales

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Le chômage est la première préoccupation économique des Français depuis les années 1980. Après avoir culminé à plus de 10 % de la population active au milieu des années 1990 puis en 2015, le taux de chômage français est redescendu autour de 7 à 7,5 % dans les années 2020 — un niveau qui reste supérieur à celui de l'Allemagne ( 3 %). Comment mesure-t-on le chômage ? Quelles en sont les causes — structurelles et conjoncturelles ? Et quelles politiques permettent de le combattre ?

Problématique. Comment expliquer le chômage — défauts d'appariement, asymétries d'information, institutions du marché du travail, insuffisance de la demande globale — et quelles politiques mobiliser contre ses différentes composantes ?

3.1 Mesurer le chômage et le sous-emploi

Définition 3.1Chômage au sens du BIT

Au sens du Bureau international du travail (BIT), un chômeur est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui remplit trois conditions : être sans emploi (pas même une heure travaillée dans la semaine de référence), être disponible pour prendre un emploi sous quinze jours, et rechercher activement un emploi. Le taux de chômage rapporte le nombre de chômeurs à la population active (actifs occupés chômeurs).

◆Théorème 3.2Halo du chômage et sous-emploi

La frontière entre emploi, chômage et inactivité est floue :

  • le halo autour du chômage regroupe les inactifs qui souhaitent travailler mais ne remplissent pas tous les critères BIT (découragés, non disponibles immédiatement) — environ 2 millions de personnes en France ;
  • le sous-emploi concerne les actifs occupés à temps partiel qui souhaitent travailler davantage (temps partiel « subi ») — environ 5 % des personnes en emploi.

Le taux de chômage BIT (mesuré par l'enquête Emploi de l'INSEE) sous-estime donc la sous-utilisation de la main-d'œuvre ; il diffère aussi des chiffres de France Travail (demandeurs d'emploi inscrits, catégories A à E).

3.2 Les causes structurelles du chômage

3.2.1 Les problèmes d'appariement

Définition 3.3Chômage structurel et appariement

Le chômage structurel est la composante durable du chômage, liée au fonctionnement même du marché du travail. Une première cause tient aux problèmes d'appariement (matching) entre offres et demandes d'emploi : à tout moment coexistent des chômeurs et des emplois vacants (300 000 à 400 000 en France), à cause d'inadéquations de qualifications (les compétences des chômeurs ne correspondent pas aux besoins : pénuries dans le bâtiment, la santé, le numérique) et d'inadéquations géographiques (les emplois ne sont pas là où sont les chômeurs, et la mobilité résidentielle est coûteuse).

La courbe de Beveridge relie emplois vacants et chômage : le

long de la courbe, mouvements conjoncturels ; un déplacement de la courbe vers l'extérieur signale une dégradation structurelle de l'appariement (valeurs illustratives).</div>

3.2.2 Asymétries d'information et salaire d'efficience

◆Théorème 3.4Le salaire d'efficience

Le marché du travail est marqué par des asymétries d'information : l'employeur observe mal l'effort et la productivité réelle du salarié. La théorie du salaire d'efficience (Shapiro et Stiglitz) montre qu'il peut être rationnel de payer les salariés au-dessus du salaire d'équilibre : un salaire élevé incite à l'effort (coût de la perte d'emploi), attire les meilleurs candidats et fidélise. Mais si toutes les entreprises agissent ainsi, le salaire moyen dépasse le niveau d'équilibre et un chômage involontaire persiste.

3.2.3 Les effets ambivalents des institutions du marché du travail

◆Théorème 3.5Institutions : protection et rigidités

Les institutions du marché du travail — salaire minimum (SMIC), droit du travail et protection de l'emploi, assurance chômage, négociation collective — ont des effets ambivalents :

  • elles protègent les salariés (planchers de revenu, sécurité, soutien de la demande) et peuvent améliorer l'appariement (une indemnisation permet de chercher un emploi mieux adapté) ;
  • mais elles peuvent renchérir le coût du travail au-delà de la productivité des moins qualifiés (effet possible du salaire minimum sur l'emploi peu qualifié), freiner les embauches (coûts de licenciement dualisme CDI/CDD) ou réduire l'intensité de la recherche d'emploi (aléa moral de l'indemnisation).

L'ampleur empirique de ces effets est débattue : un salaire minimum modéré a peu d'effet mesurable sur l'emploi (Card et Krueger).

3.3 Le chômage conjoncturel et les politiques de lutte

3.3.1 L'insuffisance de la demande globale

Définition 3.6Chômage conjoncturel

Le chômage conjoncturel (ou keynésien) résulte d'une insuffisance de la demande globale (consommation investissement exportations) : quand les débouchés manquent, les entreprises réduisent la production et l'emploi, quel que soit le niveau des salaires. La récession de 2009 a détruit environ 400 000 emplois en France ; le chômage est reparti à la hausse après 2008 dans toute l'Europe, indépendamment des institutions nationales.

3.3.2 Les politiques contre le chômage conjoncturel

  • Politiques de soutien de la demande globale : relance budgétaire (dépenses publiques, baisses d'impôts — plans de relance 2009 et 2020) et monétaire (baisse des taux d'intérêt pour stimuler crédit et investissement).
  • Leur efficacité dépend de la situation : elles sont inopérantes contre le chômage structurel et contraintes par l'endettement public et l'ouverture extérieure (une relance isolée « fuit » en importations).

3.3.3 Les politiques contre le chômage structurel

  • Allègement du coût du travail : exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires (depuis 1993) pour rapprocher le coût du travail de la productivité des moins qualifiés — au prix d'un possible enfermement dans des « trappes à bas salaires ».
  • Politiques de formation : formation initiale et continue, apprentissage (plus de 800 000 contrats signés en 2022 contre 300 000 en 2017), pour résorber l'inadéquation des qualifications.
  • Politiques de flexibilisation : assouplissement du droit du travail (ordonnances de 2017 : plafonnement des indemnités prud'homales, accords d'entreprise) pour lever les freins à l'embauche — au risque d'accroître la précarité.
  • Accompagnement et incitations : service public de l'emploi (France Travail), réforme de l'assurance chômage, prime d'activité.
Exemple 3.7Le « miracle » allemand de l'emploi

L'Allemagne est passée d'environ 11 % de chômage en 2005 à environ 3 % en

  1. Les réformes Hartz (2003--2005) — flexibilisation, mini-jobs, durcissement de l'indemnisation — y ont contribué, de même que la modération salariale négociée et la spécialisation industrielle haut de gamme. Revers de la médaille : développement d'un segment d'emplois à bas salaires et hausse de la pauvreté laborieuse — illustration de l'arbitrage entre quantité et qualité de l'emploi.

Méthode : EC3 — raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire

Sujet type : « À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les politiques de lutte contre le chômage dépendent de la nature de celui-ci. »

  • Identifier la consigne (montrer que) et les notions du programme mobilisées (chômage structurel/conjoncturel, politiques).
  • Organiser le raisonnement en 2--3 paragraphes AEI : (1) contre le chômage conjoncturel, soutenir la demande globale ; (2) contre le chômage structurel, agir sur l'appariement, le coût du travail, la formation et la flexibilité.
  • Exploiter chaque document : citer une donnée précise (année, valeur, unité) à l'appui de chaque argument.
  • Conclure brièvement en nuançant (complémentarité des politiques, arbitrages).

3.4 Bilan

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • Le chômage BIT (sans emploi, disponible, en recherche active) est entouré d'un halo et coexiste avec le sous-emploi.
  • Le chômage structurel s'explique par les problèmes d'appariement (qualifications, géographie — courbe de Beveridge), les asymétries d'information (salaire d'efficience) et les effets ambivalents des institutions du marché du travail.
  • Le chômage conjoncturel résulte de l'insuffisance de la demande globale.
  • Les politiques doivent être adaptées au diagnostic : soutien de la demande (conjoncturel) ; allègement du coût du travail, formation, flexibilisation (structurel) — chacune comportant des limites et des arbitrages.

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